"C'est injuste !" Thomas Meunier (20 ans) a le masque après la défaite de Bruges. " Nous sortons une de nos meilleures prestations et tout ça pour se faire à nouveau distancer au classement. " Les Mauves ont remporté le sommet en jouant à la brugeoise : un but rapide puis le contrôle intelligent des opérations et l'une ou l'autre contre-attaque.

Arrivé l'été dernier de D3, le Luxembourgeois était sur la pelouse au coup d'envoi. Malgré sa jeunesse et son manque de vécu, il a un temps de jeu XXL. Et s'il marque peu (sa première lacune), il est un maillon essentiel dans la machine de Christoph Daum.

Jacobs : " Victoire de la maturité "

Ariel Jacobs dit que la victoire mauve est celle de la maturité. Tu le suis ?

Thomas Meunier : J'ai vu deux équipes matures ! Et surtout un Club qui en voulait. Nous avons fait le jeu, assumé, comme un grand qui joue à domicile. Malheureusement, il y a eu un moment creux : la phase qui amène le but d'Anderlecht. Ils font un une-deux en marchant, notre défense les regarde et Dieumerci Mbokani nous crucifie. J'ai l'impression qu'ils étaient venus pour prendre un point, pas nécessairement pour gagner.

Le match était haché, nerveux, avec beaucoup de fautes et de déchets techniques.

Dans les deux camps, nous aurions dû essayer de faire la différence autrement. Au bout du compte, nous n'avons pas eu beaucoup d'occasions franches. Nous avons souvent tourné autour du rectangle d'Anderlecht, mais sans être assez menaçants.

Tu trouves que c'était un beau sommet ?

Les deux équipes sont allées au charbon, donc oui !

Daum : " Incapacité "

Tu es d'accord avec Daum quand il dit que Bruges est incapable de mieux jouer ?

Je ne pense pas qu'il ait raison. Mais c'est difficile de faire mieux parce que le temps manque. Il nous faudrait une préparation complète pour tout mettre en place. La première mission de Daum était de prendre peu de buts, d'améliorer une défense qui faisait parfois n'importe quoi : ça a marché. Ensuite, il fallait en marquer un peu plus : c'est bon aussi. Il y a assez de qualités pour jouer un autre foot mais il faut du temps. Donc, la manière, c'est pour plus tard. Si tout le monde reste et si le staff ne change pas, on verra un autre Club la saison prochaine : ce sera plus spectaculaire, c'est certain.

Les joueurs se moquent du manque de spectacle à partir du moment où les primes tombent, non ?

Quand tu prends trois points, tu es satisfait, mais pas à 100 %. Tu voudrais prendre plus d'initiatives, penser à te faire plaisir. Mais on te bloque un peu. Enfin bon, ce sont des idées que tu arrives plus ou moins à mettre de côté si les résultats sont là.

Ce jeu terne dans beaucoup de matches est étonnant avec autant d'artistes !

Oui, il y a des gars qui pourraient enflammer les matches mais le coach leur demande de la simplicité et de l'efficacité. Si tout le monde cherche à faire son petit numéro, ça n'ira pas. Moi, ce style ne me dérange pas : tout en étant défensifs, nous essayons quand même d'être offensifs... Ça joue en une ou deux touches, nos contres sont bien menés ça part rapidement en profondeur, c'est du foot direct.

Vous êtes sensibles aux critiques ?

Les journaux vont parfois trop loin, ils ne tiennent pas compte des conséquences sur des gars fragiles. Certains se jettent sur la presse dès qu'ils arrivent au stade, inquiets à l'idée qu'on continue à les démolir.

Riga, Sollied, Been : " Bruges surpayé "

Des entraîneurs aussi détruisent le système Daum ! Vous faites un nul au Standard, puis José Riga dit que son équipe a dominé pendant une heure et demie et que Bruges ne s'était déplacé que pour un point.

