Rarement dans sa carrière, Michel D'Hooghe aura été en proie à pareil tiraillement. Mille raisons le dissuadaient de succéder à Michel Van Maele à la présidence de Bruges mais la sympathie générale l'a fait fondre. Les témoignages de confiance, verbaux et écrits, se sont multipliés. La Venise du Nord attend énormément de son nouveau président.
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Rarement dans sa carrière, Michel D'Hooghe aura été en proie à pareil tiraillement. Mille raisons le dissuadaient de succéder à Michel Van Maele à la présidence de Bruges mais la sympathie générale l'a fait fondre. Les témoignages de confiance, verbaux et écrits, se sont multipliés. La Venise du Nord attend énormément de son nouveau président.La vie de Michel D'Hooghe va donc à nouveau se décliner en bleu et noir. Le Club est financièrement sain, en pleine forme sportive, mais son nouveau président doit secouer le conservatisme ambiant pour doter le Club de structures de son temps, même si D'Hooghe s'insurge contre cette étiquette: selon lui, on confond amateurisme et simplicité. Or, cette dernière doit rester la marque de fabrique de Bruges. Sur son lit de mort, Michel Van Maele lui a confié le club dans cet esprit. D'Hooghe: "Il m'a appelé à l'hôpital pour me demander de ne pas laisser le Club en plan. Il m'a longuement serré la main. En me rendant à son chevet, j'ignorais qu'il me demanderait de prendre la relève".Michel D'Hooghe : C'est le conseil d'administration qui devait le faire mais j'ai décidé de me mettre à sa disposition. J'ai quand même vécu des jours difficiles car on m'a donné des conseils contradictoires, dans le milieu sportif. J'ai consulté d'autres personnes et c'est avec mon épouse que j'ai eu la conversation la plus fructueuse. Pendant trois heures, nous avons tout passé en revue et j'ai retrouvé ma quiétude. J'ai accepté par amour et je vais m'engager à fond, comme les gens du club l'ont déjà constaté. Vous avez été élu très vite, ce qui n'est pas dans les moeurs de Bruges?Le comité de direction étant unanime, je n'ai pas voulu laisser place aux spéculations. Le dossier a donc été présenté le soir même au conseil d 'administration. Cette rapidité a valeur de symbole, pour moi. J'ai l'intention de jouer court sur le ballon: c'est plus aisédans un club qu'au sein d'une grande maison comme l'UB -sans que ça sonne comme un reproche.Trois défisOui. J'ai trois défis à relever. 1.Il y a d'abord le challenge sportif. Le Club a pris goût à la Ligue des Champions et en veut plus. Grâce aux efforts des dernières semaines, en matière de prolongation des contrats, il a gagné en stabilité. Nous allons poursuivre sur notre lancée afin d'être plus forts, plus compétitifs encore la saison prochaine. Les deux matches capitaux ont lieu dans quatre mois: je parle du tour préliminaire de la C1. Il a lieu en août et il faudra être prêt à ce moment. La Coupe d'Europe devrait constituer un surplus mais en fait, le championnat seul ne nous permet pas de boucler notre budget.2. L'aspect social est important aussi. Je veux diriger un club prestigieux mais pas prétentieux. Nous devons respecter les supporters. Nous ne pouvons trahir nos racines populaires. J'ai vécu l'époque où le kop s'est formé au Klokke. Il n'était pas encore question de hooligans. Ce n'étaient que des supporters chaleureux. Ce tissu social est resté, tout en évoluant. J'adore discuter avec les supporters et je poursuivrai ma lutte contre le hooliganisme: ces gens ne sont pas des supporters du Club. 3. Enfin, il y a l'économie. Je suis d'accord pour un progrès sportif, pas pour l'aventure. J'ai toujours été prudent à l'UB et de toute façon, Germain Landsheere, le trésorier, était là pour me faire garder les pieds sur terre. Il m'a beaucoup appris. Son seul problème, c'est qu'il avait toujours raison! Je ne prendrai pas de risque mais j'ai des idées. Nous pouvons améliorer le marketing et le merchandising, par exemple. J'ai adressé une lettre confidentielle au comité de direction, reprenant plusieurs aspects à étudier. Je nous donne quatre ou sinq semaines pour jeter de nouvelles bases. éa ne devrait pas prendre davantage de temps.Sans la Coupe d'Europe, vous auriez un déficit d'exploitation de près de 3,75 millions, non?Oui. La Ligue des Champions devait être une poire pour la soif mais, en