Au coup de sifflet final de M. Boucaut contre l'Antwerp, Nicolas Penneteau & Co ne se sont pas rués vers Abdel et sa famille. Sans un regard pour ces anonymes coincés au onzième étage des barres d'immeubles situées rue de la Neuville, les désormais leaders du championnat se sont rassemblés dans le rond central, ont fêté la super prime offerte par Mehdi Bayat, puis sont allés célébrer la victoire avec les quelques ultras venus assister à l'aveugle au spectacle, quelque part entre la T1 et la T4. Le seul public présent aux abords du stade, selon la version officielle.
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Au coup de sifflet final de M. Boucaut contre l'Antwerp, Nicolas Penneteau & Co ne se sont pas rués vers Abdel et sa famille. Sans un regard pour ces anonymes coincés au onzième étage des barres d'immeubles situées rue de la Neuville, les désormais leaders du championnat se sont rassemblés dans le rond central, ont fêté la super prime offerte par Mehdi Bayat, puis sont allés célébrer la victoire avec les quelques ultras venus assister à l'aveugle au spectacle, quelque part entre la T1 et la T4. Le seul public présent aux abords du stade, selon la version officielle. C'est faire peu de cas de ce qui se passe là-haut. Pour comprendre, il faut grimper. Ou au moins lever la tête vers ces tours d'immeubles interminables, en forme de tribune verticale. La vue se mérite. Il faut amadouer la concierge, oublier son vertige et vaincre sa claustrophobie pour y accéder en ascenseur. Bienvenue dans les nuages. À la Résidence Pallas aka " l'autre tribune d'honneur carolo ". Ici, le spectacle se déguste souvent en famille. Avec une télé allumée sur Eleven pour les ralentis, mais un regard sur le pré pour profiter de l'ambiance live du stade. En temps de Covid, ce n'est pas un petit luxe. Entre une bouchée de brownie et un verre de Selecto, une boisson algérienne " meilleure que du coca ", à en croire les spécialistes maison, Abdel savoure l'instant, puis, s'agite sur le but de Nicholson. Et savoure encore. Abdel, c'est le directeur du recrutement du 64, rue de la Neuville. Lui s'approvisionne au Leader Price. Et ici, on a comme qui dirait l'amour des produits blancs. Habillés de la tête aux pieds aux couleurs du Real Madrid, Iyad (six ans), Ayoub (neuf ans) et Wael (quinze ans) ont chopé le virus du paternel. Un fervent supporter du Real devenu pensionnaire du Stade du Pays de Charleroi en janvier 2015, sur un coup de foudre. " Quand j'ai visité l'appartement, il ne m'a pas fallu cinq minutes. J'ai vu le balcon et à la limite, je n'avais pas besoin de voir le reste. J'ai signé directement, sur un coup de tête. " Sans rire, le balcon, quand on surplombe la T3 carolo, c'est un peu la pièce de vie. Un étage plus bas, Patrick et Fabienne se souviennent encore du jour où un agent immobilier leur a raconté que l'appartement du dixième était libre depuis deux ans. Eux vivent alors au premier étage de l'immeuble d'à côté et ont du mal à comprendre comment cette petite perle n'a pas trouvé preneur avant eux. Supportrice des Zèbres depuis 1982, Fabienne se souvient avoir déménagé pendant une trêve estivale et empile forcément les panoplies du parfait supporter. Chez elle, les souvenirs se serrent dans quelques mètres carrés, sans distanciation sociale. En vrai, pour les seuls supporters carolos à avoir vu de leur propres yeux briller la bande à Karim Belhocinedepuis le début de saison, le Covid n'a pas changé grand-chose. C'est l'avantage de loger entre ciel et terre, face à ce que les anciens appelaient à l'époque le " mur de la honte ". C'était au temps de l'EURO 2000 et d'une poussée de croissance incontrôlée. Soudainement haute de 36 mètres, aujourd'hui ramenée à 22, la T3 enverra les locaux devant le Conseil d'État. Une victoire juridique, suivie d'un dédommagement et de la déconstruction partielle des T2, T3 et T4. Les riverains d'alors profitent un temps d'une vue dégagée, puis voient apparaître en 2014 un monstre d'acier. L'installation d'une structure portante, coiffée d'un toit de 6.200 m2 pour septante tonnes de fonte, change quelque peu le rapport au réel. Désormais, au Pallas, il y a ceux qui voient les buts et les autres. Il y a Abdel et sa famille d'un côté, Patrick et Fabienne de l'autre. La team balcon contre la team télé. Deux façons de voir la vie, deux manières de vivre le foot, mais une passion unique : les chambres avec vue.