Le Standard méritait de gagner mais nous n'avons joué qu'une fois en tablant sur un nul : à Hanovre. Dans tous les autres cas, il y a deux priorités : 1. Ne pas encaisser ; 2. Voir ce qu'on peut faire devant.

Mario Been quitte Bruges sur une défaite en play-offs et lâche que c'est honteux de pratiquer un jeu pareil à domicile, de jouer autant dans son camp avec ce statut !

Nous avons reculé en deuxième mi-temps mais ce n'était pas une consigne, c'était inconscient. Et ça s'est souvent produit. L'adversaire attaque en bloc et, sans nous en rendre compte, notre bloc recule au lieu d'aller à la confrontation. En général, c'est en revoyant le match que nous nous rendons compte à quel point nous avons joué bas. Maintenant, Been ne doit pas exagérer. Avoir 60 ou 65 % de possession de balle et venir souvent jusqu'à notre rectangle, mais être incapable de concrétiser, ça ne sert à rien non plus.

Après votre victoire contre Gand, Sollied dit que Bruges n'a pas été dangereux, que vous avez une nouvelle fois tiré le rideau après avoir marqué.

Si nous sommes concrets ce jour-là, nous marquons quatre ou cinq buts. Et Gand a eu combien d'occasions ? A part un penalty qu'on ne leur a pas donné et l'un ou l'autre tir lointain, je n'ai rien vu. Il faut rester honnête, ne pas simplifier en disant que Bruges casse systématiquement le jeu.

Jorgacevic : " Anderlecht champion "

Bojan Jorgacevic dit la même chose que presque tous les joueurs de Bruges : " Le titre est promis à Anderlecht ". C'est un discours qu'on vous a imposé ?

On nous a simplement demandé de nous contenir dans nos déclarations, de ne pas paraître arrogants. Dire qu'Anderlecht est favori est logique pour 75 % des gens. Cette équipe a dominé la phase classique. La pression est là-bas, pas ici. Nous n'avons rien à perdre, ce sera bien pour Bruges si nous terminons deuxièmes. Pour Anderlecht, par contre, ne pas gagner le championnat serait un gros problème.

Tu as été un des seuls Brugeois à dire qu'il fallait viser le titre.

J'ai tenu ce discours-là dès le début de la saison.

Et Daum t'a recadré... Pour lui, la troisième place serait déjà un pas en avant.

Nous n'avons pas la même personnalité... (Il rigole). Il est sans doute moins direct, plus prudent. Moi, je me jette plus facilement à l'eau.

Il cherche à rejeter la pression sur Anderlecht ?

La pression est sur eux, pas sur nous. Tout le monde court après Anderlecht, personne ne court derrière Bruges.

Avec quatre points de retard, vous êtes quand même mal embarqués !

Pas d'accord. Il en reste 15 à prendre. Bruges va encore en abandonner en cours de route. Mais Anderlecht aussi ! Enfin bon... il faudrait peut-être arrêter de miser sur des faux pas du rival et ne compter que sur soi-même !

Albert : " Meunier meilleur Brugeois "

Philippe Albert affirme que tu es le meilleur Brugeois de la saison. C'est la solidarité luxembourgeoise ?

Peut-être... Mais je ne suis pas trop d'accord : il y a Ryan Donk, Carl Hoefkens, Lior Refaelov, ce n'est pas rien. Il veut sans doute dire que celui qui a le plus progressé. J'arrive de D3 et j'ai été titulaire près de 20 fois. Je ne m'attendais pas à jouer autant. Mon but était de m'entraîner avec les A et de jouer avec les B. Je n'ai jamais mis les pieds en B ! J'ai toujours été sur la feuille. En octobre, j'avais déjà réalisé mon objectif.

Tu avais signé jusqu'en 2015 et le Club t'a déjà prolongé d'un an.

Même si on ne m'avait offert que trois pâquerettes en plus, j'aurais prolongé.

Tu n'as jamais joué à ta vraie place...

