Ça ne fait aucun doute : Sieben Dewaele (20 ans) va bien, si bien même que c'en est étonnant. " De fait, tout cela dépasse aussi nos attentes ", reconnaît Jurgen, le père de Sieben, dans son salon de coiffure à Vichte, un patelin de cinq mille âmes situé entre Courtrai et Waregem. " Pourtant, pendant l'intersaison, je lui disais : " Avec Vincent Kompany, qui sait si tu ne vas pas recevoir ta chance ? . Il me répondait : Papa, ce sera difficile... Il se basait sur la saison précédente."
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Ça ne fait aucun doute : Sieben Dewaele (20 ans) va bien, si bien même que c'en est étonnant. " De fait, tout cela dépasse aussi nos attentes ", reconnaît Jurgen, le père de Sieben, dans son salon de coiffure à Vichte, un patelin de cinq mille âmes situé entre Courtrai et Waregem. " Pourtant, pendant l'intersaison, je lui disais : " Avec Vincent Kompany, qui sait si tu ne vas pas recevoir ta chance ? . Il me répondait : Papa, ce sera difficile... Il se basait sur la saison précédente." Depuis le Nouvel An, il s'entraîne avec le noyau A. Il l'a accompagné en stage, mais n'a pas eu de temps de jeu, contrairement à d'autres jeunes. " L'entraîneur des Espoirs, Jonas De Roeck, lui a toutefois confié qu'il devait se tenir prêt, car ça pourrait aller vite. Mais Sieben jouait en six ou en huit en Espoirs, et l'entraîneur de l'équipe première, Fred Rutten, cherchait quelqu'un qui évoluait plus haut. Il a donc porté son choix sur Yari Verschaeren, qui s'est épanoui alors que Sieben piétinait. N'oubliez pas qu'Anderlecht avait un noyau de 43 joueurs, dont douze médians pour trois ou quatre places. " Sieben a donc envisagé de partir cet été, sous la forme d'un transfert définitif ou d'un prêt en D1B s'il le fallait. " Il venait d'avoir vingt ans, il était capitaine des Espoirs depuis deux ans et voulait jouer en équipe première ", raconte son père. " Courtrai et Saint-Trond étaient intéressés et à la fin, le Beerschot a été très concret. Le premier jour du stage aux Pays-Bas, Sieben a discuté avec Kompany, car le Beerschot voulait être fixé avant la fin de cette semaine-là. Mais Kompany a immédiatement dit non. Il l'avait vu à l'entraînement et appréciait son jeu au pied comme sa mentalité. Il cherchait des gars comme lui. Sieben a donc eu du temps de jeu dans les matches de préparation et vous connaissez la suite. " Il fait maintenant partie du groupe Diablotins. " Ce qui prouve qu'un joueur a vraiment besoin du soutien de son entraîneur. Il n'est pas évident pour un Espoir d'arriver en équipe première. Prenez le Club Bruges : quel jeune a une chance d'y émerger ? On n'y trouve plus personne de la génération de Sieben. Il a peut-être de la chance d'être à Anderlecht. " Sport/Foot Magazine trône sur une table du salon de coiffure. Les Dewaele aiment le football, de même qu'une large part de leur clientèle. Sieben n'avait pas encore cinq ans quand il a commencé à jouer aux Groene Duivels Ingooigem, un club de provinciale où son père et son frère Jordy, de quatre ans et demi son aîné, ont eux aussi débuté. Son talent n'a échappé à personne. Un an plus tard, il rejoignait Zulte Waregem. Et une saison après, il était au Club Bruges. " Il a commencé à marcher à neuf mois et dès qu'on lui donnait un ballon, on voyait qu'il était doué. " Sieben a rejoint le Sporting à douze ans. C'est étonnant pour un Flandrien qui se produisait alors dans sa province pour le grand Bruges, mais d'un autre côté, les Dewaele sont supporters d'Anderlecht. " Quand il était à Zulte Waregem, le Club a invité Sieben à s'entraîner chez lui un mercredi après-midi et il l'a fait avec un survêtement d'Anderlecht. Mais ce n'est pas parce que nous supportons les Mauves et que j'en ai été un abonné qu'il les a rejoints. Sieben étudiait bien et en humanités, les entraînements du Club n'étaient plus compatibles avec sa scolarité au collège de Vichte. Bruges a proposé de venir le chercher tous les jours, mais Anderlecht a présenté une option plus intéressante : étudier à l'institut Saint-Nicolas grâce au programme Purple Talents. Il pouvait loger dans une famille et s'entraîner l'après-midi. Évidemment, ça signifiait qu'il serait absent presque toute la semaine, mais dès que nous avons pris cette décision, il s'est concentré sur le projet et nous n'avons plus parlé du reste. Sieben s'est très bien adapté. " Attaquant au Club, il est devenu médian à Anderlecht. " Certains entraîneurs brugeois m'ont dit qu'il jouait bien et était capable de distribuer le jeu ", se remémore Jurgen Dewaele. Anderlecht le poste un cran plus bas pour exploiter sa lecture du jeu, mais comme il possède déjà un numéro dix de talent en la personne de Francesco Antonucci, Sieben est utilisé en huit. Depuis, il est devenu un six. Pendant les évaluations, on