Quand on évoque l'Olympique Lyonnais, personne ne fait l'impasse sur les sept titres d'affilée conquis entre 2002 et 2008 ; record européen en la matière dans les cinq grands championnats (Italie, Espagne, Angleterre, Allemagne et France). Mais nombreux sont ceux qui oublient ou ignorent que l'OL a mis du temps à devenir une place forte du football français, la plus importante du 21e siècle. Troisième ville de France en termes de population derrière Paris et Marseille, Lyon n'a marqué de son empreinte la France du foot qu'à partir des années 2000. Auparavant, nada ou presque. Six finales de Coupe de France entre 1964 et 1976 (dont trois empochées), c'est très peu en comparaison avec les Saint-Etienne, Marseille, Bordeaux, voire Nantes.
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Quand on évoque l'Olympique Lyonnais, personne ne fait l'impasse sur les sept titres d'affilée conquis entre 2002 et 2008 ; record européen en la matière dans les cinq grands championnats (Italie, Espagne, Angleterre, Allemagne et France). Mais nombreux sont ceux qui oublient ou ignorent que l'OL a mis du temps à devenir une place forte du football français, la plus importante du 21e siècle. Troisième ville de France en termes de population derrière Paris et Marseille, Lyon n'a marqué de son empreinte la France du foot qu'à partir des années 2000. Auparavant, nada ou presque. Six finales de Coupe de France entre 1964 et 1976 (dont trois empochées), c'est très peu en comparaison avec les Saint-Etienne, Marseille, Bordeaux, voire Nantes. " Lyon a longtemps porté l'étiquette de club de loser ", sourit Serge Rezza, journaliste à So Foot et auteur du blog OL'Dirty Bastard. Né en 1950 de la fusion entre Lyon Olympique Universitaire et le FC Lyon, l'OL rejoint même la D2 au bout de l'exercice 1982-1983. Le club est à l'abandon et le peu de public voit des équipes comme Rodez ou Cuiseaux déferler... Ambiance. Les années 80, surtout dans sa deuxième moitié, c'est du côté de Marseille et de Bordeaux que ça se passe, grâce notamment à deux présidents démonstratifs et ambitieux, Claude Bez pour les Girondins et Bernard Tapie à l'OM. Le 15 juin 1987, un autre président va, lui, faire son entrée sur la pointe des pieds dans le milieu : Jean-Michel Aulas. Débarqué un peu par hasard (voir portrait : Aulas, l'hyper président), personne n'osait imaginer que plus de dix ans après, JMA deviendrait à la fois l'homme le plus puissant du football français et la plus grande gueule du paysage médiatique. Après l'arrivée d'Aulas, Lyon mettra deux ans à remonter en D1 avec à sa barre, le duo Raymond Domenech- Bernard Lacombe, deux joueurs historiques du club rhodanien (le premier pour ses tacles et l'autre pour ses buts - meilleur buteur de l'histoire de l'OL). En arrivant en 1987, Aulas balance aux médias : " On sera européens dans les cinq ans ". JMA gagne son premier pari puisque fin 1991, son club termine cinquième du championnat et dispute l'UEFA l'année suivante. Si Aulas construit petit à petit le club, notamment grâce à un centre de formation très performant, l'OL parvient difficilement à changer de statut, à savoir un club du subtop français. " C'est la venue de Jérôme Seydoux, PDG de Pathé (société de cinéma) qui va révolutionner le club ", affirme Florian Maurice, buteur lyonnais de 1991 à 1997 et de 1998 à 2001, aujourd'hui membre de la cellule recrutement. " Son arrivée comme administrateur numéro 2 coïncide avec l'engagement de Sony Anderson, alors au Barça, pour 100 millions de francs français (15 millions d'euros) ", poursuit Maurice. " Avant cela, Lyon n'avait pas les fonds nécessaires pour concurrencer les grands clubs français. Chaque année, Lyon devait vendre ses meilleurs joueurs comme Maurice en 1997 à Paris ou Ludovic Giuly à Monaco en janvier 98 ", précise Vincent Duluc, chef de la rubrique foot à L'Equipe et spécialiste de l'OL (auteur notamment de La grande histoire de l'OL sorti en 2007). Avec Anderson, les Gones frappent un gros coup sur le marché des transferts et clament leur nouvelle ambition. Il faudra toutefois attendre 