Réginal Goreux nous fixe rendez-vous chez lui, dans la banlieue liégeoise. La coupure liée aux rencontres des équipes nationales lui a permis de sauter dans le premier avion pour la Belgique et de revoir sa famille, sa femme et ses deux enfants. Quelques jours pour se ressourcer sur ses terres, en compagnie de ses proches, loin de l'isolement russe auquel il est habitué depuis son départ de Sclessin, fin janvier. Aujourd'hui, c'est à Samara que l'ex-Rouche passe l'essentiel de son temps. Mis à part les fins spécialistes de basket, la ville n'évoque pas grand-chose aux yeux du grand public. Située à deux heures de vol et quelque 1.000 km de Moscou, cette cité de plus d'un million d'âmes borde la Volga, plus grand fleuve d'Europe. Hormis les nostalgiques de la grande Union soviétique, désireux de visiter le bunker de Joseph Staline, d'une profondeur de 37 mètres, Samara n'offre guère de distractions. Ce qui semble peu perturber Régi Goreux, qui évoque pour nous sa nouvelle vie, non loin de la frontière avec le Kazakhstan.
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Réginal Goreux nous fixe rendez-vous chez lui, dans la banlieue liégeoise. La coupure liée aux rencontres des équipes nationales lui a permis de sauter dans le premier avion pour la Belgique et de revoir sa famille, sa femme et ses deux enfants. Quelques jours pour se ressourcer sur ses terres, en compagnie de ses proches, loin de l'isolement russe auquel il est habitué depuis son départ de Sclessin, fin janvier. Aujourd'hui, c'est à Samara que l'ex-Rouche passe l'essentiel de son temps. Mis à part les fins spécialistes de basket, la ville n'évoque pas grand-chose aux yeux du grand public. Située à deux heures de vol et quelque 1.000 km de Moscou, cette cité de plus d'un million d'âmes borde la Volga, plus grand fleuve d'Europe. Hormis les nostalgiques de la grande Union soviétique, désireux de visiter le bunker de Joseph Staline, d'une profondeur de 37 mètres, Samara n'offre guère de distractions. Ce qui semble peu perturber Régi Goreux, qui évoque pour nous sa nouvelle vie, non loin de la frontière avec le Kazakhstan. Réginal Goreux : La mentalité est différente de la Belgique. L'approche de l'organisation de la Coupe du Monde oblige les Russes à s'ouvrir davantage même s'ils restent encore marqués par leur passé communiste. Mais très peu parlent anglais car ils sont conscients que leur pays est une énorme puissance. Heureusement, l'interprète du club est tout le temps disponible pour les étrangers... L'interprète est là en dix minutes, à toute heure de la journée. Aujourd'hui, j'arrive à comprendre ce qu'on me demande. Mais durant les trois premiers mois, je l'appelais même quand j'allais au restaurant pour passer la commande. Ou alors j'allais sur google image et je montrais aux serveurs du restaurant une photo de ce que je voulais. On se débrouille comme on peut. Non, c'était impossible. J'ai signé le 24 janvier et Samara était déjà en stage en Turquie depuis le 10 janvier. Il n'y avait plus personne du club à Samara. Peur, non, mais je me demandais où j'allais tomber. Je savais que Samara n'était pas Grozny mais je partais quand même dans l'inconnu. Ce n'est que le 10 mars que j'ai découvert la Russie. L'aéroport, une catastrophe, un hangar (il rit). Par ailleurs, on sent que c'est une ville en plein développement. C'est la cinquième ville de Russie mais la dernière à s'être ouverte sur l'Europe. Sur certains points, on sent le décalage entre modernité et passéisme. Tout à fait. Je suis d'ailleurs allé voir un match de l'équipe de basket. Et j'ai pu me rendre compte de l'excellente mentalité propre aux basketteurs. Dans le foot, une telle cohésion entre les joueurs n'existe pas. En basket, quand tu débarques dans une nouvelle équipe, ça ne pose pas de problème. En foot, tu es vu comme un concurrent, celui qui va " te sortir " de