Un vieux proverbe africain affirme qu'un homme sans racines et traditions ressemble à un Zèbre sans rayures. Le stade du Pays de Charleroi avait l'oeil humide d'émotion, dimanche passé, en songeant à deux de ses fils. L'un mettait un terme à sa carière en recevant le Standard : Dante Brogno. L'autre, Daniel Van Buyten, a à peine entamé la sienne sur la scène internationale en signant un but historique pour le compte des Diables Rouges en Ecosse. Son Glasgoal fera encore couler beaucoup d'encre et surtout de larmes de fierté à Froidchapelle, le repère de sa famille. Les deux gaillards sont très attachés à leur terroir, leur Pays Noir, et assumèrent un rôle en vue au coeur de la bataille des bassins qui a répondu à l'attente.
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Un vieux proverbe africain affirme qu'un homme sans racines et traditions ressemble à un Zèbre sans rayures. Le stade du Pays de Charleroi avait l'oeil humide d'émotion, dimanche passé, en songeant à deux de ses fils. L'un mettait un terme à sa carière en recevant le Standard : Dante Brogno. L'autre, Daniel Van Buyten, a à peine entamé la sienne sur la scène internationale en signant un but historique pour le compte des Diables Rouges en Ecosse. Son Glasgoal fera encore couler beaucoup d'encre et surtout de larmes de fierté à Froidchapelle, le repère de sa famille. Les deux gaillards sont très attachés à leur terroir, leur Pays Noir, et assumèrent un rôle en vue au coeur de la bataille des bassins qui a répondu à l'attente. Ce choc fut précédé par des brassées de fleurs et de compliments pour Dante et Daniel. Le coup de sifflet final de l'homme en noir déclencha une flopée de commentaires : "Pour moi et Laurent Wuillot, côté Standard, c'était spécial. Je n'oublierai jamais que j'ai fait mes débuts en D1 sous le maillot de Charleroi. Je sais, c'est assez sentimental, mais ça ne s'oublie pas. C'est marqué là dans mon coeur, même si je suis totalement Standardman. Je suis fier de jouer dans un tel club, je me sens bien à Sclessin mais, quand je le peux, je vais faire un petit tour à Charleroi. Même si je rentre souvent chez moi, je suis un Carolo heureux à Liège". Big Dan avait le sourire au Mambourg, dimanche passé, au terme d'un grand match mais surtout d'une longue semaine haute en couleurs.LUNDI"Je n'avais jamais vu autant de journalistes autour de moi qu'en Ecosse. Ils voulaient tout savoir à propos du but et des sentiments que cela déclencha en moi. Au retour, samedi soir, j'ai pris un peu de recul, c'était nécessaire, et j'ai été boire un verre avec Emile Mpenza au Mirano, je crois, à Bruxelles, le temps de retrouver mon calme. Cela n'a pas duré longtemps car j'avais besoin de repos et j'ai été dormir chez un cousin à Charleroi. Je me suis reposé le dimanche et je n'ai même pas eu le temps d'assister au Laetare (cortège) de Froidchapelle, dimanche. C'est important chez nous car tout le village participe à la tradition et les associations locales montrent leurs chars, etc. J'étais trop fatigué mais ma mère m'a affirmé qu'elle avait été vivement félicitée tous les dix mètres. Tout le monde voulait de mes nouvelles. Gentil. Je ferai tout afin d'assister au Laetare l'année prochaine, c'est promis. Il était temps de reprendre le travail au Standard. J'avais bien digéré tout ce qui s'était passé à Glasgow. Le premier à me féliciter le matin fut Didier Ernst. Depuis que Michel Preud'homme est là, nous déjeunons ensemble au club. Des croissants, du pain, des céréales et du café nous attendent et j'ai remarqué que plus personne n'arrive en retard. Vedran Runje m'a charrié en peu : -International, international, c'est bien mais il faudra aussi marquer des buts comme celui-là pour le Standard : à Charleroi, par exemple. Tout cela avec l'accent croate et en roulant les "r", c'était très amusant. Michel Preud'homme était heureux pour moi en me disant : -Je croyais que j'étais le fils spirituel de Robert Waseige, je vois qu'il en a un autre maintenant... A vrai dire, je me suis demandé pourquoi il me disait cela mais je ne savais pas que Waseige avait lancé mon coach en D1, le 21 août 1977, contre Boom avant de jouer à Anderlecht quelques jours plus tard. Mais je n'étais pas encore né. Mon père qui a été troisième gardien de l'Olympic avant de devenir catcheur professionnel connaît mieux les débuts de Preud'homme que moi. J'ai beaucoup apprécié les compliments de