Sourires sur tous les visages, ambiance électrique fournie par 25.000 fans en voix, business-seats pleins à craquer, le Standard a ouvert ses play-offs en grande pompe. Dimanche, il a fait taire tous ses détracteurs. Les Liégeois restaient sur un bilan de 4 points sur 12 qui avait fait naître quelques craintes sur la fraîcheur mentale et physique des leaders du championnat. Face à un Anderlecht certes apathique, les Rouches ont livré une prestation tout en maîtrise.
...

Sourires sur tous les visages, ambiance électrique fournie par 25.000 fans en voix, business-seats pleins à craquer, le Standard a ouvert ses play-offs en grande pompe. Dimanche, il a fait taire tous ses détracteurs. Les Liégeois restaient sur un bilan de 4 points sur 12 qui avait fait naître quelques craintes sur la fraîcheur mentale et physique des leaders du championnat. Face à un Anderlecht certes apathique, les Rouches ont livré une prestation tout en maîtrise. En première mi-temps, rarement une équipe anderlechtoise n'avait été autant dominée, bousculée et asphyxiée. Il a fallu attendre la 26e minute de jeu avant de voir un premier mouvement offensif construit et dangereux de la part des champions en exercice. Cette victoire ne permet pas encore aux Liégeois de s'envoler vers le titre, Bruges s'annonçant comme un adversaire coriace, mais elle écarte sans doute les rivaux bruxellois de la lutte finale. Et surtout elle rassure tous ceux qui avaient vu les signes d'un déclin inéluctable. Cette formation a de l'équilibre, du football, de l'expérience et toute une région derrière elle. Il y a des signes qui ne trompent pas : embouteillages à l'entrée du stade, difficulté à se frayer un chemin dans la masse, tribune de presse pleine à craquer. C'était l'ambiance des grands soirs européens, dimanche au Standard. Certes, un clasico ne se boude jamais mais celui-ci a atteint les sommets du match du titre de 2008 ou du test-match de 2009, face au même adversaire mauve et blanc. Même les play-offs de 2011 n'avaient pas soulevé, lors du premier match à domicile qui suivait pourtant la démonstration d'ouverture sur le terrain d'Anderlecht, autant d'enthousiasme. Dimanche, il y avait du bruit et de la fureur. De ceux qui galvanisent une équipe. En juin, personne n'aurait pu prévoir un public aussi bouillant et nombreux. Même si l'engouement ne s'est jamais tari et que les supporters, en colère contre la direction, ont toujours fait la distinction entre le président et les joueurs, on a longtemps senti un certain malaise dans les travées de Sclessin. Désormais, on perçoit une communion totale et une effervescence qui démontrent que tout Liège croit au titre et veut vivre en direct le chemin qui mène à la consécration. Est-ce que cela signifie que la fracture entre Roland Duchâtelet et le public s'est résorbée ? Non. Trois défaites d'affilée et les fantômes du passé risquent de ressurgir. De plus, les Ultras n'en sont pas encore à scander le nom du président pour le remercier de cette belle saison. Mais les résultats ont conduit à une ferveur incandescente, nulle autre pareille en Belgique, qui pourrait bien s'avérer l'atout numéro un du Standard dans la course au titre. " On a vu aujourd'hui toute la mentalité Standard ", expliquait Laurent Ciman à l'issue de la rencontre. " On se donne à fond et on se bat jusqu'à la fin. On possède une vraie équipe, un vrai groupe. L'esprit Standard, c'est tous ensemble. Même s'il faut mettre la tête là où d'autres ne mettraient pas le pied ! " Si, au cours de la saison, on a parfois vu une équipe capable de gérer une rencontre et de mettre le frein à main, a contrario, on a pu constater qu'à chaque fois qu'il fallait sortir le bleu de travail et se serrer les coudes, ce Standard en était capable. Le tacle de la dernière chance de Dino Arslanagic à la dernière minute, sur un essai de Gohi Bi Cyriac,symbolise ce Standard. Le collectif est la force de cette formation mais elle ne repose pas que sur de l'abnégation, du travail et de la rigueur. A ces éléments, il faut aussi et surtout ajouter le talent. La technique de Paul-José Mpoku, de Michy Batshuayi, de Mehdi Carcela ainsi que la vista de Julien de Sart ou le placement de William