l'équipe. Surtout qu'en Russie, un nouveau joueur est transféré pour jouer directement. Au Standard, le nouveau venu était évalué avant d'être lancé dans la bagarre. J'ai pris des cours l'an dernier et je commence à me débrouiller. Cette année, j'ai laissé tomber ces cours pour prendre des cours par correspondance en management. En voyageant à travers le pays, on ressent l'énorme puissance financière qui existe, à travers les nombreuses voitures de luxe notamment. Le comportement des gens est, aussi, parfois surprenant. Au restaurant, c'est à peine si les clients ne tirent pas l'oreille du serveur pour les appeler. Et pour ces derniers, c'est normal, ils sont habitués. Il n'y pas de classe moyenne en Russie. Soit tu es riche, soit tu es pauvre. A Moscou, c'est triste à dire, mais quand tu es footballeur, les pauvres, tu ne les vois pas... Non, ce n'était pas la priorité. Le problème principal était que Roland Duchâtelet avait accepté l'offre de Samara avant même que je ne signe. Non, on n'est jamais obligé. Mais avec ce que j'avais vécu précédemment, j'ai très vite compris qu'il ne servait à rien de rentrer en conflit avec lui. Il ne comprend rien au foot mais ça ne l'empêche pas de s'immiscer au niveau sportif. Un simple exemple, particulièrement édifiant : lors du match contre Anderlecht à Sclessin sous Ron Jans (ndrl, match remporté 2-1), Duchâtelet était entré dans le vestiaire quelques minutes avant le début du match pour nous expliquer comment effectuer des rentrées en touche... Oui. Il effectuait le geste au milieu de tout le monde et criait : -Il faut donner de l'impulsion, être rapide. Au moment où il part dans son " explication ", je regarde le coach, je regarde Poco et je me mets à taper des mains et je crie : -Allez les gars, bon match. Il fallait arrêter cette mascarade, il racontait vraiment n'importe quoi. Les speechs qu'il adressait aux joueurs n'avaient souvent rien à voir avec le foot. On se demandait tous pourquoi il disait ça, à ce moment-là. Il te croise dans le couloir et te dit subitement que " Ron Jans fait partie des 10 meilleurs entraîneurs européens ". J'imagine que c'était pour conforter le choix qu'il venait de faire à l'époque... Dès sa première année comme président du Standard, j'avais compris que ça n'allait pas fonctionner. J'essayais de l'éviter mais ça n'a pas toujours été possible. Vers le début juin 2012, je me rappelle être passé dire bonjour au personnel de la billetterie avec qui j'avais travaillé lors de mon stage en comptabilité et avec qui j'ai toujours entretenu de très bons rapports. Je tombe sur lui dans les couloirs et il me dit : -J'ai quelque chose de très bien pour toi. Je m'interroge et il poursuit : -Je sais que tu as été champion deux fois, que tu as joué la Ligue des Champions et j'ai un club qui te veut.... Viktoria Plzen. Il y a un blanc pendant 30 secondes. Il enchaîne en me demandant. -Ça ne t'intéresse pas ? Je lui réponds : -Regardez dans la presse, les noms des clubs qui envoient des recruteurs lors des matches du Standard.Et allez voir sur le site de Plzen, les noms des clubs qui se déplacent là-bas et vous comprendrez que je préfère rester au Standard. Mais je savais dès cet instant que je n'avais plus d'avenir au club. Je ne citerai pas les noms mais c'est évident. On ne devait même pas en discuter, sur un regard, entre joueurs, on se comprenait. Il se fie uniquement à ses statistiques, il ne juge un joueur qu'à partir de chiffres. Il ne voit le foot que comme un business. Il utilise des stats pour tout. Il en avait un avant que Dudu Dahan ne prenne la main, mais je n'ai jamais su qui il était. Le rôle de Jean-François De Sart est une inconnue... Le Standard d'avant faisait peur, celui de Duchâtelet a tout chamboulé. Avant que Mircea Rednic n'arrive, 75 % du pays rigolait de nous. L'âme du Standard avait disparu. Oui. On a senti tout de suite