Le Danube et la Save, son affluent, s'unissent spectaculairement sous le promontoire de Kalemegdan, ce magnifique parc, ancienne forteresse ottomane, où les habitants de Belgrade et les touristes adorent se promener.
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Le Danube et la Save, son affluent, s'unissent spectaculairement sous le promontoire de Kalemegdan, ce magnifique parc, ancienne forteresse ottomane, où les habitants de Belgrade et les touristes adorent se promener. La vue sur le mariage des deux fleuves est imprenable. Unis, ils partent tranquillement vers la lointaine mer Noire. La ville blanche regarde à nouveau l'avenir avec confiance après les années de misère et de guerre qui ont déchiré l'ex-Yougoslavie et les bombardements de Belgrade par les avions de l'Otan en 1999. Il reste encore quelques cicatrices comme l'un ou l'autre bâtiment de l'ancienne dictature communiste, ou l'ambassade de Chine, touchée par erreur, mais, pour le reste, Belgrade a retrouvé ses allures de grande métropole, de carrefour des Balkans. En moins de dix ans, elle a accueilli plus d'un demi-million de réfugiés totalement démunis venus de Croatie, de Bosnie, du Kosovo, etc. " Peu de villes auraient réussi cet exploit ", lance un vieil habitant. " Nous n'avions quasiment plus rien mais Belgrade a toujours été accueillante et généreuse ". Petit à petit, et même si ce n'est pas évident tous les jours, cette cité de deux millions d'habitants a retrouvé dynamisme et espoir. Les salaires sont toujours très bas (un quart de ceux des belles années) et même s'il reste beaucoup de chemin à parcourir dans tous les domaines vers la démocratie totale et la prospérité, les banques françaises et allemandes ont retrouvé le chemin de ce pays. Un avenir se dessine petit à petit. Désormais capitale de la Serbie & Monténégro, Belgrade adore montrer ses beaux quartiers, ses monuments, ses jolies filles, ses cafés, ses restaurants, ses bateaux restaurants guinguettes, sa nouvelle et majestueuse église de saint Sava qui ne cesse d'accueillir des fidèles, surtout lors des fêtes du culte orthodoxe. Ici, le football est aussi une religion. Ses cathédrales se nomment Etoile Rouge ou Partizan Belgrade, deux clubs qui ont connu des heures de gloire sur les différentes grandes scènes européennes. Des clubs qui essayent de se relancer dans un championnat qui n'a plus la même valeur sportive que celui de l'ancienne Yougoslavie. Financièrement, c'est la galère. Si le Partizan, par exemple, a un budget de 10 millions d'euros par saison, fait preuve de dynamisme commercial et soigne sa formation, les joueurs des petits clubs doivent parfois se contenter d'un fixe de 500 euros par mois. Les éléments doués tentent de plus en plus vite leur chance à l'étranger. Pour le football serbe & monténégrin, la qualification pour la phase finale de la Coupe du Monde 2006 est vitale sur le plan du prestige. Le président de la fédération, Dragan Stojkovic, a signé récemment un contrat avec Toyota. Une présence lors de la prochaine grande fête mondiale attirerait d'autres grands sponsors vers le football en Serbie & Monténégro. Ilija Petkovic, le sélectionneur national, 59 ans, mesure l'importance de ce défi. Son enthousiasme l'aide à surmonter les problèmes. Malgré les critiques, parfois féroces de la presse qui le qualifie d'homme du passé, Petkovic a créé une nouvelle ambiance et unit des joueurs dont le talent est moins grand que celui des Vladimir Jugovic, Sinisa Mihajlovic, Dragan Stojkovic, Predrag Mijatovic ou Dejan Savicevic. " Ils étaient plus forts individuellement mais nous, nous sommes plus solides collectivement ", avance le bouillant