Pas de pub sous son maillot, ni de danse ni d'autres formes d'égocentrisme. James Rodriguez fête ses buts en embrassant son avant-bras droit, sur lequel est tatoué le nom de sa fille d'un an, Salome. Ensuite, il jette un coup d'oeil à la tribune d'honneur, vers sa femme Daniela et sa mère Maria del Pilar Rubio. Son bonheur est alors complet. Il a inscrit six buts pour la Colombie pendant la Coupe du Monde. Parmi ces goals, il y a ce bijou contre le Japon et la volée contre l'Uruguay qu'on n'aura pas encore oublié en 2048.
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Pas de pub sous son maillot, ni de danse ni d'autres formes d'égocentrisme. James Rodriguez fête ses buts en embrassant son avant-bras droit, sur lequel est tatoué le nom de sa fille d'un an, Salome. Ensuite, il jette un coup d'oeil à la tribune d'honneur, vers sa femme Daniela et sa mère Maria del Pilar Rubio. Son bonheur est alors complet. Il a inscrit six buts pour la Colombie pendant la Coupe du Monde. Parmi ces goals, il y a ce bijou contre le Japon et la volée contre l'Uruguay qu'on n'aura pas encore oublié en 2048. Ce ne sont que deux des moments qui ont fait de Rodriguez une star. Le respect des vedettes brésiliennes David Luiz et Dani Alves après le quart de finale perdu était éloquent. De la magie, un talent pur, un phénomène, ce sont les mots qui reviennent le plus souvent pour qualifier le numéro dix colombien. C'est d'autant plus frappant qu'actuellement, la popularité des footballeurs est surtout déterminée par leur glamour, leurs contrats de sponsoring, le nombre de leurs suiveurs sur Twitter et Instagram. Même Shakira n'imaginait pas que son compatriote deviendrait une sensation quand elle a enregistré le clip du Mondial La, la, la, où figure Rodriguez, de manière assez anonyme au milieu des Lionel Messi, Neymar, Sergio Agüero et Gerard Piqué, le partenaire de la chanteuse. Dans son pays, le joueur est certes apparu dans des pubs pour Adidas et des marques locales de shampooing et de yoghourts, mais il est encore loin de rivaliser avec Neymar, Messi et Cristiano Ronaldo. Pourtant, le médian de l'AS Monaco est le successeur tant attendu de Carlos Valderrama chez les Los Cafeteros. " Pendant des années, le Colombien a cherché un nouveau Valderrama. On dirait qu'elle l'a enfin trouvé ", a déclaré l'ancienne vedette. Tout le monde est donc sous le charme de Chames, à moins que ce ne soit James ? " C'est Chames mais à Monaco, je ne sais pas ", explique Nacer Barazite. " Quand on l'appelle James, il ne réagit pas... " Le nouvel attaquant du FC Utrecht a joué deux ans et demi à Monte Carlo et voyait Rodriguez dans le vestiaire tous les jours. Celui-ci a été transféré durant l'été 2013 du FC Porto pour 45 millions. Un grand transfert, effectué dans l'ombre du gros coup réalisé grâce à Radamel Falcao. A ses débuts dans la Principauté, Rodriguez a surtout fait parler de lui en suscitant le mécontentement de son entraîneur, Claudio Ranieri. " Il a un problème de mentalité ", s'est écrié l'Italien après six journées durant lesquelles son renfort n'avait joué qu'une fois. " James pense en attaquant mais il doit progresser en défense. Comme il ne joue pas, il va finir par le comprendre... " " Il émergeait déjà ", précise Barazite. " Que dire contre un joueur qui délivre neuf buts et douze assists ? A l'entraînement, il était gentil et spontané. Ce n'est pas une bête d'entraînement comme Cristiano Ronaldo mais au terme de la séance, il continuait à exercer ses coups francs, son passing, ses pivots et ses tirs au but. " El Nuevo Pibe a fait la une des journaux pendant le Mondial et les quotidiens espagnols n'ont pas tardé à l'associer au Real Madrid. " James est l'anti-Suarez, il joue avec le sourire, pas avec une grimace sournoise ", a écrit le Daily Mail. La presse colombienne, elle, parle de Rodriguez depuis des années. En 2011, le phénoménal gaucher a déjà porté tous les espoirs colombiens, si on en croit un titre du journal local El Pais. Il l'a appelé El pibe de oro de Colombia (le jeune en or de Colombie). On retrouve les mêmes qualificatifs dans les différentes publications du continent au fil des années. Rodriguez, né à Cucuta, près de la frontière avec le Venezuela, a l'esprit de famille et il a toutes les qualités nécessaires pour réussir. A seize ans, seul, il rejoint Buenos Aires, la capitale de l'Argentine, pour jouer sous le maillot de Banfield. Avant, il a déjà vécu à quatre endroits de Colombie : à Ibague, Cucuta, Bogota et Medellin. Pour réussir dans la vie, il faut faire des sacrifices, selon Rodriguez. Il a évoqué sa situation en Argentine : " Quand je téléphonais à ma mère, ce n'était que pour une minute. J'avais peu d'argent et la communication s'interrompait. Dans ces moments-là, je me sentais très seul. " C'est un fil rouge dans sa vie. Il n'a que trois ans quand son père, Wilson James Rodriguez Bedolla, lui-même footballeur dans les années 80, quitte sa famille. Rodriguez senior a joué pour des clubs modestes mais il a fait partie de la sélection des U20 pour le Mondial 1985. Son oncle Antonio Rodriguez, jadis pro à Medellin, est mort en juillet 1995, apparemment suite à un règlement de comptes dans le milieu de la drogue. Durant ces années difficiles, James Rodriguez a trouvé son réconfort dans le football. Tous les jours, il allait se détendre sur les terrains