2001, soit quinze ans après la révolution Aulas, pour que Lyon remporte un premier trophée avec la Coupe de la Ligue. Le moteur est alors enclenché et dès 2002, sept titres vont s'enchaîner. De 2002 à 2008, une certaine lassitude va s'installer sur le football français. Personne n'est en mesure de stopper l'hégémonie. " Je crois que le recrutement a été très performant et a fait la différence avec les autres clubs qui ont balancé des millions pour des joueurs moyens ", explique Maurice avec raison. Jugez plutôt : Mahamadou Diarra (Vitesse Arnhem), Mickaël Essien (Bastia) ou Florian Malouda (Guingamp), Eric Abidal (Lille), etc. sont arrivés de petits clubs avec de petits statuts et ont quitté Lyon pour le Real Madrid, Chelsea ou Barcelone en échange d'énormément d'argent. L'an dernier, le recrutement ne fut pas du même acabit avec entre autres, Jean II Makoun, capable du très bon comme du très mauvais, ou d' Ederson, paralysé par la présence de l'icône du club, Juninho. Et puis tout cycle a une fin comme le dit Bernard Lacombe, conseiller spécial du président Aulas et décideur numéro un concernant le recrutement : " Ça ne pouvait pas durer aussi longtemps que la foire de Bruxelles ( sic) ". Après l'échec de l'an dernier qui a vu Bordeaux et Marseille passer devant, Claude Puel a été maintenu. Décision étonnante, de prime abord, quand on se débarrasse en juin 2008 d' AlainPerrin, l'entraîneur du doublé Coupe-championnat. " Le groupe était en autogestion sous Perrin. Ce dernier n'avait aucune emprise sur ses joueurs ", explique Duluc. " Puel jouit de bien plus de crédibilité. Il a une vraie approche, on voit que ce n'est pas un tordu. Une élimination face à Anderlecht n'aurait pas d'incidence sur son maintien ou non. Aulas n'a pas l'habitude de virer un coach en cours de saison. Ce n'est arrivé qu'une fois en 22 ans de présidence. " L'ex-coach du LOSC et de Monaco aurait cette année davantage de pouvoir, les adieux cet été de Karim Benzema et de Juni seraient loin de l'avoir ému. Duluc : " En tous les cas, il a été d'une parfaite inertie au moment de leur départ : il n'a rien fait pour les retenir. C'est évident que ces deux joueurs prenaient trop de place l'an dernier. Il y avait un véritable problème d'égos. Puel préfère avoir 11 joueurs de qualité et à la personnalité plus ou moins semblable. " Rezza corrobore : " Cette année, Lyon, c'est davantage 11 joueurs bas de front, ce qui correspond davantage au système Puel. " Correction oblige, la direction lyonnaise n'a pas sauté de joie quand les Mauves ont été tirés. Mais derrière un discours poli, le sentiment de supériorité - justifié pour beaucoup - est perceptible : " Vous savez, il n'y a pas de petites équipes... ", affirme Lacombe. " Claude Puel connaît très bien Anderlecht pour l'avoir affronté avec Lille et de mon côté, je me rappelle l'Anderlecht-Lyon de 2004 où on avait été bougés. Et n'oublions pas que le retour est à Bruxelles où l'ambiance est comparable à celle de Geoffroy-Guichard (Saint-Etienne). "" Lyon est encore imparfait même si c'est loin d'être mauvais ", explique Duluc. " Cette équipe a moins de talent pur que l'an dernier et manque d'impact physique par rapport aux années Essien, Wiltord, Diarra. " " Je me range plutôt du côté des pessimistes ", ajoute Rezza. " Je crois que Lyon va connaître des ennuis sur phases arrêtées. Bon, il est certain que l'OL aurait pu tomber sur pire adversaire en tirant l'Atlético Madrid ou la Fiorentina. Au club, il espérait Timisoara ou Anderlecht. Ils ne peuvent donc pas faire la fine bouche. " Une élimination face aux Mauves signifierait la première crise sérieuse du Lyon d'Aulas au vu des 72 millions investis en transferts cet été. " Chez nous, c'est beaucoup plus tranquille que dans des clubs du sud comme Marseille et moins mouvementé qu'à Paris. Être sorti face à Anderlecht modifierait quand même la donne ", conclut Maurice. l par thomas bricmontLyon a longtemps porté l'étiquette de loser. (Serge Rezza, So Foot)Lyon a fait la différence dans les années 2000 grâce à son recrutement. (Florian Maurice)