C'est vrai, le flanc, c'est nouveau pour moi. J'ai toujours été soutien d'attaque ou avant de pointe. Mais quand j'ai appris les transferts de Björn Vleminckx et de Refaelov, je me suis dit que ça n'allait pas être simple. Je ne me suis pas énervé quand Adrie Koster m'a demandé de m'installer sur un flanc. Il aurait même pu me mettre au back droit ! Refaelov était aussi arrivé comme numéro 10 mais il ne doit pas avoir joué plus de trois matches dans ce rôle.

Qu'est-ce qu'il te manque par rapport à un vrai ailier comme Nabil Dirar ?

Dirar est une machine à centrer, ses ballons sont précis, il sait déborder puis expédier un caviar vers l'attaquant de pointe, garder la balle, dribbler, pistonner le long de sa ligne pendant tout un match. Moi, même inconsciemment, j'ai tendance à rentrer dans le jeu.

Il y a peu de vrais ailiers dans le noyau...

... depuis le départ de Dirar, il reste Maxime Lestienne.

Koster a pourtant une tradition de 4-3-3 : erreurs de casting pendant l'été ?

Ce n'est pas grave, d'autres joueurs ont été formés en cours de saison pour jouer sur les flancs.

Cela peut expliquer le début de championnat compliqué ?

Non. Le gros problème, c'étaient les insuffisances dans le travail défensif. Par exemple, Refaelov. C'est un truc qu'il n'avait jamais appris. Il avait un bon apport offensif mais il ne jouait que quand il avait le ballon, il jouait à la baballe.

Hoefkens : " Anderlecht en appel "

Ils perdent les pédales à Bruxelles quand ça va moins bien ?

Tu peux commencer à te poser plein de questions quand tu rates tes débuts dans les play-offs après avoir dominé le championnat régulier. Maintenant, dire qu'Anderlecht est subitement devenu très mauvais... C'est malsain : ils peuvent gagner cinq matches, mais s'ils enchaînent avec un nul, on les allume directement. Il n'y a pas de pitié dès que ça concerne Anderlecht. On les démolit en début de play-offs puis on en refait une équipe sensationnelle parce qu'elle gagne à Gand. Ensuite, c'est à nouveau la fin du monde parce qu'elle perd contre Genk. Mais les joueurs de Genk ne sont pas des culs-de-jatte ! On ne prend pas assez de recul.

Avant le match de ce dimanche, Carl Hoefkens avait dit qu'Anderlecht irait en appel s'il perdait...

(Il éclate de rire). Anderlecht a été malin en faisant appel pour que Marcin Wasilewski puisse continuer à jouer. Je suppose que Bruges aurait fait la même chose si ça avait concerné Hoefkens, Donk ou un autre pilier.

Un club du niveau d'Anderlecht ne devrait pas être plus sport, accepter la sanction vu la gravité de la faute ?

Le plus dommage pour moi, c'est l'attitude de la Fédération. Quand tu donnes un coup aussi violent, tu ne devrais même pas avoir l'occasion d'aller en appel.

Tu as peur quand tu joues contre une brute pareille ?

Tu ne peux pas avoir peur. Si tu crains, tu te retires chaque fois que tu te retrouves en face de lui et tu marches dans son jeu, dans son intimidation, et tu ne fais rien de bon.

Et si tu ne te retires pas, tu sors peut-être avec le nez cassé ou deux dents en moins...

A toi de lui rentrer dedans. Tu ne peux pas tomber dans son piège. Il veut jouer costaud ? Alors, toi aussi, tu joues costaud ! Si tu prends un mauvais coup, tu te relèves et tu essaies de trouver une autre solution pour le déstabiliser.

Il n'y a pas d'adversaires qui te font peur ?

Des défenseurs ? Non. Par contre, il y a parfois des gardiens qui me font froid dans le dos. Quand Sinan Bolat sort, par exemple, ça peut être dangereux.

