Il était arrivé précédé d'une réputation relativement flatteuse. L'été dernier, plusieurs clubs cherchaient à acquérir ses services. En Belgique, on le connaissait mal, mais on s'était dit qu'un joueur qui termine à la troisième place du classement des buteurs du National (l'équivalent de la D3) devait, compte tenu de la valeur du championnat de France, être un attaquant de talent. A Mouscron, cette saison, on n'a pas vu grand-chose de ses capacités.
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Il était arrivé précédé d'une réputation relativement flatteuse. L'été dernier, plusieurs clubs cherchaient à acquérir ses services. En Belgique, on le connaissait mal, mais on s'était dit qu'un joueur qui termine à la troisième place du classement des buteurs du National (l'équivalent de la D3) devait, compte tenu de la valeur du championnat de France, être un attaquant de talent. A Mouscron, cette saison, on n'a pas vu grand-chose de ses capacités.Blessé au tendon d'Achille pendant la période de préparation, ayant souffert des abdominaux en cours de saison et barré par le duo Jestrovic- Zewlakow en pointe, il n'a guère eu l'occasion de se mettre en évidence. Actuellement, il profite de la blessure de Jestrovic pour essayer de s'illustrer et -qui sait?- marquer des points en vue de la saison prochaine. "Je n'ai jamais souhaité de blessure à personne, mais il est clair que l'indisponibilité de Nenad sert mes intérêts. J'ai l'occasion de jouer jusqu'à la fin de la saison, mais je ne regarde pas encore aussi loin que la saison prochaine. Si Mouscron décidait d'engager un nouvel attaquant, je le comprendrais parfaitement. Il n'y a jamais trop d'attaquants dans un club. L'essentiel, pour moi, est de ne plus être blessé afin que je puisse défendre mes chances à armes égales. On ne peut pas me juger sur ce que j'ai montré cette saison. Si j'avais pu effectuer la préparation comme tout le monde, on aurait vu le vrai Claude Bakadal. A Mouscron, les supporters n'ont vu qu'un joueur à la recherche de sa condition. Autant dire qu'ils n'ont encore rien vu". Le vrai Claude Bakadal, à quoi ressemble-t-il? "A un attaquant qui marque. Dans quel style? Je laisse aux observateurs le soin de le découvrir. Je sais que j'ai des qualités, mais ce n'est pas à moi à parler de mes points forts et de mes points faibles. La confiance est souvent gage de réussite. Il m'est arrivé d'inscrire des buts à la suite d'une action que, cette année, je n'aurais même pas osé tenter. Une frappe puissante, un coup de tête précis ou une bicyclette spectaculaire? Pour moi, qu'il soit inscrit du nez, du genou ou du postérieur: un but, c'est un but. Dans mes clubs précédents, j'ai toujours inscrit au moins une quinzaine de goals par saison. Je n'y suis pas parvenu cette fois et pas uniquement parce que j'évoluais à un niveau supérieur. Les blessures ont joué un grand rôle. L'équipe s'est formée sans moi. Je ne veux pas, non plus, crier à l'injustice. Les joueurs qui ont évolué à la pointe de l'attaque méritaient d'être titularisés. Lorsqu'un entraîneur possède deux attaquants qui inscrivent respectivement 20 et 15 buts, il est normal qu'il leur fasse confiance. Lorsque j'ai joué, j'ai alterné le bon et le moins bon. Un peu à l'image de l'équipe. Un attaquant est aussi tributaire de ses partenaires, puisqu'il doit être servi". Le bon, c'était notamment au Lierse et contre La Gantoise : "D'accord sur ce point. Mais une saison ne se joue pas sur deux matches. Il faut être régulier sur toute la durée du championnat". Le moins bon, à Beveren et à Harelbeke : "A Beveren, j'avais évolué comme demi gauche, à une place qui ne me convenait qu'à moitié. A Harelbeke, j'étais face à une équipe qui jouait en défense, j'ai reçu peu de ballons et le terrain était dans un piteux état".Claude Bakadal doit aussi essayer de faire ses preuves au sein d'une équipe où ses partenaires sont déjà démobilisés, ce qui n'est pas évident : "Mais je ne veux pas chercher d'excuses de ce genre".Contre La Gantoise, Hugo Broos avait modifié son système de jeu et avait installé Claude Bakadal seul en pointe, avec Dejan Mitrovic et Polo Nzuzi en soutien d'attaque derrière lui. Cela n'avait pas trop mal fonctionné. "En fait, c'était la première fois que j'évoluais ainsi comme véritable attaquant. A Grenoble, c'était plutôt moi qui tournais autour d'un pivot. Précédemment, j'avais aussi évolué un peu décentré sur la gauche. Mais ce 4-3-3 m'avait assez bien plu". Son vrai départ en Belgique, Claude