1. D'où vient ce problème ?

Hein Vanhaezebrouck : " Ça commence en équipes d'âge. En composant les équipes, on s'occupe avant tout de l'axe et des ailiers capables de réaliser une action. C'est un peu les déchets qui se retrouvent sur les flancs : des joueurs qui ne sont pas assez bons pour d'autres postes, peut-être à l'exception de l'arrière gauche car on n'a pas tendance à poster des gauchers au centre. Quand un groupe en compte un, on le place donc souvent à l'arrière gauche.
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Hein Vanhaezebrouck : " Ça commence en équipes d'âge. En composant les équipes, on s'occupe avant tout de l'axe et des ailiers capables de réaliser une action. C'est un peu les déchets qui se retrouvent sur les flancs : des joueurs qui ne sont pas assez bons pour d'autres postes, peut-être à l'exception de l'arrière gauche car on n'a pas tendance à poster des gauchers au centre. Quand un groupe en compte un, on le place donc souvent à l'arrière gauche. Un autre facteur joue peut-être un rôle : les backs offensifs sont rares chez les jeunes. Ils ne sont pas encore capables d'arpenter tout leur flanc. Leur formation n'est donc pas évidente. Ceci dit, s'il y a si peu de possibilités à l'arrière droit actuellement, c'est aussi l'effet du hasard. Dans le passé, beaucoup de joueurs belges occupant cette place se sont imposés à l'étranger : Eric Gerets, Georges Grün, Bertrand Crasson, Eric Deflandre... Cela dépend aussi de l'entraîneur. S'il vous interdit de dépasser la ligne médiane, vous pouvez difficilement progresser sur le plan offensif. Pour José Mourinho, un back ne doit pas être capable de jouer alors qu'à Barcelone, il doit pouvoir passer son homme. À Courtrai, les arrières latéraux campent surtout dans l'entrejeu. Ils sont davantage ailiers que défenseurs latéraux. Ce n'est pas simple, cela requiert beaucoup de présence physique mais nos arrières peuvent réaliser des actions fantastiques. " Bob Browaeys : " C'est peut-être parce que les clubs placent les plus talentueux de leurs jeunes aux postes importants pour le résultat : au dix, au onze... Parce que les entraîneurs des jeunes veulent gagner. Mais s'il y a parmi eux un joueur qui a le profil du deux ou du cinq, il est dommage pour son développement qu'il doive constamment jouer au dix car à 18 ou 19 ans, on constatera qu'il ne dispose pas des qualités requises pour ce poste au plus haut niveau. Je pense aussi que le profil de l'arrière latéral est en train de changer. Dans le football moderne, les extérieurs évoluent beaucoup plus haut que dans le passé. Ils ne sont même presque plus impliqués dans la première phase de la relance, en arrière. Ce sont généralement les défenseurs axiaux qui s'en chargent, en montant, tandis que le médian défensif recule. Les deux et le cinq sont déjà aux abords de la ligne médiane. Ils sont prêts à plonger dans une brèche que leur ouvrirait un sept ou un onze, en fonction de la manière dont l'entraîneur veut conférer de la profondeur aux flancs. Une solution consiste à y poster un ailier droit ou gauche. On obtient ainsi des backs qui disposent de plus d'aptitudes offensives mais qui peuvent présenter des carences sur le plan défensif. S'ils possèdent une bonne vitesse et qu'ils assimilent bien leur jeu de position, ils peuvent malgré tout évoluer au poste d'arrière. Reste à savoir s'ils ont pu développer suffisamment leurs qualités défensives dans le passé. Si vous optez pour des défenseurs axiaux au deux et au cinq, comme notre équipe A, vous choisissez alors un footballeur qui est fort sur le plan défensif et de la tête, qui peut réaliser une transversale un cran plus haut et délivrer de bonnes passes. Ce n'est pas le profil d'un Philipp Lahm, qui passe par le flanc, ni d'un Jordi Alba, qui était attaquant. On constate donc que deux profils se développent à ce poste. " Henk Mariman : " Le problème naît dans