Elimane Coulibaly (33 ans) sera candidat au titre de " Meilleur come-back de l'année ". La saison dernière, bénéficiant d'un transfert libre, il quitte Gand pour le Beerschot, d'où il est licencié en octobre. En janvier dernier, il retourne chez les Buffalos mais ne quittent pratiquement jamais le banc. Au début de cette saison, les dirigeants gantois lui proposent un prêt jusqu'en fin de saison (c'est-à-dire jusqu'à la fin de son contrat) à Courtrai. Aligné d'emblée, il inscrit un but et délivre un assist qui permettent à sa nouvelle équipe de battre... ses anciennes couleurs. " Je m'étais pourtant blessé dès la première minute et j'ai joué tout le match sur une jambe ", rigole-t-il en prenant un capuccino au Mondada, un restaurant d'un centre commercial de Gand.
...

Elimane Coulibaly (33 ans) sera candidat au titre de " Meilleur come-back de l'année ". La saison dernière, bénéficiant d'un transfert libre, il quitte Gand pour le Beerschot, d'où il est licencié en octobre. En janvier dernier, il retourne chez les Buffalos mais ne quittent pratiquement jamais le banc. Au début de cette saison, les dirigeants gantois lui proposent un prêt jusqu'en fin de saison (c'est-à-dire jusqu'à la fin de son contrat) à Courtrai. Aligné d'emblée, il inscrit un but et délivre un assist qui permettent à sa nouvelle équipe de battre... ses anciennes couleurs. " Je m'étais pourtant blessé dès la première minute et j'ai joué tout le match sur une jambe ", rigole-t-il en prenant un capuccino au Mondada, un restaurant d'un centre commercial de Gand. Elimane Coulibaly : Oui mais pour certaines personnes, je n'étais manifestement pas encore suffisamment bon. Mon retour à Gand, je le devais au président : il a tout fait pour que je revienne. Ce n'était pas facile de me reprendre car j'avais une mauvaise image : on disait qu'au Beerschot, je m'étais battu avec un équipier. Bonne question (il rit). Disons que, dès le début, j'ai bien senti que tout le monde n'était pas derrière moi et que ça n'avait pas vraiment changé. Je ne répondrai pas à cette question. En football, tout le monde sait qu'on ne peut pas tout dire. J'ai le droit de dire ce que je pense mais ce n'est pas mon genre de parler en public sur le dos des gens. Je préfère leur dire ce que je pense d'eux en les regardant droit dans les yeux. C'est une excuse facile. On m'avait engagé pour renforcer l'équipe et je suis le seul nouveau joueur qui n'a plus joué après l'arrivée de Fernandez. Dès lors, je me pose des questions. Il ne me connaissait pas mais il ne connaissait pas les autres non plus. Qui l'a aidé à composer sa sélection ? Sur quelles bases ? J'ai tenu parole. On m'a demandé de rester calme et je l'ai fait. Après avoir été viré du Beerschot, je n'avais plus le choix. S'il se passait la moindre chose à Gand, on aurait dit que c'était de ma faute. Sans lui, je n'aurais jamais pu retourner à Gand. Il m'a aidé au-delà de toutes mes espérances. Ce que j'ai le plus admiré chez lui, c'est qu'il a toujours tenu parole. Mais des joueurs, des amis et des collègues m'ont également demandé de rester calme. A plusieurs reprises, certains équipiers sont allés trouver l'entraîneur pour lui demander pourquoi il ne m'alignait pas, parce qu'ils estimaient que je pouvais rendre des services. Je ne sais pas ce que cet homme avait dans la tête car je n'ai jamais parlé une seule fois avec lui. Une fois mais ce n'était pas un véritable dialogue. C'était après le match face au Beerschot, où il devait me faire entrer à une minute de la fin mais ne l'avait pas fait. C'était 2-0 après une heure de jeu et il n'allait pas faire entrer un attaquant. A la dernière minute, j'étais prêt à monter au jeu lorsque le Beerschot a fait 2-1. Alors, il a fait entrer un autre et j'ai pu aller me rasseoir. C'était très difficile pour moi. Je suis alors allé voir Manu pour lui demander pourquoi, même face au Beerschot, je ne pouvais pas jouer. Quel était le problème ? Pourquoi s'était-il passé la même chose que lors du match de Coupe d'Europe à Kiev ? Pas vraiment. Disons que j'ai tout de même un peu tapé du poing sur la table. Je veux bien rester calme mais il ne faut pas non plus me provoquer ni aller trop loin. Quelques jours plus tard, l'entraîneur m'a appelé mais... je ne comprenais pas ce qu'il disait et inversement. Manu traduisait mais ça n'allait pas : impossible de communiquer par l'intermédiaire de quelqu'un d'autre. Je ne voulais pas qu'on joue avec mes pieds, je demandais juste qu'on me donne ma chance. C'est vrai, je ne peux pas le nier. Mais dans ce match aussi, à 4-0, il avait hésité à me faire entrer. Il m'a fait lever puis rasseoir. Non. A refaire, j'agirais de la même façon. Si un entraîneur qui joue avec mes pieds veut me serrer la main, je refuse. Je ne suis pas un hypocrite. C'est vrai. Nous devrions pouvoir relativiser mais, pour nous, le respect a sans doute plus de valeur que pour vous qui êtes nés ici et qui