Le Sporting a montré des belles couleurs durant le mois d'août. Il n'aura fallu que peu de temps pour assimiler les nouveaux préceptes offensifs, désormais prônés par le staff. Que ce soit au Standard, face au Cercle ou en première mi-temps contre Gand, Charleroi a évolué très haut, avec des backs prenant tout le couloir. Mais chez les Buffalos, on a vu ce bel élan coupé net après la pause quand le jeu se faisait plus viril et quand les Zèbres ont dû se passer de pions importantsà
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Le Sporting a montré des belles couleurs durant le mois d'août. Il n'aura fallu que peu de temps pour assimiler les nouveaux préceptes offensifs, désormais prônés par le staff. Que ce soit au Standard, face au Cercle ou en première mi-temps contre Gand, Charleroi a évolué très haut, avec des backs prenant tout le couloir. Mais chez les Buffalos, on a vu ce bel élan coupé net après la pause quand le jeu se faisait plus viril et quand les Zèbres ont dû se passer de pions importantsà L'arbitrage n'avait pourtant pas été si mauvais mais là où on rejoint l'entraîneur des Zèbres, c'est sur l'importance des changements. Bien entendu, Jacky Mathijssen a souffert de la perte de Majid Oulmers après 30 minutes alors que le technicien carolo était en grande forme et, peu après l'heure de jeu, Tim Smolders dut aussi quitter le terrain. Jusque-là, l'ancien médian brugeois faisait figure d'homme du match. Il était très présent offensivement et se distinguait même sur le plan défensif notamment en marquant impeccablement Dominic Foley sur les phases arrêtées. Ce n'est pas un hasard si l'attaquant irlandais trouva l'ouverture de la tête peu après la sortie de Smolders. Cela dit, on a pu noter un coaching gagnant dans le camp gantois puisque tant Guillaume Gillet que Patrice Noukeu ont apporté de la fraîcheur à cette formation gantoise. "C'est un football d'intimidation qu'a pratiqué Georges Leekens et l'arbitre Frank De Bleeckere n'a jamais protégé les techniciens. Ce qu'il aurait dû faire. Mes joueurs se sont fait matraquer et j'ai dû effectuer deux changements mais j'aurais pu en faire d'autres", pestait Mathijssen. Mais les faits sont làà Cela fait 52 ans que Charleroi n'a plus gagné à Gand et il faudra encore attendre un an pour essayer. Face à une équipe gantoise convalescente, les Zèbres ont montré deux visages. Leur bon profil en première mi-temps, celui qui devrait les conduire dans le top-5, le mauvais lors du deuxième acte. En reculant et en manquant d'expérience, les Carolos ont subi la pression gantoise et ont cédé en fin de rencontre. Cela dit, tout n'a pas été négatif cette saison... Dans cette évolution offensive carolo, le rôle de la plupart des pions a été modifié. Les arrières latéraux sont amenés à couvrir plus de terrain et à porter le danger vers le haut. Sur le côté droit, Frank Defays s'est adapté à cette situation en jouant un cran plus haut. "On est appelé à faire plus d'appels en profondeur pour apporter le surnombre de la deuxième ligne", affirme le capitaine, "Evidemment, il en découle une débauche d'efforts plus importante. Les deux arrières centraux sont parfois laissés à eux-mêmes. C'est un choix et on connaît le danger et les avantages du système. On s'est donné une ligne de conduite et on essaie de s'y tenir et pour le moment, cela a fait ses preuves. Même à Gand, on a montré de très bonnes choses". A 32 ans, le capitaine des Zèbres se découvre donc trois poumons. "Je peux monter plus souvent grâce aussi à ma très bonne entente avec Badou Kere. On se connaît par c£ur et quand je m'engage vers l'avant, je ne me pose pas de questions. J'y vais les yeux fermés car je sais que Badou assure la couverture". A gauche, la nature même des défenseurs, que ce soit Ibrahima Diallo ou Dante, les porte naturellement vers l'offensive. "On nous demande de ne pas partir à l'abordage", se défend Diallo. "Il faut porter main forte aux attaquants aux bons moments. Il ne faut pas faire n'importe quoi". Pourtant, ce sont les médians qui doivent surtout penser autrement. Là où les autres années, les créateurs et manieurs de ballon que sont Laurent Macquet, Nasredine Kraouche, Majid Oulmers ou Fabien Camus devaient brider leur volonté offensive par un pressing sans relâche en perte de balle et un travail défensif acharné, on les voit désormais beaucoup plus libérés, portés par une envie de trouver des brèches vers l'attaque. "C'est notre ambition cette année", explique Oulmers, revenu à un haut niveau, près de deux ans après sa blessure. "L'entraîneur dispose