d'Arkaparaiso, une des banlieues d'Ibague. Sa mère Maria a déclaré qu'il était quasi né ballon au pied. " Il avait des jouets mais il ne voulait que son ballon. Il y en avait toujours cinq ou six au moins sous son lit. " Envigado FC, un club sis dans la ville du même nom, a enrôlé Rodriguez à douze ans. Il s'était distingué durant le tournoi Pony Futbol. Gustavo Adolfo Upegui Lopez, le président et l'actionnaire principal du club, a remarqué son talent. Il a immédiatement entamé des négociations avec l'Academia Tolimense. En Colombie, Upegui est connu pour avoir été un proche du baron de la drogue Pablo Escobar, décédé depuis. En 1998, il a été condamné à 21 mois de prison pour complicité dans le kidnapping et l'organisation de groupes paramilitaires. Son prédécesseur à Envigado, Jorge Arturo Bustamante, a été abattu en 1993. Treize ans plus tard, c'était le tour d'Upegui. Envigado n'a donc pas des airs de lieu idyllique mais Rodriguez a poursuivi son rêve et sa famille a déménagé à Medellin. En novembre 2006, à 14 ans, il a effectué ses débuts en équipe première. Quelques années plus tard, il a commencé à battre tous les records en Argentine. Il a été le plus jeune débutant étranger en équipe première puis le plus jeune buteur de D1. Le résultat d'un dur labeur. " Au début, il a demandé des entraînements privés ", raconte un de ses anciens entraîneurs à Envigado. " C'est lui tout craché. Quel garçon de son âge irait payer de sa poche des entraînements, parce qu'il veut devenir le meilleur ? " Rodriguez est un mille-pattes. Il ne se cantonne pas au football. Comme amateur de vêtements à la mode, il ne se distingue pas de ses collègues. Il a toute une collection de chansons sur son i-Pod et passe des heures à jouer à la PlayStation. S'il a envie d'une bonne conversation, de préférence sur la foi, le médian ne manque pas d'interlocuteurs. Il poursuit aussi ses études, même après son transfert à Porto. Il a un certificat en Systems Engineering, une formation entamée à l'université. Il a également étudié l'anglais. Il a aussi ouvert son propre restaurant à Leça da Palmeira, le quartier touristique de Porto : Ancora Violeta. Il y a deux ans, il a mis sur pied la Fondation Colombia Somos Todos, une organisation qui vient en aide aux enfants défavorisés par le biais du football. Jusqu'à présent, il n'a pas alimenté la chronique des faits divers. A Moncaco, Rodriguez mène une simple vie de famille avec sa femme Daniela, la soeur du gardien David Ospina, un autre international colombien. Rodriguez a débarqué au FC Porto durant l'été 2010, un an avant ses débuts en équipe nationale. L'entraîneur néerlandais des gardiens Wil Coort a assisté de près aux trois saisons de Rodriguez au Portugal. " On le surnommait El Bandido. Il apprécie beaucoup le nom ", explique l'ancien entraîneur des gardiens de l'Ajax, maintenant en poste au Zenit Saint-Pétersbourg. " James est un bandit, dans le bon sens du terme. Il animait le vestiaire. Il faisait toujours des farces. Il photographiait un coéquipier avec son téléphone puis arrangeait le cliché et le pendait au mur du vestiaire. Il a toujours été d'un abord facile. Toutes les saisons, je faisais cadeau à ma famille et à mes amis de maillots de joueurs. James était souvent le premier à m'en céder un. En fait, il suffisait de lui demander une faveur pour qu'il s'exécute. Il était encore très jeune à Porto : 19 ans. Mais une chose a frappé l'entraîneur principal, André Villas-Boas, comme moi-même : sa maturité. Il savait déjà ce qu'il voulait et il le disait : se faire un nom à Porto, progresser puis être transféré dans un tout grand club. Son adaptation s'est faite sans pli. Il a bénéficié du soutien de ses coéquipiers hispanophones, Falcao, Alvaro Pereira puis Lucho Gonzalez. Lucho jouait alors en équipe nationale d'Argentine et il est devenu le mentor de James. " Le Colombien se présentait régulièrement à Corte après l'entraînement, pour travailler sa finition. " Je l'obligeais à tirer de son pied droit, moins bon. Il n'aimait pas ça. James préfère expédier quinze ballons dans la lucarne, du gauche, que dix puis cinq du droit. Nous avons dû lui apprendre un autre aspect du football : sa position en perte de balle. Il n'était pas vraiment de ceux qui participent à la récupération ou à la défense. Ça n'a pas été simple. James perdait facilement le ballon. La première fois qu'il a pris celui-ci et qu'il l'a lâché, sous la pression d'un coéquipier... J'ai compris qu'il pouvait devenir un des meilleurs numéros dix du monde. " Son développement s'est accéléré depuis. Lorsqu'il est devenu sélectionneur, José Pekerman a immédiatement confié le numéro dix à Rodriguez, qui n'avait que vingt ans. Un numéro entré dans la légende avec Valderrama. Ironie du sort, il a surpassé El Pibe car jusqu'il y a peu, la Colombie n'avait jamais dépassé le stade des huitièmes de finale en Coupe du Monde. " J'ai travaillé avec beaucoup de footballeurs exceptionnels mais durant ce Mondial, j'ai tout placé entre les mains de James ", a déclaré Pekerman. " Assumer autant de responsabilités à son âge... La Colombie possède un fantastique technicien, qui recèle toutes les qualités requises pour émarger un jour à la classe mondiale. " PAR VINCENT OKKER" Quand je téléphonais à ma mère, ce n'était que pour une minute. J'avais peu d'argent et la communication s'interrompait. "