Le Prince William et Kate Middleton, Duc et Duchesse de Cambridge, étaient présents à l'inauguration officielle. Cette présence du couple princier en témoigne : ce n'était pas un jour comme les autres. Le 9 octobre 2012, onze ans après l'acquisition du terrain, St. George's Park était enfin opérationnel.
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Le Prince William et Kate Middleton, Duc et Duchesse de Cambridge, étaient présents à l'inauguration officielle. Cette présence du couple princier en témoigne : ce n'était pas un jour comme les autres. Le 9 octobre 2012, onze ans après l'acquisition du terrain, St. George's Park était enfin opérationnel. Le complexe que la fédération anglaise (FA) occupe à Burton upon Trent, dans le Staffordshire, peut accueillir 28 équipes nationales. On y trouve douze terrains, dont un a la même pelouse que Wembley, un terrain 3G indoor, une série de cabinets médicaux et de salles de rééducation, un espace couvert réservé au futsal et une école de sport rénovée voici peu et qui dispose des appareils de fitness les plus modernes. Tout cela a coûté plus de 100 millions d'euros. Peu après l'ouverture du complexe, Gareth Southgate était engagé par la FA comme manager des U21. Dans le même temps, en interne, il mettait au point un projet destiné à créer une philosophie claire. Fin 2014, on présentait England DNA, un plan de formation des jeunes basé sur cinq principes. Avec, notamment, l'obligation de pratiquer un football offensif. St. George's Park offrait l'environnement idéal pour mettre ce plan en pratique. " Désormais, il est facile d'implémenter notre vision à chaque équipe ", explique Southgate. " Les jeunes joueurs qui arrivent en équipe première connaissent le complexe et le style de jeu de cette équipe. Il y a davantage de continuité dans le système de jeu et, à terme, cela devrait accélérer le processus. De plus, on travaille comme dans un club, avec des interactions entre les coaches. " L'an dernier, les Anglais ont été récompensés : tant les U17 que les U20 sont devenus champions du monde tandis que les U19 ont été sacrés champions d'Europe. Bien que la FA voie plus loin, les Anglais espèrent que, cet été, l'équipe A fera aussi bien que les jeunes. Gareth Southgate emmènera en tout cas une équipe très jeune à la Coupe du Monde. Interview. Que pensez-vous de l'équipe belge que l'Angleterre rencontrera dans la phase de poules ? GARETH SOUTHGATE : La Belgique peut compter sur une génération de joueurs exceptionnelle. En 2014, ils ont un peu manqué de chance, et en 2016, ils ont certainement été déçus. Des joueurs comme Kevin De Bruyne, Eden Hazard et Romelu Lukaku porteront encore le maillot de l'équipe nationale pendant quelques années mais il y a aussi des trentenaires. Pour eux, c'est le moment. Je sais que le style de jeu prôné par Roberto Martinez convient bien aux joueurs. Le match face à la Belgique sera très difficile. À propos de Roberto Martinez, est-il vrai que vous vous connaissez bien et que vous vous entendez bien ? SOUTHGATE : Oui, c'est vrai. Nous nous sommes souvent rencontrés autour des terrains et nous avons beaucoup parlé de football. En tant que joueurs et entraîneurs, nous n'avons jamais été opposés mais j'ai suivi les cours de Pro Licence avec Graeme Jones, son adjoint de toujours. Lorsque j'ai entamé ma carrière d'entraîneur à Middlesbrough, Martinez était déjà dans le métier. Ce qu'il a fait à Swansea et à Wigan est extraordinaire. À Swansea, il insistait sur la possession de balle, ce qui a permis à cette équipe de faire la différence et d'avoir du succès alors qu'on pensait que, dans les petites divisions, il était impossible de jouer comme ça. Il avait une vision structurée que je n'avais pas encore à l'époque. À Middlesbrough, je suis