José Izquierdo (24 ans) se lève de sa chaise et effectue quelques déhanchements sensuels. Ce faisant, il montre ses hanches et s'exclame : " Les footballeurs belges sont incapables de faire cela. No tienen cinturón. " Felipe Gedoz, Claudemir et Wesley applaudissent.
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José Izquierdo (24 ans) se lève de sa chaise et effectue quelques déhanchements sensuels. Ce faisant, il montre ses hanches et s'exclame : " Les footballeurs belges sont incapables de faire cela. No tienen cinturón. " Felipe Gedoz, Claudemir et Wesley applaudissent. A l'occasion des 125 ans du Club de Bruges, nous avions interviewé les quatre Latinos des BlauwenZwart. Le Colombien s'était montré le plus expressif. Mais, s'il est le plus drôle des quatre, il est aussi capable de prononcer des phrases pleines de bon sens. José Izquierdo a grandi à Pereira, une ville d'un demi-million d'habitants en Colombie. Là-bas, la musique, et plus précisément la salsa, rythme la vie de tous les jours. Dans toutes les rues, on trouve au moins une maison qui la diffuse à travers les fenêtres ouvertes. Car, tous les jours, le thermomètre affiche entre 25 et 30 degrés. La ville respire la joie de vivre, bien qu'elle compte de nombreux sans-abris. " On prétend que c'est à Pereira qu'on trouve les habitants les plus joyeux du pays ", affirme la jeune journaliste sportive María Camila Delgado, qui vient de terminer ses études. " Lorsqu'on a besoin d'aide, on est là. Si l'on cherche un toit pour la nuit ou un repas à partager, il suffit de frapper à la porte. Danser, c'est notre manière d'unir les gens. Lorsque nous fêtons Noël, nous dansons pendant deux jours. Et il y a toujours de la musique en toile de fond. " Delgado a fréquenté la même école qu'Izquierdo et l'a interviewé à plusieurs reprises pour La Tarde, un journal aujourd'hui disparu. " José danse et chante en permanence, comme tous les habitants de Pereira. Il est toujours de bonne humeur, reste souriant en toutes circonstances et voit toujours le côté positif des choses. Mais, s'il a quelque chose à dire, il ne s'en privera pas et s'exprimera sans détours. Et si vous avez un problème, il insistera pour qu'on lui en fasse part, en utilisant son expression favorite 'decime, decime' (dis-moi, dis-moi, ndlr). " Izquierdo a fréquenté, dès l'âge de cinq ans, l'école Calasanz à Pereira. Comme discipline sportive, il a dû choisir entre le football, le tennis, la natation, le basket ou le volley. Sa maman a opté pour le tennis, car elle trouvait que son fils était trop frêle pour la pratique du football. Mais, rapidement, son professeur de tennis est devenu fou : le petit José ne renvoyait pas les balles avec sa raquette, mais avec son pied. C'est ainsi qu'il a atterri chez Wilson Sepúlveda, le professeur de football de l'école Calasanz. Bien qu'il maîtrisait parfaitement le ballon, José a voulu prendre place dans les buts. Il a demandé à sa maman de lui acheter une paire de gants de gardien, et plongeait sans discontinuer entre les poteaux. Il s'amusait beaucoup plus que sur le court de tennis. Un jour, cependant, alors qu'il jouait au football dans un parc avec son frère aîné Diego Julián, il s'est retourné les doigts de la main droite en voulant arrêter un tir puissant. Sa passion pour les parades de gardien de but s'est arrêtée là. Lorsqu'il est retourné à l'école, il a demandé à son professeur, Sepúlveda, s'il pouvait être joueur de champ. Il n'a pas fallu longtemps à Sepúlveda pour être séduit par le talent de son élève. Il a contacté son père et l'a assuré que José avait tout pour devenir un très bon footballeur, lorsqu'il serait grand. Voilà au moins un débouché possible, car l'école n'était pas vraiment la tasse de thé du petit José. Ses parents - son père était recteur et sa mère institutrice de maternelle - ont toutefois veillé à ce que leur fils ne néglige pas ses études. Ce n'était pas évident. Car José était un enfant hyperactif qui ne tenait pas en place et qui ne manquait jamais une occasion de plaisanter. Sepúlveda s'en est également aperçu en juin 2015, lorsque Izquierdo - qui avait bien grandi - est retourné rendre visite à son ancienne école. Il a serré la main de tous les élèves et a pris son temps pour signer des autographes. Le joueur de Bruges s'est aussi entraîné avec les footballeurs en herbe de l'établissement, mais la pelouse était en mauvais état. Quand Izquierdo s'en est aperçu, il a interpellé son ancien professeur en riant : " Mais, Wilson, c'est un bac à sable ici ! " Tous les enfants ont éclaté de rire et le professeur en a finalement souri également. María Camila Delgado était présente, ce jour-là : " José n'est jamais avare de plaisanteries, mais il est aussi très reconnaissant et très humble. Il n'oubliera jamais les gens qui l'ont aidé. Il a une personnalité fantastique. Ou, comme on le dit parfois, ici à Pereira : tout le monde aimerait avoir un Izquierdo dans sa vie. " Et l'amour est réciproque, car Joske - comme on le surnomme à Bruges - n'a jamais oublié d'où il vient. Lorsque le Club a remporté le titre, en fin de saison dernière, Izquierdo a brandi