Non pas dans la composition de l'équipe anderlechtoise, où les deux putschistes, Filip De Wilde et Glen De Boeck, avaient conservé grâce aux yeux d' Aimé Anthuenis, mais plutôt dans la philosophie du jeu.
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Non pas dans la composition de l'équipe anderlechtoise, où les deux putschistes, Filip De Wilde et Glen De Boeck, avaient conservé grâce aux yeux d' Aimé Anthuenis, mais plutôt dans la philosophie du jeu. A Gentbrugge, l'entraîneur (poussé par les circonstances?) en était effectivement revenu à une défense à quatre, à plat, une conception qu'il n'avait plus utilisée depuis le derby contre le RWDM, début du mois de novembre. Mais, surtout, le Lokerenois opta pour une inclination nettement plus offensive qu'à l'accoutumée.Son 4-5-1 du FC Bruges céda la place à un 4-3-3 où Aruna Dindane et Nenad Jestrovic opéraient en soutien de Gilles DeBilde. Avec Alin Stoica comme régisseur, jamais encore cette saison, le RSCA ne s'était montré aussi entreprenant à l'extérieur. "Nous n'avions plus livré une prestation collective de ce genre depuis un bon bout de temps", dit Walter Baseggio. "C'est peut-être la meilleure réponse que nous pouvions apporter aux événements. Je ne comprends franchement pas pourquoi on en a fait tout un plat. Pour les joueurs, l'affaire a été rapidement classée. Comme si rien ne s'était passé". Mais qu'est-ce qui avait bien pu pousser De Wilde et De Boeck à fomenter un putsch? Dans le chef du gardien anderlechtois, surtout, cette attitude n'aura pas manqué d'interpeller. S'il y a un joueur, au Sporting, qui passe pour un modèle humain et sportif, c'est bien lui. Mais dans l'intimité du vestiaire, voire dans le bureau du coach, l'intéressé n'hésite jamais à sortir de sa réserve quand le besoin s'en fait sentir. Même s'il n'avait encore à aucun moment poussé le bouchon aussi loin... Ce n'était déjà pas le grand amour, jadis, entre lui et Johan Boskamp. Perfectionniste jusqu'au bout des ongles et d'une conscience professionnelle exemplaire, De Wilde n'admettait pas, à l'époque, que le Bos ferme les yeux sur le manque d'assiduité au travail dont faisaient preuve les coryphées de son noyau comme Marc Degryse, Luc Nilis, Johnny Bosman, Philippe Albert et autre Bruno Versavel. Des éléments à qui il laissait invariablement la bride sur le cou en cours de semaine, avec la certitude que leur talent ferait la différence, le week-end... Un clash avec Jean DockxIl eut également maille à partir avec Jean Dockx. Et notamment lors d'un match entre le Racing Genk et Anderlecht en fin de campagne 1998-99. Le Sporting avait incontestablement le vent en poupe. Quinze jours avant leur visite au Stade Phénix, les pensionnaires du Parc Astrid avaient d'ailleurs infligé une correction historique au Standard, à Sclessin: 0-6. Dans la foulée, ils avaient renvoyé La Gantoise à ses chères études: 4 à 0. Chez les miniers, assurés d'ores et déjà du titre... avec Anthuenis, De Wilde n'avait guère apprécié que les joueurs locaux le prennent par deux fois en défaut dans les dernières minutes, suite à un relâchement de ses partenaires. Les Limbourgeois avaient ramené le score à de plus justes proportions (2-5) en lieu et place d'être battus sur un score de forfait. Dans les rangs du Sporting, personne ne chercha à bouder son plaisir. Sauf le portier qui, fou de rage, s'en prit à son coach après coup. Une scène qui fut d'ailleurs immortalisée par la télé.Un même laisser-aller, mais perceptible quasiment chaque semaine depuis le début de cette saison, est à l'origine de la révolte de De Wilde cette fois encore. Car autant Anderlecht formait un bloc soudé tout au long du défunt exercice, autant de fameuses lézardes sont apparues à tous niveaux, ce coup-ci. Suite aux départs de Jan Koller, Bart Goor, Tomasz