Samedi 6 octobre 2001, Zagreb, une date et un ville à retenir: la Belgique tentera d'y arracher sa qualification pour la phase finale de la Coupe du Monde 2002.
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Samedi 6 octobre 2001, Zagreb, une date et un ville à retenir: la Belgique tentera d'y arracher sa qualification pour la phase finale de la Coupe du Monde 2002.Les données sont connues. Les Diables Rouges peuvent se contenter d'un petit point. La Croatie, de son côté, doit impérativement se payer les trois unités afin de déjà réserver les hôtels au Japon et en Corée. Le perdant de ce nouveau match du siècle héritera d'une chance de repêchage en affrontant le deuxième du Groupe 3 de la zone Europe, probablement la Tchéquie ou la Bulgarie. Croatie-Belgique sera le choc de deux styles: la haute technologie des Balkans face au savoir-faire tactique et collectif de l'équipe du Plat Pays. Le Stade Maksimir sera plein à craquer. Les joueurs croates ont déjà exprimé leur confiance avant cet événement. Pourtant, il y a pas mal de nuances dans d'autres analyses sportives plus pointues, dont celle de Zdravko Reic, éminence du journalisme sportif en Croatie. "J'entends dire à gauche et à droite qu'une absence de la Croatie en Asie ne serait pas du tout dramatique. Je ne ne suis pas d'accord: notre football joue son avenir. Les clubs font de la corde raide. Ils se trouvent dans une situation économique difficile et ne tiennent le coup qu'en vendant des joueurs. Ce business-là sera nettement moins florissant si on rate ce voyage en Asie. Le football croate n'a quasiment aucune autre source de revenus financiers. C'est dire s'il y aura beaucoup en jeu: prestige, sport, commerce, etc". Comment va le football en Croatie?Il vit difficilement. Les clubs ont beaucoup de dettes. La D1 comptait douze clubs, c'était bien, mais ce total a été porté à seize. C'était une erreur et j'ai découvert des clubs dans des endroits que je ne connaissais même pas. On a voulu faire plaisir à tout le monde et il y a des matches de D1 dans des clubs dont les installations sont dépassées. Je vois des meneurs de jeu âgés, des joueurs n'ayant pas le niveau mais qui remontent en D1 via des équipes de troisième zone. On en reviendra heureusement à une D1 à 12 clubs. Pour vivre, le football professionnel doit former et vendre des joueurs. Si la Croatie ne se qualifie pas pour l'Asie, les jeunes joueurs ne trouveront plus aussi facilement des débouchés à l'étranger. Or, il y a encore beaucoup de talents. Surtout à Hajduk Split. J'estime que certains partent trop jeunes: ce sont parfois des enfants qui ont encore besoin de toute la chaleur familiale. Au Dynamo Zagreb, il y a Olic, une future star qui est revenue après avoir tenté sa chancé à l'Inter. Un grand jeune buteur qui se révèle à Zagreb. Mais Jozic n'ose pas l'aligner même quand Balaban n'est pas en forme. Robert Waseige a fait confiance à Wesley Sonck. Jozic aurait hésité. Pour le football croate, ne pas se qualifier pour la Coupe du Monde 2002 serait une catastrophe. Il faut aller en Asie, c'est carrément vital..."Blazevic est plus manipulateur que le Cardinal de Richelieu"Pourquoi Mirko Jozic, le coach national croate, a-t-il déjà annoncé qu'il renoncerait à ses fonctions après le match contre la Belgique ou, au plus tard, à l'issue des matches de barrage pour la Coupe du Monde 2002?Zdravko Reic: Mirko Jozic est un technocrate connaissant le football à fond dans le sens noble du terme, soit ce qui a un rapport direct avec le terrain. Mais, au-delà de cela, même s'il sait désosser le jeu adverse et parler tactique, il n'est pas un chef de file, quelqu'un qui transcende des hommes avant un grand match. Les internationaux croates le savent et se moquent un peu de cette absence de charisme ou de personnalité. Il adore