Elle devait être condamnée au silence éternel. Nul ne devait entendre parler de cette nuit de 2009 à Las Vegas et surtout pas de sa version des faits. Elle a signé un contrat et reçu de l'argent en échange. Selon les termes de l'accord, " jamais elle ne devra émettre de reproches ".
...

Elle devait être condamnée au silence éternel. Nul ne devait entendre parler de cette nuit de 2009 à Las Vegas et surtout pas de sa version des faits. Elle a signé un contrat et reçu de l'argent en échange. Selon les termes de l'accord, " jamais elle ne devra émettre de reproches ". Elle affirme avoir accepté, par peur pour elle-même et sa famille. Par impuissance. Dans l'espoir de pouvoir tirer un trait sur tout. Mais Kathryn Mayorga déclare que ça lui a été impossible. L'Américaine est une femme mince aux longs cheveux foncés et aux yeux bleus, âgée aujourd'hui de 34 ans. Elle a travaillé jusqu'il y a peu dans une école primaire mais elle a abandonné son emploi car elle a désormais besoin de toutes ses forces. La force de se dresser face à un homme dont elle affirme qu'il l'a violée il y a neuf ans, ce qu'il nie. L'homme n'est pas n'importe qui. Il s'agit de Cristiano Ronaldo. Un footballeur assorti de superlatifs quand il s'agit de succès, d'argent et d'adulation. Une inconnue contre Ronaldo. L'asymétrie ne pourrait être plus grande. Ils se sont rencontrés le 12 juin 2009 dans une discothèque de Las Vegas, où le footballeur passait des vacances avec son beau-frère et son cousin. C'était l'été du transfert du joueur, alors âgé de 24 ans, de Manchester United au Real Madrid, pour la somme-record - à l'époque - de 94 millions d'euros. Kathryn Mayorga, 25 ans, travaillait alors comme mannequin. L'une de ses tâches consistait à se tenir au bar en compagnie d'autres femmes jeunes et belles afin d'y attirer les clients. Ce vendredi-là, les chemins du mannequin et du multimillionnaire se sont croisés dans l'espace VIP du " Rain ". Le club fait partie du Palms Casino Resort. Des photos de paparazzi ont montré Kathryn Mayorga et Cristiano Ronaldo en pleine conversation intime. Il portait une chemise blanche ornée d'une fine cravate noire, elle une robe gris pâle et des bijoux en or. Il était décontracté et elle le regardait, rayonnante. Quelques heures plus tard, la presse de boulevard du monde entier se demandait qui était cette mystérieuse brunette. Ils ont poursuivi leur fête jusqu'aux petites heures, dans le penthouse de Ronaldo, à l'Hôtel Palms Place adjacent. Seules deux personnes savent ce qui s'y est réellement passé : Kathryn Mayorga et Cristiano Ronaldo. Le fait est que, quelques mois plus tard, le footballeur lui a versé 375.000 dollars, comme convenu hors-tribunal. En échange, Kathryn Mayorga a signé un document l'engageant à ne jamais reprocher à Ronaldo de l'avoir violée. Le Spiegel a évoqué pour la première fois cet accord il y a un an et demi, suite aux révélations de Football Leaks. Le Spiegel a ensuite contacté Kathryn Mayorga, surnommée Susan K. dans l'article. " Pas de commentaire ", a-t-elle répondu. Quand elle a rencontré nos journalistes sur le pas de sa porte, elle a fui. À la parution du premier article, Gestifute, la société qui conseille Ronaldo, a déclaré que ces accusations n'étaient qu'une fiction journalistique et se basaient sur des documents " qui n'avaient pas été signés " et dans lesquels " les parties n'étaient pas identifiables ". C'est faux. Les nombreux documents en possession du Spiegel le démontrent. Parmi eux, ceux que Ronaldo a signés. Ce qui pourrait expliquer pourquoi il n'a entrepris aucune démarche juridique contre le Spiegel, contrairement à ce qu'il avait annoncé il y a un an et demi. Dans sa déclaration officielle, Gestifute discrédite la victime potentielle. Elle refuserait de " faire part publiquement de ses accusations. " Un comportement perfide. Car c'est justement le coeur du compromis : Kathryn Mayorga ne peut pas s'exprimer. Si elle le faisait, elle devrait rembourser Ronaldo, conformément au contrat passé, et même lui verser des indemnités. Pourtant, elle parle, désormais. Et en détails. Pourquoi. Qu'est-ce qui l'a poussée à sortir du silence ? Elle a trois motifs. Un : elle a un nouvel avocat, expérimenté, qui ne se laisse pas intimider. Il considère l'accord comme contraire au droit et dépose plainte contre Ronaldo au nom de Kathryn Mayorga. Il s'appuie sur un document de 27 pages qui pourrait avoir des conséquences graves pour le footballeur. On y dépeint la façon dont Ronaldo a passé la nuit. " Elle a dit non et stop à plusieurs reprises ", selon le footballeur, cité dans le papier. Deux : le monde a changé pour les femmes, qui ne veulent plus être victimes d'abus sexuels. Les premières accusations à l'encontre du producteur américain Harvey Weinstein ont été lancées il y a un an. Il a harcelé des femmes, profité d'elles et les a violées pendant des décennies. Weinstein nie. En dénonçant le scandale, l'actrice américaine Alyssa Milano a encouragé les femmes victimes de tels comportements à utiliser le hashtag metoo. Elles ont été des dizaines de milliers à répondre à l'appel. Le climat a changé. Dans le monde entier, il est devenu plus difficile aux politiciens, juristes et autres machos d'abuser des femmes, surtout quand ils disposent d'argent, de puissance et de