qu'il était capable de modifier la donne. Même si son président voulait le rappeler à l'ordre sur certains points... La preuve en est que Rednic a dû partir en fin de saison. Il a essayé en tout cas... Il a souvent tenté d'orienter le coach en place. Les joueurs pouvaient être excédés à d'autres niveaux. Comme lors de l'arrivée de Dudu Biton, d'autant que les joueurs ont rapidement été au courant qu'il avait un beau contrat. Certes, il y a eu d'autres joueurs bidons dans le passé. Mais dans le cas de Biton, c'est un hold-up à visage découvert, tu vois très bien que le joueur est une catastrophe et tu le prends quand même... L'histoire du capitanat est aussi significatif. Dans n'importe quel club, c'est le coach ou le groupe de joueurs qui décident du capitaine. Au Standard, c'est Duchâtelet qui a imposé que ce soit Jelle Van Damme, et ce, contre l'avis du groupe. Mais bon, c'est un détail par rapport à ce qu'il a fait... Il n'y a pas photo. L'imposition en Russie n'est que de 13 %, d'ailleurs quand on discute d'un contrat avec un club russe, les chiffres qu'on te présente sont en net. Oui et non. J'ai cette maison à Liège que j'occupe depuis deux ans et mon transfert en Russie devrait me permettre d'en acheter une autre, plus spacieuse. J'améliore ma qualité de vie future, je fais l'effort aujourd'hui pour préparer demain. On s'accroche en sachant que l'avenir sera meilleur. J'ai signé deux ans à Samara mais je me vois bien rester là-bas, ou du moins en Russie, jusqu'en 2018. J'aurai alors 29 ans. Je n'ai pas encore eu de problèmes. Et il y a même un noir dans le Secret story local. Quand j'ai vu ça, je suis tombé de ma chaise. (Il rit). Je sais. Et en plus, c'est à Samara qu'a eu lieu le jet de banane vers Roberto Carlos. Mais pour moi, ça se passe pour l'instant très bien avec les supporters. Ce match-là était particulier. Même moi, je me disais que ce n'était pas possible. De mon flanc droit, je pense avoir été plus dangereux que notre attaquant de pointe. Mais ça fait un petit temps que je multiplie les bonnes prestations. J'avais peut-être besoin de quitter Liège même si j'adore revenir dans ma ville. Là-bas, je ne me concentre que sur le foot. J'ai reçu un appartement, je roule dans la voiture du club, une Hyundai Solaris. De toute façon, les routes sont tellement catastrophiques qu'il serait idiot de rouler dans une belle caisse. Même un 4X4 a des difficultés. Le pire, c'est quand le directeur sportif ose me demander : -L'Afrique, c'est mieux qu'ici ?(il rit).Je m'entends bien avec les joueurs étrangers. Ils viennent toujours chez moi, ce qui m'arrange bien, je ne dois pas me déplacer. Oui, énormément. Le directeur sportif m' a un jour demandé : -Pourquoi fais-tu tout le temps des passes ? Je lui ai répondu : -Eh bien, parce que le foot est un sport collectif... Il a enchaîné par : -Et les autres, te font-ils des passes ? Et de fait, quand tu regardes les matches, tu as compris. C'est surtout frappant dans les équipes moyennes comme Samara. On est plus fort tactiquement en Belgique mais il y a davantage de qualités individuelles offensives en Russie. Je pense qu'il ne vaut mieux pas. Saint-Pétersbourg reste réputée pour sa xénophobie. Mes équipiers me l'ont bien fait comprendre. De toute façon, il n'y a rien à faire, donc mieux vaut s'occuper intelligemment. Et quand je dis qu'il n'y a rien à faire, je n'exagère pas : je ne vais pas voir les filles et je ne sors pas en boîte car les boîtes de nuit là-bas, ça fait peur ! Il y a un joueur caucasien et un Géorgien de mon équipe qui ont voulu un soir sortir dans une des boîtes de la ville. Ils ont été refoulés par le sorteur à l'entrée. Faut pas demander ce qu'il me serait arrivé. (Il rit). PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Duchâtelet était entré dans le vestiaire pour nous expliquer comment effectuer des rentrées en touche... "