Le pékinois montre les dents chez Ivan et Tatiana Dudic. Il s'énerve pour prouver que la maison est bien gardée. Sait-il seulement que son maître avait hérité du surnom de pitbull à l'Etoile Rouge de Belgrade ?
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Le pékinois montre les dents chez Ivan et Tatiana Dudic. Il s'énerve pour prouver que la maison est bien gardée. Sait-il seulement que son maître avait hérité du surnom de pitbull à l'Etoile Rouge de Belgrade ? Si c'était le cas, le chien-chien serait certainement moins nerveux. En recrutant Ivan Dudic (28 ans), l'AEC Mons a mis la main sur une grosse pièce. Il y a cinq ans, cet arrière droit de formation était considéré comme une des valeurs les plus évidentes, et d'avenir, du football serbo-monténégrin. Doté d'un excellent centre, toujours en mouvement, balayant sans relâche son flanc, il faisait partie d'un trio de grands espoirs de son pays avec Dejan Stankovic et Mateja Kezman. Le premier fut transféré à la Lazio Rome. L'autre trouva de l'embauche au PSV Eindhoven. " Après l'EURO 2000, j'ai hérité d'un plus grand club qu'eux : Benfica ", affirme Ivan Dudic. " Ce géant du football européen déboursa 3,5 millions d'euros. A l'époque, c'était énorme. Cinq ans plus tard, je me relance à Mons tandis que mes amis Stankovic et Kezman évoluent respectivement à l'Inter et à Chelsea. C'est bizarre la vie de footballeur : à la limite, ils auraient pu être à ma place et moi à la leur. Il suffit d'un peu de malchance pour que tout soit remis en question. Je suis ici pour rendre service à Mons et retrouver le plaisir de jouer ". Enfant de Zemun, dans la banlieue de la capitale serbo-monténégrine, Ivan avait neuf ans quand il signa sa carte d'affiliation à l'Etoile Rouge de Belgrade : " Il n'était pas question que je me lie à un autre club. Même si le Partizan de Belgrade a pris le dessus pour le moment et possède un centre d'entraînement qui peut rivaliser avec ce qui se fait de mieux en Europe, l'Etoile Rouge reste le club le plus prestigieux chez nous. J'ai eu des tas de bons entraîneurs de jeunes dont Vladimir Petrovic qui joua en Belgique, à l'Antwerp et au Standard. Avec lui, l'accent était mis sur la technique ". International dans toutes les catégories d'âge, Ivan Dudic n'avait même pas 18 ans quand il frappa à la porte de l'équipe fanion. En 1996, il fut prêté à un petit club de D2, Jedinstvo Paracin, à 150 kilomètres de Belgrade, afin de se faire quelques poils au menton. " Ce furent deux saisons intéressantes ", se souvient-il. " L'ambiance était extraordinaire dans ce petit club. Par rapport à l'académie des beaux-arts qu'est l'Etoile Rouge, je découvrais un football plus engagé. Il fallait aller au charbon. J'aimais bien. Lors de ma deuxième saison à Jedinstvo Paracin, nous avons failli nous qualifier pour les demi-finales de la Coupe de Serbie et Monténégro. La qualification nous échappa de justesse devant Vojvodina Novi Sad. J'ai été contacté par Vojvodina mais l'Etoile Rouge me fit revenir à Belgrade en fin de saison. L'effectif avait été dégraissé et c'était à moi de saisir ma chance ". Durant deux ans, Ivan Dudic fit grosse impression au back droit. Il participa à une tournée de l'équipe nationale en Asie avant de prendre part, en tant que titulaire, à l'EURO 2000. " A l'époque, Benfica m'avait déjà à l'£il ", raconte-t-il. " Au départ, les Portugais s'intéressèrent d'abord à un de mes équipiers, MihajloPjanovic. Il faut croire que mon style ne leur déplut pas. Ils sont revenus plusieurs fois et même Michel Preud'homme, m'a- t-on dit, se déplaça à Belgrade alors qu'il encore dirigeant à Benfica. J'étais sous le charme. Personne ne peut refuser un transfert à Benfica. J'ignorais toutefois que ce club traversait une zone de turbulences ". Quand la direction n'est pas stable, des tas de problèmes font surface. A Lisbonne, où les quotidiens et les hebdomadaires sportifs s'arrachent, où tout, du moindre détail au drame le plus délicat, est étalé à la Une et où les polémiques alimentent les divergences de vue, le groupe a volé en mille morceaux. Non content de transférer des brassées de joueurs, Benfica se