célébrité. Le mouvement MeToo a insufflé courage et assurance à beaucoup de victimes. Il a également encouragé Kathryn Mayorga à parler. Trois : c'est sa seule chance de découvrir si Ronaldo a abusé d'autres femmes. " Cette question n'a cessé de me hanter. " Las Vegas, il y a quelques semaines. Kathryn Mayorga s'installe à la longue table de conférence chez son avocat. À ses côtés, sa mère Cheryl Mayorga et une thérapeute. Kathryn Mayorga porte une veste noire et de longues boucles d'oreilles turquoise. Elle est soigneusement maquillée mais elle ne peut dissimuler la fatigue de ses yeux. Elle avoue ne plus avoir trouvé le sommeil depuis une semaine. Elle a l'air épuisée et en même temps excitée. Elle parcourt la salle du regard et se passe sans cesse la main dans les cheveux. Elle prend son souffle, veut d'abord parler de ses angoisses mais a du mal à formuler ses phrases. " Il est tellement célèbre. Je crains pour ma vie, pour ma famille. " Elle redoute qu'on ne lui fasse du mal, que la presse et les supporters de Ronaldo ne la poursuivent. " C'est pour ça que j'ai signé le contrat, à l'époque. Je ne voulais pas de procès, nul ne devait savoir ce qui m'était arrivé. " Elle commence à pleurer, sa respiration s'accélère. Elle repousse la chaise en cuir noir sur laquelle elle est assise et se cache le visage dans les mains. Sa thérapeute se penche vers elle. Elles s'isolent pendant une demi-heure. Cheryl, 66 ans, une petite femme aux cheveux noirs relevés, reste seule. Elle pèse soigneusement ses mots. " Oui, elle a très peur mais d'autre part, elle ne trouve pas la paix. Vous savez, parfois, elle me téléphonait, hors d'elle, parce que le visage de Ronaldo était une fois de plus apparu à la une d'un magazine ou sur un panneau publicitaire. Lui, le dieu du football, parfait, sans tache. Alors qu'elle n'est même pas capable de se lever, certains matins, à cause de lui. " Cheryl Mayorga hoche la tête. " Ce n'est pas juste. Et ça ne cessera jamais tant qu'elle n'obtient pas justice. Nous la soutenons. " Nous, c'est la famille Mayorga. Y compris le père Larry (64), le frère Jason (37), qui racontent comment cette nuit a changé la vie de Kathryn. Elle est née à Las Vegas. Le père, maintenant retraité, a été pompier pendant 32 ans. La mère s'occupait des enfants. " Nous sommes des petites gens mais nous sommes honnêtes " ", déclare Cheryl. Kathryn s'est adonnée au softball et au football, elle a fréquenté les scouts. " Elle avait des problèmes à l'école car elle était hyperactive ", explique la mère. Sa fille a du mal à se concentrer, à trier ses pensées, à apprendre. C'est pour ça qu'elle parle parfois si vite. La porte s'ouvre. Kathryn réapparaît. Elle s'est ressaisie, apparemment. Sa mère lui raconte ce qu'elle a dit en son absence. " Oui, j'avais des problèmes à l'école ", répond Kathryn. " Je ne pouvais pas apprendre en groupe, j'avais toujours besoin d'aide et de cours particuliers. J'ai malgré tout obtenu mon diplôme d'humanités. J'ai travaillé dur pour ça. " Elle a ensuite étudié le journalisme à l'université. Peu après ses études, en 2008, elle a épousé son ami, un barman d'origine albanaise, qui réparait aussi des ordinateurs, dont celui de ses parents. " C'était en moi : j'avais fini mes études, donc je devais me marier. J'avais le sentiment que c'était la chose à faire. " Ça ne l'était pas. Un an après leur mariage, le couple s'est séparé et Kathryn est retournée vivre chez ses parents. Leur maison est située dans un des meilleurs quartiers de Las Vegas. Un jardin soigné, un grand garage, une belle piscine et une vue superbe sur la ville. " Ma vie était alors magnifique. J'ai fait beaucoup de sport, j'ai embrassé le véganisme pour m'investir encore plus dans le mannequinat. " Elle a beaucoup voyagé. Elle se redresse, son regard se durcit. " Ses avocats ont essayé de dépeindre la situation autrement. Mais mon travail dans les bars n'était qu'un job de promotion comme n'importe quel autre. Nous n'avions qu'une mission : attirer les clients, nous amuser et tenir un verre en main. Qui pouvait ne contenir que de l'eau. C'est tout. " Épuisée, elle se laisse retomber dans son siège. Puis elle commence à parler de cette fameuse nuit. La nuit qui a détruit sa vie, dit-elle. La nuit qu'elle décrit, malgré les années qui ont passé, comme si elle regardait une vidéo. Ce soir-là aussi, elle a travaillé, avant de faire la fête avec des amis. " Il y avait du champagne. Je n'en ai bu que très peu. Comme je l'ai dit, je suivais un régime. " Elle a reçu le message de son amie Jordan*. Elles se sont retrouvées au Rain, dans l'espace VIP. " Jordan connaissait quelqu'un là-bas, ce qui nous permettait d'entrer. D'un coup, il était là. Il a saisi mon bras et a dit un truc style - Toi, viens avec moi. " Elle cherche ses mots. " C'était déjà bizarre. " Elle savait qui il était et qu'il faisait la fête dans ce club, ce soir-là. " Jordan sortait avec un footballeur et elle les connaissait tous. J'avais regardé son profil sur Google. Je savais qu'il était célèbre. " Ronaldo s'est moqué d'elle parce qu'elle ne voulait pas le suivre immédiatement, dit-elle. Il lui a alors offert une boisson et l'a présentée à ses camarades. " Il est comme mon frère et lui aussi est un peu de ma famille. " Ils ont continué à bavarder et il a demandé son numéro