mon coach. Je voulais évidemment offrir le champagne pour mon premier but en équipe natinale mais Robert Prosinecki n'était pas revenu de Croatie et on a remis cela au jeudi. Entre les deux entraînements, j'ai vu pas mal de journalistes mais cela commençait à se calmer". MARDI"Un entraînement le matin au programme avec à la clef un match de deux fois trente-cinq minutes afin que nous puissions tous retrouver sensations et repères. Preud'homme a fait appel à quelques joueurs du noyau B. Tout s'est très bien passé et les Croates m'ont dit qu'on avait beaucoup parlé de mon but chez eux. Cela leur permet de rester dans le coup pour la première place de notre groupe. Nous nous chambrerons encore pas mal à ce propos. Je m'entretiens assez souvent avec Robert Prosinecki. Il a de l'expérience à revendre. Tout ce qu'il dit est intéressant. Ma maman est allemande et je parle couramment cette langue tout comme Robert qui est né et a vécu en Allemagne. Prosinecki m'a certifié que l'ambiance serait infernale à Zagreb lors du dernier match de notre poule de qualication. Peut-être mais je ne crois pas que ce sera plus fort qu'à Hampden Park où nous avons bien réagi dans une ambiance folle. Cela ne m'effraye pas, on verra. Le soir, je suis rentré à Froidchapelle pour la première fois de la semaine. Nous avons mangé calmement à quatre. Ce sont des moments importants car nous ne nous voyons pas assez souvent". MERCREDI"Un jour de congé, il faut en profiter et essayer de bien de reposer. J'ai retrouvé mon frère avec joie. Alain joue à l'Olympic de Charleroi mais je suis persuadé qu'il a le niveau de la D1 et des clubs anglais se sont intéressés à lui. Ce serait mérité et permettrait à l'Olympic de mettre du beurre dans les épinards. Les Olympiens en auraient bien besoin, dit-on à Charleroi. Ma joie est aussi celle de mon frère. Je la lui dédie car je sais que rien n'est facile pour lui. La famille, c'est sacré et je n'éprouve pas du tout le besoin de couper le cordon ombilical. Si j'en suis là, c'est grâce aux sacrifices de mes parents. J'habite à Liège et tout se fera très naturellement : mariage quand je rencontrerai l'âme soeur, etc. J'ai le temps. Quand je passe une soirée à la maison, on parle durant des heures de football. J'adore manger un bout en famille et rejoindre mon père dans sa chambre. Il regarde la télé et c'est le moment des confidences. Je lui dit tout car même s'il nous a élevé à la dure, papa est un ami. Je lui parle aussi de mes copines. C'est là un domaine que je n'aborde pas avec maman. Par pudeur, c'est plus facile entre hommes, je crois. A la maison, il y a eu pas mal de coups de fil de notre famille de la région anversoise (le terroir d'où sont orginaires les Van Buyten) et d'Allemagne où les proches de ma mère ont vu Ecosse-Belgique sur Eurosport. Mercredi après-midi, je me suis rendu à la Gazette des Sports afin de répondre aux questions des lecteurs. Le standard téléphonique a chauffé et j'ai eu beaucoup de réactions et de compliments de supporters de mon club mais aussi de Charleroi et d'Anderlecht, c'était chouette". JEUDI"Entraînement un peu plus corsé le matin. A midi moins le quart, tout le monde était là pour le verre de l'amitié. J'avais pris mes précautions en passant au Makro de Charleroi la veille. J'avais acheté six bonnes bouteilles de champagne, de la bière, des chips et autres machins à grignoter. Tous les joueurs de football n'aiment pas le champagne, ils se contentent de deux doigts et donnent ensuite la préférence à trois chopes. Luciano D'Onofrio et Tomislav Ivic sont venus nous dire bonjour à l'heure de cet apéro improvisé et qui a plu, je crois, aux joueurs. L'après-midi, il n'y avait pas de séance de travail et j'ai fait un saut jusqu'à Charleroi. Je constate que le derby wallon fait plus de remous dans le Pays Noir que du côté de Liège. Au Standard, les anciens, comme Jean Nicolay, regrettent le temps des vrais derbys entre le Standard et Liège. Il m'a dit que la ville en parlait deux semaines : huit jours avant le match pour faire des pronostics, huit jours après pour les commentaires. Le Standard considère que c'est un match comme un autre mais je sais ce qui se passe dans la tête des Zèbres qui ne sont jamais aussi motivés que lors de la visite d'Anderlecht ou du Standard. Dans la presse, en tout cas, on met la gomme. Ivic m'a félicité : -Continue comme cela c'est très bien". VENDREDI"Le