Le télé crochet de M6 vient de débuter une nouvelle saison mais l'issue ne fait aucun doute. Rien ne sert de courir les castings de Nancy à Toulouse. Pour nous, la nouvelle star, c'est lui. Moussa Dembélé, 20 ans à peine. Cela fait quelques années qu'il répète ses gammes et tout le monde est d'accord : ce gars-là, il a de l'or dans les pieds. Mais personne ne le connaît. Car comme terrain de jeu, il a opté pour les Pays-Bas, après seulement 20 rencontres pour le Germinal Beerschot. Alors qu'en Wallonie, Dembélé, à part celui du Standard, on ne le remet pas. Et on le remet d'autant moins que les matches des Diables Rouges, là où il a l'occasion de se faire remarquer par la Belgique francophone, ne sont plus suivis que par un quartier de fidèles.
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Le télé crochet de M6 vient de débuter une nouvelle saison mais l'issue ne fait aucun doute. Rien ne sert de courir les castings de Nancy à Toulouse. Pour nous, la nouvelle star, c'est lui. Moussa Dembélé, 20 ans à peine. Cela fait quelques années qu'il répète ses gammes et tout le monde est d'accord : ce gars-là, il a de l'or dans les pieds. Mais personne ne le connaît. Car comme terrain de jeu, il a opté pour les Pays-Bas, après seulement 20 rencontres pour le Germinal Beerschot. Alors qu'en Wallonie, Dembélé, à part celui du Standard, on ne le remet pas. Et on le remet d'autant moins que les matches des Diables Rouges, là où il a l'occasion de se faire remarquer par la Belgique francophone, ne sont plus suivis que par un quartier de fidèles. Pourtant, Dembélé, c'est le Futur du football belge. Celui qui a appris le football dans la rue, qui a signé sa première carte d'affiliation à Berchem Sport avant de rallier la métropole anversoise, qui a choisi l'exil néerlandais un soir de 2005 en préférant le modeste club de Willem II à l'ogre anderlechtois, et qui, un an plus tard, filait à l'AZ, le club tendance des Pays-Bas (surtout depuis l'arrivée de Louis Van Gaal) pour y être élu, par les supporters, joueur de l'année en 2007. Situons encore le personnage avec des chiffres : sur le marché des transferts, on cite des sommes de transferts comprises entre 10 et 20 millions d'euros pour acquérir le nouveau crack. Alors que l'AZ vit sa crise d'adolescence - le club d'Alkmaar ne pointe qu'à la 13e position - son jeune attaquant surnage. Sa petite entreprise à elle ne connaît pas la crise. C'est la marque des tout grands. Ceux qui n'ont pas besoin que leur équipe soit en forme pour l'être également. Dembélé, pourtant, c'est aussi la simplicité et la coolitude incarnée. Pas de stress, pas de pression. Il le reconnaît, lui, le football, ça l'intéresse d'en jouer mais beaucoup moins d'en parler jour et nuit. La Ligue des Champions, il la regardera quand il la disputera. Pas avant. Rencontre avec un phénomène. Moussa Dembele : Je ne suis pas beaucoup en Belgique mais en Flandre, on me connaît. Je reçois beaucoup de demandes d'interviews de la part de la presse belge. En équipe nationale, oui. Les journalistes francophones viennent souvent prendre de mes nouvelles. Mais c'est vrai que je ne me rends pas compte si je suis ou non populaire en Belgique. J'ai simplement remarqué que le championnat néerlandais était très peu suivi dans la partie francophone du pays. Pendant sept ans, j'ai pratiqué du football en salle. Et puis, de 11 à 17 ans, j'ai beaucoup joué dans la rue. Et là, on apprend beaucoup. A évoluer dans des petits espaces. C'est obligé. On restait parfois trois, quatre heures et pendant ce temps, tu as plus de 1.000 fois la balle. Quand tu tentes quelque chose et que cela ne marche pas une ou deux fois, ce n'est pas grave. Cela passera à la cinquième fois. Sur grand