Si le confinement a transformé le rendez-vous, initialement organisé dans un restaurant des alentours d'Anvers, en entretien téléphonique, il n'a pas excessivement bouleversé la vie professionnelle d'Ivan Leko. " Je ne vis pas sans football, c'est une part trop importante de ma vie ", rétorque le Croate quand on lui demande comment se passe sa vie loin des terrains.
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Si le confinement a transformé le rendez-vous, initialement organisé dans un restaurant des alentours d'Anvers, en entretien téléphonique, il n'a pas excessivement bouleversé la vie professionnelle d'Ivan Leko. " Je ne vis pas sans football, c'est une part trop importante de ma vie ", rétorque le Croate quand on lui demande comment se passe sa vie loin des terrains. " Ces derniers mois, j'ai regardé beaucoup de matches du Leipzig de Nagelsmann, mais aussi de l'Atalanta et du Borussia Dortmund, où Lucien Favre est passé à une défense à trois depuis quelque temps. Pour moi, c'est toujours intéressant de voir comment fonctionnent ces équipes qui jouent dans un système semblable à celui dans lequel j'aime jouer. Si les yeux d'Ivan Leko voyagent beaucoup, ils n'oublient jamais de s'attarder sur les pelouses belges. Depuis son retour du Golfe, le Croate est devenu l'un des spectateurs les plus attentifs d'une Jupiler Pro League désormais en pause. L'occasion de faire le point sur les évolutions du jeu belge cette saison. Tu es d'accord si je te dis qu'au niveau du jeu proposé, on vit une saison plutôt décevante en Belgique ? IVAN LEKO : Je ne peux pas dire ça, parce que j'ai expérimenté la réalité du football belge pendant plusieurs saisons, et je sais à quel point il est difficile d'installer du jeu dans son équipe. À cause de quoi ? LEKO : Mon avis sur la question, c'est que la pression mise sur les entraîneurs pour faire des résultats est très forte. En Belgique, on change très vite et très facilement de coach. Du coup, tout le monde est conditionné pour faire des résultats à très court terme plutôt qu'à bien travailler à moyen terme, en insistant davantage sur le jeu. C'est ce qui explique que beaucoup de coaches jouent avant tout pour le résultat. Pourtant, certains clubs changent d'entraîneur deux ou trois fois par saison, et les résultats leur donnent rarement raison. Le licenciement de Felice Mazzù assez tôt dans la saison, ça t'a surpris, par exemple ? LEKO : C'était une surprise pour moi, oui. Tout le monde savait à quel moment il arrivait à Genk. Le club était champion, mais ils avaient perdu des joueurs importants et les attentes restaient élevées. Felice, on le connaît, il a fait du travail fantastique à Charleroi. Vu tous ces paramètres, je pensais qu'on lui laisserait au moins une saison avant de faire l'analyse de son travail. Parce que c'était un moment difficile pour venir à Genk. Tu vois beaucoup de changements dans le jeu depuis qu'Hannes Wolf a pris le relais ? LEKO : Pas vraiment, non. C'est une équipe organisée, qui sait à quoi elle joue, mais ce n'est pas le Genk de l'an dernier. On avait pris l'habitude de voir une équipe de Genk plus protagoniste dans le jeu. LEKO : C'est clair. Et pas seulement la saison passée. Les grandes équipes de Genk ont toujours été des formations dominantes, qui t'obligeaient à défendre. Cette année, c'est un Genk différent. C'est compréhensible, parce qu'ils ont perdu certains joueurs importants, mais ils misent plus sur l'organisation et la transition, avec des joueurs rapides. Personnellement, je préfère voir un Genk plus protagoniste. En matière de protagonisme, Bruges est la référence cette année. Est-ce que ce Club a beaucoup changé, depuis que tu l'as quitté ? LEKO : La direction a fait un travail énorme cet été. Ils ont vendu des joueurs importants, mais le plus important est qu'ils ont investi pour les remplacer. Ils ont construit une équipe plus forte que l'an dernier, avec plus de concurrence. Aujourd'hui, ils n'ont aucun rival en Belgique. C'est un bon exemple pour tous les autres clubs : on peut vendre des joueurs, mais il faut aussi investir dans l'équipe. Ce qui me plaît dans leur projet, c'est qu'il ne s'agit pas seulement de gagner de l'argent. Ils font aussi progresser le club. Quel style de coach est Philippe Clement ? LEKO : Il a gagné le titre avec Genk, et s'apprête à le faire avec Bruges. Tout ça avec un bon football. C'est un grand coach en Belgique, il ne mérite que des compliments. Il est très malin, tout le monde parle de lui en bien et c'est mérité. On a vu cette année en Ligue des Champions qu'il était capable de très bien s'adapter à l'adversaire, comme sait le faire Michel Preud'homme. LEKO : Il a travaillé plusieurs années avec Michel, dont c'est la grande qualité, donc c'est normal. Philippe a montré qu'il était capable de s'adapter, et que ses préparations tactiques étaient de top niveau. C'est vraiment l'une de ses grandes qualités. Dans le sillage de Bruges, on a une équipe de Gand qu'on n'avait plus vue à un tel niveau depuis la période de Vanhaezebrouck. LEKO : C'est difficile de comparer ces deux moments, les équipes sont vraiment différentes. Personnellement, je préférais le Gand d'Hein, parce que c'était une machine. De la première à la dernière minute, ils te tuaient. Cette année, ils ont beaucoup de qualités, mais ils manquent de régularité. Leur système de jeu offre une variante intéressante dans un championnat ou presque tout le monde joue en 4-2-3-1. LEKO : Je suis très heureux de voir une équipe jouer en losange. Gand reste une des équipes très