Des officiels de l'UEFA en costume arpentent le lobby du Méridien, un hôtel chic de Monaco. A l'extérieur, le soleil brille, le ciel est bleu azur et d'impressionnants yachts équipés des technologies les plus modernes exhibent une fois de plus la richesse de la Principauté. Au pied du Rocher, on ne connaît pas la crise, au contraire. On y dénombre plus de Ferrari que jamais et le nombre de jolies femmes parfumées portant des robes ultracourtes ne diminue pas non plus. Monaco reste un monde artificiel, sorte de Disneyland pour adultes sur les bords de la Méditerranée.
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Des officiels de l'UEFA en costume arpentent le lobby du Méridien, un hôtel chic de Monaco. A l'extérieur, le soleil brille, le ciel est bleu azur et d'impressionnants yachts équipés des technologies les plus modernes exhibent une fois de plus la richesse de la Principauté. Au pied du Rocher, on ne connaît pas la crise, au contraire. On y dénombre plus de Ferrari que jamais et le nombre de jolies femmes parfumées portant des robes ultracourtes ne diminue pas non plus. Monaco reste un monde artificiel, sorte de Disneyland pour adultes sur les bords de la Méditerranée. Au lendemain du tirage au sort de la Ligue des Champions, alors qu'il doit s'adresser à un cercle restreint de journalistes internationaux, Michel Platini semble d'excellente humeur au moment de se diriger d'un pas nonchalant vers le podium d'une des salles de réunion du Méridien. " Faites-moi plaisir, sortez le nom de Saint-Etienne de cette urne ", rigole-t-il peu avant qu'on ne tire au sort le nom de l'équipe appelée à prendre, en Europa League, la place des Turcs de Fenerbahçe, suspendus. Pas de chance : ce n'est pas l'ex-club du président de l'UEFA qui sera repêché mais bien Apoel Nicosie, éliminé par Zulte Waregem. Michel Platini se sent comme un poisson dans l'eau à l'UEFA et on se demande si, en mars 2015, au terme de son mandat, il se présentera à la présidence de la FIFA. Aujourd'hui, il contrôle sa confédération, sa famille se plaît beaucoup dans sa superbe maison des environs de Nyon et il sait qu'il lui sera beaucoup plus difficile de marquer de son empreinte une organisation aussi complexe que la fédération mondiale, où il lui faudra tenir compte d'intérêts africains ou sud-américains. Michel Platini n'a jamais redouté les défis. Il refuse cependant de répondre à la question concernant son avenir et l'éventualité d'une candidature à la présidence de la FIFA. " Cela fait deux ans qu'on me pose la question et deux ans que je ne réponds pas ", dit-il d'une voix ferme. " Je ne le ferai donc pas aujourd'hui non plus. " A l'UEFA, personne n'a non plus songé à lui trouver un éventuel remplaçant. " Ce pourrait être Karl-Heinz Rummenigge ", dit un journaliste allemand. L'homme fort du Bayern Munich devrait, sous peu, présenter un plan de réforme de l'Europa League. Mais il le ferait alors en tant que président de l'ECA, un organisme qui rassemble tous les grands clubs européens. Le président du Bayern se bat pour y rassembler autant d'ex-joueurs de haut niveau que possible parce qu'il estime que l'expérience et la vision des choses de ces gens qui ont fait de ce sport ce qu'il est aujourd'hui sont indispensables à son intégrité. Michel Platini cadre bien avec cette vision des choses. Cet ex-footballeur créatif est devenu dirigeant novateur. Dans les conférences de presse, il continue à s'exprimer en français. Son anglais est moyen mais cela ne semble poser de problème à personne. Il a fait de l'introduction du fair-play financier l'oeuvre de sa vie. Les clubs ont eu quatre ans pour remettre de l'ordre dans leurs comptes et à partir de mai 2014, ceux qui n'auront pas fait leur devoir seront sanctionnés. " Je répète que nous ne voulons pas tuer les clubs mais, au contraire, les aider. C'est à leur demande que nous avons introduit ce système ", affirme Platini. Et quand le charismatique secrétaire-général de l'UEFA Gianni Infantino ajoute que chaque club exclu représente une perte pour le football, Platini hoche la tête en guise d'approbation. Selon Infantino, les choses sont en bonne voie. Il avance même des chiffres. En 2011, les clubs européens avaient perdu un total de 1,7 milliard d'euros, dit-il. " En 2012, ils n'ont plus perdu que 1,1 milliard, soit une diminution de 36 %. " Selon lui, il s'agit d'une tendance intéressante qui tend à prouver que le fair-play financier porte ses fruits. Michel Platini espère qu'elle se poursuivra et, qu'à terme, le football européen sera assaini sur le plan financier. Mais les moyens de l'UEFA sont limités puisque, selon ses statuts, elle ne peut sanctionner que les clubs participant à des compétitions européennes. " Les autres clubs sont placés sous la responsabilité des fédérations nationales. Ce sont elles qui le souhaitent, c'est de leur compétence. " Quand on lui demande comment il est possible qu'un club comme Monaco qui, la saison dernière, affrontait Laval et Angers devant moins de 2000 personnes, investisse 240 millions dans l'achat de nouveaux