Vainqueur rendent cette équipe imprévisible malgré un schéma tactique ultra-connu. Si on est sorti rassuré de la fraîcheur mentale des Standardmen, certains doutes subsistent sur leur fraîcheur physique. Mpoku, Vainqueur et Carcela ont manqué quelque peu de jus à l'heure de jeu. Pas étonnant vu leur générosité en première mi-temps. Luzon l'a d'ailleurs remarqué, remplaçant Mpoku à la 69e et Vainqueur par la suite. C'est à ce moment-là du match que les hommes de Luzon ont reculé et ont laissé le jeu à Anderlecht. A l'issue du match, Ciman expliquait cela par la chaleur. " Moi aussi, j'ai un peu souffert mais il n'y a pas de raison d'avoir peur. On a travaillé consciencieusement et je ne pense pas que l'on soit fatigué. " De Sart abondait dans le même sens. " La trêve nous a fait du bien. On a pu recharger nos accus. " Néanmoins, le Standard avait déjà montré quelques signes de fléchissement en 2e mi-temps à Bruges. Inquiétant ? Pas tant que le Standard arrive à profiter de ses moments forts et gérer ses moments faibles. Mais l'histoire des play-offs retient que le Standard a réussi ses meilleurs play-offs (2011 et 2013) avec une formation triomphante sur le plan physique. La question ne s'est jamais posée dans la tête de Roland Duchâtelet. Dès le premier jour, ne l'a-t-il pas présenté en disant qu'il avait déniché un meilleur entraîneur que Mircea Rednic ? Même s'il s'agissait d'un énorme coup de bluff (comment pouvait-il connaître le championnat israélien ? Comment pouvait-il connaître la réelle valeur de Luzon autrement que par la lecture de son CV ? Et que pouvait-il dire d'autre après s'être séparé d'un coach qui venait de qualifier le Standard pour la Coupe d'Europe en étrillant son adversaire 7-1 ?), cela démontrait d'entrée de jeu que ce choix était pleinement assumé. En novembre, alors que le Standard occupait la première place mais que des questions subsistaient sur le style de jeu et que la campagne européenne s'était soldée sur un échec cuisant, nous avions sondé le président qui se disait " pleinement satisfait du travail de son entraîneur ". Si Duchâtelet n'a pas douté une seconde de son entraîneur au moment le plus délicat de la saison, pourquoi en serait-il autrement quelques mois plus tard, alors que le Standard abordait pour la première fois de son histoire les play-offs en tant que leader et qu'entre-temps, le mois de décembre avait démontré que les Liégeois étaient capables de produire un jeu flamboyant contre des équipes comme Anderlecht ou Genk ? Si Duchâtelet n'a jamais douté de Luzon, l'inverse est également de mise. Luzon est reconnaissant envers l'homme qui lui a permis de se mettre en valeur à l'étranger. Dès son arrivée, il n'a eu que des louanges envers quelqu'un qui " tient toutes ses promesses ". La semaine passée, dans une interview accordée à L'Avenir, il enfonçait le clou en disant de Duchâtelet : " C'est une personne brillante, droite, remarquable. Une personnalité à qui on peut vraiment faire confiance. Il a toutes les caractéristiques qu'un entraîneur rêve de trouver chez son président. Il n'y a pas beaucoup de présidents qui auraient pu supporter la pression du début de saison avant d'amener le club à la première place. Cela montre à quel point il est brillant et spécial. " Hommage appuyé envers un président peu habitué, ces temps-ci, à recevoir des compliments. Le destin des deux hommes paraît donc lié, à tel point qu'ils ont partagé la même impopularité auprès des suppor- ters. Cette prolongation lève également le voile sur l'avenir de Duchâtelet au Standard. Luzon est tellement attaché à son président que son futur comme entraîneur du Standard ne semblait pas du tout garanti en cas de reprise du club. Un repreneur aurait certainement fait place nette, ne fût-ce que pour se mettre les supporters en poche. En prolongeant Luzon, Duchâtelet n'a peut-être pas confirmé complètement qu'il restait au Standard mais il a soulevé un coin du voile. Dans l'état actuel des choses, il y a désormais peu de chances qu'il vende le club. Difficile de répondre négativement à cette question si on se penche sur les résultats. Luzon a battu tous les records du Standard depuis l'instauration des play-offs. En