et sympathique Ilija Petkovic. " La génération précédente avait tout pour décrocher de très grands résultats. Elle n'y est pas parvenue. C'était partiellement dû à un manque d'unité de ces stars. Mes joueurs l'ont compris. Dès lors, tout a changé et cela nous permet d'occuper la tête de notre groupe qualificatif. Le 17 novembre, à Bruxelles, la pression reposera essentiellement sur les épaules des Diables Rouges ". Ilija Petkovic : J'ai entamé ma carrière de joueur à Dinara Knin, en Croatie, avant de venir à Belgrade pour mes études de droit. Un ami dentiste m'a demandé de passer des tests à l'OFK Belgrade. Je les ai réussis et j'ai été durant des années le médian droit de cette équipe où jouait un certain Josip Skoblar. Puis je me suis retrouvé plus tard à Penarol Montivedeo où j'ai été élu meilleur joueur du club, à Universitad Catolica au Chili et à Troyes en France. J'ai pris part à la finale de l'EURO en 1968 : 1-1 face à l'Italie qui l'emporta 2-0 lors du replay. Dragan Dzajic jouait à gauche et en pointe, nous pouvions compter sur Josip Skoblar et Josip Bukal qui, plus tard, joua au Standard. La vieille Yougoslavie a aligné pas mal de bonnes générations et fut, notamment, consécutivement quatre fois finaliste dont une fois championne des Jeux Olympiques. Nous nous sommes séparés comme des poules (sic), c'est dommage. D'autres auraient probablement été rayés de la carte. Or, je constate que tous les pays nés suite aux problèmes de l'ancienne Yougoslavie signent de bons résultats avec leurs équipes nationales. Les équipes de clubs, c'est autre chose : la passion n'est plus la même qu'autrefois. J'ai arrêté de jouer à 37 ans sous le maillot de l'OFK Belgrade. Puis, en tant que coach, j'ai travaillé à l'OFK, au Servette Genève avec un titre de champion à la clef, au Japon, à l'Aris Salonique, en Chine, à la tête de l'équipe nationale yougoslave en 2000, etc. Ce n'est évidemment pas une bonne chose. Avant, il n'y avait que trois clubs de la capitale en D1 de l'ex-Yougoslavie et les supporters se passionnaient pour les duels entre l'Etoile Rouge, Partizan, OFK, Dynamo Zagreb, Hajduk Split, Olympija Ljubljana, Zeljeznicar et FC Sarajevo, Velez Mostar, Vardar Skopje, etc. : c'était un grand championnat, un des meilleurs d'Europe, qui a cédé sa place à des ligues plus régionales et donc moins relevées. La situation s'améliore mais on avance millimètre après millimètre et il reste du chemin. Les clubs ne sont pas encore privatisés, ce qui sera un jour une réalité, et appartiennent à l'état qui ne les aide plus. Les clubs sont professionnels mais doivent se débrouiller pour boucler leur budget et trouver de nouveaux débouchés. Ce n'est pas évident, surtout pour ceux qui ont l'ambition de jouer en coupes d'Europe. Il n'est pas facile de former des joueurs de qualité, afin de les vendre, tout en restant un bon club dans un championnat intéressant. Dès qu'un joueur reçoit une proposition intéressante, il part à l'étranger. Dès lors, les supporters se détournent de leurs clubs auxquels ils s'identifient moins qu'avant. Du temps de la Yougoslavie, il y avait souvent 80.000 spectateurs à l'Etoile Rouge, 50.000 au Partizan. Ce n'est plus qu'un souvenir. Les stades sont déserts. Il y a plus de 50 agents de joueurs basés chez nous : tout est plus du commerce que football. Ce sont d'énormes soucis mais nous existons malgré tout. D'autres pays auraient été rayés de la carte dans de telles difficultés. Nous ne lâcherons pas. Notre football ne mourra pas malgré ses problèmes comme l'assassinat dans les escaliers de l'immeuble de la fédération, de notre secrétaire général, Branko Bulatovic, qui était connu et