Coup de sifflet final. Et clap de fin sur une saison 2013-2014 qui se termine par un succès face à Genk (1-0) et une seconde place. A l'exception de Michy Batshuayi, parti en catimini rejoindre les vestiaires, les joueurs viennent saluer leurs supporters. En retour, les applaudissements sont timides. Il y a dix ans de cela, une qualification européenne pouvait entraîner un envahissement de terrain. Cette fois, l'humeur n'est pas à la fête. Guy Luzon et son indéfectible chemise blanche (un talisman moins heureux que celui de notre sélectionneur national) pointe aussi le bout de son nez. Du deuxième étage de la Tribune 3 (côté terril) où sont regroupés les supporters les plus ardents du Standard, quelques chants à la gloire des enfants de la maison, Mehdi Carcela ou Paul-José Mpoku, sont lancés.
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Coup de sifflet final. Et clap de fin sur une saison 2013-2014 qui se termine par un succès face à Genk (1-0) et une seconde place. A l'exception de Michy Batshuayi, parti en catimini rejoindre les vestiaires, les joueurs viennent saluer leurs supporters. En retour, les applaudissements sont timides. Il y a dix ans de cela, une qualification européenne pouvait entraîner un envahissement de terrain. Cette fois, l'humeur n'est pas à la fête. Guy Luzon et son indéfectible chemise blanche (un talisman moins heureux que celui de notre sélectionneur national) pointe aussi le bout de son nez. Du deuxième étage de la Tribune 3 (côté terril) où sont regroupés les supporters les plus ardents du Standard, quelques chants à la gloire des enfants de la maison, Mehdi Carcela ou Paul-José Mpoku, sont lancés. Luzon, lui, reçoit l'opprobre de certains. Casse-toi ! Voire Il est venu avec ses enfants sur la pelouse, c'est que du show et comme ça il est sûr de ne pas être sifflé. La vindicte n'a rien de comparable toutefois avec la célèbre motte balancée en direction de Dominique D'Onofrio à la fin de la saison 2006-2007 où le coach personnifiait alors toute la frustration d'un titre loupé sur le fil au profit d'Anderlecht, cette fois encore. Similitudes donc mais sans excès. Si la chaleur en a assommé quelques-uns, le résultat de jeudi soir avait eu pour effet de refroidir la famille rouche. L'avant-mach avait d'ailleurs des allures d'une rencontre de fin de saison. Une heure avant le coup d'envoi, la rue de la Centrale est loin d'être rouge de monde. Quelques tags (fuck Standard, fuck antifa) des Drughi (ultras de Genk) en guise de provocation pour rappeler l'importance de l'enjeu. Mais c'est à peu près tout. De nombreux supporters feignent d'y croire mais la conviction n'y est pas. Même le Tourner les serviettes de Patrick Sébastien sorti des baffles du Cup (café à l'angle de la rue de la Centrale et de la rue Ernest Solvay) n'excite pas les foules. Quelques " Steven Defour " sont chantés quand Captain Steven sort de son bolide garé sur le parking en face de la tribune 1, pas de quoi non plus rappeler les ovations de Sclessin à notre international. La pièce semble déjà tombée. Et du mauvais côté. Et beaucoup se demandent encore comment ? Petit retour en arrière. Les Rouches restent sur deux prestations peu convaincantes à Zulte Waregem (défaite 2-0) et à Genk (2-2). La venue des Waeslandiens est donc l'occasion rêvée de se redonner un peu d'air. Sauf que le Standard domine mais piétine. Guy Luzon nous a sorti une composition new-look avec Frédéric Bulot en soutien de Michy Batshuayi et Paul-José Mpoku dans l'axe aux côtés de Julien de Sart alors que Tal Ben Haim occupe le poste d'arrière droit. Du haut de la tribune 3, les supporters s'impatientent, l'ambiance est à la critique. Quand sur corner Hamdi Harbaoui vient planter une tête piquée et tromper Kawashima à deux minutes de la pause, les sifflets retentissent. La bande à Luzon rejoint les vestiaires sous une chape de plomb. Le 0-2 à l'heure de jeu glace l'atmosphère. Bulot, tête de turc d'une partie des supporters, avait quelques minutes plus tôt quitté le jeu sous les huées. Dix minutes plus tard, c'est l'impopulaire Ben Haim qui goûte aux foudres de Sclessin. Même Michy Batshuayi, alors meilleur buteur du championnat, est sifflé. Son but quatre minutes après le doublé d'Harbaoui redonne toutefois espoir. Sclessin retrouve son souffle et pousse vers l'égalisation. 