L'Union Mons-Hainaut dispute, ces vendredi et dimanche, le FinalFour de l'Eurocoupe FIBA (la C3 dans l'ordre d'importance des compétitions européennes) : contre l'équipe locale de l'AEL Limassol en demi-finale, puis en cas de victoire, contre le vainqueur du match Tartu-Riga en finale.
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L'Union Mons-Hainaut dispute, ces vendredi et dimanche, le FinalFour de l'Eurocoupe FIBA (la C3 dans l'ordre d'importance des compétitions européennes) : contre l'équipe locale de l'AEL Limassol en demi-finale, puis en cas de victoire, contre le vainqueur du match Tartu-Riga en finale. L'UMH est la descendante de l'Union Quaregnon, née en 1959 de la fusion entre deux petits clubs de l'entité. " A ce moment-là, j'étais à Louvain en train de lancer des pavés ", rigole le président GuyLheureux. " J'ai aussi jeté beaucoup de vélos dans la Dyle, il doit d'ailleurs encore s'en trouver quelques-uns à l'heure qu'il est. C'était le début du WalenBuiten : les Flamands voulaient mettre les étudiants wallons à la porte, et on se vengeait comme on pouvait. J'étais parti pour faire la médecine, mais j'étais un peu trop guindailleur : après six années d'humanités chez les Jésuites à Mons, je me suis rattrapé. J'étais un fauve en liberté. Au bout de quatre ans de médecine, je me suis tourné vers ce qui était ma véritable vocation : la philologie romane. Je n'ai finalement pas obtenu le diplôme et j'ai repris l'affaire familiale, un commerce de meubles ". En 1959, l'Union Quaregnon évoluait sur la Grand-Place locale. " J'y allais le dimanche matin pour prendre l'apéro ", poursuit Lheureux. " Le basket ne m'intéressait pas plus que cela, mais comme mon père était déjà petit sponsor du club, je l'accompagnais. Le terrain était légèrement en pente. Parfois, il fallait arrêter le match pour laisser passer le tram ! C'était folklorique... "Guy-le-bon-vivant entra dans le club en 1989 comme sponsor principal. L'Union Quaregnon devint alors l'Union Saint-Joseph (du nom du magasin de meubles) et évoluait en D2. L'équipe avait déménagé dans la petite salle omnisports jouxtant la Grand-Place. Une salle qui a connu son heure de gloire lorsque LéonWandel, manager de l'équipe nationale à l'époque, l'avait réquisitionnée pour y organiser un Belgique-Hollande mémorable. " On venait de monter en D1 et Léon, qui officiait comme consultant pour la RTBF, était venu à l'occasion d'un match contre Pepinster retransmis à la télévision ", se souvient Lheureux. " Ce fut l'une de nos rares victoires cette saison-là, car si mes souvenirs sont bons, on n'avait battu que Pepinster et Namur. Wandel avait été séduit par l'ambiance et avait estimé que, si l'on voulait décontenancer les Hollandais, il n'y avait rien de mieux que de les amener dans cette salle d'un autre âge. On pouvait faire entrer 1.200 spectateurs, à tout casser. Aucun confort, mais un orchestre qui jouait des airs endiablés. J'ignore comment Wandel s'y est pris pour faire homologuer cette salle par la FIBA, mais comme il était lui-même dirigeant de la FIBA, c'était sans doute plus facile ". Les BelgianLions ont gagné, et ce fut le début d'une histoire d'amour qui dura quatre ans, entre l'Union Quaregnon et l'équipe nationale. L'orchestre accompagna même les Lions à Ostrava, dans ce qui était encore la Tchécoslovaquie, à l'occasion du match décisif pour la qualification à l'Euro 1993 de Berlin. Victoire de deux points sur un dernier panier d' EricStruelens. " Dans l'avion du retour, Wandel déboucha les bouteilles de champagne et servit le breuvage dans des gobelets en plastique. EtienneDermaut, l'assistant-coach, joua la Brabançonne à la trompette à 10.000 mètres d'altitude ". L'Euro 1993 fut le dernier auquel l'équipe nationale belge participa. Là aussi, elle était accompagnée par l'orchestre de Quaregnon " Mais le règlement de la FIBA interdisait de jouer des instruments de musique pendant un match. Lorsque le préposé au micro lança un appel pour faire stopper les musiciens, Wandel intervint : - Jem'enfiche, qu'ilscontinuent