apprécié au niveau international. On n'a pas encore retrouvé les assassins. Quand on vit tout cela, il faut du courage pour garder le cap et relancer la machine. Les clubs de basket de Serbie & Monténégro, Croatie, Bosnie-Herzégovine et de Slovénie avaient les mêmes problèmes économiques et sportifs : ils ont créé une Ligue Adriatique. C'est intelligent. Le football est un sport plus délicat avec des courants politisés et chauvins plus difficiles à maîtriser. Il faudra du temps pour y arriver mais j'y crois et le public se mobiliserait pour une telle ligue. Oui, c'est évident. Après la victoire de l'Etoile Rouge face à l'OM, en finale de la Coupe d'Europe des Clubs champions, les meilleurs se sont retrouvés au top en Espagne, en Italie, etc. Dejan Savicevic, Sinisa Mihajlovic, Vladimir Jugovic sont partis après Dragan Stojkovic et avant tant d'autres. A part Savo Milosevic et Dejan Stankovic, nous n'avons plus de joueurs ayant atteint ce niveau de performance. Mais cela ne signifie pas que la levée présente soit moins intéressante. Les joueurs quittent le pays de plus en plus jeunes. De mon temps, c'était impossible avant 28 ans. La formation est toujours de qualité mais elle ne peut pas suivre le flot des départs. Nos jeunes devraient s'affirmer dans un premier club étranger avant d'aller plus haut. Mais leurs problèmes de cheminement plus longs ont façonné le caractère des joueurs. Nous avons désormais plus de battants qu'avant. Ce groupe a faim de succès et se comporte en véritable famille. Ils sont unis et mesurent que la classe individuelle ne suffit plus. Avant, nous disposions de 20 joueurs sortant du lot mais l'équipe actuelle est plus unie. A l'entraînement, au vert, lors des promenades, c'est un tout : il n'y a pas de clans. J'ai pris la succession de Dejan Savicevic à la tête de l'équipe nationale. Au départ, j'étais hésitant. Je ne voulais pas la reprendre car j'adore le travail de coach au quotidien. Je préfère me multiplier dans un club. Cela convient plus à un entraîneur en fin de carrière qui finalise son parcours, ses expériences et son travail. Je suis actif, dynamique, nerveux mais j'ai finalement accepté. On ne joue pas de la même façon en Russie, en Ukraine, en Espagne, en Italie, en Belgique, en Allemagne, en France ou en Angleterre, c'est vrai. En Russie, on évolue avec un libero alors que nous avons un autre système. Ce n'est pas évident. Tous les internationaux belges jouent plus ou moins tous de la même façon dans leurs clubs respectifs. Je réunirai mes joueurs le dimanche 14 novembre à Belgrade, le jour de notre départ pour Bruxelles. Cela ne me donne pas beaucoup de temps pour travailler. L'unité est un atout. Personne ne rechigne à la besogne. Je ne dispose que de cinq ou six joueurs évoluant dans le cadre du championnat en Serbie & Monténégro. Pourtant, je ne voyage pas beaucoup. Je ne veux pas dépenser inutilement beaucoup d'argent. J'ai des tas de sources d'informations : d'anciens joueurs, des entraîneurs, la presse, Internet, des cassettes vidéo. Je sais tout à propos de tous les joueurs : qui a joué, qui a marqué, qui est blessé. Nous varions en fonction des problèmes posés par les adversaires. J'ai dirigé six fois l'équipe nationale. En matches amicaux, nous avons tenu l'Italie en échec (1-1) et battu deux fois le Pays de Galles : 1-0 et 2-3. En matches de qualification pour la Coupe du Monde, nous avons battu deux fois Saint-Marin (0-3 et 5-0) avant de faire match nul (0-0) contre la Bosnie-Herzégovine à Sarajevo. Avec un peu de chance, nous aurions pu gagner ce match. J'ai vu Bosnie-Herzégovine-Espagne : tout le monde aura des problèmes là-bas. L'Espagne