termes de résultats, depuis l'arrivée de Duchâtelet, il est le meilleur entraîneur. Depuis dix ans, il a la meilleure moyenne de points pris. Jamais le Standard n'a abordé les play-offs dans la peau du favori et du leader. Et ces résultats ont été forgés dans un climat bien peu propice. La fronde du mois de juin et la manifestation des supporters lors de sa première conférence de presse ne permettaient pas de dresser un constat optimiste pour l'avenir. A l'époque, tous les cadres voulaient partir. Si Duchâtelet a su les convaincre de rester, contre espèces sonnantes et trébuchantes, Luzon a su les remotiver et les solidariser en vue d'un objectif bien défini. Or, un vestiaire n'est pas dupe. Au mois de juin, il aurait été facile de briser cet entraîneur inconnu, attiré par un président vilipendé qui avait déjà annoncé son départ. Mais le noyau a été convaincu par l'ambition et le discours de Luzon. Et tout le mérite en revient à l'entraîneur israélien qui a su calmer les ardeurs des supporters en apportant immédiatement des résultats. D'autres auraient tenté d'utiliser la presse pour amadouer tout le monde. Lui pas, il s'est focalisé sur son groupe et a généré une spirale positive. Néanmoins, l'histoire reste inachevée. Et Luzon a tellement fait des play-offs l'objectif prioritaire, au point de balancer la Coupe d'Europe, à force de rotation exagérée, redoutant un manque de fraîcheur au moment du sprint final (ce qui était arrivé au Standard de José Riga, brillant en Coupe d'Europe et en championnat jusque décembre, mais décimé par les blessures en 2e partie de saison) qu'on ne peut juger son travail qu'à la fin des play-offs. Le prolonger maintenant n'a donc aucun sens si on considère cette prolongation comme une récompense pour le travail effectué. Non, cette prolongation doit d'abord être perçue comme un gage de confiance, celle qui lie le président à son entraîneur. Le timing n'est pas anodin : en agissant de la sorte, Roland Duchâtelet envoie un message fort. Il démontre que son choix était le bon, quels que soient les résultats des play-offs, et il empêche toutes les rumeurs de circuler à un moment inopportun. Cette prolongation a également modifié le discours de l'entraîneur. En rappelant durant toute la saison que l'objectif consistait à terminer dans les trois premiers, Luzon se protégeait. Cela lui permettait, même en cas de passage à vide, de défendre son bilan et de prouver qu'il avait rempli les objectifs consignés en début de saison. Désormais qu'il est prolongé, il n'a plus à défendre son bilan et il peut avouer son ambition : gagner le titre. Néanmoins, que se passera-t-il en cas de mauvais play-offs ? Il ne faudra pas trois défaites d'affilée pour que les supporters, en veilleuse depuis le mois de juin, se réveillent. Tout le monde reprochera alors au président d'avoir prolongé trop tôt un homme qui n'avait pas encore montré toute l'étendue de ses qualités dans des matches à enjeux. Dans ce contexte, dimanche, Duchâtelet et Luzon ont encore marqué des points. De plus, Luzon, tout en conservant son 4-4-2, a montré qu'il pouvait innover, en demandant à Mpoku et Carcela de rentrer davantage dans le jeu pour densifier l'entrejeu et en écartant un peu plus Imoh Ezequiel sur la gauche. Alors qu'un entrejeu adverse de trois éléments a souvent posé des problèmes au Standard, Luzon a prouvé qu'il savait trouver la parade. La victoire face à Anderlecht démontre également toute l'évolution du Standard version Luzon. Alors qu'en première partie de saison, les Liégeois engrangeaient les points en refusant le monopole du ballon, même contre OHL ou Charleroi, et en misant sur la contre-attaque, on a vu un schéma inverse dimanche. En première mi-temps, c'était Anderlecht qui courait après le ballon. Les Liégeois gardaient la possession afin de dominer leur adversaire et de l'obliger de miser sur des reconversions rapides. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS: BELGAIMAGELuzon, tout en conservant son 4-4-2, a prouvé qu'il savait innover, en demandant à Mpoku et Carcela de densifier l'entrejeu. Désormais qu'il est prolongé, Luzon n'a plus à défendre son bilan et il peut avouer son ambition : gagner le titre.