La scène se passe en juin 2008. Pour saluer la fin de saison, l'Albert organise un match entre les membres du cercle d'affaires Club 44 et les journalistes. Le tout relevé par la présence de trois joueurs du noyau, Fred Herpoel, Momo Dahmane et Sandro Cordaro, tous fiers représentants de l'identité et de la convivialité montoise. Un an plus tard, Herpoel a mis, jusqu'à nouvel ordre, un terme à sa carrière, dégoûté. Dahmane a profité de la première opportunité pour partir. Quant à Cordaro, lui qui rêvait de faire ses adieux en grande pompe après avoir porté la vareuse montoise depuis 2002, il a subi les quolibets des spectateurs lors de la dernière rencontre... et les foudres de la direction qui refusa de le laisser filer gratuitement.
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La scène se passe en juin 2008. Pour saluer la fin de saison, l'Albert organise un match entre les membres du cercle d'affaires Club 44 et les journalistes. Le tout relevé par la présence de trois joueurs du noyau, Fred Herpoel, Momo Dahmane et Sandro Cordaro, tous fiers représentants de l'identité et de la convivialité montoise. Un an plus tard, Herpoel a mis, jusqu'à nouvel ordre, un terme à sa carrière, dégoûté. Dahmane a profité de la première opportunité pour partir. Quant à Cordaro, lui qui rêvait de faire ses adieux en grande pompe après avoir porté la vareuse montoise depuis 2002, il a subi les quolibets des spectateurs lors de la dernière rencontre... et les foudres de la direction qui refusa de le laisser filer gratuitement. Ce transfert à Charleroi n'a pas fini de faire couler de l'encre. Tout débute fin 2005. A l'époque, Cordaro tentait par tous les moyens d'obtenir une revalorisation de contrat. Le premier bail du joueur avait été finalisé par son père et octroyait à la promesse montoise un fixe mais... pas de primes de matches. Le père avait en effet privilégié la piste d'une grosse prime de maintien. Manque de pot : le club chutait à l'issue de la saison et Cordaro se retrouvait en D2 avec un contrat sous-évalué. Pour obtenir les primes de matches, le club lui propose un nouveau contrat (4 saisons et deux ans d'option). Pour conclure la transaction, Cordaro et son entourage font cette fois-ci appel au manager Nenad Petrovic : " Le contrat avait été mal rédigé car tous les avocats consultés vous diront que cette clause n'est pas valable. Pourquoi ? Parce qu'un contrat ne peut pas excéder cinq ans. Cela est interdit par la FIFA. De plus, le président Dominique Leone a refusé de donner les 15 % d'augmentation de salaire. Or, pour qu'une option soit valable, elle doit respecter la convention collective qui stipule très clairement cette revalorisation de 15 %. " Quant à ce système d'option, il commence à poser débat. Surtout à Mons où l'an passé, Benjamin Nicaise, Dare Nibombe et Adriano Duarte avaient confié leurs intérêts à l'avocat Luc Misson qui avait essayé de combattre ces options. " L'option n'existe dans aucun autre métier ", poursuit Petrovic. " On a fait une exception pour le monde du football. Cela est ratifié dans une convention collective qui a fixé très clairement les conditions d'octroi de ces options. Tout cela est paru dans un arrêté royal mais il y a une hiérarchie dans le droit. La loi prime sur l'arrêté royal. " Luc Misson a donc essayé de faire prévaloir la loi du travail sur l'arrêté royal mais fut débouté, le tribunal du travail se jugeant incompétent dans cette affaire. " Mons présente cela comme une victoire ", nous explique un membre proche de la direction, " mais l'affaire n'a été jugée que sur le fond. Pas sur la forme. Mons n'a pas gagné ! On peut juste dire