de téléphone. " Je le lui ai donné et il est parti. J'ai pensé : OK, cool. " Kathryn Mayorga dit avoir ensuite cherché Jordan et l'avoir trouvée dehors, en compagnie de quelques amis. À ce moment, elle a reçu un sms de Ronaldo, dont la teneur était à peu près : " Hello, il y a une party à l'étage. Amène tes copains. " Jordan et elle ont accepté l'invitation au Palms Place. Ronaldo et ses copains attendaient dans le lobby mais la soirée était déjà achevée. " Il a dit que nous pouvions aller chez lui. Nous avons pensé que la vue était superbe, de là, que nous allions faire quelques photos avant de rentrer à la maison. " En 2009, le Palms Hotel et le complexe de casino étaient les endroits branchés de Las Vegas. Ronaldo occupait l'appartement 57306, un des penthouses. Une nuit y coûte actuellement mille dollars. Pareil appartement comporte une cuisine, un grand living, deux chambres à coucher avec salles de bains annexes. Le balcon s'agrémente d'un jacuzzi et offre une vue imprenable sur la ville. Arrivée dans la suite, Kathryn se souvient que les autres ont plongé dans la piscine, tandis que Jordan s'asseyait au bord. " Nous trouvions ces jeunes hommes chouettes, ils avaient bon genre mais je voulais m'en aller car j'avais une séance photos le lendemain. Je suis donc restée à côté. J'ai dit que je ne voulais pas abîmer ma robe. " Ronaldo lui a proposé des affaires de bain. " Jordan s'amusait. Elle était rarement en ville. Je me suis donc dit : tant pis. " Elle est allée se changer dans la salle de bains. Pendant qu'elle se déshabillait, Ronaldo est arrivé, le sexe sorti de son pantalon. Kathryn marque une pause, se frotte les yeux. " Il était à côté de moi et voulait que je prenne son pénis en mains. Il m'a supplié : juste pour trente secondes ! J'ai dit non. Il a dit que je devais pas le prendre en bouche. Je me suis dit que ce n'était pas possible : ce type si célèbre, qui a si belle allure, est un sauvage. " Ronaldo n'a pas reculé. " Un moment donné, il a dit : je te laisse partir si tu m'embrasses. J'ai répondu : OK. Je t'embrasse mais je ne te touche pas. " Kathryn jure l'avoir seulement embrassé, sans le toucher. Le baiser l'a excité encore un peu plus. " Il m'a pelotée, il a voulu m'embrasser partout. Je l'ai repoussé et j'ai encore dit non. " À ce moment, un de ses amis est entré et a demandé ce qu'il faisait. " J'ai saisi l'occasion pour remettre ma robe. J'ai cru que j'étais tirée d'affaire. Il a dit : - Nous arrivons. " Kathryn Mayorga effectue une pause puis poursuit son récit. " Je pensais donc que c'était terminé. Au lieu de ça, il m'a traînée dans la chambre à coucher. Je n'avais pas encore peur. Je me disais seulement que ce type était têtu. Je lui ai répété qu'il ne se passerait rien entre nous. " Mais Ronaldo n'a pas abandonné. " Je n'ai eu de cesse de le repousser. Il a essayé de m'enlever mes dessous, sans y parvenir. Je me suis roulée en boule et j'ai tenté de protéger mon vagin de mes deux mains. Il s'est couché sur moi. " Elle a alors répété : " No, no, no. " Ronaldo l'a violée par l'anus, affirme Kathryn Mayorga. Sans préservatif, sans gel. " Il n'a pas voulu me laisser partir ensuite. Il m'a regardé d'un air coupable et a commencé à m'appeler " baby, baby, baby ". Il a aussi demandé pardon et m'a demandé si j'avais mal. Il s'est mis à genoux et a dit : - Je suis un brave type à 99 %, je ne sais pas ce qui se passe avec cet autre pourcent. " Elle a alors compris ce qui se passait. " Tout allait si vite. J'étais confuse, comme en transe, je ne peux pas décrire mon état. Ma première pensée a été : que vais-je faire s'il a le sida ? Ou une autre maladie ? Je lui ai posé la question. Il a répondu : - Je suis sportif professionnel, je suis testé tous les trois mois. Si j'étais malade, je ne pourrais pas jouer. " La salle de conférence se fait silencieuse. Kathryn fixe la table devant elle. Son père Larry s'est joint à elle. Il porte un T-shirt noir et une casquette noire de base-ball. C'est un homme jovial mais en entendant sa fille, son visage se teinte de colère et d'impuissance. Plus tard, il dira que sa fille ne s'est jamais confiée aussi ouvertement. Kathryn Mayorga poursuit. " Je lui ai dit que personne ne l'apprendrait. Quand nous sommes enfin sortis de la chambre, il a dit quelque chose style " reste cool ". Mais je ne me souviens plus des termes exacts. " Une personne se souvient toujours très bien de l'état de Kathryn quand elle est sortie de la chambre : son amie Jordan. " Kathryn était hors d'elle, les cheveux en bataille, son maquillage défait " ", dit-elle. Elle a immédiatement demandé à Ronaldo ce qu'il avait fait avec son amie. Kathryn Mayorga se rappelle cette scène. Les deux femmes affirment que Ronaldo a répondu à Jordan : " Tout va bien, nous sommes amis. " " Je me suis dirigée vers le jacuzzi, en pilotage automatique, et je me suis assise au bord. Il s'est installé à côté de moi et je me suis écartée. Je ne pouvais pas supporter sa présence ", raconte Kathryn. " Plus tard, Jordan m'a dit que j'avais fixé l'eau. Je ne m'en souviens pas. Tout ce que je sais, c'est que l'ambiance est subitement devenue d'un calme désagréable. Plus personne n'a pipé mot. Il s'est levé et est parti. Je suis tombée dans le jacuzzi. Je ne sais pas ce qui s'est passé. " Kathryn Mayorga réalise