Quel est le point commun entre Paul Van Himst, Pierre Hanon, Frankie Vercauteren, François Vander Elst, Enzo Scifo, Georges Grün, Walter Baseggio et autres Vincent Kompany ? Ces stars mauves ont toutes effectué leurs classes d'âge au sein de l'Ecole des jeunes de Neerpede... avant d'honorer leur premier contrat pro au RSCA. Ce temps-là appartient-il au passé ? La crainte est de mise car de plus en plus de joueurs en herbe sont tentés dès l'adolescence par une aventure lucrative à l'étranger. A l'image du jeune médian Adnan Januzaj (16 ans) qui a quitté le Sporting cette année pour rallier les rangs de Manchester United.
...

Quel est le point commun entre Paul Van Himst, Pierre Hanon, Frankie Vercauteren, François Vander Elst, Enzo Scifo, Georges Grün, Walter Baseggio et autres Vincent Kompany ? Ces stars mauves ont toutes effectué leurs classes d'âge au sein de l'Ecole des jeunes de Neerpede... avant d'honorer leur premier contrat pro au RSCA. Ce temps-là appartient-il au passé ? La crainte est de mise car de plus en plus de joueurs en herbe sont tentés dès l'adolescence par une aventure lucrative à l'étranger. A l'image du jeune médian Adnan Januzaj (16 ans) qui a quitté le Sporting cette année pour rallier les rangs de Manchester United. " Jadis, nos meilleurs en catégories d'âge n'avaient qu'une seule idée en tête : aboutir un jour en équipe-fanion du club ", observe Werner Deraeve, ancien élève lui-même du centre de formation des Mauve et Blanc avant d'en devenir un jour directeur, puis de bifurquer vers la cellule scouting. " Aujourd'hui, nous devons nous battre pour conserver nos éléments d'exception. Autrefois, c'est nous qui écrémions les marchés étrangers afin d'attirer des promesses du Danemark, par exemple, comme Henrik Andersen ou Per Frimann. A présent, la France, les Pays-Bas et, par-dessus tout l'Angleterre, font leurs emplettes en Belgique, et à Anderlecht en particulier. La concurrence est déloyale car les réglementations ne sont pas les mêmes partout. Sans compter que les candidats-acquéreurs disposent le plus souvent de moyens financiers hors de portée de notre bourse. " La preuve par Januzaj, considéré comme le gamin le plus doué de sa génération, mais qui n'a pu être retenu, vu l'offre faramineuse des Red Devils, avec un contrat de 12.000 euros par mois. " Comme la famille du garçon est d'origine albanaise, comme moi, j'ai tenté de convaincre les parents du bien-fondé d'une expérience prolongée au Sporting ", observe Besnik Hasi, le T2 de la maison. " Pour le Sporting, Adnan était en mesure de marcher sur les traces de Romelu Lukaku, qui avait pris le parti de rester malgré des conditions très alléchantes de Chelsea. Avec le succès que l'on sait, puisqu'il était rapidement devenu titulaire en forçant également la porte des Diables Rouges. Mais chez les Januzaj, on ne voulait rien entendre. La famille ne roulait pas sur l'or et ne voyait que l'argent lié à pareil départ. Je lui ai dit de bien réfléchir car pour d'autres jeunes, l'aventure à Old Trafford avait tourné court. Non seulement pour Ritchie De Laet (ex-Antwerp et aujourd'hui à Portsmouth), mais aussi pour un gars qui avait fait son écolage chez nous, Floribert Ngalula Mbuyi (aujourd'hui à Turku en Finlande). Mais c'était peine perdue. La décision du clan Januzaj était prise et irrévocable. " " Un cas n'est pas l'autre ", dit-on dans l'entourage du joueur. " Pourquoi Adnan ne tirerait-il pas son épingle du jeu à Manchester ? D'autres sont passés par les catégories d'âge là-bas, avant de rallier la Première. Il suffit de songer à Paul Scholes, Ryan Giggs, David Beckham ou aux frères Neville. S'ils y sont parvenus, pourquoi pas d'autres ? Ce qui nous a tout particulièrement interpellés avec Adnan, c'est la volonté du club anglais de vouloir s'attacher ses services. Anderlecht, de son côté, n'a jamais fait montre de son caractère précieux. Ses responsables sont toujours partis du principe que le garçon resterait chez eux. Pourtant, dès ses 10 ans, Lille était déjà sur les rangs aussi. Le Sporting ne s'est immiscé dans les débats que sur la fin, au moment où les Red Devils devenaient soudain pressants. Ils ont alors réalisé qu'ils risquaient de perdre un tout bon footballeur et ont voulu rectifier le tir. C'était trop tard. Ils auraient dû se manifester beaucoup plus tôt. Quand tout était signé, le club a dit : -J'espère pour vous que vous ne vous êtes pas trompé. Souvenez-vous de Flori. Nous, on reste convaincu que c'est surtout le Sporting qui s'est blousé. " Floribert Ngalula Mbuyi est évidemment le contre-exemple parfait. Alors que son frère, Junior (médian aussi) était actif en D1 avec Anderlecht, lui-même entendait prouver, à 16 ans, qu'il pouvait faire encore mieux que son aîné en signant chez les Mancuniens. " Il n'est bien sûr pas possible de garder tout le monde ", poursuit Deraeve. " Anderlecht est confronté chaque année à des choix. Tantôt on opte de conserver le joueur, tantôt on choisit de s'en séparer. Tantôt encore, c'est le joueur lui-même qui prend les devants, puisque jusqu'à l'âge de 16 ans, il est libre de mouvement. Contrairement à Junior, qui aurait assurément fait une belle carrière chez nous s'il n'avait pas subi