"Là, il est sur son petit nuage et ça ne va pas être simple d'aller le rechercher. C'est un marrant dans la vie, un ambianceur dans le vestiaire mais un terrible compétiteur sur le terrain. Il ne lâchera rien. " Yohann Thuram, le gardien arrivé au Standard cet été, vient de jouer deux saisons avec Fabrice N'Sakala à Troyes. L'explosion immédiate de son pote dans la défense d'Anderlecht, pour lui, c'était écrit.
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"Là, il est sur son petit nuage et ça ne va pas être simple d'aller le rechercher. C'est un marrant dans la vie, un ambianceur dans le vestiaire mais un terrible compétiteur sur le terrain. Il ne lâchera rien. " Yohann Thuram, le gardien arrivé au Standard cet été, vient de jouer deux saisons avec Fabrice N'Sakala à Troyes. L'explosion immédiate de son pote dans la défense d'Anderlecht, pour lui, c'était écrit. Dès son arrivée chez nous, ce back gauche français aux origines congolaises s'est installé : 100 % du temps de jeu aussi bien en Ligue des Champions qu'en championnat. Et on ne voit donc plus Olivier Deschacht, chômeur depuis son exclusion à Zulte Waregem, début septembre. N'Sakala, c'est un passé professionnel dans un seul club, celui où il a terminé sa formation après avoir grandi autour de Paris : Troyes. Un peu de Ligue 1 et surtout de la Ligue 2. Cet été, il a estimé qu'il avait terminé le tour de la maison. " Il avait la volonté de s'échapper, besoin d'autre chose ", dit Jean-Marc Furlan, son entraîneur dans ce club. " Il estimait que le moment était venu pour lui de faire un pas en avant et c'était difficile avec Troyes, qui se retrouvait à nouveau en deuxième division. " Thuram est encore plus clair : " S'il était resté là-bas, je ne dis pas qu'il aurait pourri, mais il aurait sûrement stagné. Il connaissait trop bien la maison. " Quand il signe à Anderlecht, ça se fait sur la pointe de pieds, presque dans l'indifférence, en tout cas du côté français. " Chez nous, il y a eu très peu de presse sur lui ", explique ArnaudTulipier, spécialiste de la Ligue 2 pour FranceFootball. " A la limite, les gens qui ont commenté son transfert dans un grand club belge étaient même étonnés. Mais pas ceux qui le suivaient régulièrement. Il venait quand même de faire une bonne saison en L1. " L'article le plus marquant sur son départ est un petit clip d'adieu posté sur le site de Troyes. Au son de Price Tag, un hit de Jessy J : Seems like everybody's got a price (...) Why is everybody so serious ? (...) We just wanna make the world dance (...) Forgetabout the price tag. Tout le monde a un prix. Pourquoi les gens sont-ils si sérieux ? On veut faire danser le monde. Oubliez le montant. Le montant de son transfert est conséquent pour un joueur issu de deuxième division : 1,2 million. Et quoi, sérieux ou pas, N'Sakala ? " C'est un déconneur pas possible ", tranche Thuram. " Il ne se prend jamais la tête. Il amène de la joie dans un vestiaire, il plaisante, il charrie sans arrêt. C'est... une fleur. " Son ex-coach en remet une couche sur ses qualités humaines : " Il est très attachant, c'est un vrai gentil, il est ouvert aux autres. C'est un gars intéressant à côtoyer au quotidien. Il n'a pas du tout l'esprit tordu, il n'est jamais médisant. Très positif. Il se fond dans n'importe quel groupe. " Il y a aussi sa culture. " Il s'intéresse à beaucoup de choses, à la musique notamment. Et il se débrouille très bien en anglais, ce qui est plutôt rare chez les jeunes Français. OK, il triche un peu... Il a une soeur qui habite à Londres et il va régulièrement la voir. " Après deux soirées de Ligue des Champions, Fabrice N'Sakala est l'Anderlechtois qui a donné le plus de passes, et aucun joueur de la compétition n'a réussi plus de tacles. Ça rappelle ses statistiques en France, où il était déjà un des joueurs de Ligue 1 à toucher le plus de ballons. Jean-Marc Furlan : " Troyes était une des équipes les plus offensives du championnat. Dans ces cas-là, les latéraux ont beaucoup de ballons, presque autant que le meneur de jeu. Un gars qui est à la manoeuvre dans l'entrejeu négocie en moyenne 90 ou 95 ballons par match. Chez nous, N'Sakala tournait dans les mêmes chiffres. " Récupérer, ensuite gicler : il faisait ça très bien en Ligue 1. De quoi justifier son surnom : ElFuego. Le Feu. " Il a des qualités athlétiques énormes ", lance Thuram. " Un latéral qui défend et attaque, qui est supérieurement intelligent dans le jeu, ça donne un N'Sakala... Toujours motivé à 200 %. Tu l'alignes contre Zulte Waregem ou la Juventus, tu verras le même joueur. Tu le lances dans un petit match de bas de classement en Ligue 2 ou dans un choc de la Ligue 1, ce sera la même chose. Sa réussite immédiate à Anderlecht