terrain, c'est plus difficile puisqu'en une heure, tu ne touches que trois ballons. Je trouve que tout le monde devrait davantage jouer en rue dans sa jeunesse. Aujourd'hui, cette expérience m'aide beaucoup sur un terrain : je ne panique pas vite même quand je perds le ballon et puis, je suis confiant dans mes dribbles. J'ose dribbler. Sur le plan technique, j'ai plus appris dans la rue que dans mes différents clubs de foot. Pour éviter d'être frustré, je viens chercher le ballon. Je n'aime pas les footballeurs qui se cachent derrière leur homme. Chaque équipe a besoin de ses onze joueurs pour gagner. Pas question de se cacher. Il faut demander la balle, et ne pas avoir peur de tenter des choses. Même compliquées. Parfois, je remarque certaines formations qui ne font transiter le ballon que par un seul joueur. Comment voulez-vous qu'elles s'en sortent ! Je ne sais pas trop. Ici, les entraînements sont très durs. J'ai immédiatement senti que je faisais un pas en avant quand j'ai été transféré de Willem II, il y a un an et demi. Le noyau est talentueux, le niveau élevé mais sans doute le groupe était-il trop jeune et manquait-il de leaders. Non. C'est décevant. L'AZ avait pris l'habitude de se battre pour un trophée. Evidemment. Il veut que tout le monde se donne à 100 %. Si tu n'es qu'à 90 %, il te prend à part et te parle. Parfois, il te renvoie même chez toi. Il n'y a pas un jour où il lève le pied. Jamais, je ne l'ai entendu dire - aujourd'hui, ce sera tranquille. Et puis, il insiste sur la qualité des passes, par des petites séances. Nordin Boukhari ( NDLR : A l'AZ la saison passée, aujourd'hui au Sparta Rotterdam) a connu l'Ajax et Nantes et il m'a dit récemment qu'il n'avait jamais connu des entraînements aussi poussés. Nulle part. Ce n'est pas faux. Quand tu rates un contrôle, il te fait une remarque. Mais quand tu fais une très bonne passe, il est tout autant démonstratif. Il crie et dit - Wouaw, comment as-tu fait ? Tu es un magicien. Il te place sur un piédestal. C'est une façon de te donner plein de confiance. Bien. Mais avant qu'il intervienne, il doit te connaître. Il étudie les caractères de chacun et il agit en conséquence. Moi, il m'a analysé. Il a vu que j'étais calme et que j'écoutais ce qu'il me disait. Il s'est adapté à mon comportement. Moi, je me sens bien dans les deux positions. Cependant, on me considère davantage comme attaquant. Je m'en rends compte. Je dois marquer. C'est important et j'y travaille. Jour après jour. Mon ambition est d'aller plus haut et pour cela, je dois absolument marquer davantage. Je dois me focaliser sur cet objectif. Dans ma tête, je sais ce que je dois faire mais la volonté ne suffit pas. Je donne des assists et je me dis que c'est bon aussi. Cependant, ces dernières semaines surtout, j'essaie de ne penser qu'à marquer, à reproduire en match ce que j'apprends aux entraînements. Oui. Peut-être. Mais j'aime sentir et apprivoiser le ballon. J'en ressens le besoin. Je pourrais dormir dans la surface, attendre, surgir et marquer un but mais ce n'est pas mon style. Cependant, je suis un attaquant et je dois le rester. On me cite parfois dans des grands clubs mais ces derniers attendent des attaquants qu'ils marquent. Je ne dois pas l'oublier. ... ou au milieu ( il sourit). Pour moi, les deux postes se valent. Dans l'entrejeu, je ressens moins cette pression de marquer. Je peux garder le ballon. Mais peut-être ai-je besoin simplement à mes côtés d'un attaquant qui marque facilement. Et là, j'aurai trouver mon complément idéal. Non, je ne pense pas. C'est un élément positif de savoir jouer au même niveau à deux postes différents. Je dois simplement améliorer mon côté buteur. Et que ce soit comme médian ou attaquant, quand