Radzinski et Didier Dheedene, le RSCA a perdu non seulement pas mal de beau monde et d'ardeur sur le terrain mais aussi en coulisse. Il n'y avait pas de plus grand boute-en-train que le feu follet canadien et, en matière d'humour, les trois autres ne se débrouillaient pas mal non plus. Avec eux, il y avait manifestement un temps pour le travail et un autre pour l'amusement. Karting, restos et sorties contribuaient à cimenter tant et plus les liens. Cette année, rideau! Les nouveaux venus la jouent perso quand ils ne s'intègrent pas du tout. Aux séances de préparation, le manque de coeur à l'ouvrage est des plus flagrants aussi. La discipline n'est plus, non plus, ce qu'elle fut. Dans le vestiaire, les sonneries de GSM n'en finissent pas de retentir alors que l'utilisation du téléphone portable était interdite, la saison passée, sitôt franchie cette porte. Quant aux amendes, elles ont vécu, elles aussi, alors que les joueurs alimentaient encore avec plaisir cette cagnotte voici quelques mois. Il est vrai qu'elle servait à financer des soirées sympas perdues dans les brumes de l'oubli aujourd'hui.Plus d'une fois, De Wilde s'était plaint auprès de l'entraîneur mais sans succès. Il devait accepter, semble-t-il, que 2001-2002 soit tout simplement placé sous le signe de la transition. Mais un joueur ambitieux ne pouvait décemment accepter cette situation. Et sans doute les événements de la 24e journée du championnat l'auront-ils poussé à sortir de ses gonds. D'un côté, il avait dû anormalement s'employer contre l'Eendracht Alost, en sauvant les meubles. D'autre part, l'échec du Club Brugeois au Racing Genk avait eu le don de relancer le championnat. Si Anderlecht voulait se mêler à la lutte pour le titre, un électrochoc s'imposait.L'arroseur arroséLe cas de De Boeck est différent. En désirant pousser Anthuenis vers la porte de sortie, tout porte à croire que le capitaine du RSCA a voulu asseoir son autorité auprès de ses équipiers. Depuis qu'il a repris le brassard de Lorenzo Staelens en cours de campagne passée, le Boomois a multiplié les démarches pour jouir d'une estime et d'une aura comparables à son devancier. Mais ses essais n'auront pas été vraiment couronnés de succès. Le grand Glen n'en impose pas naturellement, comme Lorre ou PärZetterberg avant lui. Quelques-uns lui reprochent une certaine forme de suffisance, d'autres mettent en exergue qu'il voit plus volontiers la paille dans l'oeil d'un coéquipier que la poutre dans le sien. Et il n'est pas considéré non plus comme un intouchable par l'entraîneur... Quand celui-ci débarqua au Parc Astrid, en 1999-2000, l'arrière central avait dû s'effacer durant plusieurs semaines au profit d'un Davy Oyen ou d'un Mike Verstraeten. Déçu, il avait d'ailleurs donné ordre à son agent Jacques Lichtenstein de lui trouver de l'embauche ailleurs avant de se raviser. Plus près de nous, on se souviendra que Besnik Hasi eut la préséance sur lui, au libero, à l'entame du deuxième tour. Au même titre que De Wilde, De Boeck était immensément déçu, par exemple, du manque d'ambition affiché par le Sporting lors de son dernier déplacement à Bruges. Une résignation qui s'était prolongée en semaine, à l'entraînement, dans la mesure où les Sportingmen avaient l'air complètement démobilisés, avant la venue d'Alost, en raison du revers concédé face aux Bleu et Noir. On ne s'étonnera pas, dans ces conditions, que les Sportingmen livrèrent devant l'Eendracht leur plus mauvaise prestation de la saison. Avec, à leur tête, un capitaine plutôt mal inspiré d'ailleurs.A la suite de cette rencontre, bien peu de joueurs s'étaient montrés enclins à répondre aux questions des journalistes. De Boeck eut tout loisir de vérifier qu'il n'était pas le seul des joueurs à formuler des griefs en privé. Il s'en émut d'ailleurs