que sa chute dans la piscine pourrait faire mauvaise impression. Elle recommence alors à parler, très vite. " J'avais bu un verre de vin au travail et ensuite, j'avais trempé mes lèvres dans l'une ou l'autre coupe de champagne, c'est tout. J'étais sobre, cette nuit-là. " Sa chute dans l'eau l'a aidée à reprendre ses esprits. " Je me suis dit : sois cool, très cool. Jordan n'arrêtait pas de me poser des questions, de me demander si ça allait. J'ai commencé à rire et à plaisanter, à dire des bêtises style - comme la vue est belle ! " Elle hausse les épaules mais par désespoir plutôt que par décontraction. " Nous sommes parties. Les amis de Ronaldo m'ont donné un essuie car j'étais trempée. " En se dirigeant vers l'ascenseur, elle a dit à Jordan : quelle nuit, quel plaisir ! Puis elles se sont séparées. Arrivée à sa voiture, elle a ressenti de terribles douleurs, pour la première fois. " À chaque pulsation. " Elle s'est rendue à l'hôpital mais a eu peur d'y pénétrer. Elle est allée se coucher chez elle et a essayé de dormir. En vain. Quelque temps plus tard, elle reçoit un coup de fil de Jordan. " Elle m'a dit : - Mince, nous sommes partout dans les news. " En même temps, Kathryn Mayorga a commencé à recevoir des sms : sors-tu avec ce footballeur célèbre ? " J'ai d'abord regardé les clichés. Il y en avait partout. " Ces photos la montrent en train de flirter avec Ronaldo dans l'espace VIP du Rain. Elle a simplement répondu à Jordan : ce n'est pas bon, ce n'est pas bon. Mais Jordan n'a pas compris ce qu'elle voulait dire, jusqu'à ce qu'elle lui avoue : " Il m'a violée. " Jordan a été consternée mais lui a immédiatement conseillé d'être prudente, tant les footballeurs ont du pouvoir. Dans ces cas-là, il n'y a pas de justice. Elle a paniqué, les douleurs ne s'estompant pas. " J'ai cru que quelque chose était démoli. " Elle a téléphoné à une amie d'enfance, lui a raconté ce qui s'était passé et celle-ci lui a conseillé de passer un coup de fil anonyme à la police. " J'ai d'abord refusé de donner mon nom à la police. J'ai dit à l'officier que j'avais été violée mais pas par qui. J'ai dit que je voulais aller à l'hôpital, pour faire constater mes blessures. Peu après, une voiture de police s'arrêtait devant notre maison. " Avec ses parents, Kathryn Mayorga essaie de reconstituer quel policier lui a dit quoi. C'est confus. Finalement, une seule chose est sûre : la police était là. Et quelqu'un a emmené sa robe et ses sous-vêtements dans un sac en plastique. Plus tard, dans la même journée, Kathryn a cédé à l'insistance de sa mère et lui a expliqué ce qui s'était passé. Larry Mayorga prend la parole. " Je me rappelle la scène. J'étais devant la maison, en uniforme de pompier, quand un policier s'est dirigé vers moi et m'a dit que notre fille devait dire qui était ce type. A tout prix. " Il regarde sa fille : " Mais tu étais hors de toi et tu as répété : non, non, non, tu ne comprends pas, papa. Tu n'as aucune idée. Aucune idée. " Un protocole consigne l'appel de Kathryn Mayorga à la Las Vegas Metropolitan Police. Date : le 3 juin 2009, 14h16. Le rapport, que le Spiegel détient, comporte un numéro qu'on retrouve sur le document signé par Kathryn Mayorga. A la rubrique " type " de ce rapport, il est indiqué 426. Le code pour un délit sexuel. Le policier qui à interrogé Kathryn note qu'elle est défaite, qu'elle pleure et refuse de communiquer le nom du coupable présumé. Il s'agit d'une " personne publique ", d'un " athlète ". Le policier remarque qu'elle ne s'est pas lavée. Ça aussi, c'est archivé. Ce samedi-là, peu après 14h30, la police est passée devant la maison des Mayorga. Elle a appelé la centrale à plusieurs reprises. On a noté que la victime présumée voulait se rendre à l'hôpital et s'y soumettre à un examen rape-kit, soit un examen pour recueillir les indices de violence sexuelle et photographier les blessures. Peu avant 16 heures, la police dépose Kathryn Mayorga à l'University Medical Center. A 17h15, le rapport établit qu'elle est très vague quant à l'endroit du délit supposé. Ce serait un hôtel " tout près " de Flamingo Road, où se trouve le Palms Place. " Les agents n'ont cessé de me demander son nom et l'endroit où ça s'était produit mais je n'ai pas osé répondre ", déclare Kathryn. Seule l'infirmière qui l'a examinée aurait fait preuve de compréhension. " Elle a dit que je devais me concentrer sur moi et que, comme tout était enregistré, je pouvais le dénoncer plus tard. " Le rapport de l'infirmière fait état d'un traitement de deux heures. Il signale qu'elle a été " apeurée, coopérative et gentille ". Elle a reconnu boire occasionnellement de l'alcool, mais elle a été contrôlée négativement à la drogue. L'infirmière coche des cases reprenant ce que Kathryn Mayorga a fait après l'acte : elle s'est brossé les dents, a uriné, a mangé, a bu. Quant à l'acte, elle note entre autres " rectum pénétré par un pénis " et " éjaculation dans les mains de l'agresseur. " Kathryn subit des tests de détection de MST et des prélèvements d'ADN, dans la bouche et le rectum. On photographie ses blessures anales : une déchirure, un gonflement, du sang. On lui prescrit du Zithromax et de la Rocéphine, deux antibiotiques, avant de la laisser repartir. Elle explique avoir passé les jours suivants dans sa chambre. " J'étais incapable