qu'il n'a pas perdu. "" Tout le monde s'accommode des options : les joueurs, les agents et les dirigeants. Il n'y a finalement qu'à Mons que cela pose problème ", ajoute Petrovic. L'offre de Charleroi est donc arrivée dans ce contexte. Mogi Bayat flaire la bonne affaire et se décide à faire de Cordaro une priorité. Seul hic : Bayat ne s'entend pas du tout avec Petrovic, l'agent du joueur. " J'avais des pistes à Zulte Waregem, Lokeren, Malines, des clubs autrement mieux structurés que Charleroi mais également à l'étranger ", explique Petrovic. " S'il y avait bien un mauvais choix, c'était bien celui de Charleroi. Si le PSG s'était présenté, je comprends que le joueur pète un câble mais Charleroi... " Mogi s'est rendu directement au domicile des parents et a convaincu le joueur de rejoindre le Pays Noir. Et de conclure le deal sans Petrovic. " Je comprends que mon agent se sente trahi ", se défend Cordaro, " car on a travaillé plusieurs années ensemble mais Charleroi et mon agent ne voulaient pas discuter ensemble. Je devais penser à ma carrière. "" Je l'ai couvé et suivi depuis qu'il est en Espoirs ", dit Petrovic. " Il a signé en janvier sans oser m'avertir. C'est finalement son papa qui me l'a avoué à demi-mots lorsque je lui ai dit que le président de Valenciennes, Francis Decourrière était intéressé. Je ne pouvais pas négocier avec un club sans savoir si Sandro avait déjà signé dans un autre. " Le joueur et son entourage familial, à six mois de la fin de son contrat, ont pris peur et ont paré au plus pressé, sans chercher à étudier la meilleure offre. " C'est vrai que Zulte Waregem, Malines et Lokeren avaient montré de l'intérêt ", révèle Cordaro. " Mais Charleroi se trouve près de La Louvière où j'habite et j'ai toujours rêvé d'évoluer dans le stade du Pays de Charleroi. Il a un côté magique. De plus, Mogi a trouvé les mots justes pour me convaincre. Il m'a dit qu'il voulait réaliser quelque chose de bien à Charleroi et jouer le top avec son équipe. "Pourtant, un proche de Mons a un autre avis sur la question : " Si Cordaro a choisi Charleroi, c'est parce que le Sporting lui avait promis de le prendre dès le mois de janvier. Or, le joueur se sentait boycotté par les Français du noyau montois et désirait changer d'air. "" L'affaire s'est ébruitée ", corrobore Petrovic. " Leone s'est senti vexé et a décidé de bloquer le joueur. " Et comme il n'est pas dans les habitudes de Mogi de délier les cordons de la bourse pour s'attacher les services d'un joueur qui devait être une bonne affaire, il a remisé le projet Cordaro à juin. Mais voilà, à Mons, on a décidé de réagir. Pendant un an, Leone a voulu faire du départ de son poulain une bonne affaire en demandant un prix souvent jugé trop élevé (500 à 600.000 euros) par les acquéreurs potentiels. Pas question donc de le laisser filer gratuitement dans un club avec lequel les relations sont frigorifiées depuis que le Sporting est venu piquer les jeunes Montois ( Filipo Porco, Romain Dutrieux et Baptiste Ulens). " On pouvait se demander si Leone tenait absolument à récupérer Cordaro ", dit un proche du RAEC. " Mais il allait en tout cas tout faire pour emm... Charleroi jusqu'au bout. "" Cela ne pouvait plus durer. Tout le monde était perdant dans cette histoire. Le joueur qui devait attendre avant de connaître le nom de son club ; Leone qui perdait un élément sans compensation et Charleroi qui ne pouvait pas l'utiliser ", résume Petrovic. Leone a donc finalement craqué, arrivant à un arrangement avec Charleroi, celui-ci prenant à sa charge les années de formation. L'ancien manager de Cordaro, Petrovic, doute : " Je voudrais savoir où se situe