tout de go auprès de Michel Verschueren. Mais celui-ci ne voulut rien entendre, prônant une première fois déjà l'union sacrée. Qu'à cela ne tienne, De Boeck revint à la charge le lundi, sûr de l'adhésion du groupe. Il avait cependant oublié un détail: le Racing Genk avait battu le FC Bruges, relançant complètement le championnat. Du même coup, ceux qui avaient encore été très durs envers leur coach 36 heures plus tôt changèrent d'avis. Le titre était toujours jouable. Et les joueurs y auraient-ils gagné au change avec Franky Vercauteren? En tout cas, il doit y avoir un dieu pour l'entraîneur principal. Six voix pour, 13 contre et trois abstentions: jamais De Boeck ne se serait attendu à pareil verdict, lui qui était certain d'obtenir gain de cause. Au lieu de voir sa position renforcée, le capitaine du Sporting s'en trouve fragilisé aujourd'hui. Car non seulement il a été désavoué par les francophones, chez qui il ne suscitait déjà guère l'adhésion, mais il a aussi été abandonné purement et simplement par des néerlandophones sur lesquels il comptait bien. L'histoire de l'arroseur arrosé en quelque sorte.Les limites d'AnthuenisMême si les deux putschistes ont été réhabilités compte tenu des échéances importantes du RSCA, leur initiative les poursuivra tôt ou tard. Soucieux comme nul autre de discipline, on ne voit pas le fédéral Robert Waseige emmener avec lui, au Japon, des éléments qui se sont permis, de la sorte, de ruer dans les brancards. Sans compter que leur avenir au Parc Astrid doit être entouré d'un point d'interrogation aussi. Le coach anderlechtois est sorti grand vainqueur du vote. Lui-même était loin de s'attendre à un tel plébiscite. S'il avait choisit d'ailleurs de quitter le stade au moment où les joueurs s'apprêtèrent à formuler leur avis, c'est parce qu'il était quasi certain de passer à la trappe. A son grand étonnement, il a survécu. Et au nom de l'objectif à atteindre -une qualification européenne, si possible en Ligue des Champions-, la direction lui a réitéré sa confiance totale. Il semble toutefois qu'au même titre que les putschistes, Anthuenis n'est plus, de nos jours, qu'un coach en sursis au RSCA.Cette année, même si rien n'est encore joué en championnat, force est de reconnaître qu'il a perdu de sa superbe. En haut lieu, au Parc Astrid, mêmes ses plus ardents défenseurs reconnaissent que l'homme a étalé ses limites. Pour la première fois depuis son arrivée dans la capitale, il a été appelé à construire, cette saison. Et cette entreprise s'est soldée par un échec. Contrairement à ce qui s'était produit à Genk et à ses débuts à Anderlecht, il n'a pu tabler sur des joueurs qui faisaient la différence à eux seuls. Comme le tandem composé de Branko Strupar- Souleymane Oulare au Racing ou les duettistes Radzinski et Koller au Sporting. A défaut de pouvoir compter sur des joueurs hors-normes, Anthuenis n'en avait pas moins un noyau de qualité cette saison, dans la mesure où des éléments comme Ivica Mornar, Nenad Jestrovic ou Gilles De Bilde, pour ne citer qu'eux, valent largement le trio Gert Verheyen, Rune Lange et Andres Mendoza à Bruges. Mais si le Club a un système qui permet à ces joueuurs de s'exprimer à bon escient, Anderlecht, lui, ne possède pas cette richesse. Si huit mois de travail n'ont pas fait progresser la situation d'un pouce, à ce niveau, c'est quand même un signe qui ne trompe pas. Car à Bruges, avec Trond Sollied, tout le monde était sur la même longueur d'onde après une poignée de semaines à peine. Et il n'en était pas allé différemment au RWDM avec Emilio Ferrera. Comme par hasard, ces deux noms ont été prononcés, récemment, dans les conversations au Parc Astrid... Bruno Govers,Les joueurs auraient-ils gagné au change avec Vercauteren?Anthuenis était persuadé qu'il allait passer à la trappe.