Vendredi soir, le long de la touche, au stade Roi Baudouin, Roberto Martinez était calme. Il tenait son rang. Pas de grands gestes ni d'indications hurlées, mais un entraîneur en harmonie avec lui-même. Martinez a vu son équipe débuter à tâtons, il a remanié l'occupation de terrain suite à la blessure de Jordan Lukaku et a constaté que le système fonctionnait. Certes grâce à la faiblesse de la Bosnie-Herzégovine mais aussi grâce au jeu brillant, par moments, des Diables Rouges.
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Vendredi soir, le long de la touche, au stade Roi Baudouin, Roberto Martinez était calme. Il tenait son rang. Pas de grands gestes ni d'indications hurlées, mais un entraîneur en harmonie avec lui-même. Martinez a vu son équipe débuter à tâtons, il a remanié l'occupation de terrain suite à la blessure de Jordan Lukaku et a constaté que le système fonctionnait. Certes grâce à la faiblesse de la Bosnie-Herzégovine mais aussi grâce au jeu brillant, par moments, des Diables Rouges. Mais combien de fois n'a-t-on pas déjà encensé cette génération avant de la démolir ? Ensuite, d'aucuns se demandent si Roberto Martinez possède vraiment le bagage nécessaire pour hausser le niveau de jeu de cette équipe ? Ces dernières semaines, l'Espagnol a dû se poser de nombreuses questions. Les histoires humiliantes qui ont subitement traversé la Manche, le jugement général, selon lequel Everton est meilleur depuis son départ, les critiques sur la quasi-absence de Belges dans son staff... Pour l'instant, tout est classé. Même s'il est regrettable que Martinez dispense ses entraînements à huis clos. Comme si un scout de la partie adverse allait déceler un élément susceptible de faire basculer le match. On ne voit pas très bien l'utilité de ces entraînements fermés au public, même si les clubs belges y recourent de plus en plus. Le public s'est réconcilié avec les Diables Rouges. Le match contre Gibraltar, qui se tenait au moment où votre magazine passait sous les rotatives, n'y aura rien changé. Il n'y a plus guère d'obstacles sur la route menant à la Russie. Du moins sur papier. Car ces dernières années, le manque de régularité et le laxisme de certains joueurs qui se baladaient sur le terrain comme des touristes ont posé problème. On a souvent fustigé cette mentalité tout en usant de trop de superlatifs quand tout allait bien. Comme contre la Bosnie-Herzégovine. La ferveur et les idées d'Eden Hazard, les actions de Yannick Carrasco. Les footballeurs oscillent entre adulation et critiques virulentes. Ils illustrent bien la culture de l'ego qui règne maintenant. Il est difficile pour un entraîneur de garder tous les regards dans la même direction. En ce sens, il serait mauvais de sombrer dans l'euphorie suite à la nette victoire contre la Bosnie-Herzégovine. Les Diables Rouges ont déjà signé de telles prestations. Comme pendant le Mondial brésilien, dans le match mémorable contre les États-Unis. Ou pendant l'EURO français contre la Hongrie. Chaque fois, elles ont été suivies de revers lourds de conséquences. Le principal chantier de Roberto Martinez est la quête de stabilité. Il ne doit pas faire de compromis comme Marc Wilmos s'y complaisait trop souvent mais établir des règles strictes et surprendre ses joueurs tactiquement. En n'optant pas pour un trio défensif d'emblée mais en reprenant un Jordan Lukaku qui manquait de rythme, il s'est trompé mais les circonstances et surtout la victoire 4-0 ont tout effacé. S'il y a une garantie de stabilité, c'est bien dans le jeu de Jan Vertonghen. Le défenseur en est à 87 matches et se rapproche du record détenu par Jan Ceulemans (96 sélections). Le parcours de Vertonghen en équipe nationale montre à quel point tout a changé. Il a débuté le 2 juin 2007 lors d'un match de qualification pour l'EURO contre le Portugal. La Belgique s'est inclinée 2-1. Dans l'équipe, on trouvait déjà Marouane Fellaini, Thomas Vermaelen et Steven Defour. Sur le banc, Kevin Vandenbergh, qui a maintenant 33 ans et est le meilleur buteur, avec 19 goals en huit matches, d'Aarschot, un club de P2. René Vandereycken était alors sélectionneur. Jan Vertonghen allait connaître cinq autres entraîneurs en neuf ans. Ce n'est pas non plus un signe de continuité. Il a assisté à la mue de la fédération, passée d'un ministère rigide à une entreprise moderne, au départ du CEO Steven Martens à cause d'une gestion financière désastreuse et à la rage d'économies qui vient de coûter sa tête au directeur de la communication, Bob Madou, pendant que de nombreux autres employés tremblent pour leur poste. Controverses, intérêts personnels, règlements de comptes : au sein des murs de verre de la fédération, avenue Houba de Strooper, c'est aussi la culture de l'ego qui règne. PAR JACQUES SYSLa culture de l'ego règne partout.