le pas en avant ? Francky Dury a pris la peine de le rencontrer et était prêt à lui faire de la place dans son équipe. C'est un joueur qui marche à l'affectif. A Mons, il me téléphonait parfois à minuit les soirs des matches lorsque cela n'avait pas bien fonctionné. A Charleroi, il se confiera à qui ? C'est un club où les joueurs sont considérés comme des cash-machines et duquel tout le monde veut se barrer. Et il ne se demande pas pourquoi ? Je me dis que si Cordaro n'a pas résisté aux offres des Bayat, c'est qu'il est mentalement trop court pour le haut niveau. " José Riga sous les ordres duquel Cordaro a connu sa meilleure période à Mons, est plus nuancé : " Il a besoin de repères et de stabilité. A Mons, la situation du club a joué contre lui. Certains font fi de cela. Lui pas. C'était un enfant de Mons et il pensait tellement au club qu'il en devenait malheureux. Il aurait pu rester 20 ans à Mons dans un autre contexte. Dans cette optique, je pense que changer d'air lui fera du bien. Certains disent qu'il est friable sur le plan mental, mais j'ai toujours trouvé qu'il était plutôt résistant à la pression. Il ne manquait pas de culot et sur le terrain, prenait ses responsabilités. " D'abord étiqueté promesse du club puis futur grand, après avoir porté Mons sur ses épaules lors de la dernière campagne en D2, Cordaro a percé en D1 sous la houlette de Riga qui se souvient : " J'étais très content de son investissement quotidien. C'est quelqu'un de très sérieux et très fiable. C'était un plaisir de travailler avec un tel élément. Le seul reproche que je pouvais lui faire portait sur son efficacité, sur son impact sur le jeu. Il a beaucoup d'abattage et sait à peu près tout faire, mais la finition peut constituer le revers de la médaille avec les joueurs qui ne calculent pas. Je sais d'ailleurs qu'il a travaillé cet aspect-là avec Rudy Cossey. On sait qu'il peut y arriver puisqu'en D2, il fut déterminant. Je me souviens notamment d'un match capital pour la montée, contre KVSK United, lors duquel il avait inscrit deux buts. " Depuis le départ de l'entraîneur liégeois, le lutin du Tondreau stagne. " Il a souffert d'un manque de régularité à une position ", explique Petrovic. " Le fait de le changer sans cesse de poste a nui à son épanouissement. Pour moi, il n'a pas progressé les deux dernières saisons. "" C'est vrai qu'il a manqué de repères ", avoue Riga. " Mais dans le football moderne, ce n'est pas uniquement lié à la position. Aujourd'hui, on voit beaucoup de joueurs commencer à droite et finir à gauche. De plus, il est devenu rare de jouer avec un numéro dix. "" Enfin, il n'est pas tombé dans un contexte facile. Depuis qu'il est à Mons, il a déjà connu Marc Grosjean, Sergio Brio, Olivier Suray et Michel Wintacq, Jos Daerden, Riga, Albert Cartier, Philippe Saint-Jean, Thierry Pister et Christophe Dessy ", continue Petrovic. Soit 10 entraîneurs en sept ans. " La dernière saison était celle de trop ", reconnaît le joueur. " Je suis bien revenu au deuxième tour mais l'équipe ne tournait pas et j'ai stagné. De plus, on a changé trois fois d'entraîneur. Dans un tel contexte, cela devient mentalement difficile de progresser. " Reste qu'il y a deux ans, des émissaires de Chievo Vérone et du Dynamo Kiev étaient venus le visionner. On en est bien loin aujourd'hui. " Il y a eu aussi Catane, Nice et Monaco mais tous ces clubs ont reculé car ils n'arrivaient pas à cerner le profil de Sandro. Etait-ce un ailier de débordement ou un joueur comparable à Steven Defour ?", explique Petrovic. A Charleroi, Cordaro devra donc retrouver cette étiquette tellement flatteuse.l par stéphane vande velde