fait, nous sommes déficitaires si on ne tient compte que du championnat.Vous êtes déjà très présent au Club...Je n'ai pas l'intention de me mêler du travail des départements. Ma mission est de coordonner tous les efforts et d'élaborer avec toutes les parties une stratégie d'avenir. Divers entretiens m'ont déjà convaincu que notre politique était saine, contrairement à ce qu'on dit. Nous sommes en train de franchir un nouveau cap vers l'élite. Un club prestigieux doit respecter ses interlocuteurs tout en suscitant le respect dans tous les domaines. Nous avons une marge de progression.Le Club doit-il mieux se vendre?Nous devons faire un effort en communication mais c'est le cas de toutes les entreprises. On sous-estime trop cet aspect. A l'UB, c'était un des plans sur lesquels je n'étais pas d'accord avec Landsheere: j'aurais voulu qu'on investisse davantage en communication. Le Club doit désigner un communicateur et ce ne sera pas moi. D'autres points sont perfectibles. J'ai adressé un dossier de 11 pages au comité de direction. J'aimerais qu'il réagisse de manière créative. On peut sans problème me dire que je me trompe. Il s'agit d'un échange d'idées. Ensuite, nous les soumettrons au conseil d'administration. D'ici quatre semaines, nous devrions déjà être en mesure d'annoncer certaines choses. Votre arrivée soulève de grands espoirs.J'en suis conscient et je vais essayer de les rencontrer, mais pas seul. J'ai toujours été un joueur d'équipe. Je ne veux pas non plus être un simple cheval de parade.Motivation et modestieA-t-il si mal travaillé? Je n'aime pas le glamour ni la façade. Restons simples et naturels. La meilleure leçon que la vie m'ait inculquée est celle de la médecine. Il faut effectuer son travail avec motivation et modestie et repousser toute prétention. Le Club Brugeois est maintenant en tête du championnat, avec une large avance, mais avez-vous déjà entendu quelqu'un, au sein du Club, s'en vanter et bluffer? Les Ouest-Flandriens sont ainsi faits. Ce sont des gens modestes et réalistes. On pointe souvent le comité de direction du doigt mais il constitue justement la grande force de Bruges. Des hommes jeunes qui en veulent y siègent tandis que des plus âgés canalisent leur enthousiasme. La combinaison est parfaite. Je serais fou de vouloir la modifier. Je suis également très heureux que Marcel Kyndt, le dirigeant brugeois qui était le plus proche de Van Maele, ait accepté de demeurer président de ce comité de direction. Il dispose d'un énorme know-how économique.On évoque souvent vos relations avec le directeur général Antoine Vanhove. Elles ne seraient pas des meilleures...Je n'ai jamais compris ce préjugé. Nous travaillons ensemble depuis plus de 30 ans. Chacun connaît les qualités et les manquements de l'autre. Naturellement, Antoine Vanhove n'est pas parfait, mais moi non plus. D'ailleurs, ce n'est pas parce qu'on a des divergences de vues dans tel dossier qu'il faut immédiatement en déduire qu'une relation n'est pas bonne, non?Vous êtes favorable à l'arrivée de Marc Degryse.Dans ce dossier, je suis simplement intervenu en profane, de l'extérieur. Je me demandais s'il ne serait pas opportun d'élargir le staff sportif, puisqu'une opportunité se présentait. Les autres ont parfaitement le droit d'avoir une opinion différente. éa ne doit pas nécessairement aboutir à un conflit: c'est un échange de vues enrichissant. La presse a gonflé l'affaire Degryse. Je n'ai jamais eu l'intention de la transformer en une espèce de passation de pouvoirs.Il n'empêche: enrôler Marc Degryse et ainsi poursuivre le rajeunissement du cadre constituait une bonne idée, que soutenait d'ailleurs aussi Marcel Kyndt.Nous verrons ce qu'il en adviendra à l'avenir. Ce n'est pas à l'ordre du jour. Pour l'instant, j'effectue mon inventaire. Je découvre tout. Ce n'est qu'ensuite que nous nous pencherons sur les points faibles, qu'il s'agira d'améliorer. Avant cela, nous devons poser le bon diagnostic. Le dossier Marc Degryse ne constitue pas une priorité. On m'a toujours reproché d'être un diplomate mais à l'UB, tout le monde sait pertinemment que je ne suis pas toujours facile. Je ne serai pas différent au Club Brugeois, faute de quoi je ne serais pas à ma place.Jacques Sys"Tout le monde sait que je ne suis pas toujours facile""La presse a gonflé l'affaire Degryse"