2-2, rien de bien folichon mais un retour qui permet au Standard de garder la tête. A la sortie du stade, c'est le coaching de Luzon qui est sur toutes les lèvres. Devant le Bois d'Avroy (café, rue Ernest Solvay) où de jolies serveuses vous tendent des packs de dix bières, ses choix sont loin de faire l'unanimité. Malgré ce troisième match sans victoire en play-offs, le public reste nombreux après la rencontre. A quelques mètres de là, Benjamin Nicaise a eu la bonne idée de dresser un bar extérieur devant son Soccer Club (une salle de Urban Foot de 2400 mètres carrés). On y croise un sosie de Jelle Van Damme à qui plusieurs jeunes bien en voix balancent des Jelle ! Jelle ! à tout rompre, mais aussi le propriétaire des lieux, que l'on retrouve aussi bien à la pompe, que pour distiller les bons mots auprès des supporters. S'il n'a pas marqué comme d'autres l'histoire du club, Nicaise est resté très populaire auprès des fidèles. Arrive ensuite, le clou du spectacle : Manu, la quarantaine quelque peu bedonnante. L'homme est comédien à ses heures perdues ; ça se voit et ça s'entend. Abonné cette saison en T3 après l'avoir été il y a une grosse dizaine d'années, ce supporter qui préfère désormais le calme relatif du troisième étage à celui du deuxième car j'en avais marre à l'époque d'être sans cessé tourné au terrain en guise de protestation fait le show. Il est passé minuit et la buvette du Soccer Club est noire de monde, le moment choisi par Manu pour nous faire un strip-tease qui, s'il n'a pas le même effet que les professionnelles du métier, amuse la foule. Moins drôle, deux heures plus tôt, une grosse dizaine de " supporters " du Standard s'introduisent dans la mixed-zone (lieu où les journalistes attendent les joueurs après le match) et réclament la démission de Luzon " Le Standard est à nous " peut-on entendre également, ce qui rappelle les manifestations anti-Duchâtelet de l'été. L'image du club en prend un coup. Pour rappel, le Standard a un point d'avance sur son concurrent, Bruges, qu'il doit rencontrer quatre jours plus tard. Après une défaite incompréhensible à Anderlecht au regard de la première mi-temps, la victoire est impérative. Sans quoi, ça risque de gronder de plus belle dans les travées. La T3 l'a parfaitement compris et joue son rôle de douzième homme à merveille. Igor De Camargo libère le stade dès la 9e minute. Alexandre Boucaut, qui remplace au quart d'heure Sébastien Delferrière blessé, entre rapidement dans le vif du sujet en sifflant un pénalty sur Carcela. Le match est plié : Sclessin aura fait pencher le match. En seconde période, suite à l'exclusion conjuguée de Van Damme et de Sylla, c'est Thorgan Hazard qui est pris à partie par le public. Chaque touche de balle est couverte de huées. " Dans la famille, c'est Eden qui a tout pris " entend-on en T3. Pas si sûr. Le Standard s'impose nettement dans les chiffres (4-1) et l'optimisme est de retour. Veille de week-end, le Cup fait salle comble et envoie du lourd dans les enceintes. Au milieu du brouhaha, on tombe sur Didier (nom d'emprunt). Ce Liégeois a 47 ans et vient au stade depuis environ 40 ans. Membre du Hell Side, il nous explique que la violence a quasiment disparu au Standard. " Ça n'a plus rien à voir avec les années 80 ou 90. Aujourd'hui, tout est contrôlé et la relève n'est pas là. " Et pourtant, Didier faisait partie de ceux qui deux semaines plus tôt avaient réclamé la démission de Luzon en s'introduisant dans les locaux du club. Après coup, Didier reste perplexe sur son acte : " En fait, j'ai rien contre Luzon mais on avait un peu trop bu... Et c'est parti. ". Une centaine de mètres plus loin, la tente spécial Play-Offs accueille les vips du Standard. On y retrouve pêle-mêle Jean-François de Sart ou d'anciennes gloires du club comme Léon Semmeling, voire le père de Deni Milosevic, Cvijan (ex-gloire de Liège et de Ekeren) et même Dino Arslanagic, bière à la main et très prolixe en cette fin de soirée. " Si j'étais déçu d'être sur le banc ce soir ? Franchement, je m'en fous. Ce que je veux par-dessus-tout c'est être champion. Si on continue à enchaîner les victoires, je serai le premier supporter de Kanu. " Il est environ 1 h 30, " P'tit Léon " se prend les pieds dans le tapis à la sortie avant d'être relevé comme il se doit. Apparemment la soirée était plutôt arrosée. Le Standard continue de fasciner. La preuve avec ce