répète que Sieben doit penser davantage à lui-même. " Mais je m'y suis toujours opposé, au Club comme au Sporting, car je ne trouve pas que l'égoïsme soit une qualité. Après tout, le football est un sport d'équipe. " Il a connu un moment difficile il y a deux ans, ajoute son père. " Sieben a achevé ses humanités en math-sciences avec distinction et on lui a conseillé de poursuivre des études universitaires, mais c'est quasi impossible avec autant d'entraînements. Il a donc été confronté à un choix : allait-il rejoindre l'unif' ou miser sur le football ? Anderlecht lui a dit : Tu n'es pas encore mûr pour l'équipe première, mais ça viendra. Prends patience. Sieben a longuement réfléchi avant de s'investir dans le foot. En concertation avec son frère, il s'est soumis à des séances supplémentaires et a adapté son alimentation." Deux ans plus tard, il figure en équipe-fanion, en inverted back dans le football de Kompany, qui s'inspire de Pep Guardiola. " L'objectif est qu'il monte dans l'entrejeu, en possession du ballon ", explique son père. " Il aime ce rôle, car il est souvent en contact avec la balle. Il a commencé à opérer dans ce registre sous la direction d' Emilio Ferrera en Espoirs, mais à partir du poste de médian défensif. Il appelait le ballon bas et le distribuait. Il peut toujours le faire maintenant dans le système adopté par Anderlecht. Il crée une supériorité numérique, trouble l'adversaire en choisissant intelligemment sa position et en jouant avec vitesse et précision. En équipes d'âge, il effectuait déjà les bons choix en reconversion. C'est aussi la qualité que lui a trouvée Kompany et qui permet à Sieben de s'adapter à son style de jeu sans problème. Le football se joue aussi avec la tête. Sieben est un garçon facile, il est de bonne composition et est serviable tout en étant fort. Il ne parle pas beaucoup, mais il croit fermement en ses aptitudes. On l'a nommé capitaine des Espoirs afin de lui confier plus de responsabilités et l'obliger à être plus présent verbalement. Il s'y est adapté petit à petit. Il a aussi compris que beaucoup de joueurs ne pensaient qu'à eux. Il a alors déclaré : Si je reçois ma chance, je la saisirai et je ne la lâcherai pas.Sieben a progressé pas à pas, peut-être moins vite que d'autres. Il sait ce qu'il veut et il cherche sa voie, en restant les pieds sur terre. Un Flandrien typique, en fait. Quand il joue un bon match, je ne dois pas le lui répéter. Il suffit que je le dise une fois. Et si je lui indique ce qu'il pourrait améliorer, il le saisit avant que j'aie fini de le lui expliquer. Il est conscient que chacun, même parmi les meilleurs, souffre de certaines lacunes. S'il réussit pour le moment, c'est parce qu'il travaille, qu'il reste calme et patient. Nous l'avons toujours soutenu. Sa mère l'a conduit je ne sais combien de fois à l'entraînement." Longtemps, un poster des frères Dewaele avec Mbark Boussoufa, une de leurs anciennes idoles, a orné le salon de coiffure. " Maintenant, Sieben l'a pris dans son appartement à Bruxelles. " Sieben est lui-même devenu une idole, depuis. " Je ne le nierai pas : c'est agréable d'admirer mon fils depuis la tribune ", reconnaît le père Dewaele. " Mais ma femme et moi étions tout aussi contents quand, à l'école, on l'a appelé à la remise des diplômes. Il était le seul de son année à avoir achevé ses humanités avec distinction. Ça a été un grand moment pour nous. Sieben était très heureux également. Pour beaucoup de footballeurs, les études ne comptent plus dès qu'ils reçoivent un contrat, à quinze ou seize ans, mais Sieben a toujours été différent. Je le revois rentrer à vélo de l'école primaire. Il se mettait immédiatement à table pour faire ses devoirs, il avalait une tartine, puis allait jouer. Jamais nous n'avons dû lui rappeler de les faire. Jordy était différent, mais Sieben a été indépendant très jeune. C'est pour ça que nous n'avons jamais redouté qu'à Bruxelles, il s'intéresse davantage à son GSM qu'à ses cours. D'ailleurs, les résultats étaient là pour le prouver." Pareil au niveau du football. " Oui, mais nous restons très réalistes. Ce n'est pas parce que Sieben peut jouer à Anderlecht qu'il va attraper le gros cou. En fait, ce n'est qu'un début. Il a effectué un pas dans la bonne direction, mais il doit encore en accomplir beaucoup. Chacun traverse des périodes moins fastes, même si je dois dire que depuis des années, Sieben parvient à prester durant toute la saison, sans connaître de hauts, ni de bas. " Fin août, le Sporting a revu son contrat à la hausse et l'a prolongé jusqu'en 2022. " Kompany lui a dit : Tu ne dois ce contrat qu'à une personne et c'est à toi-même. Mais tu dois saisir l'occasion de te montrer. Recevoir ça d'un joueur qui a évolué au plus haut niveau représente beaucoup pour mon fils. "