passé du jour au lendemain du boulot de joueur à celui d'entraîneur. Lorsque je l'ai rencontré, plus tard, il n'a jamais hésité à me parler de sa philosophie. Roberto Martinez, c'est vraiment un bon gars. Depuis votre arrivée à la FA, en 2013, vous avez implanté une nouvelle philosophie, un ADN qui doit permettre de reconnaître chaque équipe représentative. Qu'est-ce qui vous a incité à faire cela ? SOUTHGATE : Nous en étions arrivés à la conclusion que d'autres fédérations misaient beaucoup sur les résultats des équipes d'âge. Nous voulions avant tout déterminer un système de jeu et une façon de le mettre en pratique. Avant, nous acceptions constamment que l'adversaire ait la possession du ballon. Mais nous avons à présent une nouvelle génération de joueurs, plus habiles techniquement. De plus, la diversité au sein de l'équipe nous apporte des qualités physiques comme la puissance et la vitesse. Avec des techniciens, nous devons pouvoir dominer n'importe quelle équipe. Petit à petit, nous avons inculqué cela à nos équipes d'âge et en toute honnêteté, au cours des deux dernières phases finales, même l'équipe A a eu plus souvent le ballon que l'adversaire. De ce point de vue, nous avons déjà beaucoup évolué, mais la possession de balle n'est évidemment pas le seul baromètre du succès. Nous voulons imposer un certain style de jeu, ce qui implique de la discipline tactique. Car par le passé, nous avons eu des problèmes à ce niveau, avec des cartons rouges à des moments importants et des grands matches perdus alors que nous menions au score. Quel effet les succès des équipes d'âge ont-ils produit au sein de la fédération anglaise ? SOUTHGATE : Ils ont renforcé notre foi en nos capacités. Personne n'avait osé espérer une année 2017 aussi faste et il est probable que cela n'arrivera plus. Mais nous sentons qu'il est important d'arriver en quarts, en demi ou en finale des tournois pour équipes d'âge. Cela permet aux joueurs de s'habituer à disputer des grands matches et à gérer la pression. Pour mettre cela en place, nous avons dû prendre quelques décisions cruciales, comme celle de ne plus aligner notre équipe U16 au Victory Shield, un tournoi annuel que nous disputions face à l'Écosse, à l'Irlande du Nord et au Pays de Galles. Aujourd'hui, nos U16 affrontent des pays comme le Brésil, la France ou l'Espagne. Dès lors, plus tard, quand ils rencontreront des grands pays ou disputeront des grands tournois, ils n'auront plus peur de l'inconnu. Les victoires des équipes d'âge ont rendu confiance à tout le pays et c'est important. Évidemment, on attend dès lors davantage de nous. Je pense que l'Allemagne est confrontée au même phénomène. Les joueurs montent sur le terrain en étant sûrs d'eux parce qu'il y a une histoire derrière eux. Cela leur confère une autre mentalité. Et dans les grands clubs non plus, on n'accepte pas que vous ne soyez pas à la hauteur lors des grands matches. C'est cette mentalité que nous devons inculquer à l'Angleterre. Mais ça prend du temps. Quel modèle vous a inspiré au cours des dernières années ? SOUTHGATE : Lors de la dernière Coupe du Monde, nous avons étudié les caractéristiques tactiques, techniques, physiques et psychologiques de chaque équipe. Nous avons, par exemple, analysé le chemin effectué par les joueurs au cours de leur carrière. Ce qui nous a frappés, c'est qu'il semblait y avoir un parallèle entre le nombre de matches internationaux disputés en équipes d'âge et les pays qui avaient déjà été champions du monde, comme la France et l'Espagne. De ce point de vue, nous étions trop courts. Nous n'avions par exemple pas de U18 ni de U20. En créant ces deux équipes, nous avons offert vingt matches internationaux de plus à nos jeunes. Quelle a été l'importance des managers étrangers