Savo Vucevic, 46 ans, a le coaching dans le sang. A 26 ans, une blessure l'incita à mettre un terme à sa carrière et à se consacrer pleinement à un métier auquel, de toute façon, il se destinait. Boro Vucevic, de deux ans son cadet, était plutôt pris par le démon du jeu. Sa longue carrière se prolongea jusqu'à l'été dernier, quand il joua son ultime rencontre de D1 sous le maillot de Liège. Il était prêt à rentrer dans son Monténégro natal quand Eric Somme lui proposa de devenir l'assistant de son frère à la tête de Spirou Charleroi.
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Savo Vucevic, 46 ans, a le coaching dans le sang. A 26 ans, une blessure l'incita à mettre un terme à sa carrière et à se consacrer pleinement à un métier auquel, de toute façon, il se destinait. Boro Vucevic, de deux ans son cadet, était plutôt pris par le démon du jeu. Sa longue carrière se prolongea jusqu'à l'été dernier, quand il joua son ultime rencontre de D1 sous le maillot de Liège. Il était prêt à rentrer dans son Monténégro natal quand Eric Somme lui proposa de devenir l'assistant de son frère à la tête de Spirou Charleroi. Le duo fonctionna : Savo, qui venait de hisser Cholet à la troisième place du Championnat de France alors qu'il ne disposait que du onzième budget de l'Hexagone, apporta sa science de l'entraînement et de la psychologie de groupe, tandis que Boro lui facilita l'intégration dans un pays qu'il connaissait encore mal. Savo : Je préférerais que d'autres fassent ce genre d'analyses. Mais il est clair que, dans mon pays, le basket est ancré dans les m£urs. Ce n'est plus un sport, mais un art de vivre. J'ai eu la chance de pouvoir mêler deux cultures : celle de l'ex-Yougoslavie, où j'ai habité pendant 32 ans et où j'ai été formé comme coach et arbitre, et celle de France, où je suis parti vivre en suivant mon épouse qui était internationale de handball. Je considère cela comme un enrichissement. Je pense qu'aujourd'hui, l'une de mes forces réside dans cette faculté à adapter les méthodes yougoslaves aux mentalités françaises et belges. Savo : J'étais, depuis mon plus jeune âge, coach dans la tête. Dès qu'un petit obstacle s'est présenté sur mon parcours de joueur, j'ai refusé de le franchir et j'ai pris une autre voie. Boro : Personnellement, j'ai toujours eu un tempérament de joueur. Et, comme tout se passait bien, je ne voyais aucune raison d'arrêter pour prendre place sur le petit banc. Boro : Surtout au niveau de la dépense physique. J'ai toujours éprouvé le besoin d'écouler mon trop-plein d'énergie. Savo(il rit) : On voit que mon frère vient à peine de passer de l'autre côté de la barrière. Il ignore encore tout des exigences du métier d'entraîneur. Un coach, aussi, se dépense énormément, mais d'une autre manière. Lorsqu'un joueur rentre chez lui après l'entraînement, il a terminé. Un entraîneur doit encore préparer le programme des journées suivantes et résoudre toutes sortes de problèmes. Savo : Tout à fait. A Cholet, la saison dernière, j'ai eu deux adjoints. J'ai dû virer le premier après six mois parce qu'il ne convenait pas. A Charleroi, je dispose en la personne de mon frère d'un assistant en qui je peux avoir entière confiance. Le fait qu'il vient à peine de raccrocher les baskets m'a également été très utile. Il perçoit mieux ce qu'un joueur ressent, pour l'avoir vécu lui-même il y a peu de temps. Boro : Lorsque j'étais jeune, j'ai travaillé pendant trois ans sous la direction de Bogdan Tanjevic, qui m'a formé au départ, puis pendant quatre ans sous la houlette de Svetislav Pesic, qui vient de remporter l'Euroligue avec Barcelone. Je distingue chez Savo des qualités que j'avais perçues chez eux, et c'est logique puisqu'il a fréquenté la même école de coaches qu'eux, à Sarajevo. Je n'aime pas les coaches qui se contentent de dessiner des petites croix sur un tableau. J'estime qu'en plus de connaître le basket, un bon coach doit aussi être un pédagogue et un psychologue. Je pense que c'est le cas de Savo. Savo : J'accorde beaucoup d'importance à la gestion d'un groupe. J'essaye toujours, à la base, de créer un état d'esprit. Je donne à mes joueurs l'occasion de s'exprimer, en leur accordant une certaine liberté sur le plan offensif. Je ne veux pas qu'ils deviennent des robots, télécommandés depuis la touche : ils ne doivent pas simplement appliquer tel système de jeu, dans telles circonstances, parce que cela avait été programmé au départ. Lorsque les joueurs se sentent investis de responsabilités, ils ont eux-mêmes envie d'aller plus loin. Je n'ai pas eu la chance, comme Boro, de côtoyer de très grands coaches comme joueur. J'ai essayé de tirer le meilleur de ceux que j'ai connus, mais j'ai surtout créé mon propre style, selon ma nature et mon caractère. J'ai essayé d'être original. Pour moi, n'importe quel original vaut mieux que le meilleur plagiat. J'étais, un moment, aux antipodes de la philosophie à la mode dans l'ex-Yougoslavie, où l'on prônait plutôt la défense à outrance. L'objectif principal était de limiter l'adversaire à 60 points. Je préfère en inscrire moi-même 80 ou 100. Les spectateurs ne s'en sont jamais plaints. Les joueurs, non plus. Construire son propre jeu, c'est plus agréable que de détruire celui de la formation rivale. Cette méthode m'a valu le succès partout où je suis passé. Lorsque j'ai signé à Charleroi, on m'a demandé de devenir champion dans les deux ans. Cela a d'ailleurs été écrit dans mon contrat. Dans les faits, j'ai rapidement compris qu'il était préférable de le devenir dès cette saison. Les méchantes langues prétendront que c'est facile de réussir le doublé coupe-championnat avec les Spirous. A ceux-là, je répondrai qu'il ne suffit pas de posséder les meilleurs joueurs pour former le meilleur groupe. Savo : La mentalité affichée tout au long de la saison. Jamais, il n'y a eu le moindre heurt à l'entraînement. Jamais, il n'y a eu le moindre relâchement en match. Croyez-moi, c'est très difficile de rester motivé et concentré du début à la fin.