grand sujet de conversation de la journée a finalement été le retrait de Dante Brogno. Sa décision était connue depuis plusieurs jours mais c'est en vue du match que nous en avons de plus en plus parlé. Tout le monde connaît Dante. Il ne laisse personne indifférent. On l'adore ou on n'aime pas son style mais on parle de lui. Je ne vois pas un joueur ayant un crochet plus redoutable. Il dépose un arrière le derrière dans l'herbe quand il le veut. Dante n'est jamais aussi redoutable que quand il entre de biais dans le rectangle. Son tir est remarquablement croisé et tous les gardiens ont des problèmes avec sa force de frappe. Il aurait pu choisir un autre match pour célébrer ses adieux. Je suppose qu'il fera tout pour transformer le match de dimanche en soirée de gala qu'on racontera encore aux enfants du Pays Noir dans cent ans. Il en est capable. Je me méfie de lui mais je l'admire et je lui dois pas mal de choses. Charleroi, c'est Brogno et Brogno, c'est Charleroi. Il incarne la région comme personne. Dante est très important dans le vestiaire car il dope tout le monde. Il m'y avait reçu avec un grand sourire et me prodigua souvent de bons conseils. C'était un regard, un petit mot, une explication : quand un jeune débarque dans un vestiaire, cela fait plaisir. Pour moi, Dante Brogno, c'était un peu Dieu à Charleroi. Dimanche soir, je lui serrerai évidemment la main mais pas de cadeaux dès que le match commencera. Dernier match de mon ami Dante ou pas, le Standard jouera à Charleroi pour gagner car nous nous battons pour décrocher une place en coupe d'Europe".SAMEDI"Léger entraînement à quinze heures et derniers réglages avant le départ vers Charleroi. Le Standard s'est calmement installé au Business Hotel, pas très loin du stade. On sent que la tension monte mais rien de très grave, il nous reste plus de vingt-quatre heures avant le match. Il y a un petit bout de temps maintenant que je partage la chambre avec Filip Susnjara. Notre gardien réserviste est un exemple de calme et de sportivité. Il travaille beaucoup et attend sa chance derrière Runje. Pas facile mais il garde le sourire. Susnjara parle très bien anglais. Je me perfectionne dans cette langue. Filip est d'une gentillesse proverbiale. Il ne regardera jamais un émission de télé sans me demander mon avis. J'ai lu la presse. Les ambitions des deux clubs sont évidentes. Ma mère découpe tous les articles qui me concernent de près ou de loin. Charleroi vit pour le football mais la ferveur des supporters est encore bien plus forte à Liège où je suis constamment accosté par les supporters. Sympa. Michel Preud'homme prépare ses matches à la Waseige. Tout est bien réglé, rien n'est laissé au hasard mais on parle d'abord des points forts du groupe. Il accorde beaucoup d'importance au dialogue, à la préparation mentale de son groupe. Le Standard est d'abord offensif. Cela ne répond pas toujours parfaitement à l'attente mais cela nous permet parfois de redresser le tir dans des conditions devenues très difficiles. Samedi soir, nous avions tous une idée plus précise de l'importance de notre boulot à Charleroi. Tout aurait été plus simple si ce diable de Dante Brogno n'avait pas décidé de mettre un terme à sa carrière. Charleroi était au plus mal après une série difficile. Cette crise a été oubliée par la bombe médiatique que Dante Brogno a lancée. Il a réveillé toute la région qui se fera un plaisir de faire corps autour de son équipe. Et quand Charleroi se transcende, cela signifie quelque chose. Il y a une semaine, j'étais à Glasgow. Huit jours, cela passe vite, j'ai apprécié mais je ne me suis pas pris la tête. La vie continue. Certains journaux estiment que j'intéresse de grands clubs à l'étranger. Tout le monde sait que j'aimerais jouer un jour en Allemagne. Je crois que cela ferait plaisir à ma mère. Mon téléphone n'a pas arrêté de sonner. Un tel ou un autre a un club pour moi. Cela ne m'intéresse pas du tout pour le moment. Je dois encore faire mon trou et progresser tant au Standard qu'en équipe nationale. Je ne veux pas attacher la charrue avant les boeufs Et, de toute façon, j'aiguille les appels des managers des quatre coins de l'Europe vers mon agent: Roger Henrotay. Je n'ai pas le temps de m'occuper de tout cela. Charleroi-Standard est bien plus important que de vagues promesses. Si on gagne, Gand sera rélégué à cinq points au classement général". Dia 1Pierre Bilic