Preben Van Hecke : " Greg et moi nous connaissons depuis ses débuts pros, il y a 8 ans. A partir de ce moment-là, nous avons roulé ensemble presque tous les jours. Si nous nous entendons bien, c'est parce que le cyclisme n'est pas un travail ni un hobby, pour nous, mais une passion. Greg ne parle que de ça et on peut compter sur les doigts des deux mains, sur une année, les jours où il ne pédale pas. S'il ne roule pas, même pendant un jour de repos, c'est qu'il est malade ou qu'il vient de passer seize heures en avion. Il parvient toujours à libérer du temps pour le vélo. Jamais il n'a avancé d'excuse pour ne pas s'entraîner. S'il ne vient pas à un rendez-vous, c'est à cause d'un contrôle ou d'une panne. Quand la météo est vraiment mauvaise, il s'entraîne sur les rouleaux, à moins que nous n'allions sur la piste de Gand.
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Preben Van Hecke : " Greg et moi nous connaissons depuis ses débuts pros, il y a 8 ans. A partir de ce moment-là, nous avons roulé ensemble presque tous les jours. Si nous nous entendons bien, c'est parce que le cyclisme n'est pas un travail ni un hobby, pour nous, mais une passion. Greg ne parle que de ça et on peut compter sur les doigts des deux mains, sur une année, les jours où il ne pédale pas. S'il ne roule pas, même pendant un jour de repos, c'est qu'il est malade ou qu'il vient de passer seize heures en avion. Il parvient toujours à libérer du temps pour le vélo. Jamais il n'a avancé d'excuse pour ne pas s'entraîner. S'il ne vient pas à un rendez-vous, c'est à cause d'un contrôle ou d'une panne. Quand la météo est vraiment mauvaise, il s'entraîne sur les rouleaux, à moins que nous n'allions sur la piste de Gand. Soit nous roulons peu et lentement, avec une pause-café, soit, ce qui est souvent le cas, vite et longtemps. Au fil des années, Greg a compris que s'entraîner plus n'est pas nécessairement mieux. Parfois, donc, il roule normalement. Greg est un professionnel accompli : il dort neuf heures, fait la sieste, surveille son alimentation et, à une terrasse, il boit un café ou une eau, pas de bière ni de soda. Il respecte scrupuleusement son plan d'entraînement et envoie ses wattages au coach tous les jours. Mais il n'exagère pas : il ne s'astreindra pas à une séance de huit ou neuf heures, pas plus qu'il ne pèse le moindre gramme de pâtes. Il aime avoir une alimentation saine mais variée. Au terme de la saison, il s'accorde une glace ou des frites. La différence entre nous ? Le talent. Greg roule en Porsche, moi en Opel. Quand il met les gaz, je dois franchement m'accrocher. Je le remarque surtout quand il démarre dans les côtes. Son explosivité est son principal atout et il l'exerce. Dans notre tour habituel, dans les Ardennes flamandes, il fonce dans chaque montée. C'est important dans le cyclisme actuel, avec toutes ces arrivées au sommet d'une colline. Regardez sa victoire au Tour : debout sur les pédales, il a développé jusqu'à mille watts pendant 45 secondes. C'est très long. Greg s'astreint aussi à des séances plus longues et plus intenses. Avec l'âge, il a acquis de l'endurance. En même temps, il a beaucoup progressé dans les contre-la-montre courts, à force de s'entraîner avec ce vélo mais aussi grâce à cette endurance. Pour rappel, il a terminé troisième du prologue de Tirreno-Adriatico, à une petite seconde de Fabian Cancellara. Autre évolution, son leadership. Avant, chez Lotto, Philippe Gilbert était le patron et on laissait Greg à son sort mais BMC croit vraiment en lui. Il est le leader dans ses courses, avec des valets attitrés, comme Michael Schär et Marcus Burghardt, qui ne ménagent pas leurs efforts parce qu'ils savent qu'il peut gagner et qu'ils l'apprécient. Greg dit les choses comme elles sont mais sans jamais démolir personne. Il est très reconnaissant. En