EdenHazard est un super héros qui n'a même pas envie de savoir qu'il a des supers pouvoirs. Pour quoi faire ? Se rendre compte qu'on est surhumain ? Pas le temps. Pas important. Pourtant, c'est le cas. Sur un terrain bien entendu. Il est au-dessus. De tout. De tous.
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EdenHazard est un super héros qui n'a même pas envie de savoir qu'il a des supers pouvoirs. Pour quoi faire ? Se rendre compte qu'on est surhumain ? Pas le temps. Pas important. Pourtant, c'est le cas. Sur un terrain bien entendu. Il est au-dessus. De tout. De tous. Il vit dans un autre espace-temps. Le sien. Un univers à lui. Où les autres subissent ses lois. Son rythme. Tout va plus vite avec lui. Donc, vous pensez bien, pas question d'attendre la 100e pour faire la fête. Celle-là aussi a pris de l'avance. Sous forme de sa 99e. Déjà un air de jubilé...pour nous. Jubilatoire, sa " balade russe ". Pleine d'ingrédients. Talent, liberté, plaisir. Et surtout légèreté. En forme d'insouciance. En toute conscience. " Je sais qui je suis, tout ce que je représente ". So what. " Je me prends pas la tête et surtout la santé avec tous les additifs qui pourrissent le goût. Celui que je veux donner à ma vie ". Rarement un joueur aussi peu égoïste n'a reçu autant de prix individuels. Pour lui, les stats sont les joyaux d'une couronne qu'il ne veut pas porter. Rarement l'impudeur d'un palmarès vierge en équipe nationale n'a gardé une telle dignité. Eden Hazard est déjà, et à jamais, dans l'imaginaire des enfants. Petits et grands. Et ça, ça vaut tous les palmarès. Un peu comme LionelMessi, à qui il ressemble de plus en plus. Dans sa façon de surdominer le sujet foot et les sujets qui se présentent à lui. De répéter, trois jours après trois jours, les performances en forme de démonstration. Mais ils partagent cette absence de nirvana national. Léo a quand même une Coupe du monde des -20 ans. Et une médaille d'or olympique. Mais dans le monde des grands, des pros, il a toujours manqué quelque chose. Que ceux qui jouent pour le palmarès ont. On dit bravo mais on s'en va rêver ailleurs. Vers son match contre la Russie, par exemple. Parfaite démonstration du Hazard illustré. Balle au pied, Eden n'est pas dans la réflexion. Il laisse ça aux autres. Lui joue à l'instinct. C'est pour cela qu'il a toujours un temps d'avance. Les autres réfléchissent, lui joue. La différence, elle est là. Avec, bien sûr un talent (et le travail qui va de pair) hors norme. Bien vite qu'il nous montre cela du côté de Madrid. Qu'il s'offre une nouvelle cour de récréation. Avec le surveillant qui l'attend. Et qui le comprend. Et qui va lui dire : " Joue gamin ! Fais toi plaisir ! " Faudra pas lui dire deux fois. Zinédine Zidane aussi est une galaxie à lui tout seul. Mais avec lui, pas de Galacticos (tant mieux, Eden ne sera jamais de ce foot-là) mais que des étoiles redevenues footballeurs dans l'ombre de Zizou. Cela dit, ce genre d'univers peut aussi provoquer des trous noirs. Hein Thibaut ? Voilà le Real qui devient une galère royale pour notre Roi des Perches. Et, en parlant de perche, le même Zinedine ne va surtout pas lui en tendre une. Pas de tendresse particulière pour Thibaut. Mais beaucoup pour celui avec qui il a gagné des trophées. Zidane est un gestionnaire de vestiaire. Et celui du Real a, depuis longtemps, voté KeylorNavas. Dès l'arrivée de Courtois, on a tout de suite compris qu'il n'y était pas forcément le bienvenu. Malgré son statut de meilleur gardien de la Coupe du monde, voire celui en devenir de meilleur du monde tout court. Mais c'est un peu court pour les Ramos, Marcelo et autres. Qui n'ont pas oublié que Courtois fut un colchonero. Qu'avec Navas, ils ont gagné trois Ligues des Champions. Thibaut est revenu à Madrid aussi (et surtout ? ) pour des raisons privées. Pas sûr que sur le coup, l'essentiel ait été de bon conseil. D'un côté de la ville, on se sent trahi, de l'autre pas encore conquis. Si, en plus, le vestiaire n'est pas un refuge où vous êtes bercés par l'amour commun de la performance, ça devient dur. Très dur. On se sent seul, très seul. Quand la tête ne suit plus, une pelouse de foot peut devenir un terrain miné. On va dire que contre la Russie, il s'est pris une taupe. On va lui dire qu'on l'aime. Plus que jamais. Mais jamais plus qu'Eden. Impossible.