S antander, 9 octobre 2004. Soirée cauchemardesque pour les Diables Rouges. Bref rappel chronologique des faits :
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S antander, 9 octobre 2004. Soirée cauchemardesque pour les Diables Rouges. Bref rappel chronologique des faits : - Violent coup de coude (non sanctionné) de Wesley Sonck à un adversaire. - Penalty (non sanctionné) commis par Daniel Van Buyten. - Eric Deflandre (55 caps, vice-capitaine) exclu : première carte jaune pour avoir poussé le ballon alors que l'Espagne devait donner un coup franc, deuxième jaune quelques secondes plus tard pour avoir lancé -Fuck off à l'arbitre danois Kim Milton Nielsen (29e minute). - 1-0 par Luque (59e). - 2-0 par Raul (63e). - Bart Goor (59 caps, capitaine) exclu pour avoir craché en direction d'un adversaire (73e). - Après deux matches éliminatoires pour le Mondial 2006 (contre la Lituanie et en Espagne), les Belges ne totalisent qu'un seul point et les critiques pleuvent. Un an plus tard, presque jour pour jour, les Belges vont recevoir les Espagnols à Bruxelles. Eric Deflandre (32 ans) et Bart Goor (idem) ont payé leur moment d'égarement au prix fort : 3 matches de suspension et 5.000 euros d'amende pour le Standardman, 5 matches et 6.500 euros pour l'Anderlechtois. Au niveau des Diables, Goor a toutefois été plus gâté que Deflandre : il a retrouvé sa place dans l'équipe dès que sa suspension a été purgée, alors que le Liégeois n'a plus rejoué avec l'équipe belge entre-temps et vient seulement d'être rappelé pour le match de samedi soir. Les deux héros malheureux de Santander font le point avant le choc de Bruxelles. Eric Deflandre : Tout a commencé avant le match, dans le tunnel des vestiaires. L'arbitre nous a fait enlever nos chaînes, bagues et boucles d'oreilles alors que ce n'était pas encore imposé à ce moment-là. Certains joueurs espagnols n'ont même pas été contrôlés. Ça nous a énervés et Aimé Anthuenis s'est fâché sur lui. L'esprit était hostile avant même le coup d'envoi. Puis, il y a eu ma première carte jaune qui a déclenché tout le reste. J'avais poussé le ballon par réflexe, pas pour gagner du temps. On n'essaye pas de gagner du temps après moins d'une demi-heure, quand même. Quand j'ai vu la jaune, j'ai été très étonné et j'ai levé les bras en criant -Fuck off. Dans le sens -C'est pas normal. Je ne m'adressais pas directement à l'arbitre et je n'avais certainement pas l'intention d'être vulgaire avec lui. Mais il l'a pris pour lui. Je ne comprends pas qu'un arbitre puisse être aussi susceptible dans un match de cette importance. Et quand il m'a exclu, j'ai vraiment perdu mes moyens. J'ai frappé du poing dans un panneau en plastique en quittant le terrain et c'est à ce moment-là que le quatrième arbitre m'a attrapé par le bras en me priant de me calmer. Finalement, je me demande si je n'ai pas payé pour le coup de coude non sanctionné de Wesley Sonck. Son geste méritait une carte rouge alors que le mien n'avait rien de grave. Bart Goor : C'était le résultat de frustrations accumulées depuis tout un temps. Tout a commencé à Charleroi, lors du match contre la Lituanie. J'ai mal vécu ce départ raté. Il fallait directement essayer de recoller les morceaux en Espagne pour rester dans le coup. Mais quand ça se passe déjà mal avant de monter sur le terrain parce que l'arbitre n'est pas cohérent, c'est difficile à accepter. Il y a alors eu la carte rouge d'Eric, puis un premier but, puis un deuxième, et là, le vase était plein. C'est pour toutes ces raisons que j'ai perdu mes moyens. Mais je maintiens toujours ce que j'ai dit depuis Espagne-Belgique : ce n'est pas mon genre de faire des trucs pareils. Ce n'était que la troisième carte rouge de ma carrière. J'avais pris les deux premières avec le même arbitre, pour un tacle et un hands. Et puis celle de Santander, tout à fait ridicule. Deflandre : Bien sûr. Des mots comme ceux que j'ai prononcés ce soir-là, ça circule sans arrêt sur tous les terrains. Goor : Evidemment. J'ai craché en l'air, pas sur un adversaire ou sur l'arbitre. Ce n'est pas une excuse mais une circonstance atténuante. La FIFA n'en a malheureusement pas tenu compte. Je n'avais jamais été suspendu en équipe nationale, cela aurait dû jouer aussi. Je n'ai blessé personne, quand même ! Deflandre : Les gens de la Fédération m'ont expliqué que c'était un risque. Les sanctions de la FIFA sont toujours plus lourdes que celles de l'UEFA, et comme il s'agissait d'un match de Coupe du Monde, la FIFA a réglé notre cas. On m'a dit que, trois matches pour