les catégories d'âge. La façon dont l'entraîneur compose son équipe en est une des raisons majeures : il pense d'abord à l'axe et aux éléments offensifs. S'il n'a pas d'arrière droit prêt, il dépêche quelqu'un qui maîtrise moins cette spécialité. En outre, on a tendance à faire glisser dans l'entrejeu un back qui émerge, afin d'améliorer la stabilité de l'équipe. Il ne peut donc pas peaufiner ses qualités d'arrière. Au fond, le flanc défensif est la position la moins populaire. On accorde également trop peu d'importance à l'occupation de tous les postes et surtout à l'arrière. Les gens sont enclins à croire qu'on peut aisément former un arrière droit alors que c'est une spécialité, comme les autres postes. Il requiert des tâches, des fonctions et des qualités spécifiques, qu'on n'acquiert pas en deux coups de cuiller à pot. Au contraire, cela requiert même une énorme spécialisation car d'un côté, il faut défendre, puisque c'est la tâche de base, mais il faut aussi être capable de relancer le jeu et, si possible, de monter et de délivrer une bonne passe. Au fond, c'est la combinaison de deux extrêmes et c'est donc un poste très complexe. Nous travaillons trop peu sur le plan individuel pour former professionnellement l'arrière latéral, en faire un expert. On peut cerner la meilleure exposition d'un joueur vers l'âge de douze ou treize ans mais on est confronté à la puberté. La croissance et les changements qui vont de pair peuvent avoir un impact sur la vitesse et la mobilité d'un joueur mais cela n'empêche certainement pas de spécialiser un joueur pendant son pic de croissance, en mettant l'accent sur les principes de sa tâche et ses aptitudes. Je ne crois pas en cette mode qui consiste à changer souvent de position. C'est une perte de temps. Il vaut mieux se concentrer sur un poste. C'est déjà bien assez compliqué ! Le problème, c'est qu'il n'y a généralement pas de ligne de conduite dans les équipes d'âge. Chaque année, les jeunes changent d'entraîneur et souvent, le nouveau coach leur demande une occupation différente de leur poste alors qu'il faut coordonner l'ensemble. L'essentiel est de développer des talents : améliorer les points forts, gommer les points faibles tout en maintenant le jeune à sa position et en le spécialisant. " Vanhaezebrouck : " Je trouve qu'il faut opérer des choix plus tôt en équipes d'âge. On mesure bien les jeunes gardiens pour être sûr qu'ils atteindront une taille suffisante. On devrait faire de même avec tous les joueurs et certainement avec les défenseurs centraux. Quelqu'un qui va mesurer 1m80 n'a pas d'avenir au coeur de la défense, car à l'avenir, il faudra mesurer au moins 1m86, voire plus, pour y jouer. S'il s'avère qu'un défenseur central n'atteindra que 1m80, voire 1m82, mieux vaut le muer en back sans tarder. Même s'il est à ce moment le plus grand et le plus fort de l'équipe et même si les résultats de l'équipe risquent d'en pâtir. On obtient ainsi un back qui possède de réelles qualités défensives et qui aura la taille idéale - 1m80 à 1m82. C'est une arme sur les hauts centres de la deuxième zone. On peut lui apprendre très tôt à monter au bon moment et à jouer de manière offensive. Le jeune bénéficie alors d'une formation précoce de back. Il faut d'abord veiller à ce que le jeune ait du talent, qu'il possède les aptitudes de base : l'envie, la mentalité, le sens du travail. Défendre peut s'apprendre. Un arrière latéral a besoin d'endurance mais on peut aussi l'exercer, pour autant que le joueur ait un moteur moyen. Il est moins facile d'améliorer la vitesse. Or, un arrière en a besoin car sur le plan défensif, il est souvent confronté à des adversaires directs vifs et rapides. Un back qui manque de vitesse s'expose à des problèmes et ne sera jamais bon. Il doit monter fréquemment et donc parvenir à boucler fréquemment des distances d'une trentaine de mètres à une vitesse maximale. Le