de ressentir la moindre émotion, je me sentais malade, je ne voulais voir personne. Il m'a fallu trois mois pour être capable de pleurer. " Sa mère Cheryl intervient : " Je voulais être là pour elle, la prendre dans mes bras mais quand j'entrais dans sa chambre, elle criait : - Dehors ! " Ils lui ont trouvé une avocate. " La police a dit que puisque Kathryn ne voulait pas dénoncer l'auteur du viol, elle devait payer la facture de l'hôpital ", déclare la mère. Une relation leur a conseillé Mary Smith*. La juriste possédait alors un petit cabinet à Las Vegas. Les Mayorga la trouvent chaleureuse mais ils regrettent de ne pas avoir contacté d'avocat expérimenté. L'avocat a recommandé de faire une déposition détaillée à la police. Deux ou trois semaines plus tard, un policier a enregistré sa déclaration. Dans la foulée, elle a cité le nom de Ronaldo. " J'ai même imprimé des photos de lui pour le policier. Aux USA, le football n'est pas très important et tout le monde ne le connaît pas. " Le policier était un homme âgé. Quand elle a reconnu avoir embrassé Ronaldo dans la piscine, il a mal réagi : " Là, on va avoir des problèmes ! " Il a ajouté qu'avoir pris un avocat faisait mauvaise impression ", se souvient Kathryn. " Je lui ai dit que c'était sur l'instance de mes parents, que moi j'aurais préféré tout enterrer. " Elle a ensuite supplié le policier de ne rien faire de sa déclaration, étant encore instable sur le plan émotionnel. Il lui a promis d'attendre qu'elle soit prête. Kathryn Mayorga a ensuite été prisonnière de ce dilemme : d'une part, elle ne voulait pas jeter leurs noms sur la place publique mais de l'autre, elle voulait que justice soit faite. Son avocate a alors proposé de régler toute l'affaire en dehors de la justice. Aux États-Unis, les abus sexuels sont souvent réglés par des contrats. Victime et auteur se mettent d'accord sans qu'il y ait procès. Après l'assassinat, le viol est le délit le plus grave au Nevada. Il est passible d'une peine de prison à vie, à condition que la culpabilité soit établie avec certitude, ce qui est justement difficile dans les délits d'ordre sexuel. Souvent, c'est la parole de l'un contre celle de l'autre. Beaucoup de victimes préfèrent donc un règlement civil. Dans ce cas, il n'y a pas condamnation mais dédommagement financier. Il faut apporter moins de preuves : il suffit que le viol soit établi à raison de 50 %. Une procédure civile a aussi des inconvénients. La victime peut demander à utiliser un pseudonyme mais sans aucune garantie qu'on préserve son anonymat, la procédure étant publique. Beaucoup de victimes préfèrent dont régler l'affaire en dehors des tribunaux, dans le cadre d'une médiation effectuée par une personne neutre qui rédige ensuite un settlement, un accord. Cette procédure est avantageuse pour les deux parties. L'identité des protagonistes est protégée et l'ensemble prend moins de temps qu'un procès. Il n'est pas non plus nécessaire de consigner les détails sordides du viol. Ces arguments ont séduit Kathryn Mayorga. " Je voulais lui donner une leçon et je voulais que les thérapies dont j'allais avoir besoin soient couvertes. Mon but n'était pas de m'enrichir. Enfin, je voulais le voir en face et lui dire ce qu'il m'avait fait. " Les documents de Football Leaks rapportent qu'à la mi-juillet 2009, la juriste a pris contact avec un avocat de Ronaldo en Angleterre, affirmant représenter un plaignant à Las Vegas. Le juriste envoie le courriel à l'avocat portugais de Ronaldo, Carlos Osorio de Castro, qui conseille le footballeur depuis des années. " De quoi pourrait-il s'agir ? " Osorio de Castro répond : " Aucune idée. " Fin juillet, c'est clair : l'affaire est délicate. Plusieurs avocats ont été saisis de l'affaire, dont un en Californie. Il a déjà défendu de nombreuses personnalités. Les avocats de Ronaldo se concertent. Ronaldo, son beau-frère et son cousin reçoivent un tas de questions. Ronaldo est mentionné par la lettre X dans le manuscrit, Kathryn est Ms. C. Les questions sont identiques dans tous les formulaires mais les réponses divergent. Dans la version de décembre 2009, Ronaldo parle de sexe accepté et déclare qu'il n'existe aucun indice qu'elle l'ait mal vécu ou en ait souffert après. Mais il existe une autre version, préalable et claire. C'est le document qui pourrait avoir des conséquences lourdes pour Ronaldo. Il a été envoyé par e-mail en septembre 2009 par un avocat du bureau d'Osorio de Castro. Le destinataire : lui-même et un collègue. Quand on lui demande si Ms. C. a levé la voix et crié, X répond, sur papier : " Elle a dit non et stop à plusieurs reprises. " " Je l'ai pénétrée par derrière. Brutalement. Nous n'avons pas changé de position. Ça a duré de cinq à sept minutes. Elle a dit qu'elle ne voulait pas mais elle s'est laissé faire. " Plus loin : " Elle a toutefois continué à dire non. - Ne fais pas ça. Je ne suis pas comme les autres. Par la suite, je me suis excusé. " Elle n'a pas crié ni appelé quelqu'un à la rescousse. Question : Ms. C. a-t-elle ensuite dit que le rapport avait été très brutal ? X : " Elle ne s'est pas plainte que ça avait été brutal. elle s'est plainte que je l'ai forcée. Elle n'a pas parlé de police. " Ronaldo confirme la version de Kathryn Mayorga sur les points suivants : elle a dit non à plusieurs