Les journées d'un footballeur sont longues pendant la période de préparation. Et comme il est nécessaire de bien récupérer entre les entraînements, les séances sont plus espacées. Au Standard, Michaël Goossens profite de chaque moment libre pour emmener le peloton des spectateurs du Tour de France. Installé au premier rang, il suit la course avec les yeux émerveillés d'un enfant. Assis derrière lui, Eric Van Meir et Harold Meyssen plaisantent: "Jalabert roule trop vite. A mon avis, il a volé un vélo".
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Les journées d'un footballeur sont longues pendant la période de préparation. Et comme il est nécessaire de bien récupérer entre les entraînements, les séances sont plus espacées. Au Standard, Michaël Goossens profite de chaque moment libre pour emmener le peloton des spectateurs du Tour de France. Installé au premier rang, il suit la course avec les yeux émerveillés d'un enfant. Assis derrière lui, Eric Van Meir et Harold Meyssen plaisantent: "Jalabert roule trop vite. A mon avis, il a volé un vélo".Johan Walem, lui, n'a des forçats de la route que le teint hâlé, forgé au soleil de Sardaigne puis de Crète. "J'aurais volontiers pris une troisième semaine de vacances car je sors d'une année assez difficile", dit-il. "Mais nous sommes payés par le club, nous avons un championnat à bien préparer et ces quelques semaines d'avant la reprise sont évidemment très importantes pour tout le monde".Il y a désormais un an que Walem a débarqué dans la Cité Ardente. Une saison durant laquelle celui que l'on attendait comme le dépositaire du jeu du Standard ne s'est pas toujours montré sous son meilleur jour, notamment parce qu'il n'a pas endossé le maillot jaune de leader du groupe. Comme ses équipiers, l'Ecaussinnois a terminé la saison en traînant la jambe, à tel point qu'on pouvait se demander s'il méritait sa sélection pour la Coupe du Monde. Au Japon, il a prouvé qu'il n'avait rien perdu de son talent. "Et ce que j'ai fait là-bas au plus haut niveau, je dois être capable de le reproduire plus souvent ici", déclare-t-il sans ambage.Johan Walem: Chez les Diables, je me suis libéré pour deux raisons. D'abord parce que je faisais partie d'un groupe fort, avec une bonne ambiance. Ensuite parce que j'ai pris mes responsabilités. Je me suis dit que je n'avais plus rien à perdre. On a beau faire la fine bouche: ce 2-2 face au Japon était un bon résultat. Comme mes équipiers, j'estime avoir livré un match honnête, sans plus. Mais une fois de plus, c'est sur moi que toutes les critiques sont retombées. C'était parfois méchant et on n'a pas vu que ces gars couraient comme des lapins et donnaient des tas de coups. Mais moi, je suis têtu: quand je veux obtenir quelque chose, je l'obtiens. Je ne voulais donc pas quitter l'équipe nationale sur un sentiment mitigé. Le coach l'a bien compris et m'a permis de reprendre mes esprits pour terminer en beauté. J'ai reçu des e-mails disant que j'avais rendu le sourire à la Belgique. Cela m'a fait plaisir, tout comme l'accueil des gens à Bruxelles car, du Japon, nous avions l'impression que c'était la grogne au pays. Mais je n'avais jamais eu une telle reconnaissance en 12 ans en équipe nationale. Désormais, j'aimerais que ce soit pareil au Standard car j'ai bien compris que, si ce club était champion, cela aurait un retentissement spécial dans toute la Wallonie. Quel enthousiasme!J'ai été surpris par l'enthousiasme des gens par rapport au Standard. Pour un footballeur, c'est un contexte formidable. Mais je dois reconnaître qu'il m'a fallu le temps de m'adapter au rythme de vie si particulier des Liégeois, à leur mentalité, leur façon de réagir. Ce fut une année difficile. On dit toujours qu'un étranger doit s'adapter mais un Belge qui a passé quatre ans en Italie doit également retrouver ses marques. Il y a eu les transformations dans la maison, le rapprochement avec ma fille... Mais j'ai tout de même remarqué après la Coupe du Monde et les vacances que j'étais content de retrouver cet environnement. Les divers feuilletons qui ont secoué le club vous ont-ils perturbé?Il y a des choses auxquelles je ne m'attendais pas mais j'ai toujours essayé de prendre ces événements avec un certain recul. Maintenant, j'ai compris comment on vivait à Liège. Je dis simplement qu'avec un peu plus de sérénité, nous aurions certainement pu faire mieux mais nous avons passé notre temps à nous rejeter mutuellement les fautes.Vous êtes à Sclessin depuis un an mais vous êtes le dernier grand transfert du club. Ne vous sentez-vous pas victime d'un jeu de dupes?Non, pourquoi? Le groupe de l'an dernier était capable de terminer parmi les trois premiers. Je pense que nous l'avons prouvé à plusieurs reprises. Or, presque tout le monde est resté. C'est important car on a trop souvent dit par le