Dernier rendez-vous de la tournée européenne, le Grand Prix de Belgique de Formule 1 n'a guère contribué à éclaircir la situation en tête du championnat mondial des pilotes. Au terme d'un week-end parfait, Kimi Raikkonen a réduit son retard sur les duettistes de l'écurie McLaren entre lesquels l'écart n'est plus que de deux unités alors que trois courses figurent encore au programme. Par contre, le titre des constructeurs est théoriquement tombé dans l'escarcelle de Ferrari ; ce couronnement résulte du verdict prononcé par le Conseil mondial de l'automobile dans la fameuse - et fumeuse - affaire d'espionnage qui plombe l'ambiance de la F1 depuis plusieurs mois.
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Dernier rendez-vous de la tournée européenne, le Grand Prix de Belgique de Formule 1 n'a guère contribué à éclaircir la situation en tête du championnat mondial des pilotes. Au terme d'un week-end parfait, Kimi Raikkonen a réduit son retard sur les duettistes de l'écurie McLaren entre lesquels l'écart n'est plus que de deux unités alors que trois courses figurent encore au programme. Par contre, le titre des constructeurs est théoriquement tombé dans l'escarcelle de Ferrari ; ce couronnement résulte du verdict prononcé par le Conseil mondial de l'automobile dans la fameuse - et fumeuse - affaire d'espionnage qui plombe l'ambiance de la F1 depuis plusieurs mois. Rarement un GP a été autant marqué par un événement se déroulant à 400 kilomètres de là : c'est simple, tout le week-end ardennais a été " contaminé " par le jugement tombé jeudi (et pour lequel un appel peut encore être introduit jusque demain). Un jugement dont on peut rappeler les grandes lignes : si ses deux pilotes s'en sortent sans dommages, l'écurie McLaren perd tous les points déjà acquis et ceux qui auraient dû lui revenir d'ici la fin de saison dans la joute des constructeurs ; elle doit payer en prime une amende de... 100 millions de dollars, soit la bagatelle de 72 millions d'euros. La Fédération internationale a cependant précisé que ce pactole ne resterait pas sur son compte bancaire mais serait redistribué aux instances nationales qui devaient utiliser cet argent pour aider de jeunes pilotes (sans autres précisions). Selon les camps, le verdict était différemment interprété, c'est logique. Entre Ron Dennis, le patron de McLaren, qui estimait la sanction " largement disproportionnée " et les dirigeants de Ferrari qui se félicitaient que " justice soit faite " tout en précisant qu'une " punition plus lourde ne les aurait pas dérangés ", les avis s'entrechoquaient. Si la majorité des observateurs s'étonnaient du montant astronomique de l'amende, d'autres préféraient se focaliser sur les conséquences sportives de l'affaire : " Pour les fans, il est essentiel qu'un vrai titre mondial soit attribué au terme de la saison après une belle bataille entre McLaren et Ferrari ", estimait Gerhard Berger l'ex-sociétaire des teams Ferrari et Benetton, désormais patron de Toro Ross. Une opinion partagée par Jacques Laffite, autre ancien pilote reconverti au commentaire pour la chaîne française TF1 : " L'essentiel est sauvé puisque nous allons vivre une belle fin de championnat entre trois sérieux candidats. C'est ce que le public retiendra au bout du compte car il faut admettre que la bataille entre les constructeurs n'a pas un impact énorme auprès des passionnés. Par contre, il semble évident que ce verdict sera durement ressenti par les membres de l'équipe McLaren et au-delà, dans les sphères dirigeantes de Mercedes... A contrario, il permettra aussi à Ferrari de ne pas finir la saison bredouille, on peut donc parler de partage équitable. Je me pose cependant une question plus fondamentale : la FIA punit McLaren pour ses monoplaces car des soupçons pèsent sur leur conception mais elle laisse les points aux pilotes qui les ont pilotées ; il y a là un paradoxe... " Il est difficile de mesurer les conséquences de cette affaire sur l'avenir de la formation McLaren. Ron Dennis a déjà coupé court à divers bruits évoquant sa prochaine retraite : " Je demeure passionné par le sport automobile et je n'ai absolument pas l'intention de me retirer ", a-t-il déclaré très vertement en réponse à ceux qui le voyaient couler des jours heureux loin de la F1, laissant les rênes du pouvoir à... Mercedes ravie de profiter de l'occasion pour aligner une écurie portant son seul nom. Tout en répétant qu'il avait fait le maximum pour aider les autorités fédérales dans ce dossier, Dennis n'a pas manqué d'ajouter que la sanction décidée par la FIA, pour délirante qu'elle apparaisse, ne mettait pas en péril l'existence de sa société. Concernant les pilotes, c'est surtout le cas de Fernando Alonso qui revient régulièrement à la une. On sait l'Espagnol " peu heureux " dans un environnement très british où, quoi qu'en prétendent les communiqués de presse du team, il estime ne pas bénéficier du traitement qui sied à un champion du monde et reproche à son patron de favoriser Lewis Hamilton. Est-ce un hasard ? Le nom de l'Espagnol apparaît à de multiples reprises dans les attendus du jugement de jeudi puisqu'il a choisi de coopérer avec les instances sportives pour faire éclater la vérité en révélant notamment le contenu de divers emails qu'il a échangés avec son compatriote Pedro de la Rosa, essayeur chez McLaren. Le " taureau des Asturies " prendra-t-il prétexte de ce dossier pour retourner au sein d'une équipe Renault où il est attendu comme le messie ? Son employeur actuel joue la carte de l'apaisement en affirmant qu'aucun changement n'est prévu pour la saison prochaine : " Nous avons un contrat en bonne et due forme avec nos deux pilotes et si un changement doit intervenir, il ne peut qu'être le fruit d'une discussion correcte entre les deux parties... " Cette dernière précision permet d'imaginer un scénario inédit avec l'engagement d'un second pilote moins cher que l'Espagnol, lequel retrouverait son mentor Flavio Briatore chez Renault. Celui-ci entretient le doute, se contentant de répéter que le choix de ses pilotes pour 2008 n'est pas encore connu et qu'il faudra attendre le Grand Prix du Japon pour en savoir plus. Car la saison est loin d'être finie. Les écuries vont quitter l'Europe pour mettre le cap sur l'Asie - Japon dans deux semaines puis Chine - avant d'en terminer au Brésil. On l'a dit, l'étape belge, au demeurant peu passionnante, n'a permis à aucun des prétendants au titre de prendre un avantage décisif. L'enseignement majeur qu'on peut en retirer touche à la difficulté d'établir un pronostic solide : peu à leur affaire à Monza où elles avaient laissé l'initiative aux McLaren, les Ferrari ont exercé une mainmise absolue sur le Grand Prix de Belgique suivi par 65.000 spectateurs. L'explication à ce renversement de tendance a été fournie par le vainqueur Kimi Raikkonen : " Nous savions que nous serions bien plus forts à Francorchamps qu'à Monza parce que la performance y dépend essentiellement de l'aérodynamique. Or, notre voiture est forte dans ce domaine, le doublé à l'arrivée en constitue une nouvelle preuve. Donc, tout s'est parfaitement déroulé. "Lauréat pour la troisième fois de suite sur le toboggan ardennais, le placide Finlandais qualifiait sa course de " sympa " et " sans problèmes ". Tout juste reconnaissait-il avoir souffert un peu de son cou toujours douloureux après sa sortie aux essais à Monza et relevait-il quelques difficultés à doubler des concurrents plus lents : " Je perdais de l'appui en me rapprochant d'eux mais c'était la même chose pour tout le monde. A part ça, ma monoplace était parfaite et la stratégie aussi. Durant les essais, j'avais signalé des vibrations mais à la réflexion, elles devaient juste être... dans ma tête. En tout cas, ce doublé tombe à point nommé pour l'équipe. "Son équipier Felipe Massa, cantonné au rôle de lieutenant depuis son abandon en Italie, a parfaitement rempli sa mission en décrochant facilement la médaille d'argent au terme d'un parcours juste gâché par " un peu de survirage dans le premier relais mais ça s'est amélioré dans le second ". Mathématiquement, le petit Brésilien peut encore être couronné mais avec 20 points de retard sur le leader, il devrait compter sur une improbable accumulation de revers des ténors. Par contre, Kimi Raikkonen entend jouer ses chances jusqu'au bout et profiter peut-être de la guerre que se livrent les deux sociétaires du team McLaren-Mercedes. Car c'est bien de guerre qu'il est question entre Lewis Hamilton et Fernando Alonso qui ont croisé durement le fer dès le premier freinage à la Source. Chacun y allait évidemment de son commentaire perfide, l'Espagnol affirmant qu'il était coincé à l'intérieur et n'avait d'autre choix que d'élargir sa trajectoire en recoupant celle de son " ailier " tandis que ce dernier voyait là une man£uvre délibérée pour le jeter hors de la trajectoire : " J'ai de la pitié pour ces gars qui se plaignent sans cesse d'agissements dangereux dont se rendent coupables d'autres pilotes et n'hésitent pas à recourir eux-mêmes à des astuces plus que limites ... " Suivez son regard. De son côté, le champion du monde retenait surtout l'écart de 2 points le séparant du leader au championnat, mais soulignait aussi le retour en forme des Ferrari : " J'ai tout donné durant mon premier relais mais ensuite je ne les ai plus vues... "On l'a dit, la fin de saison s'annonce particulièrement indécise tant les deux formations de pointe se tiennent de près. Force est d'admettre qu'au lendemain du Grand Prix de Belgique, on voit mal qui pourrait arbitrer leur match. Les BMW ont juste tenu leur rang à Francorchamps où Nick Heidfeld a fini à un rang " normal " mais sans jamais être en mesure de lutter avec les Ferrari et McLaren. Relégué au 14e rang sur la grille (pénalité pour un changement de moteur), Robert Kubica a cependant assuré le spectacle dans le peloton en se battant comme un chiffonnier avec David Coulthard en début de course puis surtout avec Heikki Kovalainen. Ce dernier mérite de figurer au tableau d'honneur tant il mit de c£ur à défendre le point de sa 8e place, sauvant ainsi la mise pour une équipe Renault au sein de laquelle la position de Giancarlo Fisichella semble de plus en plus inconfortable. Enfin, sans pouvoir célébrer ses 50 ans de présence en sport automobile par un résultat probant de ses propres représentants Jarno Trulli et Ralf Schumacher, Toyota a pu compter sur Nico Rosberg pour montrer les qualités de son moteur V8. Le jeune Allemand a confirmé tout le bien qu'on pense de lui en hissant sa Williams-Toyota à une excellente 6e position : " Ce résultat montre que notre équipe constitue actuellement la 4e force du plateau et qu'elle progresse sans cesse au fil des courses. Pour ma part, je ne peux masquer ma fierté d'avoir intégré le top 6 sur un tracé aussi difficile et sélectif ! " Sa joie contrastait notamment avec la mine renfrognée affichée par Jenson Button et Rubens Barrichello les deux sociétaires d'une équipe Honda jamais dans le coup ; le premier nommé n'hésitait pas à affirmer que son abandon lui avait évité " six tours supplémentaires de torture dans une voiture sur laquelle rien ne fonctionnait "... par eric faure - photos: reporters-belga