Ma première rencontre avec Emilio remonte,si ma mémoire est fidèle,à la fin de la saison 91. Il était en compagnie du Président du Racing Club de Bruxelles, le Dr Jean Simon avec lequel il échafaudait des plans pour la saison suivante. Emilio avait décidé de stopper sa carrière de joueur pour embrasser celle d'entraîneur. Il avait seulement 24 ans! Je me rappelle encore l'enthousiasme quasi puéril avec lequel il m'expliqua tous ses projets pour ce petit club de 2e Provinciale.
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Ma première rencontre avec Emilio remonte,si ma mémoire est fidèle,à la fin de la saison 91. Il était en compagnie du Président du Racing Club de Bruxelles, le Dr Jean Simon avec lequel il échafaudait des plans pour la saison suivante. Emilio avait décidé de stopper sa carrière de joueur pour embrasser celle d'entraîneur. Il avait seulement 24 ans! Je me rappelle encore l'enthousiasme quasi puéril avec lequel il m'expliqua tous ses projets pour ce petit club de 2e Provinciale. Déjà, la méticulosité de sa préparation et sa foi inébranlable dans ses méthodes m'avaient frappé! Tout au plus pouvait-on s'interroger sur l'opportunité d'une approche aussi professionnelle pour un si petit club. Mais Emilio savait ce qu'il faisait et où il voulait aller.A 18 ans déjà, il entraînait les jeunes d'Arsenal Saint-Josse. A 20 ans, il organisait durant les vacances de Pâques des stages de foot simultanément sur quatre sites bruxellois avec moniteurs, navettes d'autocars, sponsorisation d'Adidas, réception et remise de diplômes à l'hôtel Sheraton. Et tout cela pour finalement ne rien gagner... sinon de l'expérience et du savoir-faire. L'aspect financier était secondaire. Emilio n'avait qu'une idée en tête: se faire connaître et surtout être reconnu par ses pairs! Ce fut long, difficile et plein d'embûches! Mais le gaillard avait du culot, de l'obstination et la fierté d'un hidalgo!Cadet d'une famille de quatre enfants de travailleurs émigrés espagnols, il fut le seul à voir le jour à Bruxelles le 19 juin 67 .Un gémeau! Son frère Manu se souvient qu'à cinq ans , Emilio tenait tête à toute la famille . Tout jeune, il ne regardait jamais un match à la télé comme un supporter. Il vivait le match comme un entraîneur A 12 ans ses remarques tactiques étaient déjà pointues et pertinentes. Pas étonnant que le joueur technique qu'il était, mais manquant de vitesse et d'engagement, fut rapidement plus attiré par l'organisation du jeu que par le jeu lui-même. Parallèlement au football, Emilio trouva encore le temps et les ressources pour décrocher un diplôme d'instituteur. Métier qu'il exercera pendant une dizaine d'années à Boisfort et à Saint-Josse. Une formation intellectuelle qui rejaillira favorablement et incontestablement sur sa personnalité d'entraîneur. Pédagogue à l'école, pédagogue sur les terrains. Comme tout enseignant, il sait qu'un discours ne peut passer la rampe et devenir efficace que s'il repose sur une méthode et un concept de jeu.L'heure d'Emilio sonna en octobre 1999. Beveren est en perdition après un début de championnat catastrophique. Emilio quitte les promotionnaires du SK Lombeek où il est en fonction depuis 97 et c'est la consécration. Non seulement il sauve le club mais il s'impose au sein d' une confrérie où l'accueil ne fut pas toujours des plus confraternel. Qui est donc cet inconnu sorti de nulle part qui ne se contente pas de perdre? En plus, il gagne et impose un style. Un loup dans la bergerie! Un loup aux dents longues.Du coup, son goût de revanche vis-à-vis de tous ceux qui n'ont pas cru en lui est immense. Emilio a dû faire son trou tout seul et beaucoup auraient aimé le voir se planter. Comme me le confiait récemment Saïd Haddouche, professeur à l'école des entraîneurs:"Emilio est arrivé dans le milieu un peu comme un virus atypique". Ne vous y trompez pas: sous sa frimousse de gentil premier communiant, Emilio cache une redoutable force de caractère et une énorme ambition. Il a forcé le respect de la corporation et fait l'unanimité sur la qualité de son travail, même auprès de ceux qui ne l'aiment pas et qui lui reprochent tantôt un certain opportunisme et tantôt sa susceptibilité voire sa mauvaise foi.Aujourd'hui comme hier, Emilio n'entraîne toujours pas pour vivre mais il vit pour entraîner -dixit Manu! En attendant, il n'a jamais rien dans son frigo et il va de restaurant en restaurant comme Raymond Goethals vivait d'hôtel en hôtelIl est un de ces nomades du foot, inca pable de planter un clou, de changer une lampe, de réparer un pneu...Moralité: Emilio n'appartiendra jamais à la race des bricoleurs. Pas plus à la maison que sur les stades. Sous sa frimousse de gentil premier communiant, il cache une redoutable force de caractère et une énorme ambition