Refaelov : " Fallait sauter "

Après avoir percuté Logan Bailly, Refaelov a dit : " J'aurais dû sauter, mais je voulais tellement marquer... "

Sur le terrain, nous avons tous vu qu'il était trop court pour avoir le ballon. Il s'est quand même jeté en espérant une erreur de Bailly. Quand il tend la jambe, Refaelov n'a pas décidé de casser la tête de l'adversaire, mais dans le feu de l'action, tu ne penses pas à tout.

On est en plein dans la perte de lucidité !

Dans les moments chauds, tu agis, puis tu réfléchis. Moi comme les autres. Sur un duel de la tête, je saute et je peux mettre des coups de coude. Ce n'est pas volontaire, plutôt un mouvement automatique qu'on t'apprend à l'entraînement.

La place en pointe qui aurait pu être pour toi est pour Joseph Akpala. Comment tu expliques sa métamorphose ?

Bruges avait transféré Vleminckx, le meilleur buteur des Pays-Bas : il fallait le faire jouer. Puis, Akpala a montré aux entraînements qu'il était meilleur et on l'a installé dans l'équipe.

Il est pourtant techniquement limité et rate des occasions faciles.

Mais son placement est super intelligent, c'est un de ses secrets. Et il est toujours en mouvement. S'il n'arrive pas à aider dans le jeu offensif, il se tape du travail de récupération. Il me fait penser à... Wayne Rooney. Lui aussi a des lacunes techniques et loupe des buts faciles, mais il court partout, décroche et peut faire mal sur coups francs et penalties. Akpala a également une excellente frappe !

PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE

" Si tout le monde cherche à faire son petit numéro, ça n'ira pas non plus. "