reprises. Et il s'est excusé ensuite. Ils ne sont pas d'accord sur certains aspects, comme le fait que Kathryn l'ait satisfait manuellement. Il dit que oui, elle affirme que non. Il évoque aussi des préliminaires dans la piscine. Il décrit aussi différemment la première rencontre, au Club. Les femmes auraient beaucoup bu dans l'espace VIP. Il n'y a pas eu échange de numéros de téléphone mais une invitation directe à l'hôtel. Les amis de Ronaldo se souviennent que Kathryn n'a pas eu l'air particulièrement troublée en sortant de la chambre. En décembre 2009, Osorio de Castro insiste auprès de ses collègues américains : " Le temps presse, nous devons décider de la suite. Et nous devons nous préparer à une bataille, d'une façon ou d'une autre. " Les avocats américains de Ronaldo ont engagé un détective pour suivre Kathryn Mayorga. Il a collecté des détails sur son style de vie, des PV de parking, il l'a espionnée pendant des heures. Une fois, il note : " Hier soir, elle a brièvement quitté la maison avant vingt heures. Elle s'est rendue à l'hôtel MGM, s'est parquée et a rencontré un jeune homme qu'elle a enlacé près de l'ascenseur. " Un autre jour, il l'observe dans un restaurant : " Elle a consommé du vin rouge. Elle en a bu plus de trois verres. " Kathryn a remarqué qu'elle était suivie, dans l'obscurité. " C'était parfois plus frappant. Alors que je dînais avec des amis, un homme était debout, tout près, avec un bloc-notes. Il a apparemment écrit tout ce que j'ai fait. " Son père Larry déclare : " Je l'ai emmenée à des cours de kick-boxing. Je voulais qu'elle apprenne à se défendre. Nous avions peur pour elle. " Selon les documents, les honoraires du détective s'élèvent à plusieurs dizaines de milliers de dollars mais le résultat de l'enquête ne satisfait pas les avocats de Ronaldo. L'un d'eux insiste dans un courriel pour qu'on engage un second détective privé afin de réfuter les déclarations de la victime présumée, qui affirme souffrir de séquelles psychologiques. " Il faut espérer la surprendre quand elle sort et qu'elle profite de la vie nocturne et des hommes de Las Vegas. " Les avocats de Ronaldo envisagent aussi de déposer plainte pour chantage. Problème : elle ne cite aucune somme. Et ne demande rien du tout. Le 12 janvier 2010, les parties se rencontrent à Las Vegas, en présence d'un médiateur expérimenté. Les avocats de Ronaldo arrivent en limousine. Une fois la médiation entamée, Kathryn Mayorga et son avocate sont dans une pièce, les avocats de Ronaldo dans une autre. Les parents et le frère de Kathryn s'installent dans le couloir. " J'étais à bout ", déclare Kathryn à propos de cette journée. " J'étais aussi furieuse qu'il ne se soit pas déplacé, m'empêchant de lui dire en face ce que je pensais de lui et comment je me sentais. " Le médiateur est passé d'une pièce à l'autre, pour transmettre les arguments de chaque partie puis négocier un montant. Osorio de Castro est venu expressément du Portugal. Il échange des sms avec Ronaldo pendant la négociation. " Le médiateur dit maintenant qu'elle a fondu en larmes et qu'elle est bouleversée car elle croit que cette affaire te laisse froid. Nous n'avons pas encore parlé argent mais ça va venir. " Ronaldo répond : " OK. " 47 minutes plus tard, Ronaldo reçoit un nouveau message de Las Vegas. Cette fois, il n'y a qu'un montant : " 950.000 dollars. " C'est apparemment ce que demande la partie adverse. Ronaldo écrit : " Qu'est-ce que c'est ? " Osorio de Castro : " Sa première exigence. Ça représente 660.000 euros. Nous n'acceptons pas. Les négociations se poursuivent. " Ronaldo s'enquiert : " Est-ce trop ? " Osorio de Castro : " Je pense que oui. Je crois que nous allons nous mettre d'accord sur un montant inférieur. " Ronaldo exige : " Ça doit diminuer ! " Son avocat : " OK. " La famille de Kathryn est devant la porte. Plus tard, elle délcare avoir entendu Kathryn pleurer et crier. " Ils ont tenté de me présenter comme une sorte de prostituée. Je ne sais pas si, le soir, ses avocats ont osé se regarder dans la glace ", confie la victime. " Je suis presque devenu fou ", raconte son père. " J'aurais voulu entrer de force et dire : terminé. Mais Kathryn voulait cette négociation. Elle ne voulait pas paraître en public. Je devais respecter sa volonté. " Son frère Jason préfère ne pas se souvenir de cette journée. " Une horreur. La salle de Ronaldo était remplie d'avocats qui riaient et blaguaient. A côté, ma soeur était dans le 36e dessous. " Jason ajoute qu'il a eu un mauvais pressentiment, comme ses parents. " L'avocate de Kathryn ne faisait pas le poids. Et le médiateur... " Il pèse ses mots. " Quand il revenait dans la pièce des avocats de Ronaldo, il criait : - Hey les gars, me revoilà ! Insupportable. " Kathryn raconte avoir été KO. " J'étais hystérique, incapable de parler. " Son avocate lui a conseillé d'interrompre la médiation. " Je n'étais pas en état de signer le document mais je savais que je ne supporterais pas ça deux fois. Je voulais que tout se termine. " En fin de journée, Osorio de Castro écrit à son mandataire : " Nous avons trouvé un accord pour 260.000 euros, après douze heures. Il faut y ajouter les frais de médiation dont je t'ai déjà parlé et les émoluments des avocats qui essaient maintenant de mettre en forme le contrat. Je sais que c'est