Enzo Scifo fut très positif en parlant de la prestation de Fabrice Kelban, après la défaite contre Mouscron, il y a dix jours : "Il a marqué des points et mérite certainement d'être revu". Introduit à la mi-temps dans une défense qui prenait l'eau, ce joueur transféré il y a quelques semaines du PSG n'a jamais semblé impressionné pour ses débuts en championnat de Belgique.
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Enzo Scifo fut très positif en parlant de la prestation de Fabrice Kelban, après la défaite contre Mouscron, il y a dix jours : "Il a marqué des points et mérite certainement d'être revu". Introduit à la mi-temps dans une défense qui prenait l'eau, ce joueur transféré il y a quelques semaines du PSG n'a jamais semblé impressionné pour ses débuts en championnat de Belgique. "Ce n'est pas mon style de m'en faire quand je monte sur un terrain, quel que soit l'enjeu", explique Kelban, 22 ans, dont on se demande au premier contact s'il est surtout modeste ou timide. "Ce match-là, je l'ai abordé comme n'importe quel autre: avec l'ambition de le gagner. Nous étions menés 0-2 mais ce n'est quand même pas un handicap insurmontable. Je n'ai pas pensé au contexte particulier de mes débuts en Belgique. Malheureusement, nous n'avons pas su revenir au score". Kelban en avait assez de cirer le banc de touche du Parc des Princes et s'est engagé jusqu'à la fin de cette saison à Charleroi. Son salaire est intégralement pris en charge par le PSG. Il est sous contrat jusqu'au 30 juin, puis retrouvera théoriquement le Parc des Princes, sauf si les trois parties souhaitent prolonger la formule actuelle. De parents martiniquais qui gagnèrent autrefois l'Hexagone pour y trouver du boulot, il ne connaît les Antilles que pour y avoir passé quelques fois ses vacances. "Le soleil et les paysages paradisiaques, ça fait rêver. J'en ai déjà discuté avec Christian Negouai, qui a ses racines sur la même île. Mais je ne ressens pas de vraies attaches avec la terre de mes parents parce que mon passé est en France". Kelban est un pur produit du centre de formation du grand club parisien. Il a touché ses premiers ballons dans une petite équipe des environs de Créteil (Val-de-Marne), où son père et sa mère s'étaient installés. "C'est surtout lors des petits matches que nous disputions entre copains sur la place du quartier que j'ai acquis ma technique. Il fallait éliminer des adversaires sur des espaces fort réduits: c'est sans doute le meilleur apprentissage pour un jeune". A 14 ans, Fabrice Kelban tape dans l'oeil de recruteurs du PSG. Il est directement séduit par l'idée de porter le maillot de ce club de légende mais n'envisage pas un déménagement pour autant : "J'étais trop jeune pour quitter mes parents et rentrer dans un internat. Pendant deux ans, j'ai alors fait le trajet en train: trois ou quatre fois par semaine, et une fois chaque week-end pour les matches, je me tapais trois heures de rail. Je faisais le voyage avec Sylvain Distin, qui est toujours dans le noyau A du PSG aujourd'hui: ça semblait moins long à deux, mais c'était quand même très lourd. Je rentrais à la maison tard le soir, puis je devais travailler pour l'école. Mes études ont évidemment souffert de ce régime. Mais ma motivation était énorme: je voulais réussir en tant que footballeur". Il finit par intégrer le centre de formation du PSG : "On m'a proposé assez vite de participer de temps en temps à des entraînements du noyau A. Et à 18 ans, j'ai signé un contrat professionnel".En 1997, il joue pour la première fois avec l'équipe 1 du PSG: en Ligue des Champions, contre Besiktas! "Il y avait une kyrielle de blessés et de suspendus..."Lorsque les stars du noyau reviennent, Kelban retrouve l'anonymat. Son bon match européen n'a pas suffi à le rendre indispensable et il s'installe presque systématiquement sur le banc des réservistes. Depuis ses débuts avec l'équipe Première du PSG, il n'a joué qu'une dizaine de matches en championnat de France. Les années passent mais il n'a pas pour autant l'intention de faire un pas en arrière, d'essayer de se relancer dans un club plus modeste. "Faire mon trou au PSG, c'était une véritable obsession. Et je ne l'ai pas abandonnée. Je veux retourner dans ce club et m'y rendre indispensable. Je ne suis pas certain que j'ai assez de qualités pour jouer à ce niveau, mais je veux exploiter