"C'est injuste !" Thomas Meunier (20 ans) a le masque après la défaite de Bruges. " Nous sortons une de nos meilleures prestations et tout ça pour se faire à nouveau distancer au classement. " Les Mauves ont remporté le sommet en jouant à la brugeoise : un but rapide puis le contrôle intelligent des opérations et l'une ou l'autre contre-attaque. Arrivé l'été dernier de D3, le Luxembourgeois était sur la pelouse au coup d'envoi. Malgré sa jeunesse et son manque de vécu, il a un temps de jeu XXL. Et s'il marque peu (sa première lacune), il est un maillon essentiel dans la machine de Christoph Daum. Thomas Meunier : J'ai vu deux équipes matures ! Et surtout un Club qui en voulait. Nous avons fait le jeu, assumé, comme un grand qui joue à domicile. Malheureusement, il y a eu un moment creux : la phase qui amène le but d'Anderlecht. Ils font un une-deux en marchant, notre défense les regarde et Dieumerci Mbokani nous crucifie. J'ai l'impression qu'ils étaient venus pour prendre un point, pas nécessairement pour gagner. Dans les deux camps, nous aurions dû essayer de faire la différence autrement. Au bout du compte, nous n'avons pas eu beaucoup d'occasions franches. Nous avons souvent tourné autour du rectangle d'Anderlecht, mais sans être assez menaçants. Les deux équipes sont allées au charbon, donc oui ! Je ne pense pas qu'il ait raison. Mais c'est difficile de faire mieux parce que le temps manque. Il nous faudrait une préparation complète pour tout mettre en place. La première mission de Daum était de prendre peu de buts, d'améliorer une défense qui faisait parfois n'importe quoi : ça a marché. Ensuite, il fallait en marquer un peu plus : c'est bon aussi. Il y a assez de qualités pour jouer un autre foot mais il faut du temps. Donc, la manière, c'est pour plus tard. Si tout le monde reste et si le staff ne change pas, on verra un autre Club la saison prochaine : ce sera plus spectaculaire, c'est certain. Quand tu prends trois points, tu es satisfait, mais pas à 100 %. Tu voudrais prendre plus d'initiatives, penser à te faire plaisir. Mais on te bloque un peu. Enfin bon, ce sont des idées que tu arrives plus ou moins à mettre de côté si les résultats sont là. Oui, il y a des gars qui pourraient enflammer les matches mais le coach leur demande de la simplicité et de l'efficacité. Si tout le monde cherche à faire son petit numéro, ça n'ira pas. Moi, ce style ne me dérange pas : tout en étant défensifs, nous essayons quand même d'être offensifs... Ça joue en une ou deux touches, nos contres sont bien menés ça part rapidement en profondeur, c'est du foot direct. Les journaux vont parfois trop loin, ils ne tiennent pas compte des conséquences sur des gars fragiles. Certains se jettent sur la presse dès qu'ils arrivent au stade, inquiets à l'idée qu'on continue à les démolir. Le Standard méritait de gagner mais nous n'avons joué qu'une fois en tablant sur un nul : à Hanovre. Dans tous les autres cas, il y a deux priorités : 1. Ne pas encaisser ; 2. Voir ce qu'on peut faire devant. Nous avons reculé en deuxième mi-temps mais ce n'était pas une consigne, c'était inconscient. Et ça s'est souvent produit. L'adversaire attaque en bloc et, sans nous en rendre compte, notre bloc recule au lieu d'aller à la confrontation. En général, c'est en revoyant le match que nous nous rendons compte à quel point nous avons joué bas. Maintenant, Been ne doit pas exagérer. Avoir 60 ou 65 % de possession de balle et venir souvent jusqu'à notre rectangle, mais être incapable de concrétiser, ça ne sert à rien non plus. Si nous sommes concrets ce jour-là, nous marquons quatre ou cinq buts. Et Gand a eu combien d'occasions ? A part un penalty qu'on ne leur a pas donné et l'un ou l'autre tir lointain, je n'ai rien vu. Il faut rester honnête, ne pas simplifier en disant que Bruges casse systématiquement le jeu. On nous a simplement demandé de nous contenir dans nos déclarations, de ne pas paraître arrogants. Dire qu'Anderlecht est favori est logique pour 75 % des gens. Cette équipe a dominé la phase classique. La pression est là-bas, pas ici. Nous n'avons rien à perdre, ce sera bien pour Bruges si nous terminons deuxièmes. Pour Anderlecht, par contre, ne pas gagner le championnat serait un gros problème. J'ai tenu ce discours-là dès le début de la saison. Nous n'avons pas la même personnalité... (Il rigole). Il est sans doute moins direct, plus prudent. Moi, je me jette plus facilement à l'eau. La pression est sur eux, pas sur nous. Tout le monde court après Anderlecht, personne ne court derrière Bruges. Pas d'accord. Il en reste 15 à prendre. Bruges va encore en abandonner en cours de