beaucoup mais je pense que c'était la meilleure solution. Elle n'a pas été facile à trouver, en plus. " La somme que doit payer Ronaldo à Kathryn Mayorga est fixée dans un settlementmemorialization : 375.000 dollars. Le salaire de Ronaldo en une semaine au Real, à l'époque. Les avocats peaufinent l'accord jusqu'en été. Il est question du comportement de Kathryn. Les avocats de Ronaldo insistent pour qu'elle ne prononce même pas son nom auprès de ses thérapeutes. Qu'elle ne l'insulte jamais. Et qu'elle ne parle pas de lui en famille. Dans un courriel, un des avocats écrit que donner libre cours à sa colère et le harceler pourrait déclencher un climat difficilement contrôlable. Les avocats veillent à exclure toute fuite. Il faut donc étudier comment Kathryn Mayorga va déclarer cette somme au fisc. Si elle ne le fait pas, les avocats craignent que l'état s'intéresse de plus près à ses comptes et qu'elle doive fournir des explications sur l'origine de l'argent. D'après les recherches du Spiegel, les avocats ont choisi pour le versement le compte d'une firme appelée Tollin, située dans les Îles Vierges, un paradis fiscal. La société gère depuis des années les rentrées publicitaires de Ronaldo. Il semble donc qu'il ait payé l'affaire avec l'argent issu de ses sponsors. La question du Spiegel est restée sans réponse. L'accord final comprend onze clauses. La première stipule que Kathryn ne peut jamais parler de ce qui s'est passé. Elle s'engage à laisser tomber toutes ses accusations et à " détruire irrévocablement tous les indices écrits et électroniques. " Parmi lesquels une lettre. Ronaldo n'étant pas venu à la médiation, Kathryn a tenu à pouvoir lui écrire une lettre qui devait lui être lue endéans les deux semaines. C'est stipulé dans le contrat. La missive de six pages est parvenue au Spiegel. Elle n'est qu'un long cri : " J'ai toujours dit non, non, non. Je t'ai supplié d'arrêter. Tu m'as sauté dessus par derrière, ta croix blanche au cou. Qu'en penserait Dieu ! Qu'en penserait Dieu ! J'espère que tu vas tirer des leçons de cette terrible erreur ! Ne prends plus jamais la vie d'une femme comme tu t'es saisi de la mienne. Ton argent ne m'intéresse pas. Je voulais que justice soit faite mais il n'y a pas de justice dans cette affaire. " Outre Kathryn Mayorga, l'accord est signé par plusieurs juristes. Osorio de Castro signe à la place de Ronaldo. Celui-ci n'apparaît dans le document que sous le nom de " Topher ". Une convention séparée stipule que le footballeur préserve son anonymat en utilisant ce pseudonyme. Ce document, un Confidential Side Letter Agreement, est signé par Ronaldo lui-même. À ses yeux, l'affaire Las Vegas est close. Pour elle, c'est le début d'un long chemin de croix. Sa mère raconte : " Les premières années ont été dures. Elle s'est renfermée sur elle-même, elle a perdu toute assurance. Par moments, elle a pensé au suicide. " Son père : " Elle n'est plus la même. Je pensais qu'elle surmonterait ça un jour mais je me suis trompé. " Son frère : " Nous étions très liés. Nous allions au cinéma, au restaurant. Depuis, elle n'est plus que chagrin et colère. Elle est souvent agressive. " Peu après sa déposition à la police, elle a entamé une thérapie. " Même là, je n'avais pas le droit de prononcer son nom. Je n'ai parlé que d'un sportif. Je devais constamment surveiller mes propos. À cause du contrat. " Elle n'a participé qu'à quelques séances de thérapie de groupe destinées aux victimes de viol. Ses yeux se remplissent de larmes. " Je me suis contentée d'écouter mais les autres ont fini par se fâcher que je ne raconte pas mon histoire... " Elle explique avoir été comme possédée pendant cinq ans. " Le karma, tout tourne autour du karma. " Elle a consulté internet jour après jour pour voir s'il était arrivé quelque chose à Ronaldo, une sorte de punition divine. Elle a dû abandonner son travail. La seule vision de l'hôtel aux lettres brillantes lui était insupportable. Elle pensait souvent au suicide. Elle ne se sentait bien qu'en voyage, loin de tout. " Jusqu'au jour où, en Italie, j'ai vu des gamins revêtus de maillots de Ronaldo. " Elle s'efforce de sourire. La première année, elle le reconnaît, elle a consommé beaucoup d'alcool. " Tous les jours, pour être franche. C'était le seul moyen de me détendre. " Elle a essayé de faire comme si rien n'était avec ses amis et sur Facebook. Elle n'a commencé à aller mieux qu'après cinq ans. Sans être encore capable d'avoir une relation " mais ma vie était plus ou moins normale. " C'est lié à son nouvel emploi. " J'ai travaillé dans une école primaire et j'ai notamment fait du sport avec les enfants. Leurs rires, toute la journée, m'ont fait du bien. Mais jamais je n'ai cessé de lui en vouloir et de me faire des reproches. À lui pour ce qu'il m'avait fait et à moi pour avoir signé ce document. " Puis, au printemps 2017, le Spiegel sort un article. " Tout ce que personne ne pouvait savoir s'y trouvait. J'ai lu les commentaires des gens... " Elle serre les lèvres. " Ce qu'on raconte sur moi ne me laisse pas froide. " Parmi les remarques, on retrouve notamment : " CR7 n'avait pas besoin de violer une femme. " " C'est ce que j'aurais pensé aussi ", fait remarquer Kathryn. Avant la parution de l'article, le magazine a donné à Ronaldo l'occasion de s'exprimer. Il