une grave blessure au genou, Flori n'était pas de la même trempe. C'est pourquoi nous ne nous sommes pas opposés à son départ. La suite de sa trajectoire sportive nous a donné raison puisqu'il ne s'est imposé nulle part et qu'il tente aujourd'hui une énième expérience à TPS en Finlande. La plupart du temps, le club a été pertinent dans ses choix. Mais il y a eu aussi quelques erreurs de casting. Avec des jeunes comme Maarten Martens ou Dries Mertens, notamment. Il faut pouvoir le reconnaître. " A ce duo, on pourrait également ajouter le gardien Urko Pardo, sacré champion avec l'Olympiacos après avoir suivi la filière des jeunes à Neerpede. " Il avait 15 ans et voulait un contrat ", se souvient Manu Ferrera, ex-entraîneur de la classe-biberon au Sporting. " Comme il n'était pas possible d'accéder à sa demande avant ses 16 ans, il a pris la direction de la célèbre Masia du FC Barcelone où il était à la fois logé, nourri, blanchi et payé. Comme il avait la fibre espagnole très prononcée, son choix coulait de source. J'ai vécu un phénomène similaire, quelques années plus tard, avec Mikael Yourassowsky. Il avait surpris tout le monde en disant que si le Sporting n'accomplissait pas un geste en sa faveur, il partirait dans un grand club où on répondrait à ses exigences. Personne ne l'a cru et il a finalement signé à Boca Juniors. On ne peut pas dire qu'Anderlecht s'est blousé avec eux. Pardo s'est réalisé sur le tard après avoir galéré à Cartagena et au Rapid Bucarest notamment. Quant au deuxième, il évolue à Rijeka (Croatie) actuellement, après avoir transité par des clubs anonymes comme Pontevedra ou Kerkyra. Il n'y a donc pas à nourrir de véritables regrets avec eux. " Le Sporting, dans le cas Lukaku, a mis les petits plats dans les grands pour garder un joueur à qui les Londoniens offraient une prime à la signature d'un million d'euros. En échange d'un contrat de 500.000 euros et d'un pourcentage pour la famille sur la vente de son rejeton, papa Roger avait finalement décliné l'offre des Blues. Pourtant, elle était assortie d'un emploi pour monsieur et madame à Londres. A présent, la direction anderlechtoise est confrontée à un même cas de figure pour une autre de ses jeunes perles : Musonda Junior, fils de l'ex-médian zambien du club, Charly, actuellement préposé au matériel de la Première. Le teenager (14 ans) est courtisé par Arsenal qui l'a d'ailleurs invité à visiter ses installations durant l'hiver passé. En haut lieu, au Sporting, on aimerait que le bon sens, plutôt que l'argent, l'emporte. " J'espère que notre ancien joueur ristournera via son plus jeune fils tout ce que nous avons fait pour sa famille ", souligne le président Roger Vanden Stock. " Nous avons toujours respecté tous nos engagements financiers avec Charly, même après sa grave blessure au genou. Plus tard, Michel Verschueren lui a procuré un travail d'entraîneur des jeunes et de manutentionnaire. Idem pour son épouse, alors qu'elle ne pratiquait que l'anglais. Je pense que le Sporting s'est montré chic, aussi, en mettant ses fils Lamisha et Tika sous contrat, dans un passé récent, alors que cette mesure aurait parfaitement pu être applicable à d'autres, aussi. Je ne vois franchement pas ce qu'on aurait pu faire de plus pour Charly et les siens. Mon souhait le plus cher est qu'il s'inspire de l'exemple de la famille Lukaku qui, malgré l'intérêt de clubs anglais, s'est prononcé en notre faveur. Chacun y a trouvé son compte : le joueur s'est épanoui en Première pendant deux ans et le Sporting qui a pu faire fructifier son talent. C'est une situation win-win mais tout le monde ne résiste pas nécessairement, au départ, à l'attrait de l'argent. Papa Lukaku avait les pieds bien sur terre. J'espère qu'il en sera pareil pour Charly. La balle est dans son camp. " Du côté des Musonda, c'est le silence radio. Ordre de la direction ? Ou bien une autre piste est-elle envisagée ? Telle une collaboration entre les Gunners et la maison mauve sous la forme de prêts de joueurs si, en contrepartie, Anderlecht écoule ses meilleurs jeunes au sein du club cher à Arsène Wenger. Car les Londoniens n'ont pas que le plus jeune des Musonda en vue. Ils suivent aussi d'un £il intéressé Jordan Lukaku et, surtout, Dennis Praet (17 ans tout juste), le jeune le plus doué depuis le départ d'Adnan Januzai. " 16 ou 17 ans, c'est trop tôt pour tenter la grande aventure à l'étranger ", affirme toutefois Herman Praet, le père de Denis. " Même si nous avions l'embarras du choix et que les clubs faisaient de la surenchère. Dans un premier temps, c'est le football qui compte avant toute autre considération. Et, à cet égard, Anderlecht aura été jusqu'ici un point de chute idéal. En Belgique, chez les jeunes, les Mauves dominent tout le monde de la tête et des épaules. Sur le plan international, ses résultats en classes d'âge sont toujours probants aussi. Ces arguments-là ne laissent déjà pas indifférents du tout. D'autre part, j'ai été séduit par le concept des Purple Talents du club. Le Sporting veille non seulement à ce que les jeunes aient une bonne formation sur le terrain mais qu'ils bénéficient aussi d'une scolarité exemplaire. C'est le mix idéal pour un adolescent. " PAR BRUNO GOVERS