passé que le Standard n'était pas capable de conserver ses joueurs. Ali Lukunku, par exemple, est resté: c'est un capital-buts annuel garanti. Gonzague Vandooren peut être bien meilleur que la saison dernière et il y a d'autres exemples. De plus, le club pourrait encore acquérir Wilmots et/ou Peeters, ce serait la cerise sur le gâteau. Mais tout le monde constate quand même que c'est la récession un peu partout en Europe. Alors, avant de réclamer quelque chose à ce niveau, nous devons d'abord montrer sur le terrain que nous les méritons. Le Standard continue à construire et, ses meilleurs transferts, c'est peut-être en coulisses qu'il les a faits. Avec Costantin, Preud'homme et Waseige, Luciano D'Onofrio est désormais entouré de trois fortes personnalités.Le temps de construireJ'ai toujours dit qu'il fallait prendre le temps de construire. Voyez ce qui s'est passé la saison dernière: nous étions en tête à la trêve et nous avions démontré à plus d'une reprise que ce n'était pas un hasard mais nous nous sommes écroulés en janvier-février et n'avons jamais su recoller au peloton, même quand c'était encore possible. Pour moi, c'est dû au fait que nous n'étions pas prêts à gagner. Comme les joueurs, le coach a peut-être eu des moments difficiles aussi et cela a ressurgi au niveau de la direction. Pour ma part, je redécouvrais un autre football. Je suis très observateur et j'ai éprouvé un peu de mal à passer au stade suivant, celui de l'action. C'est sans doute pour cela qu'on a porté des jugements non fondés sur moi. Je suis un introverti, c'est vrai, mais je n'aime pas qu'on me juge sans bien me connaître.Vous aviez été acquis pour être le patron. Pourquoi ne vous êtes-vous pas fait entendre?J'étais nouveau. Par respect pour le capitaine en place et les plus anciens, je ne voulais pas tout casser. Cette fois, nous parlerons davantage entre nous, c'est sûr.Avec Robert Waseige, votre rôle sur le terrain devrait être mieux défini car, l'an dernier, vous n'avez pas toujours été sur la même longueur d'ondes que le coach à ce sujet et vous avez vu trop de ballons vous passer au-dessus de la tête.Le Standard évolue désormais en 4-4-2 et j'occupe la même fonction qu'en équipe nationale. J'ai toutefois livré de bons matches dans le 3-5-2 de la saison dernière. Je crois donc que c'est avant tout dans la tête que ça se passe et il faut être prêt à subir quelques changements. C'est vrai qu'il y a eu des malentendus la saison dernière, comme quand je me suis retrouvé sur le banc à Gand mais un sourire et un petit mot m'ont rapidement fait comprendre qu'on comptait encore beaucoup sur moi à Sclessin.Pour ce qui est des longs ballons, nous en avons déjà parlé entre nous en ce début de saison: avec les qualités que nous avons, nous ne pouvons pas nous permettre de balancer pendant 90 minutes, même si c'est un système qui nous a rapporté la saison dernière, notamment à Bruges. Quand on est, soi-disant, les plus forts, on doit le montrer. Et notamment en déplacement, où nous avons mis trop de temps à nous imposer la saison dernière. Car tout le monde pointe du doigt notre deuxième tour mais on oublie qu'en 2001, nous avons pris trop peu de points hors de nos bases.Je suis revenu en Belgique avec toute la confiance des dirigeants et c'est à moi de me faire respecter mais je dois avant tout bien jouer, apporter ce qu'on attend de moi, réclamer plus de ballons et me poser moins de questions. C'est la décision que j'avais prise en équipe nationale avant le match contre la Russie et je constate que cela a porté ses fruits.Les Diables, c'est finiJe ne veux plus revenir sur les raisons qui me poussent à quitter les Diables, même si je suis très heureux d'avoir participé à l'aventure japonaise. Le chapitre est clos, c'est tout. Désormais, je veux consacrer toute mon attention au Standard et je crois en effet que le club en profitera pleinement. Il me reste cinq ans de carrière au plus haut niveau, j'ai envie de bien les gérer. La préparation de la Coupe du Monde fut exigeante, le rythme de vie normal d'une saison a été perturbé par les déplacements, les matches amicaux, etc. On y accumule du stress et on y laisse de l'énergie.Et si le Standard devait encore passer à côté de sa saison, ne serait-ce pas la fin d'une génération?On ne peut pas entamer un championnat en pensant à cela. Nous étions cinquièmes la saison dernière, nous devons faire mieux. Point final. A Udine, même quand nous nous sommes qualifiés pour la première fois pour une Coupe d'Europe, l'ambition fut de refaire aussi bien la saison suivante et personne ne s'est endormi sur ses lauriers. C'est ce qui a manqué au Standard l'an dernier: un championnat, c'est 34 matches qu'il faut gérer.Patrice Sintzen"J'ai reçu des e-mails me disant que j'avais rendu le sourire à la Belgique""J'ai dû m'adapter à Liège"