Bakadal le prendra sans doute en juillet prochain. Pour cela, il entend bien se présenter à la reprise des entraînements en pleine possession de ses moyens. "Cet été, je passerai une partie de mes vacances au Cameroun, chez mes parents. C'est la première fois que je me rendrai dans le pays de mes ancêtres et c'est un événement. Mais je ne lâcherai pas la bride complètement. La saison dernière, il est exact que je n'avais pas entretenu ma condition durant les vacances. Je sortais d'une saison difficile et harassante, et j'avais besoin de décompresser. Les vacances, ce sont les vacances! J'ignore si ce laisser-aller était réellement à l'origine de ma blessure, mais bon: c'est le passé". Honnête avec lui-même, Claude Bakadal n'est pas du genre à se prendre la tête : "Vous savez, moi, je joue au football pour mon plaisir. Je n'ai jamais voulu faire les centres de formation parce que j'étais bien tranquille chez moi, que je jouais avec mes copains et que cela suffisait à mon bonheur. Je n'ai commencé à gagner ma vie grâce au football que depuis quatre ans, lorsque j'ai signé à Evry en D4 parce qu'on m'avait dit: -Viens, tu seras payé et tu ne devras plus aller travailler! A partir du moment où j'ai été payé, le football a cessé d'être un hobby pour devenir un métier. Mais le jour où je n'éprouverai plus de plaisir sur le terrain, j'arrêterai. Du plaisir, j'en ai eu peu cette saison puisque j'ai peu joué. Mais je ne suis jamais venu à l'entraînement avec des semelles de plomb". Contre La Gantoise, voici quinze jours, Claude Bakadal a enfin vaincu le signe indien: après avoir régulièrement trouvé le chemin des filets avec l'équipe Réserve, il a enfin marqué son premier but en D1. "Si cela m'a libéré d'un certain poids? Je n'irai pas jusque-là. J'ai surtout été libéré lorsque je n'étais plus blessé. Car, pour le reste: zéro but ou un but à son compteur, quelle est la différence? C'est la différence entre rien et presque rien. En outre, ce n'était pas un but qui a permis à l'équipe de remporter la Coupe d'Europe. Il n'a même pas permis de remporter un match de championnat de Belgique. Il n'y avait pas de quoi faire trois fois le tour du terrain. Quant à mes buts en Réserve: ils comptent pour du beurre, en ce qui me concerne. Je me rappelle de certains matches où j'en ai inscrit deux ou trois, mais même si j'en avais inscrit dix au cours de la même rencontre, ils ne signifieraient rien à mes yeux. Je ne suis pas venu à Mouscron pour jouer en Réserve. C'était simplement un passage obligé parce que je relevais de blessure".Bakadal est déçu de cette saison : "De mes prestations personnelles, mais aussi du fait que le club n'a pas atteint son objectif. J'avais été engagé pour inscrire des buts et aider Mouscron à devenir européen. Nous avons échoué et je dois reconnaître honnêtement que je n'ai pas pu apporter ma contribution à la réalisation de cet objectif. Nous avions pourtant un bon groupe. Qu'a-t-il manqué? Une véritable solidarité, l'envie de se surpasser sur le terrain et de se sacrifier l'un pour l'autre. On m'a dit que c'est précisément ce qui faisait la force de Mouscron, les années précédentes. Je ne peux pas en parler puisque je n'y étais pas. J'ignore également si cela aurait été mieux avec Yves Vanderhaeghe : je ne l'ai pas connu. Je ne fais que constater ce que j'ai vu cette saison. J'ai connu des ambiances pires que celle-ci. L'an passé, en début de saison à Grenoble, il y avait des joueurs qui ne se parlaient pas. On s'adressait la parole une demi-heure avant le match, parce qu'on était bien obligé de jouer ensemble et qu'il fallait mettre un dispositif au point, mais c'est tout. A ce niveau-là, à Mouscron, c'était bon enfant. Tout le monde s'est toujours parlé. Mais je n'ai pas trouvé cette foi qui renverse les montagnes. J'espère que ce sera le cas la saison prochaine". Il reste deux ans de contrat à Claude Bakadal pour prouver aux recruteurs mouscronnois qu'ils ne se sont pas trompés à son égard. "On a coutume de dire que les années se suivent et ne se ressemblent pas. Alors, pourquoi pas? La saison dernière, j'étais parmi les meilleurs buteurs du championnat. Cette année, je n'ai pas marché. Maintenant, je devrai rebondir. Que j'inscrive dix, quinze ou vingt buts, peu importe. Pourvu que l'équipe réalise un bon championnat. C'est ce qui compte avant tout, car le football est un sport d'équipe. Si l'on fait du sport dans le simple but de mettre sa gueule en évidence, il faut faire du tennis!"Daniel Devos