la discrétion et c'est un peu contradictoire avec la nécessité d'être un phare sur le banc d'une équipe nationale. Mirko Jozic n'a pas eu une grande carrière en tant que joueur. C'était un modeste stopper et les stars actuelles ont tendance à le snober, à se moquer de ses théories qui sont trop longues. C'est d'abord un éducateur, un formateur-né qui, avec les jeunes de la Yougoslavie et de la Croatie, a trusté les titres internationaux avec les Boban, Prosinecki, Stimac, Jarni, Suker et Pavlicic. Même s'il a entraîné à l'étranger, et parfois avec succès, Jozic se sent beaucoup plus à l'aise avec les jeunes et retrouvera sa place dans le staff technique de la fédération croate. Globalement, je suis sûr qu'il connaît mieux le métier de coach que son prédécesseur, Ciro Blazevic. Mais ce dernier sauvait l'apparence, jetait de la poudre aux yeux: son style flamboyant masquait les défauts. Blazevic parcourait parfois trois cents kilomètres pour parler à la presse, comme ce fut le cas à l'EURO 96. Je n'imagine pas que Mirko Jozic puisse le faire et, de toute façon, il n'aime pas trop les médias. Ciro Blazevic avait toujours une histoire à raconter, politique s'il le fallait,... une de ses exclusivités dont il a le secret. Il s'occupait très bien de l'ambiance dans le groupe. Le Cardinal de Richelieu était un bébé à côté de Blazevic qui sait manipuler les gens et les situations sans cesse à son profit. Ce showman gardait le fameux képi du gendarme Nivel, qui a été agressé par les hooligans à la Coupe du Monde en France, comme un talisman mais cédait le pouvoir tactique aux principaux joueurs. Mirko Jozic fait passer le terrain avant tout ce cirque. C'est pour tout ça, pour échapper à la pression et vivre avec ses jeunes, qu'il déposera son tablier quand la messe sera dite.Priorité aux contresLa Croatie n'a-t-elle pas d'abord une équipe de contres?Oui, tout à fait, et c'est un des thèmes à la page depuis quatre ans. En France, l'équipe s'est mise en place, et même parfois de façon inattendue, au fil des matches. Igor Stimac ne devait pas jouer mais est devenu un des meilleurs liberos de la Coupe du Monde 98. Mario Stanic avait été retenu en tant qu'attaquant et est devenu médian ou back droit. Davor Suker occupa à lui tout seul le front d'attaque et c'est devenu une philosophie de jeu: 5-4-1. Mais à l'époque, il y avait du répondant, de la technique, de la classe et de la vitesse avec Robert Jarni dans la ligne médiane. Ce n'est plus le cas et nous avons tendance à l'oublier, à nous baser sur le vécu français. Or, la donne est totalement différente. Jarni a pris un coup de vieux et ne galope ou ne déborde plus comme avant. Davor Suker n'est plus tout à fait un véritable attaquant de pointe. Il recule sans cesse vers la ligne médiane. Or, c'est Davor-le-buteur dont la Croatie a besoin et elle a assez de médians même si Zvonimir Boban ou d'autres, comme Aliocha Asanovic, ne sont plus dans le coup et ont hélas mis un terme à leur carrière internationale. La Croatie a des joueurs de qualité, ce sera toujours le cas, mais elle n'a pas de véritable équipe. Boksic, Suker et Jarni ne jouent pas régulièrement dans leur club respectif. C'est un énorme problème et heureusement que Robert Prosinecki a trouvé chaussure à son pied à Portsmouth. Personne n'a le courage de dire que ceux qui ne jouent pas en compétition de clubs ne doivent pas être pris en considération pour notre équipe nationale. Pour moi, le championnat de Belgique est de qualité et vaut au moins cinq fois celui de Croatie. Or, on oublie Vedran Runje qui s'est révélé au Standard. C'est un scandale qu'on ne lui ait pas encore donné une vraie chance en équipe nationale. Ivica Mornar joue en Ligue des Champions avec Anderlecht mais on lui préfère Goran Vlaovic qui est réserviste au Panathinaikois. Au