ne va rien changer à son état d'esprit. Ce n'est pas le genre de type qui s'endort sur ses acquis. Il a des ressources mentales extraordinaires. " Furlan met aussi le doigt sur son explosivité, sa pointe de vitesse, sa faculté à réagir très vite et " ses excellents appuis qui font penser à un rugbyman. " Et le président de Troyes évoque " un joueur dur au mal qui supporte la douleur et les grosses charges de travail. " A se demander pourquoi il n'était pas plus médiatisé en France ! " Le poste de back est très ingrat ", raisonne Arnaud Tulipier. " Ces joueurs n'attirent pas la lumière. Quand il était à Troyes, il était considéré comme un des meilleurs latéraux gauches de Ligue 1 ou de Ligue 2 par les joueurs et les journalistes, mais le grand public le connaissait mal. Si le sondage s'était adressé aux internautes, il n'aurait peut-être même pas figuré dans le classement. A cause de ses statistiques offensives. " On touche un point sensible : pro depuis 2008, il a jusqu'ici marqué... zéro but. " Un back n'est médiatisé que s'il met un goal de temps en temps ", poursuit le journaliste de FranceFoot. " Même Lucas Digne n'était pas souvent dans l'actualité quand il multipliait les gros matches avec Lille. Je ne suis pas sûr que son transfert au Paris Saint-Germain aurait suffi pour que ça change. Il a fallu qu'il devienne champion du monde avec nos U20 pour qu'on commence à parler plus régulièrement de lui. N'Sakala, lui, il n'a joué ni à Lille, ni au PSG, il était à Troyes dans une équipe qui a fait la culbute en fin de saison passée, il n'est pas champion du monde et son compteur est toujours vierge. Ça fait pas mal de handicaps à surmonter pour pouvoir apparaître sous les spots. " Pourtant, il a été formé comme joueur offensif et il était toujours dans ce rôle quand il est passé chez les pros. C'est Furlan qui l'a fait descendre. " Déjà quand il jouait plus haut, comme ailier, il ne marquait pas énormément ", se souvient son ex-coach. " Je ne parlerais pas d'un manque de culot, je dirais plutôt qu'il n'a pas la capacité à rentrer facilement dans le rectangle. Son truc, c'est plutôt la distribution de bons ballons. " Thuram temporise : " Il lui reste quand même encore pas mal de boulot au niveau de ses centres. On le charriait souvent là-dessus. S'il veut encore passer un palier, c'est un des aspects de son jeu qu'il doit perfectionner en priorité. " Tulipier ajoute que " N'Sakala n'a pas le gabarit pour aller se placer en zone de vérité sur les phases arrêtées et tout reprendre de la tête. Il n'était pas non plus désigné pour tirer les coups francs dangereux. Il a toujours été plus au départ qu'à l'arrivée des centres. Il y a des latéraux qui marquent de temps en temps sur des malentendus mais il n'en fait même pas partie. Il faut dire qu'il ne repique pratiquement jamais dans l'axe. Bref, ça devient vraiment compliqué de marquer des buts. " Fabrice N'Sakala a été appelé chez les Espoirs en 2011. Au final, il n'a disputé qu'un seul match, amical, face au Portugal. Petit blocage après avoir fait partie des sélections U17, U18 et U19. " La concurrence est rude ", signale Furlan. " Et il a parfois tiré la langue avec Troyes à des moments importants. Il n'enchaînait pas nécessairement les matches, il était blessé ou en méforme, donc il perdait ses chances d'être appelé. " C'est Erick Mombaerts qui coachait les Bleuets à l'époque. " Il préférait prendre des gars de Ligue 1 qui ne jouaient pas en équipe Première, qui disputaient le championnat de CFA, plutôt que des titulaires de Ligue 2 ", se souvient Arnaud Tulipier. Quand il fut sélectionné, il était d'ailleurs le seul joueur de champ de la Ligue 2 à figurer dans le groupe. " Ça a entre-temps changé avec le nouveau sélectionneur, Willy Sagnol. Le championnat de deuxième division est aujourd'hui beaucoup plus suivi et un réservoir important pour les Espoirs. N'Sakala a eu la malchance d'être Espoir potentiel à un mauvais moment ! Pendant tout un temps, Mombaerts lui a préféré Chris Mavinga, qui jouait à Rennes et n'était pas nécessairement plus fort. Chaque entraîneur a ses lubies. " Reste à viser les Bleus. " Pour le moment, on a un bon réservoir de backs gauches. Il y a par exemple Patrice Evra qui est depuis un paquet d'années à Manchester United. En plus, Didier Deschamps n'a pas la réputation d'un sélectionneur qui fait facilement confiance aux jeunes. Il est plutôt conservateur. " Fabrice N'Sakala n'est pas aveugle et a lâché : " Le Congo s'intéresse à moi, je ne ferme pas la porte. " PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : IMAGEGLOBE" Un latéral qui défend et attaque, qui est supérieurement intelligent dans le jeu, ça donne un N'Sakala. " Yohann Thuram, ex-coéquipier