novembre dernier, quand il est allé reconnaître Paris-Roubaix avec BMC, il a été chercher ses coéquipiers à Zaventem et les a invités à dîner. La pression induite par ce leadership ne lui pose pas de problème. Avant le Tour des Flandres, il était d'un calme olympien. Pendant la reconnaissance du parcours, il parlait de Waasland-Beveren. Il a accéléré dans une côte puis a repris la conversation. C'est pareil avant le Mondial : lors de notre dernière séance commune, il parlait davantage de son amie et de leur petite fille, dont il va être privé pendant trois semaines. C'est typique : il se prépare parfaitement tout en sachant qu'il ne peut faire que de son mieux. Il est très fort mentalement. Prenez l'affaire de dopage du printemps. Evidemment qu'il souffrait d'être injustement accusé ! Mais ça n'a pas eu d'impact sur ses performances. Au contraire, ça lui a donné des ailes : il s'est libéré de ses frustrations en course. On l'a vu après sa victoire à Tirreno-Adriatico. Il était si heureux... Comme quand il a été blanchi. A juste titre. Croyez-moi, Greg est clean à 100 %. J'en mettrais ma main au feu. Cette affaire est d'ailleurs typique de la façon dont la Belgique traite ses héros. On insiste aussi sur le fait qu'il n'a jamais gagné de grande classique. Les Pays-Bas portent aux nues Maarten Tjallingii parce qu'il a été troisième de Paris-Roubaix mais quand Greg est deuxième du Ronde, les gens disent : - Tu vois, il n'est pas capable de gagner. En Italie, il serait béatifié. Quand Greg est déçu, je lui dis de savourer son accessit. Beaucoup de coureurs doivent se contenter de beaucoup moins. Il sait qu'un jour, il tiendra sa grande victoire. Peut-être dimanche. Car il est conscient de son potentiel. Sa victoire d'étape au Tour est venue au moment idéal : pour lui mais surtout pour le monde extérieur, c'est la confirmation qu'il peut gagner au plus haut niveau. La presse exagère en critiquant son style de course offensif. OK, il démarre parfois trop tôt mais nous devrions être heureux que tous les coureurs n'aient pas une calculette en mains. C'est ce qui le rend populaire : il peut rendre une course passionnante. Moi, je trouve magnifique cette volonté de vaincre, d'attaquer. C'est ce qui caractérise les vrais ténors : ils veulent toujours être les meilleurs. Ce que j'admire aussi en lui, c'est que son statut ne l'a pas changé en huit ans. Il reste amical, modeste, toujours prêt à donner un coup de main. Une vedette sans allures de star, qui accorde peu d'importance au luxe. Il n'a pas trois Ferrari, juste une Jeep. Il ne vit pas dans un château mais dans une belle maison. Contrairement à d'autres, il ne se croit pas supérieur à ses collègues. Au Tour du Qatar, un néo-pro de notre équipe a même été surpris que Greg bavarde dix minutes avec lui. Si quelqu'un ne le reconnaît pas, il ne gamberge pas. Il n'a pas envie d'être au centre de l'intérêt. Par contre, il est toujours serviable. A Zele, on a un jour organisé une tombola au profit de quelques amateurs dont on avait volé les vélos. Il a été le premier à offrir un maillot. Récemment, un ami a perdu trois doigts. Avec l'aide d'un mécanicien de BMC, il s'est arrangé pour qu'il puisse changer automatiquement les vitesses de son vélo. Greg est aussi capable de se réjouir sincèrement pour les autres. Il rêvait de gagner le championnat de Belgique et il était déçu de ne pas avoir pu combler son retard sur moi et Jürgen Roelandts mais après-coup, je n'ai pas discerné la moindre trace de jalousie. Greg me grée ce maillot de tout son coeur, même s'il doit le voir pendant un an. Et dimanche, personne ne sera plus heureux que moi s'il est sacré champion du monde. Imaginez ça : le maillot belge et l'arc-en-ciel côte à côte à l'entraînement. Ça ne serait pas magnifique ? " PAR JONAS CRETEUR - PHOTOS BELGAIMAGE