route. Mais Anderlecht aussi ! Enfin bon... il faudrait peut-être arrêter de miser sur des faux pas du rival et ne compter que sur soi-même ! Peut-être... Mais je ne suis pas trop d'accord : il y a Ryan Donk, Carl Hoefkens, Lior Refaelov, ce n'est pas rien. Il veut sans doute dire que celui qui a le plus progressé. J'arrive de D3 et j'ai été titulaire près de 20 fois. Je ne m'attendais pas à jouer autant. Mon but était de m'entraîner avec les A et de jouer avec les B. Je n'ai jamais mis les pieds en B ! J'ai toujours été sur la feuille. En octobre, j'avais déjà réalisé mon objectif. Même si on ne m'avait offert que trois pâquerettes en plus, j'aurais prolongé. C'est vrai, le flanc, c'est nouveau pour moi. J'ai toujours été soutien d'attaque ou avant de pointe. Mais quand j'ai appris les transferts de Björn Vleminckx et de Refaelov, je me suis dit que ça n'allait pas être simple. Je ne me suis pas énervé quand Adrie Koster m'a demandé de m'installer sur un flanc. Il aurait même pu me mettre au back droit ! Refaelov était aussi arrivé comme numéro 10 mais il ne doit pas avoir joué plus de trois matches dans ce rôle. Dirar est une machine à centrer, ses ballons sont précis, il sait déborder puis expédier un caviar vers l'attaquant de pointe, garder la balle, dribbler, pistonner le long de sa ligne pendant tout un match. Moi, même inconsciemment, j'ai tendance à rentrer dans le jeu. ... depuis le départ de Dirar, il reste Maxime Lestienne. Ce n'est pas grave, d'autres joueurs ont été formés en cours de saison pour jouer sur les flancs. Non. Le gros problème, c'étaient les insuffisances dans le travail défensif. Par exemple, Refaelov. C'est un truc qu'il n'avait jamais appris. Il avait un bon apport offensif mais il ne jouait que quand il avait le ballon, il jouait à la baballe. Tu peux commencer à te poser plein de questions quand tu rates tes débuts dans les play-offs après avoir dominé le championnat régulier. Maintenant, dire qu'Anderlecht est subitement devenu très mauvais... C'est malsain : ils peuvent gagner cinq matches, mais s'ils enchaînent avec un nul, on les allume directement. Il n'y a pas de pitié dès que ça concerne Anderlecht. On les démolit en début de play-offs puis on en refait une équipe sensationnelle parce qu'elle gagne à Gand. Ensuite, c'est à nouveau la fin du monde parce qu'elle perd contre Genk. Mais les joueurs de Genk ne sont pas des culs-de-jatte ! On ne prend pas assez de recul. (Il éclate de rire). Anderlecht a été malin en faisant appel pour que Marcin Wasilewski puisse continuer à jouer. Je suppose que Bruges aurait fait la même chose si ça avait concerné Hoefkens, Donk ou un autre pilier. Le plus dommage pour moi, c'est l'attitude de la Fédération. Quand tu donnes un coup aussi violent, tu ne devrais même pas avoir l'occasion d'aller en appel. Tu ne peux pas avoir peur. Si tu crains, tu te retires chaque fois que tu te retrouves en face de lui et tu marches dans son jeu, dans son intimidation, et tu ne fais rien de bon. A toi de lui rentrer dedans. Tu ne peux pas tomber dans son piège. Il veut jouer costaud ? Alors, toi aussi, tu joues costaud ! Si tu prends un mauvais coup, tu te relèves et tu essaies de trouver une autre solution pour le déstabiliser. Des défenseurs ? Non. Par contre, il y a parfois des gardiens qui me font froid dans le dos. Quand Sinan Bolat sort, par exemple, ça peut être dangereux. Sur le terrain, nous avons tous vu qu'il était trop court pour avoir le ballon. Il s'est quand même jeté en espérant une erreur de Bailly. Quand il tend la jambe, Refaelov n'a pas décidé de casser la tête de l'adversaire, mais dans le feu de l'action, tu ne penses pas à tout. Dans les moments chauds, tu agis, puis tu réfléchis. Moi comme les autres. Sur un duel de la tête, je saute et je peux mettre des coups de coude. Ce n'est pas volontaire, plutôt un mouvement automatique qu'on t'apprend à l'entraînement. Bruges avait transféré Vleminckx, le meilleur buteur des Pays-Bas : il fallait le faire jouer. Puis, Akpala a montré aux entraînements qu'il était meilleur et on l'a installé dans l'équipe. Mais son placement est super intelligent, c'est un de ses secrets. Et il est toujours en mouvement. S'il n'arrive pas à aider dans le jeu offensif, il se tape du travail de récupération. Il me fait penser à... Wayne Rooney. Lui aussi a des lacunes techniques et loupe des buts faciles, mais il court partout, décroche et peut faire mal sur coups francs et penalties. Akpala a également une excellente frappe ! PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" Si tout le monde cherche à faire son petit numéro, ça n'ira pas non plus. "