LE COACH LUIS ENRIQUE

Né le 8 mai 1970
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Né le 8 mai 1970 Dans un monde où rares sont ceux qui prennent les rênes d'une sélection au summum de leur gloire, Luis Enrique fait presque office d'exception. Un an après son départ de Barcelone, où il avait remporté neuf titres en trois saisons, l'Asturien s'est installé à la tête d'une Roja éliminée en huitièmes de finale Mondial 2018. L'Espagne se cherchait alors un nouveau guide pour retrouver les sommets. Puisque le talent sur la pelouse était moindre que lors des années de splendeur, il fallait un patron pour compenser. Un peu plus d'un an après, l'ancien coach du Barça annonce néanmoins son retrait suite au décès de sa fille, avant de faire son retour trois mois plus tard. Dans l'intervalle, l'intérimaire Robert Moreno se sent pousser des ailes et se rêve à la tête de l'équipe lors de l'EURO avant de rendre le gouvernail à Lucho. L'ancien international ne l'entend pas de cette oreille et tue dans l'oeuf cet excès d'ambition en virant celui qui était son adjoint. Des mélodrames à l'image d'une Selección qui ne trouve pas de régularité depuis son déclin amorcé en 2014. Luis Enrique est-il l'homme qu'il faut pour tout reconstruire? En Catalogne, certains le considèrent comme le fossoyeur de l'identité footballistique locale, oubliant que l'ancien milieu avait compris mieux que personne que les Blaugranas avaient besoin de confier le coeur de leur foot à la MSN pour balayer toute la concurrence européenne. Homme de joueurs plus que de jeu, Enrique fait face à un nouveau défi: gagner sans avoir les meilleurs. Un métier parfois difficile à réapprendre après avoir connu les sommets. "L'Espagne va arriver à l'EURO avec ses convictions footballistiques de toujours. À l'image de ce qu'on voit depuis plusieurs années, la Roja va se construire en 4-3-3 et à partir du ballon. La petite nuance introduite par Luis Enrique est assez semblable à ce qu'on avait vu quand il a commencé à travailler sur le banc du Barça: la Selección cherche moins la possession par principe, mais elle la veut surtout pour attaquer. Le jeu de position sera toujours présent, mais avec une certaine liberté supplémentaire dans les déplacements, notamment à l'intérieur du jeu où les milieux peuvent se déplacer pour créer des supériorités numériques. À part Sergio Ramos ( blessé et non repris, ndlr) et Sergio Busquets, l'histoire de la génération du triplé est maintenant terminée. Une telle génération sera sans doute impossible à renouveler, mais il y a beaucoup de talent dans la nouvelle vague. La seule interrogation concernant ces joueurs, c'est le manque de hiérarchie. Ces derniers mois, il y a eu beaucoup d'essais, mais finalement assez peu de certitudes. Il y a beaucoup de bons joueurs, mais on a l'impression que le onze de base reste encore à définir. Ce n'est pas pour autant que les ambitions sont revues à la baisse: l'Espagne va à l'EURO pour le gagner." En plein coeur des années 10, l'émergence d'un talent au sein du centre de formation du Barça ne prédestine pas à une trajectoire aussi improbable que celle de Dani Olmo. À l'heure où La Masia se cherche des talents offensifs, elle voit filer l'un de ses joyaux. L'élégant joueur s'envole pour la Croatie à seize ans et enfile le maillot du Dinamo Zagreb, histoire d'y prendre très tôt ses responsabilités et de s'entraîner avec les pros. Très vite, Dani apprend le croate et donne des leçons de football. Capable d'occuper tous les postes de l'attaque, doté d'une belle frappe de balle et d'une aisance toute catalane pour se déplacer entre les lignes, l'Espagnol s'intègre progressivement au sein du onze du Dinamo, jusqu'à un titre de meilleur joueur du championnat en 2019. Convoité de toutes parts, le prodige espagnol opte finalement pour une étape supplémentaire dans sa progression bien planifiée. Direction Leipzig, où sa croissance footballistique se poursuit sous les ordres d'un Julian Nagelsmann qui se régale de ses qualités dans un système de jeu où les positions offensives flottent dans un mouvement constant. Avec cinq buts et dix passes décisives pour sa première saison complète en Bundesliga, l'enfant de La Masia pourrait bien profiter de l'EURO pour acter définitivement son passage dans la cour des grands. Sans le moindre joueur du Real Madrid à bord dans une liste limitée à 24 noms, Luis Enrique a posé quelques choix forts, qui divisent au pays et montrent le creux connu par le championnat local dans la hiérarchie continentale. La Liga ne livre que dix noms dans la liste, soit autant que la Premier League. Au XXIe siècle, la sélection espagnole n'a conclu qu'une seule année hors du top 10 du classement FIFA, preuve d'une régularité exceptionnelle au plus haut niveau. C'était en 2006, soit peu de temps avant la révolution du football ibère qui allait amener la Selección à dominer la hiérarchie mondiale entre 2008 et 2012. Rappelé en urgence d'un prêt en D2 par son club de Bilbao quand Chelsea dépose 80 millions sur la table pour Kepa, Unai Simón s'est montré plus que digne du lourd héritage basque, en doublant son prédécesseur dans la hiérarchie nationale pour le reléguer hors de la sélection et contester le poste de David de Gea. Difficile de lire dans les cartes très mouvantes d'un Enrique qui dirige une équipe plus riche en densité qu'en certitudes. Entre les perches, Simón semble être devenu le numéro 1, protégé par une défense à quatre privée de Ramos, blessé. Le prometteur Pau Torres devrait être associé à Laporte, tout juste naturalisé, alors que les latéraux sont en concurrence: Alba et Gaya à gauche, Azpilicueta ou le polyvalent Marcos Llorente à droite. Secteur fort de l'équipe, le triangle du milieu peut compter sur le pilier Busquets, en concurrence avec Rodri, mais aussi des valeurs sûres comme Koke ou Thiago et le rafraîchissant Pedri. L'incertitude est bien plus présente devant, où Enrique peut construire autour de Morata, Moreno, Olmo, Torres ou Oyarzabal, à moins de miser sur la puissance de Traoré.