moment du tirage au sort du Groupe 6, tout le monde s'est frotté les mains. Après le nul blanc de Bruxelles, on a parlé de match tactique. Le gros problème est que la Croatie fut ensuite tenue en partage par l'Ecosse à Zagreb: depuis, mon pays court derrière les événements.Tout en ayant des arguments importants tout de même...Oui, mais il y a des problèmes aussi. En 1994, quand la Croatie gagna brillamment 0-2 en Espagne (premier match de Robert Prosinecki pour cette équipe), la majorité des internationaux venaient d'Hajduk Split. Ce fut le début d'un âge d'or avec la Coupe du Monde 98 en point d'orgue. Puis, il y a eu deux blocs: les anciens d'Hajduk et ceux qui jouaient ou avaient joué au Dynamo Zagreb. Le lobby de Dynamo, qui fut très fort du temps du président Tudzman, est resté et impose parfois Butina dans le but alors que Pletikosa (Hajduk Split) est beaucoup plus talentueux que lui, sans parler évidemment de Vedran Runje qui ne joue qu'à Marseille, évidemment. Quand Ciro Blazevic était encore aux affaires, tous les joueurs du Dynamo Zagreb étaient repris en équipe nationale, sauf ceux qui faisaient partie de l'équipe nationale de Bosnie-Herzégovine ou Viduka qui était bien sûr international australien. Cela dit, aujourd'hui, Simic ne joue pas régulièrement à l'Inter. Stanic est irrégulier à Chelsea. Balaban est un bon finisseur (cinq buts dans le Groupe 6) mais il n'est pas toujours repris à Aston Villa. Biscan est réserviste à Liverpool et on en arrive à une évidence: Robert Prosinecki est indispensable alors qu'il ne joue qu'en D2 anglaise.Stimac, le boss...Ne noircissez-vous pas un peu le tableau?Je ne pense pas du tout. Ce sont des constats tout comme j'ai noté les qualités de base des joueurs croates. Je dis que Pletikosa est un bon gardien même si l'OM ne l'a finalement pas acquis. Il brille plus sur sa ligne que dans les sorties aériennes ou au pied mais le gardien d'Hajduk est une valeur sûre. Robert Kovac (Bayern) joue au stopper droit, Igor Stimac (Hajduk) couvre la défense derrière Tudor (Juventus), stopper gauche, qui est le meilleur joueur croate pour le moment.Voilà déjà quatre joueurs de qualité...Je ne le nie pas. Igor Stimac est un tueur, un redoutable compétiteur, le vrai boss de l'équipe. Ce leader n'a peur de rien, ni de personne, ni d'un conflit comme après Hajduk Split-Majorque. En gros, Stanic joue à droite, Soldo, Rapaic, Jarni complètent la ligne médiane. Robert Prosinecki organise et alimente l'attaque où se posteront probablement Balaban et Boksic, qui n'est plus blessé. Suker n'a pas de club.Votre description ne cadre pas avec l'image de marque d'une équipe d'artistes: qu'en pensez-vous?Ciro Blazevic a lancé cette idée selon laquelle la Croatie était le Brésil de l'Europe. C'est faux: le talent est là, évidemment, mais c'est une équipe d'abord défensive. Elle a la meilleure ligne arrière du Groupe 6. Ce sont des artistes mais Tomas, Soldo et d'autres comme Stimac sont uniquement des défenseurs qui font passer la récupération avant tout. L'ère Zvonimir Boban et consorts est terminée et, eux, étaient déjà très soucieux de bien soigner la récupération. Alors, des joueurs moins glorieux ne vont pas jeter la clef de la réussite d'une génération de légende. En France, Suker était le seul attaquant de pointe de la Croatie. A Zagreb, ce sera un match tactique. La Croatie sera motivée et tentera de surprendre les Diables Rouges sur des contres. La Croatie jouera défensivement car elle n'est pas capable de gérer un jeu offensif de la première à la dernière minute. La Croatie se méfie aussi de ce dernier match car cela lui rappelle le match décicif contre la Yougoslavie sur la route de l'EURO 2000. La Croatie ne signa qu'un nul (2-2) et cet échec de dernière minute reste gravé dans les mémoires.Dia2Pierre Bilic