aurait pu y perdre. La Bosnie a toujours eu de bons joueurs : Osim, Hadzibegic, Bukal, Sljivo, Bazdarevic, les frères Susic, etc. L'équipe de Serbie & Monténégro aura un avantage psychologique important à Bruxelles. La Belgique doit gagner mais notre équipe n'a peur de personne. Mes joueurs n'ont aucun complexe. Les huit buts marqués face à Saint-Marin ne constituent pas un baromètre. Il y avait moyen d'en marquer plus mais je suis satisfait. Saint-Marin est le petit poucet de ce groupe et n'inquiètera personne. Mais, dans le passé, nous avons snobé l'Azerbaïdjan, par exemple, et cela nous a empêché d'aller au Japon et en Corée en 2002. La Serbie & Monténégro n'est plus victime de cette attitude. Mon équipe a joué de manière appliquée contre Saint-Marin. C'est un signe de sérieux qui m'a rassuré avant la suite des événements. Tout le monde peut utiliser Nenad Jestrovic. Il est blessé au bras après avoir perdu des mois à cause de son genou. C'est une grande perte mais on n'a pas le temps de geindre. Ceux qui sont en stand-by doivent montrer qu'ils sont plus forts que lui comme Nenad le ferait à leur place. En pointe, nous avons entre autres Savo Milosevic, Mateja Kezman, Danjel Ljuboja, etc. J'ai une ossature valable à laquelle je ne toucherai pas trop. Ivica Dragutinovic joue à l'arrière central au Standard. C'est un élément moteur de ce club. Chez nous, cependant, je le place au back gauche. Sûr, calme, puissant, il contrôle et balaye bien son flanc. Les Belges connaissent bien sa valeur sportive et sa solidité mentale. Avant, notre équipe de stars jouait. Maintenant, elle a compris que le résultat primait. Dragutinovic colle avec ce changement de mentalité. Il sait être réaliste. Tout. J'admire sa culture footballistique, son passé, ses grands clubs, ses succès, ses six présences consécutives en Coupe du Monde. Je me souviens d'une défaite 3-0 à Bruxelles, au Parc Astrid, en 1968. Je jouais en équipe nationale yougoslave avec Slaven Zambata, Ivica Osim, Krasnodar Rora, Dragan Dzajic et Ivan Curkovic. Ce n'est jamais facile en Belgique. C'est une terre de football. Tous les pays vivent tôt ou tard une crise des résultats. La France et l'Allemagne n'y ont pas échappé. Ces nations souffrent aussi afin de se définir face à de petits pays. Il y a un renouvellement des cadres en Belgique, mais tout le monde connaît Vincent Kompany, Daniel Van Buyten, Timmy Simmons, Wesley Sonck, Thomas Buffel, Emile Mpenza, etc. Eric Deflandre et Bart Goor, deux excellents joueurs, sont suspendus mais cela ne posera pas de problèmes à Aimé Anthuenis. Il a des solutions car le réservoir belge n'est pas petit. Mais, cela dit, nous jouerons pour gagner, pas pour miser un match nul. La Serbie & Monténégro est leader de son groupe et en sera digne. En tant que sportif, j'ai toujours lutté pour la victoire. Je déteste le pessimisme. Quand je suis venu de Knin à Belgrade, il y avait des milliers de joueurs à Belgrade. Beaucoup avaient beaucoup de talent mais n'ont pas réalisé de grande carrière. Moi je suis parti de zéro et j'ai été capitaine dans toutes mes équipes, même à Troyes. J'ai laissé un bon souvenir partout : c'est ma façon de voir la vie. Je ne sais pas si je vais réussir et qualifier mon pays pour la Coupe du Monde. Mais je donnerai toute mon énergie pour y arriver. Cela va bien pour le moment mais la tête d'un sélectionneur national ne tient qu'à un fil, celui des résultats. Pour le reste : ma valise est toujours prête. Pierre Bilic, envoyé spécial à Belgrade" L'ancienne génération avait plus de talent mais était MOINS FORTE COLLECTIVEMENT " " Je déteste le pessimisme : J'AI TOUJOURS LUTTé POUR LA VICTOIRE "