documentaire sobrement intitulé " Standard " produit et réalisé par le duo français, Brieux Ferot et Benjamin Marquet, après 12 mois de tournage. Alors que les supporters affluent pour ce match-couperet, Brieux Ferot patiente devant l'entrée de la tribune 1 avec sa tirelire. Les Ultras Inferno et le PHK soutiennent le projet et participent également à la récolte de fonds qui doit financer un projet de film tandis qu'une version télé est livrée ce mois-ci pour la RTBF. " Notre but était de montrer enfin à l'écran ce qui se joue vraiment au stade ", raconte Brieux Ferot, producteur du docu, également journaliste à So Foot. " Faire ressentir, et comprendre aussi, à celles et ceux qui méprisent le foot, pourquoi les tribunes, c'est d'abord des moments de partage, et de famille, bref, autre chose que deux touristes coréens et un trader français qui font coucou à la caméra avec des maillots d'Arsenal sur le dos à l'Emirates Stadium. Un film qui se passe à Liège mais une histoire universelle du lien social, au stade et autour, qui est de plus en plus mis à mal. " Le projet initial avait pour but Buenos Aires et son mythique club de Boca Juniors, les soucis d'organisation les ont déviés sur Liège. Bel hommage. En tribune, ça s'affaire à l'approche de recevoir les hommes de Michel Preud'homme. Les slogans Trois victoires pour marquer l'histoire et Comme on you reds s'affichent sur deux imposantes banderoles. Sclessin est survolté. Les affiches placardées aux quatre coins du stade demandant aux supporters un soutien inconditionnel semblent faire effet. Bruges est noyé en première mi-temps et l'ambiance grisante. Max, président des Ultras Inferno, rejoint le coeur du groupe au coup d'envoi, de nombreux drapeaux flottent, les écharpes sont tendues alors que Nico, le Capo, donne le la du bout de son mégaphone. " Ça fait une semaine que je ne dors plus ", avoue Max, rongé par le stress mais qui n'oublie pas de donner de la voix. Plusieurs amis supporters de l'Hapoel Tel-Aviv ou de Sankt Pauli (groupes ultras anti-fascistes comme les Ultras Inferno) sont aussi présents en tribune. Avec un mur rouge dans son dos, Mathew Ryan connaît l'enfer mais tient bon. Place à la pause et au ravitaillement au pied de la tribune. Max prend son temps, discute alors que l'on peut entendre les chants reprendre et les occasions de la seconde période se succéder dans son dos. Au retour en tribune, Waldemar Sobota crucifie EijiKawashima. C'est la consternation et l'ambiance redescend de plusieurs crans malgré une grappe d'une centaine d'ultras qui ne lâchent rien. " Je suis abattu ", lance Nico qui a cédé son mégaphone. Plusieurs se plaignent du manque de soutien après le 0-1. " Ça devient un public de la victoire. " Le casse est réussi et Bruges repasse devant son adversaire du jour. Les fans espèrent un exploit des hommes de Peter Maes pour exploser cinq ans après le dernier sacre. Les Ultras Inferno, eux, donnent le ton en craquant plusieurs smoke laissant échapper une intimidante fumée rouge de la tribune jusqu'au terrain. MehdiCarcela fait une deuxième fois exploser le stade avec un but rapide masqué de la Tribune 3 par la fumée ambiante. On dégaine les smartphones et on suit ce qui se passe du côté de Bruxelles. " Lokeren a déjà eu cinq occasions ! ", nous dit un fan. Mais AleksandarMitrovic fait rapidement 1-0 et mine de nombreuses têtes. Quinze minutes plus tard, la rumeur parle d'un but égalisateur, certains s'enflamment, avant d'apprendre que Silvio Proto ne s'est pas incliné mais bien cassé le bras. Au fil de la rencontre, les chants descendent d'intensité malgré les invectives du Capo. L'égalisation d'HamdiHarbaoui rallume la flamme quelques instants avant que ChancelMbemba annihile tout suspense. La dernière demi-heure est plutôt terne, Michy, monté au jeu, est à nouveau pris pour cible, son excès d'individualisme agace Sclessin qui lui dit froidement adieu. Malgré la désillusion vécue, le public rouche restera, lui, à jamais fidèle. Rideau. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: BELGAIMAGE/ KETELS" En fait, j'ai rien contre Luzon mais on avait un peu trop bu... Et c'est parti. " " Sclessin, c'est autre chose que deux touristes coréens et un trader français qui font coucou à la caméra à l'Emirates Stadium. " L'excès d'individualisme de Batshuayi agace Sclessin qui lui dit froidement adieu.