Ça démarre dans 48 h, et un seul conseil : démarrez mollo ! Car bien gérer le Mondial à la télé depuis que 32 équipes le disputent, c'est d'abord ne pas commettre l'erreur jadis grossière des célèbres noceurs de Cana : lesquels commencèrent bêtement par se défoncer à la piquette, et se retrouvèrent prématurément bourrés pour apprécier le bon vin quand Jésus se décida enfin à le sortir de sa cave miraculeuse !
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Ça démarre dans 48 h, et un seul conseil : démarrez mollo ! Car bien gérer le Mondial à la télé depuis que 32 équipes le disputent, c'est d'abord ne pas commettre l'erreur jadis grossière des célèbres noceurs de Cana : lesquels commencèrent bêtement par se défoncer à la piquette, et se retrouvèrent prématurément bourrés pour apprécier le bon vin quand Jésus se décida enfin à le sortir de sa cave miraculeuse ! Je rappelle donc que les choses sérieuses ne commenceront qu'en huitièmes de finale : et qu'avoir ingurgité avant cela 48 des 64 matches en 15 jours, ça peut vous rester sur l'estomac et vous saturer fortement la footballite aiguë, au moment même où la concentration sera censée s'accentuer ! Si vous insistez pour me voir taquiner le pronostic quoique ce sport soit proche du jeu de dés, j'avancerai l'Allemagne sans me mouiller, planqué à l'abri de mon vécu statistique : j'ai dévoré dix Mondiaux depuis 1966 pour voir 6 fois la Mannschaft en finale (record absolu sur ce laps)... et pour toujours assister à la victoire du pays organisateur (soit 4 fois) dès le moment où il atteignait cette finale ! Vous m'objecterez que les 23 Allemands sont pour la plupart d'anonymes tâcherons ne jouant même pas au Bayern, que le seul expatrié avec Jens Lehman est ce Robert Huth qui cire le banc de Chelsea, ou que le jeu collectif déployé est à l'image de Torsten Frings, affriolant comme un bunker. Tout est vrai, mais ça paie : en 2002, ces mêmes Allemands peu médiatiques ont réussi à nous ennuyer jusqu'en finale. Evidemment, je préférerais le triomphe d'un Brésil spectaculaire, dont je fais par ailleurs mon favori de rechange ! Mais je dis bien spectaculaire ! Car, entre constater sur papier la réputation de surdoués qu'ont ses nombreuses individualités, et ployer durant la compétition sous le charme de Brésiliens balayant réellement tout sur leur passage et par leur brio,... il y a souvent de la marge : de 1994 à 2002, le Brésil passa par le chas de l'aiguille plus souvent qu'il séduisit vraiment. Il fut le plus chanceux des favoris bien davantage que le meilleur d'entre eux. A propos de favoris, remarquons que le Mondial ne leur échappe jamais. Mis à part l'Uruguay durant la Préhistoire, jamais un second couteau n'a encore réussi au Mondial ce à quoi sont parvenus Tchécoslovaquie, Danemark ou Grèce à l'Euro : le vainqueur du Mondial n'est jamais insolite,... même s'il serait chouette que 2006 (via le Portugal ?) bousille la tradition ! Moins aléatoire que le pronostic du vainqueur, plus fatal, est celui concernant le déroulement global de la compétition. On marquera entre 150 et 180 buts, dont 70 à 75 % se concluront en mouvement à l'intérieur du grand rectangle ! Une quarantaine d'entre eux seront davantage chanceux que réellement construits, l'inévitable dizaine d'auto buts n'en étant que la manifestation la plus évidente. En un mois, vous verrez une douzaine de coups de tête victorieux sur coup de coin, de 5 à 10 coups francs directs convertis proprement, environ 25 penalties transformés dont un tiers virulemment contestés. Vous nagerez dans le bonheur lors des 2 ou 3 matches à suspense avec plus de 4 buts marqués,... et vous n'échapperez pas aux nombreuses autres rencontres qui rétabliront la moyenne inévitable : 2,2 au pire, 2,9 au mieux ! Enfin, lorsque nous en aurons terminé avec la grande kermesse des poules, je vous fiche mon billet que 4 au moins des 16 rencontres restantes se dénoueront par la loterie des tirs au but. Environ quatre cartes jaunes par match, une rouge tous les trois matches, et les polémiques qui cartonneront : l'arbitrage sera comme d'hab' équivoque autant qu'imparfait. On écarquillera les yeux comme s'il s'agissait d'un chancre nouveau, en ayant oublié le bordel de 2002 comme on avait oublié en 2002 celui de 1998 ! La passion du foot s'alimente entre autres d'un refus de mémoire : sur ce refus repose notre faculté de ré-enthousiasme quadriennal. Amusez-vous donc bien, malgré l'absence des Diables : et consolez-vous via les 27 joueurs sur 736 (et j'en ai peut-être oublié !) qui passent ou sont passés par notre championnat ! On a le chauvinisme qu'on peut. bernard jeunejean