insulte à un arbitre, c'était le tarif minimum, que je m'en tirais bien. De plus, ça coûte terriblement cher d'aller en appel. Et si ma punition avait finalement été ramenée de trois à deux matches, j'aurais juste gagné le choc avec... Saint-Marin. Bref, mieux valait s'abstenir. Goor : A l'Union Belge, on m'a dit qu'un appel coûterait près de 25.000 euros. Notamment parce qu'il faut héberger les juges dans des hôtels de très grand luxe (il rit)... Je voulais faire appel mais la Fédération ne le souhaitait pas et on en est resté là. Deflandre : Evidemment. Quand on laisse les copains se débrouiller à 10 après une demi-heure, on les met dans la merde. C'est ce que j'ai fait. Personne ne peut jurer que nous aurions pris un ou trois points en jouant à 11 jusqu'à la fin, parce que c'était quand même l'Espagne en face de nous, mais cela aurait sans aucun doute été plus facile. Goor : Oui, mais de là à dire que nous aurions pu prendre quelque chose à Santander sans nos cartes rouges... Je n'en sais rien. Je retiens en tout cas que nous sommes restés parfaitement organisés pendant une heure, même à 10 contre 11, et qu'il y avait peut-être un bon résultat à forger là-bas. Deflandre : Non. Les vrais tournants, je les vois plutôt dans les matches contre la Lituanie à Charleroi, contre la Serbie & Monténégro à Bruxelles et contre la Bosnie-Herzégovine à Zenica. Sur le papier, ces rencontres-là étaient plus abordables que le déplacement en Espagne, mais elles ne nous ont rapporté qu'un point. Pour le moment, les Diables sont à leur place au classement de la poule, il ne faut pas se voiler la face. Il reste deux matches pour prouver que la Belgique vaut mieux. Intrinsèquement, nous ne sommes pas plus faibles que la Bosnie-Herzégovine, quand même ! Les noyaux de l'Espagne et de la Serbie & Monténégro nous sont peut-être supérieurs... Goor : On pourra toujours dire que la Belgique a été privée de deux joueurs clés pour des matches importants, mais cette équipe ne peut pas dépendre de deux éléments. Il ne faut pas non plus donner à notre suspension une importance qu'elle n'a pas. Ceux qui nous ont remplacés à nos postes ne se sont pas mal tirés d'affaire. Bref, j'estime que ce n'est pas à cause de nous que les Diables ont perdu des points après la rencontre en Espagne. J'ai la conscience tranquille. Il n'empêche que nous ne sommes pas à notre place dans le classement de la poule. Je suis d'accord avec Eric quand il dit que le premier grand tournant de la campagne a été le match à domicile contre la Lituanie : quand on mène 1-0 sans bien jouer, on doit pouvoir assurer le résultat. Au lieu de cela, nous avons encaissé et ce fut le début de nos problèmes. Les défaites contre la Serbie et en Bosnie ont aussi été deux moments plus cruciaux que le 2-0 de Santander. Deflandre : Notre noyau a beaucoup changé tout au cours de la campagne. Les sélections de nos adversaires sont restées beaucoup plus stables. Goor : Qu'on ne vienne pas dire qu'il y a plus de talent dans les noyaux de la Serbie ou de la Bosnie. Ce qui nous a coûté autant de points, ce sont les blessures, les suspensions et la méforme de plusieurs joueurs importants à des moments clés. Deflandre :No comment. Goor : N'importe quel entraîneur qui perd est critiqué, c'est vieux comme le foot. Ce que les gens pensent, ce n'est pas notre problème. Deflandre : Mon discours n'a jamais varié, j'ai toujours souligné que je restais disponible pour les Diables, que je continuais à considérer chaque sélection comme un immense privilège. Si Aimé Anthuenis a décidé de se passer de moi, je ne pouvais rien y faire. Le patron sportif, c'est lui. Il devait avoir ses raisons. Il était assez grand pour savoir s'il pouvait se passer de gars qui ont mon bagage, mon expérience. Je suis devenu philosophe : je donne tout ce que j'ai dans le ventre avec mon club, tant mieux si on m'appelle en équipe nationale, tant pis si on décide de ne pas me faire confiance. J'ai été titulaire au back droit chez les Diables pendant plusieurs années et je ne pense pas avoir souvent déçu. C'est clair qu'on a voulu me faire payer pour ma carte rouge de Santander, mais c'est comme ça, c'est la vie. J'ai mes certitudes : ce fut ma seule grosse erreur en plus de 50 matches avec les Diables. Je sais ce que je vaux, je n'ai plus rien à prouver en équipe nationale. Maintenant, je fais mon retour dans le noyau pour ce nouveau match contre l'Espagne. Je suppose que le coach n'est pas resté insensible à mon excellent début de saison avec le Standard. Goor : La malchance