je marquerai plus, j'aurai passé un palier. L'entraîneur sait que je peux jouer aux deux positions. Je ne peux pas répondre à cette question. Je n'ai jamais connu de problèmes avec mon collègue d'attaque. Ces derniers temps, j'évolue aux côtés de Kevin Mirallas qui lui pense davantage à marquer. On est assez complémentaire. Je n'oublie pas que ce club m'a donné l'occasion de débuter. On n'efface pas la Belgique d'un trait. Je suis né là-bas. Mes amis y sont toujours. Mais cela ne s'est pas avéré trop difficile de quitter la Belgique. J'avais envie de jouer à un niveau supérieur. Je n'avais pas un bon feeling. Je sentais plus de confiance de la part de Willem II. Je savais qu'on allait disputer la Coupe UEFA. Et cela ne se situait qu'à 45 minutes de chez moi. Pas tellement plus loin que Bruxelles finalement. Oui. Elle sied mieux à mes qualités. Ici, on aime le jeu. En Belgique, on agit plus avec de longues balles. Si on prend le Standard il y a quelques années, les jeunes partaient car ils ne recevaient jamais leur chance. Mais le Standard a changé de vision. Les autres grands clubs belges aussi. Vincent ( NDLR : Kompany) et Anthony ( NDLR : Vanden Borre) sont passés par là et ont servi de déclic à ces clubs. Mais la Hollande, c'est encore autre chose. Ici, si tu es bon ou meilleur que ton concurrent direct, tu joues. Quel que soit ton âge ou ton expérience. En Belgique, d'autres critères interviennent encore trop souvent dans la sélection. Oui même si tu as 16 ans. Enfin, c'est comme cela dans les clubs dans lesquels j'ai évolué. Oui. Mais c'était une exception. Cependant, c'est vrai que je ne peux pas en vouloir au Germinal Beerschot. Mais avouez, c'est rare, non ? Je n'avais entraînement avec lui qu'une fois par semaine. Mais, on voyait qu'on avait affaire à quelqu'un de bon. Il m'a aussi donné envie de partir aux Pays-Bas. Car, comme il y avait un accord de coopération entre le Germinal Beerschot et l'Ajax, Tahamata essayait d'appliquer les mêmes séances apprises à l'Ajax. Il nous a appris la base de la technique. Le Germinal Beerschot est la première équipe belge à avoir compris qu'il fallait inculquer aux jeunes les fondements de la technique. Ici, tout le monde dispose d'une bonne base et aime le ballon. On voit donc plus de mouvements techniques, de une-deux. Les gens sont très directs, très francs. Au début, c'était un peu bizarre. Maintenant, je me suis adapté. Quand on me dit que j'ai été nul dans un match, je laisse couler. Avant, avec la même remarque, je ne dormais plus pendant 15 jours. Mais cette franchise a aussi des bons côtés. Les gens sont ouverts et disent plus facilement bonjour. Quand je vais acheter des vêtements chez Gucci à Anvers, on me regarde de travers. Pas aux Pays-Bas. Oui. On me reconnaît davantage en rue. Beaucoup de gens m'abordent. Pour le moment, on me demande pourquoi on ne gagne pas plus avec AZ. Moi, je ne lis pas de journaux et je ne regarde pas la télévision. Même les matches de Ligue des Champions. Quand on écrit que je suis une future star, je suis le dernier à l'apprendre. Je ne suis pas quelqu'un qui pense tout le temps au foot. Cela m'évite d'avoir de la pression. Je ne sais d'ailleurs pas ce que c'est. Je fais facilement la part des choses. Même après une lourde défaite, j'arrive à me concentrer sur le match suivant. Mon environnement m'apporte aussi beaucoup de calme et de sérénité. Ne jouez pas à l'oiseau de mauvais augure. Qui dit qu'on ne sera pas européen ? Moi, mon esprit est encore à AZ. Et puis, si on a encore Louis van Gaal comme entraîneur, je sais qu'il y aura encore de l'ambition dans l'équipe. Car lui, il ne se satisfera pas d'une place dans le ventre mou. par stéphane vande velde- photos: nike