en Premier League et leur influence sur la façon dont vous voulez que l'Angleterre évolue désormais ? SOUTHGATE : Cruciale, je pense, surtout au début avec des managers comme Arsène Wenger et Rafael Benitez. Grâce à eux, plusieurs générations de joueurs ont été formées différemment, avec plus d'intérêt pour l'aspect tactique. Cela aide les joueurs qui veulent devenir entraîneurs et, dès lors, la génération suivante de joueurs. Autre changement important : celui du format des matches de jeunes, opéré voici quelques années. Dans les catégories d'âge inférieures, on a rétréci les terrains et diminué le nombre de joueurs, histoire de développer une autre sorte de technique. Dans quelle mesure les autres grands pays européens sont-ils avantagés si beaucoup de leurs joueurs évoluent à l'étranger ? Les Belges, par exemple, qui sont confrontés à différentes cultures footballistiques. SOUTHGATE : C'est sans doute positif. Historiquement, les Anglais ne franchissent pas souvent les frontières. J'aurais voulu le faire mais je n'en ai jamais eu l'occasion. Peut-être parce que je n'avais pas d'agent. Vous savez, même quand ils vont à l'étranger, les Anglais demandent toujours un English breakfast ( il rit)... Lorsque j'entraînais Middlesbrough, nous avons eu l'Allemand Robert Huth. Son expérience de la vie était bien plus importante que celle de beaucoup de jeunes joueurs. Il était parti de chez lui, parlait une autre langue, s'était adapté à un autre style de jeu et avait découvert d'autres aspects tactiques. Je suis partisan du fait que les joueurs anglais auxquels les clubs n'accordent pas de temps de jeu partent à l'étranger. Comme Jadon Sancho et Ademola Lookman, qui sont partis respectivement au Borussia Dortmund et au RB Leipzig ? SOUTHGATE : Exactement. Je les ai trouvés courageux. Des clubs anglais entretiennent des bonnes relations avec les Pays-Bas. C'est l'occasion pour leurs joueurs de découvrir un autre mode de vie. Bien entendu, les finances jouent un rôle. Assez récemment, on avait des Anglais en Italie parce que, à l'époque, c'était dans ce pays que les salaires étaient les plus élevés. Maintenant, c'est chez nous. Nous courons le danger que des jeunes joueurs gagnent bien leur vie mais ne jouent pratiquement pas. Sancho, qui a 18 ans, joue désormais devant 70 000 personnes qui attendent beaucoup de lui, il doit s'habituer à la pression, gérer les conséquences d'une défaite et il est entouré de joueurs plus âgés, tant parmi ses équipiers que ses adversaires. Vous emmenez un groupe relativement jeune en Russie. Courez-vous le risque que l'équipe manque d'expérience pour obtenir un bon résultat ? SOUTHGATE : Oui, c'est possible. On aurait pu sélectionner des joueurs de 27 ou 28 ans qui ont beaucoup d'expérience en championnat mais qui n'auraient sans doute pas gagné le tournoi. On a préféré donner une chance à des jeunes en qui nous croyons vraiment, des jeunes dont nous croyons que, dans quelques années, ils auront la classe mondiale. Nous ne sommes peut-être pas encore en mesure de remporter la Coupe du Monde mais nous pouvons créer la surprise et aller plus loin qu'on le pense. En agissant de la sorte, nous construisons et nous garantissons l'avenir. Quand je regarde quels sont les autres pays qui ont du succès, je vois souvent une consistance dans leur façon de penser ou dans leur système de jeu. Notre façon de travailler ne devrait pas changer en fonction du sélectionneur. L'important, c'est qu'il y ait un suivi dans notre approche et que nous ne quittions pas la voie tracée. Car on voit que nous progressons. En 2013, la FA s'est fixé pour objectif de remporter la Coupe du Monde 2022 au Qatar et de mettre en place une structure pour arriver à ses fins. Cet objectif est-il toujours d'actualité ? SOUTHGATE : C'est une question intéressante car, au moment où le président ( Greg Dyke, qui n'est plus en poste aujourd'hui, ndlr) a dit cela, nous avons pensé : OK, mais qu'est-ce qu'il entend par là ? C'est facile de fixer un objectif quand on sait qu'on ne sera probablement plus en fonction au moment où il devra être atteint : on n'a pas de responsabilité. Mais honnêtement, cela nous a permis de nous focaliser sur quelque chose, d'imaginer les étapes par lesquelles il faut passer pour arriver à cela. Cela nous a aidés à faire des plans pour toutes les équipes. Quand on se fixe un objectif, on fait les choses de façon plus concrète. À partir de quel moment considérerez-vous cette Coupe du monde comme une réussite ? SOUTHGATE : Lors de la Coupe du Monde au Brésil, nous ne sommes pas sortis de la phase des poules, puis l'EURO a constitué une déception également. Par la suite, l'équipe a manqué de confiance et le public s'est retourné contre nous. Ces derniers temps, nous avons renoué le contact avec les supporters. Je pense qu'ils aiment l'idée d'aligner des jeunes. Si nous jouons comme je pense que nous sommes en mesure de le faire, nous pouvons obtenir des résultats qui vont réveiller tout le monde et surprendre. Nous pourrons donc à nouveau être fiers de l'Angleterre. C'est ça, notre premier objectif. Pour ce qui est du tournoi en lui-même, il est facile de dire que nous voulons atteindre tel ou tel stade mais nous n'en savons rien. Nous devons d'abord sortir des poules puis voir ce qui est possible. Mieux vaut afficher une telle attitude que se demander ce qui pourrait ne pas fonctionner. Vous savez déjà comment vous allez jouer ? SOUTHGATE : Je pense que nous jouerons à trois derrière car nous voulons construire lorsque nous sommes en possession de balle mais, pour cela, nous avons besoin de stabilité défensive. Cela doit nous permettre d'être bien équilibrés, de jouer haut tout en restant solides derrière. En phase de qualification, nous avons souvent évolué avec deux médians défensifs mais cela ralentit l'évolution de l'équipe quand elle récupère le ballon. Je pense que ce système convient au profil et à l'âge des joueurs. Nous avons des arrières latéraux créatifs et notre défense est stable. Vous semblez bien vous entendre avec la plupart des joueurs et vous préférez qu'ils vous appellent Gareth plutôt que " Boss " ou " Gaffer "... SOUTHGATE : Je connais beaucoup de joueurs de l'époque où j'entraînais les U21. Peu importe la façon dont ils m'appellent, je ne connais pas le nom qu'ils me donnent quand j'ai le dos tourné ( il rit). Mais un entraîneur qui travaille avec des jeunes doit savoir comment ils sont faits et ce qui compte pour eux. Cette génération est différente de la mienne. Quand j'ai commencé, nous faisions ce que le coach disait. Désormais, les joueurs veulent savoir ce qu'ils font et à quoi ça sert. Le coach qui ne peut pas répondre a intérêt à réfléchir davantage la fois suivante. Mais quand l'entraîneur est motivé, les joueurs sont prêts à se donner à fond. Parlez-vous de votre carrière aux joueurs ? De l'EURO 1996, par exemple, où l'Angleterre a atteint les demi-finales ? SOUTHGATE : Marcus Rashford est né en 1997, et ce n'est qu'un exemple. Ma carrière de joueur n'a que peu d'importance ( il rit). Par contre, je pense que, grâce à ma carrière, j'arrive à sentir les joueurs. Je connais leurs challenges mais je ne suis pas du genre à dire devant tout le groupe que j'ai fait ceci ou cela. D'autant que je n'ai pas atteint tous mes objectifs. J'aurais voulu gagner davantage et disputer des grands matches de Ligue des Champions, mais quand votre carrière prend fin, vous comprenez que rien n'arrive sans raison et c'est peut-être ce qui m'a incité à vouloir faire mieux en tant que coach.