le maillot du Deportivo Pereira, le club de sa ville natale où il a évolué pendant trois ans, lors des festivités qui ont suivi. " Avec ce titre, j'honore non seulement la Colombie, mais aussi Pereira, dont on dit souvent que ce n'est pas une région de footballeurs. La meilleure manière d'aider Pereira, c'est en remportant des trophées comme celui-ci. Car alors, les gens s'intéresseront aux footballeurs qui proviennent de cette région ", a déclaré Izquierdo au journal colombien El Espectador. De 5 à 16 ans, José Izquierdo a joué pour l'équipe de son école Calasanz, avec laquelle il a remporté de nombreux tournois. A 13 ans, un club brésilien s'est intéressé à lui. " Ce club a proposé de l'argent pour mon transfert et pour mon éducation, mais mes parents ont refusé. Ma mère a répondu : il n'en est pas question, aussi longtemps que tu n'auras pas obtenu ton bachillerato (après dix ans d'études : cinq années en primaire et cinq années en secondaire, ndlr). " Quelques années plus tard, l'adolescent était en classe lorsqu'on a frappé à la porte. De l'autre côté, se trouvait un certain William Londoño, un amateur de football qui travaillera plus tard pour GoProSports, le bureau de management auquel Izquierdo appartient toujours aujourd'hui. " Il m'a dit : prends tes affaires, nous partons pour un entraînement de l'équipe nationale. " Lorsqu'Eduardo Lara, un entraîneur qui a longtemps travaillé pour les sélections nationales de jeunes en Colombie, l'a vu à l'oeuvre, il s'est exclamé : " Continue comme cela, et j'espère que tu trouveras rapidement un club professionnel où tu pourras jouer. " C'est ainsi qu'à 16 ans - relativement tard, donc - José Izquierdo s'est affilié à son premier club professionnel : le Deportivo Pereira. Jusqu'alors, il n'avait joué que pour le plaisir. Un plaisir qui n'a jamais disparu, chez lui. " Quand on le voit jouer, on se rend compte qu'il s'amuse ", estime María Camila Delgado. A partir du moment où il a signé pour le Deportivo Pereira, il a été mis en lumière par Humo Auri Rojo, qui gère une page Facebook pour les supporters du Deportivo Pereira. " Il ne fallait pas être un fin connaisseur pour s'apercevoir qu'il avait du talent, qu'il éliminait facilement ses adversaires et qu'il avait une bonne frappe. Son adaptation n'a pas été aisée, car le club traversait une période compliquée et les joueurs étaient sous pression, mais au fil du temps, il s'est intégré de mieux en mieux et est devenu l'un des meilleurs joueurs. " C'est durant cette période où il jouait peu, qu'il a perdu son frère aîné. Diego Julián s'est endormi au volant de sa voiture et s'est tué. Il avait 29 ans. José a envisagé d'arrêter sa carrière footballistique et de reprendre ses études, mais Octavio Zambrano, son entraîneur de l'époque, a eu une longue discussion avec lui et l'a convaincu qu'il avait les qualités suffisantes pour réussir dans le football. Izquierdo a donc continué, mais n'a jamais oublié son frère. " Je pense toujours à lui. Je suis très croyant et je pense que, si je suis arrivé là où je suis, c'est grâce à Dieu, qui m'aide à réaliser le rêve de mon frère. Diego Julián voulait devenir footballeur, mais il n'y est pas parvenu. Il a reporté ses espoirs sur moi et m'a soutenu autant qu'il l'a pu. Il m'a traité comme il l'aurait fait avec son fils. Je pense qu'il me voit, depuis là-haut, et je m'efforce de donner le meilleur de moi-même afin d'esquisser un sourire sur son visage. " En trois saisons au Deportivo Pereira (2010-2013), Izquierdo a joué 88 matches et inscrit 17 buts. Un jour, il a reçu une proposition d'Once Caldas, l'un des deux clubs colombiens qui ont remporté la Copa Libertadores, l'équivalent sud-américain de la Champions League. Une chance unique, donc. Seul problème : Once Caldas est un rival du Deportivo Pereira devant l'éternel. Izquierdo : " J'avais une envie folle de tenter ma chance plus haut. Je connaissais la rivalité entre les deux clubs et je savais que je deviendrais l'ennemi public n°1 pour les supporters de Pereira, mais une carrière de footballeur est courte. " Humo Auri Rojo résume le sentiment des supporters de Pereira : " Les fans l'adoraient, mais lorsqu'il a signé pour Once Caldas, ils étaient en colère. Avec le temps, cette colère s'est adoucie. Et lorsque les fans ont vu que José n'oubliait pas son ancien club, et même qu'il le soutenait à distance, ils ont recommencé à l'apprécier. " En une seule saison à Once Caldas, Izquierdo a inscrit 13 buts, mais plus important encore : il s'est montré aux yeux de plusieurs clubs européens, dont Bruges. On connaît la suite. Izquierdo est devenu le premier footballeur originaire de Pereira à remporter une Coupe de Belgique et un championnat de Belgique. Et il est aussi devenu le premier à inscrire un but en Ligue des Champions. Et quel but ! Quoi que lui réserve l'avenir, Izquierdo n'oubliera jamais d'où il vient. Et son frère Diego Julián ? Il sourit probablement de toutes ses dents, là où il se trouve. PAR STEVE VAN HERPE - PHOTOS BELGAIMAGE" Je donne le meilleur de moi-même afin de rendre mon frère heureux, tout là-haut dans les cieux. " JOSÉ IZQUIERDO