d'Eric, ce fut l'éclosion d'Anthony Vanden Borre. Anthony a bien saisi sa chance, tant mieux pour lui. Deflandre : C'est certainement une des explications. Il n'y a plus de grandes gueules dans le groupe. Tous les Diables actuels ont un bon bagage et une excellente mentalité, mais ça ne suffit pas. Il faudrait un gars capable de bouger le groupe. Les joueurs se parlent et ne s'engueulent pas : c'est anormal. Goor : Je ne suis pas d'accord avec Eric. Ce n'est pas nécessaire d'avoir un gueulard sur le terrain. C'est bien plus important que chaque joueur évolue à son meilleur niveau. Deflandre : Bonne question. Ça ne s'improvise pas. Il faut énormément de caractère. J'ai essayé de le faire la saison dernière au Standard, en tant que capitaine, mais ce ne fut pas une réussite. Malgré mes 31 ans et les expériences que j'avais vécues avec Lyon. Je me sens l'âme d'un leader dans mes gestes et dans ma façon de jouer, mais pas dans mon comportement vis-à-vis de mes coéquipiers quand il s'agit de les enguirlander. En équipe nationale, je ne vois guère que Timmy Simons, Yves Vanderhaeghe ou Daniel Van Buyten pour reprendre le flambeau que personne n'a tenu depuis le départ de Marc Wilmots et Gert Verheyen. Goor : En tant que capitaine, j'essaye d'être un leader à ma façon. En veillant à ce qu'il n'y ait pas d'éléments perturbateurs autour de l'équipe, en entretenant une bonne ambiance, en jouant à mon meilleur niveau. Deflandre : Tout le monde a vu que les Grecs n'avaient aucune envie quand ils sont venus à Bruxelles. Ce soir-là, les champions d'Europe, c'étaient les Belges. On les a laissé jouer, et dans ces cas-là, ils peuvent étaler leur technique. Mais quand il faut aller au combat, c'est autre chose. On l'a bien vu en Bosnie. Il y a plus de talent qu'avant dans notre noyau mais il manque des guerriers. Goor : Les Grecs étaient en voyage d'agrément à Bruxelles. Ils n'avaient pas encore commencé leur championnat, ils n'étaient pas du tout dans le coup. Ils se sont contentés de faire circuler la balle sans chercher à aller au duel. Ce match ne nous a rien apporté. Deflandre : Il fallait aborder ces deux matches pour les gagner, pour récupérer les points perdus à domicile. Au lieu de cela, on s'est laissé marcher sur les pieds. Miser sur une contre-attaque décisive dans des matches qu'il faut remporter à tout prix, c'est beaucoup trop hasardeux, trop dangereux. Les Belges n'ont jamais mis leurs adversaires sous pression. Goor : On ne pouvait pas non plus tout jeter devant dans des matches pareils. Je pense malheureusement que les Diables ont donné, à Belgrade et à Zenica, tout ce qu'ils avaient dans le ventre. Nous ne pouvions pas revendiquer plus que ce petit point. Combien d'occasions avons-nous eues dans ces deux matches ? Restons logiques. Il fallait 11 joueurs en forme pour bousculer les Serbes et les Bosniaques mais on était loin du compte. Ce n'était pas tellement une question de jeu offensif ou défensif. Quand on est aussi peu en possession du ballon, on ne peut rien viser de plus. Deflandre : On a les qualités pour les battre, c'est sûr. Goor : Il ne faudra pas monter sur le terrain en se demandant si on peut les battre mais en se disant qu'il faut les battre ! Trois points sinon rien, ce sera la réalité de cette soirée. Depuis plusieurs semaines, on parle de matches de la dernière chance pour les Diables ; cette fois, ce sera la toute, toute dernière chance. Deflandre : Ça, c'est autre chose. Il faudra un miracle. Ce serait une terrible erreur d'entamer ce match avec l'ambition de mettre trois buts. La première mission, c'est simplement de gagner. Goor : Tout est possible quand tout le monde se surpasse. Il faudra entamer ce match en cherchant à gagner le maximum de duels et à marquer le plus vite possible. Nous n'avons pas toujours été gâtés par notre public, qui n'a jamais été spécialement chaud. A lui de prouver samedi soir qu'il peut être aussi déterminant que les supporters espagnols, serbes ou bosniaques. Deflandre : 40 à 50 % maximum. Goor : 10 %, pas plus. Il faut rester réaliste mais, en même temps, jouer à fond ces 10 %. N'oublions pas qu'après l'Espagne, il y a encore le déplacement en Lituanie, où il faudra à nouveau gagner. Enfin bon, quand on est incapable de gagner contre la Lituanie dans un match capital, on ne mérite pas d'aller à la Coupe du Monde. PIERRE DANVOYE " on ne méritait pas mieux en serbie et en bosnie" (goor) " NO COMMENT SUR LES SÉLECTIONS MAIS IL N'Y A PAS DE GUEULARD " (DEFLANDRE) " quand on ne sait pas battre la lituanie... " (goor)