reste peut s'entraîner, en quelques années. Armer un bon centre est une question d'exercice et de conseils avisés : comment placer le pied de soutien, quelle position adopter, où frapper le ballon ? Donc, muez très tôt les défenseurs centraux en arrières latéraux et apprenez-leur à évoluer offensivement. Actuellement, on fait reculer trop tard un sept ou un onze et souvent, ils ne sont pas suffisamment solides sur le plan défensif. Si vous m'interrogez sur une alternative possible pour le poste d'arrière droit en équipe nationale, je dirai : ne pouvons-nous pas reconvertir un membre de cette brillante sélection à l'arrière droit ? Nacer Chadli, en cas de réel besoin. Il est grand et fort, il tient bien sur ses jambes, il peut coulisser et il est suffisamment discipliné pour s'astreindre à sa tâche. De plus, il est confronté à énormément de concurrence à son poste, d'autant que Zakaria Bakkali, Yannick Ferreira Carrasco et peut-être encore Adnan Januzaj vont augmenter le nombre de possibilités. Cela vaudrait la peine d'y réfléchir. " Browaeys : " Nous organisons une formation à l'attention des scouts. Nous leur fournissons un profil avec trois qualités essentielles pour chaque poste. L'arrière latéral doit être défensivement fort au sol et dans les airs, disposer d'un bon sens de l'infiltration et d'un bon passing. Nous cherchons des profils spécifiques pour l'équipe nationale car à nos yeux ce n'est pas la victoire qui compte : nous sélectionnons et formons des talents dans le but d'en faire des professionnels, capables de jouer en équipe nationale A. Il nous arrive de poster des joueurs à une place différente de celle qu'ils occupent au sein de leur club. En U16, l'équipe que j'entraîne, Christophe Janssens ou Daan Matterne occupent l'arrière gauche. L'un et l'autre jouent au six, respectivement à Mons et à Louvain. Au deux, nous avons les Gantois Dries Caignau et Siebe Horemans. Le premier jouait au sept, avant, et le second évolue maintenant au trois. Si nous le faisons, c'est parce que nous pensons que leur avenir se trouve à ces places. D'ailleurs, je leur en parle et ils sont convaincus que cela deviendra leur position, à l'avenir. Jusqu'en U15, Poccognoli a joué en attaque mais en U16, je l'ai posté au cinq et c'est une place qu'il continue à occuper maintenant. " Mariman : " Nous devons nous intéresser davantage au contenu, à l'essence du football. Esquisser le profil idéal à chaque position afin de pouvoir former un joueur à l'élite ne suffit pas. Il faut travailler les points forts et les aspects améliorables d'un joueur en fonction de ce profil idéal. C'est ça, développer un joueur mais on ne s'y astreint pas suffisamment. Je pense que nous travaillons trop peu en fonction de la place, de l'adversaire. Je ne veux pas dire qu'il faut s'adapter à celui-ci mais accorder de l'attention au fait que les choix qu'on doit effectuer sont provoqués par l'adversaire. J'ai vu beaucoup de footballeurs échouer en équipe première à cause de mauvais choix. Ils ne reconnaissent pas les situations, ils ne sont pas capables de lire le jeu. Or, on pose un choix en fonction de ce qu'on voit. On y adapte ses aptitudes. Nous travaillons trop peu cet aspect et c'est une erreur. On exerce toutes sortes de choses qui n'ont pas besoin de l'être. Ici, un entraîneur s'occupe davantage de l'organisation d'une séance que de l'essence du football. La Belgique a besoin d'une nouvelle évolution pour permettre aux joueurs de mieux se développer et s'épanouir à un poste précis. "?PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Chez les jeunes, on s'occupe avant tout de l'axe et des ailiers capables de réaliser une action. C'est un peu les déchets qui se retrouvent sur les flancs " Hein Vanhaezebrouck " L'arrière latéral doit être défensivement fort au sol et dans les airs, disposer d'un bon sens de l'infiltration et d'un bon passing " Bob Browaeys