àjouer, jepaierailesamendes ! " Entre-temps, l'Union avait poursuivi son petit bonhomme de chemin. Redescendue en D2 après une saison d'essai parmi l'élite, elle remonta aussitôt et sa progression n'allait plus connaître d'entrave. En 1995, elle joua son premier match européen. " C'était à Trencin, en Slovaquie ", rappelle Lheureux. " On avait loué un avion charter pour que les supporters puissent effectuer le déplacement. Cela avait coûté 952.000 francs, je m'en souviens encore. L'avion était plein... et, au retour, les supporters étaient pleins également ! On a gagné, et on a noué des liens d'amitié avec les Slovaques. Lorsqu'on a affronté le Sporting Athènes au tour suivant, les joueurs de Trencin ont effectué le déplacement en voiture pour venir nous encourager à Jemappes ". Jemappes, où l'Union avait émigré à titre provisoire. " C'était un hall industriel désaffecté, occupé par une société coopérative qui vivotait. On l'a aménagé et on y a joué, le temps que la commune de Quaregnon construise la salle qu'elle nous avait promise. Hélas, elle l'a construite sans nous consulter : il y avait un beau parquet, mais elle était trop exiguë et pour accueillir les VIP, on avait le choix entre deux classes de l'école voisine ou la maison du... fossoyeur. J'ai refusé et on s'est installé définitivement à Jemappes. Certains, à Quaregnon, m'ont considéré comme un traître : celui qui avait osé vendre le club à Mons ". Car Jemappes, depuis la fusion des communes, fait partie du grand Mons, alors que Quaregnon, c'est le Borinage. Le premier trophée - et le seul à ce jour - fut conquis en 2006 : la finale de la Coupe de Belgique, à Louvain, contre Charleroi. " Le contingent de places qui nous avait été attribué était insuffisant pour satisfaire les demandes de tous nos supporters. Le jour de l'ouverture de la vente toutpublic, je me suis précipité à Louvain pour acheter des places supplémentaires. J'en ai même acheté à Charleroi. On était largement majoritaires dans la salle ". Le 100e match européen fut joué en octobre 2007, à Amsterdam, lors du tour préliminaire pour l'Eurocoupe de cette saison. Si la finale est atteinte dimanche à Limassol, ce serait le 115e match européen. Des souvenirs particuliers ? " Je retiens surtout les victoires. Lorsqu'on part trois jours, on n'a guère le temps de faire du tourisme. Lors du dernier déplacement, à Samara, il y avait des congères de deux mètres. On n'est sorti de l'hôtel que pour se rendre à la salle ". Guy Lheureux est le président de l'Union depuis 1990. " Le président en exercice, Freddy Givert, avait démissionné, et comme j'étais le sponsor principal, on m'a demandé si je ne voulais pas assurer l'intérim. J'ignorais que je me lançais dans un intérim de 18 ans, puisque je suis toujours là ". Rien ne laissait en effet présager une telle longévité. " Lorsque je suis devenu sponsor principal, je suis allé assister à mon premier match avec des pieds de plomb. C'était un match amical contre Metz, un dimanche soir. Je suis assez casanier et j'aurais préféré rester à la maison, les charentaises au pied. Je me suis rendu à la salle par obligation ". Le joueur emblématique du club ? " J'aimerais dire JürgenVanMeerbeeck, n'en déplaise à mon manager ThierryWilquin. Je l'avais transféré au terme d'un match... féminin. Il était venu encourager son épouse Nathalie qui, avec son club bruxellois, jouait un match à Quaregnon. J'ai demandé à Jürgen si un transfert était susceptible de l'intéresser. Il m'a répondu : - Pourquoipas ? Mais, en fait, le joueur emblématique de Mons restera sans doute Jean- MarcJaumin, le premier joueur belge à avoir gagné une coupe européenne (mais c'était avec Malaga). Je pourrais aussi citer certains Américains qui sont restés très longtemps, comme MelvinMcCants autrefois. Ou GeorgesEvans et JimPotter, qui sont toujours là ". Le premier joueur Américain fut BobbyHines. " Je me souviens de ses dents en or. Il mesurait 1m98, mais il avait une belle détente et on avait écarquillé les yeux lorsqu'il a effectué un essai. On l'a engagé