lui a envoyé une liste de questions par mail le 10 avril 2017. Son avocat munichois JohannesKreile a répondu à sa place : " Nous rejetons les accusations sous-jacentes à vos questions. Elles n'ont aucun sens. " Son client allait déposer plainte " contre toute affirmation inexacte et pour diffamation. " Le juriste somme le Spiegel d'abandonner son projet d'article. La parution du reportage provoque une vague de réactions dans le monde entier. On cite aussi souvent Gestifute, qui affirme qu'il s'agit là " d'une fiction journalistique ". Quatre jours plus tard, en Ligue des Champions, Ronaldo inscrit trois buts contre le Bayern puis trois autres contre l'Atletico Madrid. L'affaire est enterrée. Lors de la parution d'un deuxième article du Spiegel, Ronaldo poste sur Instagram une vidéo de son fils aîné, CristianoJunior. Le gamin de six ans botte un coup franc exactement comme son père. La vidéo est visionnée douze millions de fois. Rien que sur Facebook, Ronaldo a 121 millions de suiveurs. Craignant que Ronaldo ne l'accuse d'être la source du Spiegel, Kathryn cherche un nouvel avocat. Leslie Mark Stovall (65 ans), cheveux blancs ramassés en queue de cheval, est d'un autre calibre que sa première avocate. Il travaille à Las Vegas depuis plus de trente ans, certains l'ont vu en jeans et bottes de cow-boy au tribunal. Stovall est expérimenté. En 2001, il s'est défendu lui-même. Il l'avoue d'emblée au Spiegel : il a rentré une fausse déclaration fiscale en 2001. On lui a retiré son permis de travail pour deux ans. Il ne veut laisser aucune faille à la partie adverse. Il a étudié le cas Mayorga pendant des mois pour préparer sa plainte au civil. " Je veux annuler l'accord car au moment des négociations, Kathryn Mayorga n'était pas capable d'agir correctement ", argumente l'avocat. " Donc, le contrat n'est pas valable, pas plus que la clause de confidentialité. " Stovall prétend que les avocats de Ronaldo étaient conscients de l'état mental de sa cliente et même qu'ils en ont tiré parti. L'état de la victime est rapporté dans les e-mails des avocats de Ronaldo. En avril dernier, Stovall a fait examiner sa cliente par un psychiatre légiste. Le professeur a diagnostiqué un trouble post-traumatique et une dépression, " conséquences directes et exclusives de l'attaque de M. Ronaldo. " Il constate en sus que la médiation n'a pas tenu compte de ses difficultés d'apprentissage, qu'elle n'a donc pas pu mesurer la portée réelle de l'accord et qu'elle n'avait pas la compétence requise pour signer ce document. Stovall estime l'accord nul et non avenu pour un autre motif encore : il a poursuivi " l'objectif illégal d'empêcher une enquête policière. " Stovall va encore plus loin : " Ceux qui ont commis un acte délictueux ont le droit de se défendre, sans conteste. Mais il y a une ligne rouge : vouloir dissimuler un méfait constitue un méfait. Je suis donc d'avis qu'il faudrait aussi attaquer les avocats de Ronaldo. " Il fait allusion à Harvey Weinstein et à l'acteur Bill Cosby. Selon moi, s'il y a des récidivistes, c'est parce qu'il y a des juristes qui leur permettent de ne pas subir les conséquences de leurs actes. " Une plainte contre les avocats de Ronaldo aurait un effet durable, estime Stovall. " Je ne crois pas qu'à l'avenir, un avocat s'exposerait alors au risque de conclure de tels accords, sachant qu'il peut être traîné devant le tribunal. " On peut aussi supposer que le clan Ronaldo a lui-même contrevenu à une des clauses : il était spécifié qu'Osorio de Castro remettrait à son client une lettre de Kathryn Mayorga endéans les deux semaines. Or, les avocats américains l'ont rappelé fin septembre 2010 à leur collègue portugais. " D'après mes calculs ", écrit une juriste à son collègue, " le délai de deux semaines expire demain. Peux-tu me confirmer demain. Peux-tu me confirmer que la lettre lui a été lue ? " Une heure plus tard, Osorio de Castro répond : " Je confirme avoir lu la lettre à 'Topher'. " Soit à Ronaldo. Osorio de Castro a envoyé le mail en copie à un collègue portugais. Celui-ci répond d'un seul mot : " Pinocchio. " L'agence Gestifute a réfuté les accusations émises à l'encontre de Ronaldo tout en déclarant que ce " fameux " écrit de " la prétendue victime " n'a " jamais été transmis " à Ronaldo. Kathryn Mayorga ne poursuit qu'un objectif, affirme-t-elle. Se défendre de son mieux contre les assauts qui vont survenir. Elle a abandonné son poste à l'école. Elle s'est évanouie dans la nature pour un temps indéterminé, dans un lieu tenu secret. Elle veut être inaccessible. Cristiano Ronaldo était également injoignable. Pendant un an et demi, le Spiegel lui a donné l'occasion de s'exprimer sur ce qui s'est passé en 2009. Pas seulement durant les conférences de presse. Le magazine lui a demandé à maintes reprises un entretien privé. Il a constamment refusé, y compris très récemment. Un de ses avocats a également spécifié que tout compte rendu de cette affaire était contraire à la loi. Pourtant, on dirait bien qu'il va devoir parler de ce qui s'est passé cette fameuse nuit à Las Vegas. La police a pris contact avec Kathryn Mayorga à plusieurs reprises ces dernières semaines, l'a réinterrogée et a rouvert l'enquête. La loi du Nevada stipule qu'une violence sexuelle dénoncée à temps à la police n'est jamais classée.