tous mes atouts pour ne rien regretter dans quelques années".Luis Fernandez a conseillé à Kelban de s'exiler durant quelques mois à Charleroi. "Il m'a expliqué qu'il n'avait pas de place pour moi dans son équipe pour le moment, mais que je pourrais lui être utile plus tard. En attendant, il tenait à ce que je joue, en Belgique ou ailleurs. Il m'a dit qu'il suivrait mon évolution. Il me connaît assez bien car je l'avais déjà côtoyé lors de son séjour précédent au PSG. Nous avons une très bonne relation. Evidemment, c'est un caractère! Il n'y a pas que pendant les matches qu'il s'énerve de façon incroyable devant son petit banc. A l'entraînement aussi, il explose régulièrement. Mais pour un footballeur, c'est une motivation énorme de sentir qu'il travaille avec un entraîneur passionné à 300%". Le retour à Paris de Fernandez a rendu du moral à un Kelban qui commençait à moisir dans le noyau de Philippe Bergeroo, l'entraîneur qui entama la saison au Parc des Princes : "Il m'avait fait jouer plusieurs fois lors de la période de préparation. J'avais l'impression de ne pas démériter, mais dès que les choses sérieuses ont commencé, il n'a plus voulu me faire confiance. Il avait ses hommes et il n'a pas essayé de lancer des forces vives quand les résultats ne suivaient plus. Son limogeage était inévitable, tellement les résultats étaient catastrophiques. Mais il ne faut pas le condamner: le PSG, c'est un club spécial avec une pression médiatique et populaire terrible. Cette pression s'explique par le budget colossal et par le fait que le Paris Saint-Germain se trouve à Paris! Quand on joue dans l'équipe de la capitale, on est apparemment obligé de faire mieux que les autres. En Ligue des Champions, par exemple, les quarts de finale étaient un objectif obligé. C'est très difficile à supporter pour un joueur. La crise que traverse ce club aujourd'hui me fait en tout cas très mal. Tout le monde sait que des jours meilleurs viendront, mais en attendant, je vis mal le passage à vide actuel. Tout le monde pensait que Fernandez déclencherait un électrochoc plus radical. Le PSG retrouvera son niveau, mais il faut plus de temps que prévu". Durant ses quatre années dans le noyau pro du PSG, Fabrice Kelban a côtoyé du beau monde. Au fait, un défenseur progresse-t-il systématiquement lors de chaque entraînement en affrontant un attaquant du calibre de Nicolas Anelka? "C'est inévitable, mais il n'y a pas qu'Anelka au PSG. Un Laurent Leroy ou un Laurent Robert, il faut aussi se les farcir. J'ai en tout cas vu défiler pas mal de stars: Rai, Le Guen, Leonardo, Ricardo, Guérin, Roche. Je les observais, j'écoutais leurs conseils et j'apprenais tous les jours". Fabrice Kelban a aussi joué avec de futures stars en équipes nationales de jeunes. Il conquit le titre européen des -18 en Islande ("J'espère que ça ne restera pas le seul trophée de ma carrière"), et pratiquement tous les joueurs qui faisaient partie de cette sélection sont aujourd'hui des piliers en D1 française. Comme le défenseur monégasque Philippe Christanval ou le gardien nantais Mickaël Landreau. Peter Luccin et Nicolas Anelka avaient participé aux matches de qualification pour cet EURO, puis ils étaient passés dans la catégorie d'âge supérieure avant l'apothéose islandaise. "La fédération a préféré les envoyer au Championnat du Monde des -20 en Malaisie", se souvient Kelban. Arrivé chez nous au début du mois de février, ce défenseur latéral apprécie beaucoup les entraînements d'Enzo Scifo: "Je le considère comme un grand monsieur du football mondial", dit-il. "J'étais impressionné par sa facilité technique quand il jouait à Monaco. Il nous demande de pratiquer un jeu à la fois simple et vif. Il veut que nous progressions le plus rapidement possible vers le rectangle. Le Sporting a montré plusieurs visages depuis que je suis arrivé, mais j'ai parfois vu de très bonnes choses, comme à Gand. Il y a trop de qualités dans ce noyau pour que notre mauvaise passe se prolonge jusqu'à la fin de la saison. J'ai l'impression que peu de joueurs évoluent actuellement à leur vrai niveau. Charleroi connaît quasi les mêmes problèmes que le PSG". Et pour finir, Fernandez est intéressé par un partenariat éventuel: des joueurs du noyau parisien viendraient s'épanouir au Sporting et le PSG aurait -à offre égale- la priorité pour transférer un Zèbre...Pierre Danvoye