directement, mais il n'était pas très sérieux en dehors du terrain et on a dû s'en séparer en cours de saison. TomDavis, arrivé quasi en même temps, a en revanche terminé le championnat ". Un autre Davis allait marquer l'histoire, quelques années plus tard : RonDavis qui, lors d'un match contre Pepinster, inscrivit à la dernière seconde un panier incroyable depuis la... ligne de fond opposé. " Ces images ont fait le tour du monde. Un supporter a vu ce panier à la télévision en Grèce, où il était en vacances ". Le manager Thierry Wilquin est aujourd'hui la cheville ouvrière de l'UMH. Le virus du basket lui a été transmis par son père. " Papa jouait à Quaregnon lorsque le club évoluait encore en Provinciale ", explique-t-il. " Gamin, je l'accompagnais. Je n'ai toutefois jamais joué au basket moi-même. Par contre, je me suis rapidement impliqué dans le club comme comitard et j'ai même été... assistant-coach. En D2, AndréBarbieux avait besoin d'un adjoint et m'a confié la mission. Etant donné le peu d'aptitudes que je possédais, je me contentais de faire le scouting et de... déplacer les cônes. Cela n'a duré qu'un an ". Progressivement, Wilquin s'est attelé à d'autres tâches : relations avec les sponsors, recrutement, etc. Son joueur emblématique à lui ? " Peut-être YvesDefraigne : cinq ans comme joueur, cinq ans comme coach. Ou alors, des gens de Quaregnon qui ont mené le club en D1 en y ayant fait toutes leurs classes, comme Jean- MarcPierzchala ou PatrickVerdun ". Depuis cinq ans, Wilquin est le manager du club. " En D1, je ne pouvais plus continuer à assumer la tâche à mi-temps. Mon manque de disponibilité portait préjudice au club. Il a donc fallu faire un choix entre l'enseignement et le basket ". Il est, entre autres, chargé de l'organisation de tous les déplacements européens. " Aujourd'hui, je suis rôdé à la tâche mais je dois reconnaître que, cette saison, on a été gâtés. On a dû aller à Perm pendant le Noël orthodoxe, en Turquie à l'époque du pèlerinage de La Mecque. Tous les vols étaient complets : on a dû prendre le bateau d'Istanbul à Bandirma. Au retour de Samara, en quart de finale retour, ce fut le bouquet. Je reste toujours le dernier à embarquer, pour voir si l'on n'oublie personne. Alors qu'il restait deux personnes à embarquer, on m'a dit : - Terminé, il n'y aplusdeplacesdansl'avion ! J'ai répondu : - Commentcela, plusdeplaces ?Maison adesbillets... Il n'y avait rien à faire. J'ai refusé de partir, alors que j'avais déjà reçu ma carte d'embarquement et enregistré mes bagages. J'ai cédé ma place. On s'est retrouvé à deux - un autre dirigeant et moi - et nous sommes rentrés par un autre avion, un peu plus tard ". Mais avec la satisfaction du devoir accompli, puisque le club s'est qualifié pour le FinalFour sur un tir à trois points de NateReinking à la dernière seconde. " Mon regret, c'est que les supporters n'ont pas pu assister à cet événement, puisqu'ils n'avaient évidemment pas accompagné l'équipe dans la Russie profonde. Si cela s'était passé à Mons, dans des circonstances pareilles, c'eut été la folie ". A Chypre, les supporters montois seront environ 70. L'idée d'un charter a été abandonnée, faute de candidats suffisants au voyage. Wilquin s'est déjà rendu sur place à l'occasion du AllStarGame, le mois passé. Un frisson rétrospectif lui parcourt l'échine. " Et dire qu'on avait songé à organiser le FinalFour nous-mêmes ", soupire-t-il. " On ne s'en serait pas sortis. A Limassol, ils ont dix personnes à temps plein dans le club. Et pour cet événement européen, du renfort est prévu. A Mons, on a trois personnes et demie. Et comme notre équipe joue pour l'instant un match tous les trois jours, on n'a pas vraiment le temps de s'occuper d'autre chose. A Chypre, le championnat est terminé depuis un mois. C'est peut-être notre chance. Sportivement, jouer à domicile aurait constitué un sérieux avantage, mais là où nous serons confrontés à un trop plein de matches, nos adversaires en demi-finale (l'AEL Limassol de KarimSouchu) risque de manquer de rythme ". par daniel devos