J'ai loupé la première demi-heure d'Allemagne-Belgique, celle du restant d'espoir avant l'obus d' Özil. Zut à cause de Mesut ! Ce joueur qui, ne souffrant plus de son bobo de quatre jours plus tôt, délivrait ainsi les siens... à 2000 km . Car les siens, ce soir-là, n'étaient pas ceux qu'on croit. L'amour du maillot n'est pas toujours l'amour de celui qu'on porte. Ah, les effets tortueux des naturalisations équivoques ! Ils me hantent !
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J'ai loupé la première demi-heure d'Allemagne-Belgique, celle du restant d'espoir avant l'obus d' Özil. Zut à cause de Mesut ! Ce joueur qui, ne souffrant plus de son bobo de quatre jours plus tôt, délivrait ainsi les siens... à 2000 km . Car les siens, ce soir-là, n'étaient pas ceux qu'on croit. L'amour du maillot n'est pas toujours l'amour de celui qu'on porte. Ah, les effets tortueux des naturalisations équivoques ! Ils me hantent ! Imaginons-nous en finale en 2014, face au Brésil organisateur. Défense de rire, why not avec super- Georges et super-génération dorée, surdouée, et même surdorée : elle aura pile rejoint cette maturité qui ne peut pas éternellement lui courir devant ! Supposons aussi qu'alors, notre brillant fer de lance (vu que Romelu Lukaku, 21 ans à peine, sera toujours dans la phase grand-espoir-dont-on-ne-peut-pas-attendre-illico-des-miracles) s'appelle Igor De Camargo, buteur trentenaire mais récurrent. Eh bien, je redouterai grandement qu'Igor, sans crier gare, nous fasse lui aussi le coup du bobo soudain : Igor mort de peur d'imaginer que son Brésil, par sa faute, puisse verser autant de larmes qu'en 1950 ! Cette première demi-heure, je l'ai loupée pour cause d'entraînement, et mes joueurs aussi. L'entraînement, c'est tous les mardis. Je l'avais avancé d'une heure, mais y'avait pas de raison de l'annuler, même en P3 faut savoir ce qu'on veut ! Admettons que je doive choisir entre deux bonheurs au printemps : soit les Diables qualifiés pour cette phase finale d'Euro 2012, soit un p'tit titre provincial de P3 pour monter en P2. Eh bien, il n'y a ni photo, ni ombre d'une hésitation douloureuse, le second bonheur prévaut, de très loin ! Comme quoi, entre un p'tit plaisir pour soi-même et un gros plaisir pour la patrie, fût-elle footballistique, on se préfère soi : même si l'on est pro, comme Silvio Proto ou Jelle Van Damme ! Alors ? Les joueurs comme ces deux là - enclins à décliner la sélection comme hier un Polleke ou un Willie - , on approuve ou on réprouve ? Compliqué. Dans l'absolu, l'équipe nationale n'est que cerise sur le gâteau, elle n'est pas ton employeur, y'a pas d'obligation à aimer les cerises. Y'a pas non plus d'obligation à être patriote, on peut se sentir bien sans se sentir Belge. Ainsi, j'aime souvent quand Silvio cause en prenant de la distance, quand il place l'amour de ses gosses avant l'amour du foot : ayant parfaitement le droit de préférer sa vie de famille à une place gratos de tribune d'honneur contre le Kazakhstan ! Mais vu du verso, c'est un peu gênant. D'abord parce que si Silvio est sélectionné demain comme titulaire plutôt que réserviste, même pour un match aux antipodes, il laissera les gosses avec leur mère. Et s'il affirme alors, à l'issue d'une prestation/canon, avoir la chair de poule dès qu'il a l'honneur de défendre les couleurs de son pays, ce sera moins fastoche à gober : patriote, tu es autant censé l'être comme gardien n°3 déçu (voire pas d'accord) que comme n°1 débordant de fierté ! Ensuite, rapport à l'esprit de groupe, c'est un peu vexant pour tous les réservistes obéissants de notre vaste monde, même les salariés : car si Proto est actuellement tout bon chez les Mauves, c'est peut-être aussi parce que Davy Schollen ne tire jamais sa gueule, non ? Enfin, si Proto trouve en ce moment saumâtre de n'être que n°3 derrière deux gamins, a-t-il par ailleurs pensé au n°4 qui lui est inférieur... et j'espère qu' Olivier Renard ne va pas tiquer à son tour en entendant ça ! Silvio, la veille du match à Düsseldorf, j'ai fait un cauchemar affreux ! Simon Mignolet se blessait à l'échauffement, Thibaut Courtois débutait le match, Laurent Ciman nous offrait à la 60' une patate des 30m pour faire 0-1, Courtois se blessait à la 80' en évitant pour la énième fois l'égalisation d'un Özil déchaîné, Renard entrait entre les perches ! Et le pauvre Olivier gaffait gros à la 91' sur le 1-1 teuton ! Je me suis réveillé en hurlant, j'étais au milieu d'une foule hooliganesque qui vociférait sous tes fenêtres, et dans les deux langues : Proto ! Nigaud ! Le peuple aura ta peau ! Mais cool, Silvio : ce n'était qu'un cauchemar. Un cauchemar, Oli : cool toi aussi... PAR BERNARD JEUNEJEANL'équipe nationale n'est que cerise sur gâteau. Silvio n'aime pas les cerises ?