Justine Henin analysée par Jean-Claude Massias, Directeur de la formation et de l'enseignement de la Fédération française de tennis.
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Justine Henin analysée par Jean-Claude Massias, Directeur de la formation et de l'enseignement de la Fédération française de tennis. Quelles sont ses qualités ?C'est l'une des rares à jouer à la manière des hommes. Elle peut mettre de l'effet dans la balle, en coup droit comme en revers ou au service. Tout cela grâce à des qualités physiques et une technique qui lui permettent d'utiliser autant le lift que le slice. Amélie Mauresmo, et Serena Williams en sont aussi capables. Ce sont des athlètes. En dépit d'un petit gabarit, Justine possède endurance, puissance, vélocité et vitesse. Elle est capable de jouer des balles au-dessus de l'épaule à une main, ce qui n'est pas donné à toutes les filles du circuit ! Sa qualité musculaire est vraiment exceptionnelle. Les meilleures jouent plus à plat tandis que Justine est capable de jouer à plat, de mettre de l'effet dans la balle, de donner des trajectoires bombées pour repousser l'adversaire, ou de jouer un échange de défense derrière la ligne en donnant de la hauteur à la balle. A 24 ans, son jeu peut-il encore évoluer ?C'est tout l'intérêt de cette saison : elle fait un gros effort avec Carlos Rodriguez pour devenir plus offensive en montant plus souvent au filet. Elle va ajouter encore une corde à son arc, tout en conservant ses atouts habituels. J'espère qu'elle va le faire à Roland-Garros où le filet n'est pas le secteur principal. C'était de toute façon déjà une joueuse à tendances offensives, même si elle a toujours su aussi adopter une situation d'attente quand le déroulement du match l'exige pour provoquer la faute de l'adversaire. Une stratégie fréquente sur terre battue. Que peuvent faire les autres joueuses pour trouver la parade ?Elle a toujours travaillé plus que les autres sur le plan physique, tout comme Mauresmo. Je pense que Serena Williams, par exemple, ne s'entraîne pas assez sur terre battue. Qui remporte Roland-Garros ? Les Espagnols, les Argentins... Ils naissent la raquette en main sur cette surface. Il faut consacrer beaucoup de temps à la terre battue pour espérer y gagner, ce que n'a jamais voulu faire Pete Sampras qui a enregistré ses plus mauvais résultats ici. Le lift de Justine Henin est-il si exceptionnel ?Elle est clairement en avance. Dans le tennis féminin, il y a moins de différence entre les spécialistes de terre battue et les spécialistes de surface rapide, que chez les hommes. C'est pour cela que les s£urs Williams conservent toutes leurs chances ici. Finalement aucune joueuse n'a vraiment adopté un système spécifique à la terre battue, où le lift peut être très performant. Justine joue un revers à une main, ce qui n'est pas fréquent chez les filles. Les deux meilleures joueuses de la saison dernière, elle et Mauresmo, jouent un revers à une seule main ; cela devrait faire réfléchir les autres... Et la tête ?Justine est l'une des joueuses qui joue le mieux avec le score. Il faut savoir gérer sa prise de risque et elle possède cette patience. Cela lui permet de gagner quelques points de plus que l'adversaire, cela se révèle souvent décisif dans un match. Qu'est ce qui peut l'empêcher de remporter Roland-Garros de nouveau ?Elle a tout pour gagner et gagner avec un jeu différent est un nouveau challenge. Pour gagner Roland-Garros, il faut être obsédé par l'idée de la victoire. Dès qu'on se relâche un peu, on est en danger et souvent on ne va pas au bout. C'est tout l'art du coach de maintenir la concentration de sa championne sur un objectif précis. Justine possède très bien cette détermination, mais c'est une nouvelle aventure à chaque fois. Ne pas avoir disputé l'Open d'Australie peut lui offrir plus de fraîcheur physique ?C'est un équilibre à trouver. Il faut avoir des victoires en tête, donc avoir joué récemment mais il ne faut pas avoir disputé trop de rencontres avant un tournoi du Grand Chelem pour arriver avec une bonne fraîcheur physique et mentale. Il n'y a pas de règle scientifique sur ce sujet, c'est à chaque coach de bien connaître sa joueuse. Qui peut-elle redouter sur sa route ?Les Russes bien sûr, ce sont des joueuses qui sont toujours dangereuses, même si elles n'ont pas le jeu le plus adapté à la terre battue. Maria Sharapova ne joue pas très lifté, mais attention à Svetlana Kuznestova. Il y a aussi Serena Williams, c'est toujours une sacrée cliente. J'espère qu'Amélie fera un beau tournoi. Il y aura peut-être aussi des surprises, pourquoi pas Tatiana Golovin ? Vous souvenez-vous de la première fois que vous avez vu jouer Justine Henin ?Oui, c'était sur les courts devant le Centre d'Entraînement National. Elle devait avoir 11 ans environ, elle était venue passer quelques jours à Paris pour s'entraîner à Roland-Garros. Elle démontrait déjà beaucoup de talent et de rigueur. J'avais été impressionné et pas surpris de la voir parmi les meilleures joueuses mondiales quelques années plus tard. Je l'avais aussi suivie lors des Jeux Olympiques d'Athènes en 2004. Elle avait joué un tennis remarquable face à Amélie Mauresmo en finale. Le tournoi olympique ne se déroulait pas sur terre battue, ce qui prouve qu'elle sait très bien s'adapter à toutes les surfaces.