positives de cette saison parce qu'ils ont montré qu'avec une autre manière de jouer, il était également possible de bien jouer et de gagner. Quand ils dominent un match, c'est très difficile de défendre contre eux. Mais récemment, on a vu contre Anderlecht ou contre Charleroi que leur système de jeu pouvait aussi les faire souffrir. Si aucune grande équipe en Europe ne joue un 4-4-2 avec un milieu en losange, c'est qu'il y a une raison. À Charleroi, la grande révélation de la saison c'est le repositionnement de Morioka. LEKO : Vu comme l'équipe fonctionne depuis ce changement, Karim Belhocine mérite des compliments pour cette idée de faire reculer Morioka. Avec Ilaimaharitra, il forme un des meilleurs milieux de terrain du pays. Je pense que c'est la raison majeure de la grande saison qu'est en train de faire Charleroi. Parce que tout le monde le sait : celui qui gagne la bataille du milieu de terrain augmente ses chances de gagner le match. Qu'est-ce que tu penses d'Ilaimaharitra ? LEKO : C'est le joueur-clé de Charleroi, et ça fait plusieurs saisons que c'est le cas. Les gens ne le voient pas assez sur le terrain parce qu'il ne marque pas et ne donne pas beaucoup de passes décisives, mais c'est un joueur qui t'apporte de l'équilibre. Je suis persuadé qu'il aurait sa place dans toutes les équipes de Belgique, et même dans des championnats d'un niveau plus élevé. Si Charleroi est la satisfaction de la saison, est-ce que le Standard est l'une des grosses déceptions ? LEKO : Michel est un coach qui sait mettre en place des équipes qui font des résultats. Et en début de saison, c'était le cas, ils enchaînaient les victoires. Mais par la suite, ils ont été irréguliers. C'est le problème de cette équipe : on ne sait jamais si on va voir un grand Standard ou un Standard fébrile. Et pour lutter pour les trophées, il faut pouvoir être stable. Est-ce qu'on a sous-estimé l'importance du départ de Luyindama, notamment ? LEKO : Quand je vois ce Standard, c'est vrai qu'il me manque de la stabilité défensive. Et ça a toujours été la force des équipes de Michel : un bloc organisé, solide, et des transitions rapides avec des joueurs qui savent te faire gagner des matches. En ce qui concerne l'équilibre défensif, le départ de Luyindama n'a pas été compensé par l'arrivée d'un remplaçant de qualité. Mais je suis certain que Michel a fait ce constat et qu'il saura le pallier la saison prochaine. Que t'inspire la saison de l'Antwerp ? LEKO : Ce que fait Bölöni au club depuis deux ans, c'est exceptionnel. Venir de D2, monter chaque année dans le classement, ça mérite des compliments. Je sais qu'ils ont de grands objectifs, qu'ils veulent être champions, et c'est très positif pour la Belgique d'avoir des clubs avec une telle ambition. Avec Charleroi, c'est l'autre club qui mérite des compliments. Je pense que dans les saisons qui viennent, ils seront en lutte pour le titre. Ce que parvient encore à faire Mbokani, c'est une surprise pour toi ? LEKO : C'est le meilleur attaquant du championnat. Avec une marge importante sur la concurrence. Je ne m'attendais pas à ça de sa part lors de son retour, et je pense que la majorité des gens pensaient comme moi. Avec ses chiffres exceptionnels, il fait de l'ombre à un autre joueur essentiel pour l'Antwerp. Regardez les chiffres de Lior Refaelov. C'est un " numéro deux " exceptionnel dans les statistiques. C'est en grande partie grâce à ces deux joueurs que l'Antwerp est devenu une référence. Au niveau du jeu, l'équipe la plus fascinante à suivre cette saison était peut-être Anderlecht... LEKO : Ils ont pris un départ très prometteur. Dans leur manière de comprendre le jeu, de tenter de jouer au ballon... Mais les résultats n'ont pas suivi, et ils ont été embarqués dans une saison difficile. Ces dernières semaines, par contre, l'équipe jouait très bien. Ils ont un jeu collectif, gagnent largement, jouent un jeu dominant. On sent que le club est derrière cette façon de jouer, et s'ils ajoutent deux ou trois bons joueurs à cet ensemble l'été prochain, je suis sûr qu'ils seront une équipe très importante l'an prochain. Il a fallu du temps pour que ça commence à tourner. LEKO : Tout ça rejoint ce qu'on disait : les projets ont besoin de temps. Aujourd'hui, ils ont trouvé l'équilibre entre le jeu et les résultats, et c'est très prometteur. C'est un bon exemple pour montrer qu'avec de la confiance et du temps, les résultats sont meilleurs qu'avec de la panique et des changements de coach tous les deux matches. C'est vrai, mais est-ce que le projet aurait tenu aussi longtemps si Kompany n'avait pas été à sa tête ? LEKO : Je ne sais pas... Mais ce qui m'impressionne avec Kompany, c'est que c'est un joueur très important, qui a presque tout gagné à l'étranger. Et pourtant, depuis son retour en Belgique, à chaque fois qu'il a pris la parole, c'était pour parler de jeu. Il en parle tout le temps. C'est la preuve que c'est un amoureux du jeu. À côté de ces clubs-là, il reste des projets qui ont attiré ton attention cette saison ? LEKO : Il faut évidemment parler de Malines, qui a réussi une très belle saison avec l'impact toujours important de son public, et malgré les affaires qui ont perturbé sa préparation. Ils méritent des compliments. À part ça, tout le monde semble avoir fait une saison conforme aux pronostics. La dernière exception, c'est finalement le Cercle, pour qui on n'attendait pas de telles difficultés. Et là, Bernd Storck a une nouvelle fois prouvé tout le talent qu'il avait pour reprendre des équipes qui traversaient de gros problèmes.