vous sentez chez vous parce que vous êtes entourés de vos amis et de votre famille. Nous sommes seuls et on nous juge bien souvent sans nous connaître vraiment. Rien ! Absolument rien ! Aucune ! Je suis fier de ce que j'ai fait au Beerschot. Dans le vestiaire, beaucoup de monde me respectait et je dois dire que c'est le premier club dont les supporters m'ont immédiatement accepté. Je leur en serai toujours reconnaissant. Mon licenciement n'était qu'une question d'argent, de situation financière du club. Le reste n'était qu'un problème d'égos comme il y en a dans tous les vestiaires. Oui. Il y avait des anciens, des nouveaux et des jeunes. Il fallait harmoniser tout cela. Le problème, au début, c'est que seuls les anciens faisaient partie du conseil des joueurs. J'ai demandé qu'on y introduise des jeunes. C'est comme ça qu'Öztürk et Ojo ont été repris. Oui. Tout s'est déclenché après le premier match à domicile contre Lokeren, que nous avons perdu. Par la suite, les rapports se sont améliorés et l'équipe s'est stabilisée. Nous avons mieux joué. Qui a dit ça ? Ce n'est pas vrai. C'est une excuse trop facile. Je sais que cette image me colle à la peau mais je le répète : on m'a licencié pour des raisons financières. Pensez-vous que Gand et, à présent, Courtrai m'auraient repris si j'étais fou ? Je sais ce que je fais. Ma foi et ma culture sont très importants pour moi et pour ma famille. Elles m'imposent des limites que je ne franchis pas. Mais si le président me dit qu'il ne va pas me payer, je lui demande des comptes, c'est mon droit. Et s'il me dit que, dorénavant, il me payera autrement que ce qui avait été convenu, je dis que je ne suis pas d'accord. Je suis comme ça. Et quand j'ai le droit avec moi, je peux devenir très agressif. Quelle agressivité ? L'agressivité qu'il faut pour gagner un match ou celle qui me fait lutter pour protéger mes droits ? C'est humain, je pense. Mais parfois, je me demande pourquoi je me retrouve aussi souvent dans de telles situations. Peut-être parce qu'un joueur est toujours dans l'actualité, qu'il a toujours des partisans et des détracteurs. Mais je gère déjà mieux cela que par le passé. C'est aussi une question d'adaptation, d'expérience et d'âge. La naissance de mes jumeaux, en juillet, a aussi joué un rôle. Elle a ouvert mon coeur, m'a rendu plus fragile et plus sociable. J'ai davantage conscience de l'importance de la famille et des amis. Avant, quand je n'avais pas envie de parler aux gens, je ne le faisais pas. Aujourd'hui, je suis plus détendu et plus accessible. C'est Patrice Bodiang, un Gantois d'origine africaine que je connais depuis longtemps et qui a été très important pour moi au cours des derniers mois. Lorsque j'évoluais toujours à Oostakker, en provinciale, il disait que j'avais suffisamment de qualités pour aller beaucoup plus haut. Ça me faisait rigoler. Il a cru en moi bien avant moi. L'entraîneur, c'est toute la différence, hein ! Avec celui-ci, tout le monde doit travailler. C'est ce que j'apprécie plus que tout chez lui. Pour ma première saison à Courtrai, qui était toujours en D2, je suis resté presque tout le temps sur le banc. Nous avons été champions et, avant que je ne parte en vacances, il m'a dit : -La saison prochaine, tout le monde repart à zéro. J'ai travaillé dur à l'entre saison et j'ai percé, parce qu'il m'a donné la chance que je méritais. Mais s'il m'avait écarté après cette première saison, je ne serais peut-être jamais devenu professionnel. Il y a des moments importants dans une carrière. Ces derniers temps, j'étais dans une spirale négative. Au Beerschot et à Gand, on se moquait de moi et on m'avait même repris dans la rubrique Flop de Sport/Foot Magazine(il rit). Plus personne ne comptait sur moi. Pour beaucoup de monde, j'étais fini et je me demandais ce que j'avais fait au seigneur. Après tous les sacrifices consentis, est-ce que je ne méritais pas de finir sur une meilleure note ? Puis, soudain, un entraîneur me dit : -J'ai besoin de toi, je veux travailler avec toi car tu as quelque chose que beaucoup de joueurs n'ont pas. Dès le premier entraînement, il me corrigeait. Nous ne sommes pas le couple royal mais tout le monde a peur de nous et nous nous comprenons mieux de semaine en semaine. Dès le premier jour, Ivan s'est montré très ouvert. Il m'a fait comprendre que j'étais le bienvenu. C'est fantastique de la part d'un joueur dont beaucoup pensaient peut-être que nous serions concurrents. Le vestiaire est petit, on voit tout ce qui s'y passe et on sent immédiatement si on est accepté ou pas. Je dois dire qu'il y a longtemps que je n'avais plus senti que tout le monde était heureux de mon arrivée, qu'on comptait sur moi et que je pouvais compter sur chacun. Je n'en ai pas la moindre idée. Mais pas ma vitesse, sans doute (il rit).PAR CHRISTIAN VANDENABEELE" Si un entraîneur qui joue avec mes pieds veut me serrer la main, je refuse. Je ne suis pas un hypocrite. "