joueurs, Platini se débarrasse de la patate chaude : " Monaco ne dispute pas la Coupe d'Europe. " Il est pourtant de notoriété publique que Platini n'est pas partisan de la prise de contrôle des clubs par des hommes d'affaires, comme c'est le cas à Monaco, avec le milliardaire russe Dmitri Ribolovlev. Il a donc encore du pain sur la planche à pas mal d'égards. Platini le reconnaît aussi : il faudrait peut-être que les clubs européens se mettent d'accord pour que tous les championnats débutent en même temps, ce qui permettrait de revoir le système des transferts. On a souvent demandé à Platini de clôturer la période des transferts plus tôt. Dans un premier temps, il a fait preuve de réserves et a estimé que c'était du ressort de la FIFA. Aujourd'hui, il semble convaincu par l'idée que les transferts s'arrêtent au moment où les championnats débutent, ce qui éviterait ainsi de fausser la compétition. Ce point figure à l'ordre du jour d'une réunion que l'UEFA organisera cette semaine avec un groupe de grands coaches européens. Mais Platini sait aussi que de nombreuses personnes ont intérêt à ce que des joueurs soient vendus. Et ça l'énerve. " Nous nous sommes battus pendant des années pour que les joueurs soient libres. Depuis l'arrêt Bosman, c'est le cas. Mais ce que nous vivons aujourd'hui est encore plus grave. Les joueurs n'appartiennent plus à des clubs mais à des sociétés ou à des investisseurs. C'est un véritable scandale. Les joueurs sont devenus des marchandises. Nous devons réfléchir, et la FIFA encore plus, à la façon de contrecarrer cela. " Il estime également qu'il faut être très prudent quant à l'utilisation de moyens technologiques pendant les matches. " Quand j'entends certaines personnes, je me dis qu'on n'aura bientôt plus besoin d'arbitres ", dit-il avec mépris. Il a cependant dû accepter l'introduction de la technologie sur la ligne de but à l'occasion de l'EURO 2016. " J'espère qu'on n'utilisera pas ce genre de moyens pour juger les hors-jeu, les coups de coin et que sais-je encore ", dit-il. " Sans quoi on n'en finira plus. Je continue à penser que ces moyens nuisent à l'âme du jeu. De plus, ils n'excluent pas les discussions. Voyez ce qui se passe au rugby. Et les matches durent, en moyenne, 20 minutes de plus qu'avant. La télévision doit en tenir compte. " Michel Platini préférerait innover dans d'autres domaines. C'est ainsi qu'il veut que les matches de haut niveau aient lieu dans un maximum de pays. C'est pourquoi il a eu l'idée de scinder le tirage au sort des Coupes d'Europe et la Super Coupe. Cette année, celle-ci avait lieu à Prague. " C'est la seule grande épreuve pour laquelle il n'est pas nécessaire de disposer d'un stade de 50.000 places ", répète-t-il. Les deux prochaines éditions auront lieu à Cardiff et à Tbilissi. Puis viendra l'Euro 2020, qui sera organisé dans treize pays. Combien de villes se sont-elles déjà portées candidates ? Platini sourit. " Plus de vingt. La formule connaît un succès formidable. "Il ajoute que les candidatures doivent être déposées pour le 12 septembre et que c'est un an plus tard que les villes hôtes seront désignées. Outre des stades de qualité, elles devront fournir un gros effort au niveau de la mobilité. Au moment de poser la dernière question, un confrère lui demande ce qu'il pense du fait que la Coupe du Monde au Qatar se déroulera peut-être en hiver. Il hésite un peu, sachant qu'il se déplace sur le territoire de la FIFA : " J'ai dit aux Qataris que je voterais pour eux mais je leur ai également dit qu'on ne pouvait pas jouer au football par des températures de 50 degrés. " Michel Platini remercie les représentants des médias pour leur attention et les invite à un brunch dans les impressionnants jardins de l'hôtel Méridien. Il est onze heures du matin, il fait 27 degrés et la plage fait le plein pour une des dernières fois de l'été. Michel Platini continue à discuter de façon informelle avec les journalistes. Il est très accessible et il tape sur le clou de manière obsessionnelle : il veut mettre un terme à la mauvaise gestion financière et à une époque durant laquelle on a jeté de l'argent par les fenêtres de manière pratiquement structurelle. Mais un peu plus tôt, quand on lui avait demandé ce qu'il pensait du fait qu'un club criblé de dettes comme le Real Madrid dépense cent millions d'euros pour Gareth Bale et s'il ne fallait pas se poser des questions quant à la moralité de ce genre de transactions, sa réponse avait été plutôt laconique. " Si le Real avait acheté trois joueurs à trente millions, personne ne se serait posé de question. Ce club a tout de même un budget de 500 millions et je suppose qu'un homme comme Florentino Perez sait ce qu'il fait. " Alors, la véritable question, c'est celle-ci : dans quelle mesure les grands clubs qui ne satisfont pas aux normes seront-ils réellement punis ??PAR JACQUES SYS, ENVOYÉ SPÉCIAL À MONACO" Les joueurs sont devenus des marchandises. " Michel Platini " Quand j'entends certaines personnes, je me dis que nous n'aurons bientôt plus besoin d'arbitres. " Michel Platini