d'un groupe composé de joueurs plus offensifs que les saisons précédentes. Or, Jacky Mathijssen s'est toujours adapté aux éléments qu'il avait sous la main et cela, il l'a toujours très bien fait. Il y a peu de retouches dans le noyau mais si on fait le compte, on voit que les nouveaux nous portent vers l'avant. Que ce soit Diallo ou Dante en défense mais aussi Smolders par rapport à Gérald Forschelet l'année passée. On doit toujours effectuer notre repli défensif mais sur cinq, dix mètres seulement. On peut d'abord penser à la création. En possession de balle, c'est un régal car on peut alterner. Soit je rayonne au centre, soit je prends la place de Camus, un peu excentré sur le côté gauche. Cela permet de multiplier les solutions offensives. Je ne sais pas si c'est mieux dans un entrejeu à quatre mais pour le moment, cela fonctionne assez bien. Il ne faut cependant pas croire que c'est la révolution. L'organisation reste le maître mot. Il y a une base qu'il faut respecter mais moi, je suis plus libre que la saison passée. C'est dû au rôle plus axial". Depuis quelques rencontres, Mathijssen a ainsi placé Sébastien Chabaud en récupérateur, Camus un peu excentré à gauche, Smolders excentré à droite et Oulmers un peu devant lui. "En perte de balle, je dois venir porter main forte à Seb' mais en possession, j'évolue un cran devant", ajoute le médian algérien. Lors de la quatrième journée, on a pu encore plus se rendre compte de l'importance de cet entrejeu technique mais aussi physique, capable de gagner ses duels et de faire la différence en choisissant la percussion ou les dribbles. La sortie d'Oulmers a privé le Sporting d'un technicien. Celle de Smolders d'un élément qui n'avait pratiquement perdu aucun ballon et qui en avait toujours fait bon usage. "On n'a pas su garder le ballon", se lamentait Cyril Théréau. "L'entraîneur avait dit que la clé du match, c'était dans le gain des duels. Au fil de la rencontre, on les a perdus". Si Charleroi a choisi cette optique plus offensive, c'est aussi en fonction du remodelage de l'attaque. François Sterchele est parti. Il travaillait, aimait la profondeur et le rectangle mais ne pouvait pas être un point d'appui. C'est plus souvent Izzet Akgül qui jouait ce rôle. Avec Théréau, les Zèbres disposent désormais d'un vrai déménageur. Grand, Mobile, il use les défenses. A charge aux infiltreurs du milieu d'en profiter. Ce que Camus et Oulmers ne manquent pas de faire. Et puis, il y a Orlando qui aime les espaces. Il est encore un peu trop collé à la ligne, sur sa gauche mais bifurque de plus en plus vers le but. Il peut partir de loin, comme il aime le faire, car ce système ne dispose pas vraiment de médian gauche (ni droit) type. Camus et Smolders doivent couper les espaces et ils sont davantage appelés à la rescousse au centre que sur les côtés. "Avec ce système, on peut plus aller vers l'avant car désormais, on possède véritablement deux attaquants", explique Oulmers. "L'année passée, on avait un centre-avant et deux ailiers qui selon les circonstances du match devaient avancer ou reculer. Maintenant, on sait que l'on a deux points d'ancrage devant. Pour les médians, cela multiplie les possibilités. De plus, ils sont complémentaires. Il y a la vitesse d'Orlando et la puissance de Théréau. On a le choix: soit chercher la profondeur, soit s'appuyer sur le pivot". Il y a donc une véritable volonté derrière tout cela: "C'est un tout. On insiste à l'entraînement pour obtenir un bloc plus haut. C'est le coach qui veut cela et les joueurs aussi", explique Dante Brogno. "Et le mélange de toutes ces énergies nous pousse vers l'avant. Les statistiques parlent d'elles-mêmes. Après les trois premiers matches, on comptait 31 corners. C'est la preuve que Charleroi est plus offensif". Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que Mathijssen avait exigé le transfert de joueurs de taille. Dans sa tête, jouer offensivement commence par des duels gagnés. Si cela fonctionne dans le jeu, il reste à améliorer les phases arrêtées. 