paya deux présidents et trois entraîneurs. " Juup Heynckes tenta, à sa façon, d'organiser l'équipe ", résume Ivan Dudic. " Il le fit à l'allemande : discipline, rigueur tactique, engagement, etc. Après un mois, il déposa son tablier. C'est alors que débarqua un phénomène à Benfica : José Mourinho. J'ai tout de suite constaté que cet entraîneur allait devenir la référence mondiale, le numéro 1 des entraîneurs. Il a réveillé tout le monde, placé chaque joueur à sa place et développé un système tactique nous convenant à merveille. Mourinho voyait tout, préparait tout. Physiquement, nous étions parfaits. Les joueurs l'adoraient. Il fallait bosser mais les résultats se voyaient sur le terrain. Il prônait un jeu moderne. Mourinho n'est pas un coach défensif mais il exige que le travail défensif soit aussi important et bien fait que l'offensif. Benfica n'attendait pas son adversaire devant son rectangle. Mais, dans notre moitié de terrain, nous exercions une grosse pression sur le porteur du ballon. Il fallait couper les angles, provoquer l'erreur. Et, après avoir récupéré la balle, il était impératif de la remonter dans le rectangle adverse en trois passes. Benfica jouait vite et juste. Mourinho nous poussait vers la performance. Il donne l'impression d'être hautain et dédaigneux mais ce n'est pas du tout le cas. Il donne une autre dimension à tous ses joueurs. C'est fabuleux. A un gros mois de la fin de la saison, Benfica était en tête de la D1 avec Boavista. Benfica avait pris la mesure du Sporting de Lisbonne (3-0) et le titre était à portée de nos mains. Benfica attendait cet honneur depuis pas mal d'années. Mourinho, qui ne perd jamais de temps, entama des discussions avec la direction afin de préparer la saison suivante. Le coach avait sa vision, savait quels joueurs il voulait faire venir pour continuer son £uvre. La direction le prit de haut et refusa qu'un entraîneur dicte ses choix. Mourinho ne fit ni une ni deux. II nous salua, nous souhaita bonne chance et quitta le club. Il a été remplacé par Toni, un grand nom là-bas, qui a tout détruit en quelques semaines. Benfica passa à côté du titre. Plus grave : ce club rata un rendez-vous avec l'histoire. Si Benfica avait gardé Mourinho, c'est ce club, et pas Porto, qui aurait trusté les titres, gagné la Coupe de l'UEFA et remporté la Ligue des Champions. Les joueurs avaient compris que Mourinho était un géant, pas la direction. Avec lui, j'aurais eu un autre palmarès. Sa réussite à Chelsea ne m'étonne pas. Ses idées font la différence ". A la fin de la saison 2000-2001, Ivan Dudic est un homme déçu. Sa traversée du désert commence. Benfica recommence à acheter à tort et à travers. Il joue peu. Fin 2001-2002, West Ham, Everton, Leeds, Tottenham, Valence et Stuttgart s'intéressent à lui. Benfica est trop gourmand. On le voit aussi durant sept jours à Genk, du temps où Jos Daerden y est entraîneur adjoint, mais l'affaire n'aboutit pas. Le Portugal, terre de ses rêves, devient le cimetière de ses ambitions. Huit fois international A pour le compte de la Serbie et Monténégro, il disparaît de ce concert en raison de son absence de jeu avec son club. Après quatre ans, il rompt son contrat en décembre dernier. " A regret car le Portugal est un pays magnifique ", dit-il. " J'étais victime de la politique catastrophique du club. Pour se justifier, les dirigeants achètent des joueurs à la pelle. Et le dernier doit jouer avant de disparaître à son tour en Réserve. Là, j'ai croisé des joueurs comme Maniche ou Pierre Van Hooijdonck ". L'agent de joueurs Geert Lermite le présente à Mons fin janvier. Daerden se souvient de lui et l'accueille avec joie : " Je m'entraînais bien à Benfica mais la Réserve n'est pas la Première. Il fallait que je retrouve mes sensations et que je m'adapte à un autre pays. J'ai signé un contrat de six mois. Je sais ce qu'on attend de moi à Mons : jouer et aider à se sauver. Même si ce sera dur, il faut y croire et forcer la chance ". En attendant, Ivan et Tatiana ont déposé leurs valises et leur bonheur à Ghlin. Pierre Bilic" Mes copains Stankovic et Kezman jouent à l'Inter et à Chelsea. C'EST LE FOOT ..."