31 corners, c'est bien mais un seul but sur coup de coin, c'est peu. Tout le groupe en est conscient: l'efficacité n'est pas encore au rendez-vous. "Il faut être sûr de notre talent", affirmait Mathijssen après la victoire face au Cercle. Oulmers partage l'avis de son coach: "Beaucoup d'équipes gagnent sur coups de pieds arrêtés. C'est quelque chose que l'on doit ajouter dans notre jeu. Aux entraînements, on se concentre davantage sur cet aspect et cela finira par payer. On peut raisonnablement se dire que sur 10 corners, il faut au moins en mettre un au fond. D'autant plus qu'en taille, nous avons désormais la deuxième équipe du championnat". A Gand, les Carolos ont même encaissé sur coup franc. Dans ce domaine, les hommes de Leekens sont plus avancés. Les Zèbres ont privilégié le jeu court, les automatismes et les phases de jeu. Désormais les Carolos doivent profiter de leur taille. Durant deux ans, Mathijssen a modelé son groupe en lui redonnant la confiance et en privilégiant les bases: l'organisation défensive et le pressing. Il n'a jamais caché son désir d'arriver à un stade où ses hommes n'auraient plus peur de prendre des initiatives et se porteraient d'eux-mêmes vers l'avant sans pour autant oublier et bouleverser l'organisation. L'entraîneur limbourgeois espérait y arriver secrètement l'année passée mais son groupe manquait encore de maturité. Cette saison, il a donné lui-même l'impulsion nécessaire pour que l'équipe grandisse d'elle-même et développe le jeu léché demandé par tout un stade. Il n'est pas parvenu à gommer tout d'un coup parce que son noyau est jeune et manque encore de planches. Comme en témoignent les deuxièmes mi-temps contre le Cercle et à Gand. Face aux Brugeois, l'excuse de l'exclusion de Dante pouvait servir. Le groupe avait naturellement reculé et dans le doute, l'approximation avait refait surface. Après cette rencontre, Mathijssen affirmait: "On doit encore gagner en maturité pour qu'une telle deuxième mi-temps ne se reproduise plus. On s'est mis en difficulté tout seul". Une semaine plus tard, les Zèbres ont, une nouvelle fois, reculé. "J'espère que l'observateur pourra reconnaître que si on a reculé, c'est en grande partie sous la pression de l'adversaire qui s'est montré très performant en deuxième mi-temps", se défendait Defays. Quant à Chabaud, il lâchait: "On peut toujours trouver des explications. Nous avons reculé et je ne sais pas trop pourquoi. C'est inconscient jusqu'à ce que nous encaissons un but. Certains vont dire que c'est parce que nous manquons de maturité et d'expérience mais malgré notre jeunesse, nous avons parfois fait preuve de caractère et cela nous a permis de revenir dans certains matches". Si tout est en place, Charleroi peut rivaliser avec n'importe quelle équipe, cela commence à coincer quand la pression des adversaires les désorganise ou quand l'improvisation s'en mêle. "Avec tous nos repères, on a eu l'emprise sur la première mi-temps et on a mené 0-1", lâchait Chabaud après la rencontre à Gand, "Le programme que l'on avait en tête se déroulait parfaitement. On était bien en place et on réalisait des mouvements travaillés à l'entraînement". Théréau précisait: "On a quand même des faiblesses mentales. Et ça, c'est uniquement le manque d'expérience". L'attaquant français qui vient d'arriver a percé très vite le défaut carolo, cette petite réminiscence d'une équipe encore marquée par la lutte contre le maintien et qui n'a pas encore acquis totalement la culture de la gagne. D'abord parce que le groupe est prêt. "Désormais, on peut viser plus haut. On prend davantage de risques, c'est normal. Cela fait deux ans que le groupe travaille ensemble. On se connaît presque tous par c£ur", explique Kere. Ensuite par l'unique désir de son entraîneur qui, en marge de la rencontre dominicale, a annoncé qu'il ne resterait à Charleroi que si le club était européen. Mathijssen entame la fin d'un processus commencé il y a deux ans et demi. Il a réussi à faire de cette formation vouée à la D2 une machine qui vise l'Europe. Pour parvenir à ses fins, il a décidé de faire avancer son équipe d'un cran sur l'échiquier. C'est l'Europe ou merci et au revoir. "Si nous ne sommes pas européens cette saison, je pars. C'est ce qui a été décidé avec la direction. Mon objectif n'est pas de rejoindre un autre club belge mais bien de rallier l'étranger. J'aimerais travailler dans la compétition néerlandaise ou allemande. Cela signifierait une autre langue, une autre culture footballistique, une nouvelle expérience", a-t-il dit. C'est donc le moment ou jamais pour lui d'écrire l'histoire de Charleroi. Comme tous ces hommes d'Etat qui pensent, lors de leur dernier mandat, à marquer de leur empreinte leur passage, à laisser une trace de leur travail. C'est ce qu'a décidé de faire Mathijssen en offrant un football offensif et attrayant aux supporters. Pour le Limbourgeois, l'Europe sera le graal à atteindre. A tel point qu'il avait beaucoup de mal à digérer la défaite à Gand, lui qui qualifiait cette équipe de concurrent direct pour un strapontin européen. StÉphane vande Velde