"Pierre ne peut plus jamais partir", déclare fermement Jan Van Der Meulen. La fusion entre Winterslag et Waterschei est encore fraîche, mais à Genk, tout le monde partage l'avis du responsable sportif. Pierre Denier n'a jamais porté d'autres couleurs que celles de Winterslag puis du Racing limbourgeois, à l'exception d'une saison en troisième provinciale, avec Hoger Op Molenbeersel. Il fait ainsi partie du cercle restreint des joueurs qui ont effectué toute leur carrière professionnelle au service d'un seul et même club, de même que, entre autres, Raoul Lambert (Club Bruges), Louis Phillips (RFC Liège), les frères Marc et Luc Millecamps (Waregem), Killian Overmeire (Lokeren) ou Dante Brogno (Charleroi).
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"Pierre ne peut plus jamais partir", déclare fermement Jan Van Der Meulen. La fusion entre Winterslag et Waterschei est encore fraîche, mais à Genk, tout le monde partage l'avis du responsable sportif. Pierre Denier n'a jamais porté d'autres couleurs que celles de Winterslag puis du Racing limbourgeois, à l'exception d'une saison en troisième provinciale, avec Hoger Op Molenbeersel. Il fait ainsi partie du cercle restreint des joueurs qui ont effectué toute leur carrière professionnelle au service d'un seul et même club, de même que, entre autres, Raoul Lambert (Club Bruges), Louis Phillips (RFC Liège), les frères Marc et Luc Millecamps (Waregem), Killian Overmeire (Lokeren) ou Dante Brogno (Charleroi). Il n'a jamais été voir si l'herbe était plus verte ailleurs, contrairement à son frère aîné Thieu, qui a joué au Standard et au Cercle, mais il a toutefois passé des tests au Fortuna Sittard et au VVV-Venlo. Une autre fois, Denier a aussi pu s'entraîner toute une journée au Bökelberg avec le Borussia Mönchengladbach, qui était alors une équipe de calibre européen. Mais le légendaire entraîneur Hennes Weisweiler lui a dit que le niveau était un rien trop élevé pour lui et qu'il avait intérêt à opter pour une formation qui lui permette de jouer tous les matches, afin de progresser. En 1974, il se tourne donc vers le FC Winterslag, promu en D1, où joue déjà Thieu. Il effectue ses débuts parmi l'élite quelques mois plus tard au Klokke, où le Club inflige une raclée 7-0 à Winterslag. En 1978, il épouse son amie d'enfance, Wies. Quand sa mère commandait cinquante pistolets à la boulangerie des parents de Wies, il allait en chercher deux fois 25. "Comme ça, je pouvais la voir deux fois", explique-t-il dans son livre bourré d'anecdotes, " Pierre Denier, 40 jaar Genk, Mijn leven, mijn club". En 1974, le football belge se professionnalise, mais Pierre n'a pas encore ce statut. Durant les premières saisons sous la direction de Robert Waseige, qui a promu le club de D3 en D1, il travaille à temps plein pour Yoko, un fabricant de fromage qui est aussi le sponsor maillot de Winterslag. Au début, Pierre est magasinier et bosse de 8 heures à 16h30. Il n'y a pas encore de téléphone chez lui. La direction et les journalistes doivent donc téléphoner à la coiffeuse qui habite 500 mètres plus loin quand ils veulent le contacter. Elle enfourche alors son vélo pendant que ses clients sont sous le sèche-cheveux. C'est une époque heureuse. Pierre est le chauffeur attitré de ses coéquipiers quand ils ont bu un verre de trop. Sur le siège passager, il y a toujours un paquet de chips, du chocolat et d'autres friandises, ce qui vaut à Pierre le surnom de Snoepke, bonbon en néerlandais. À partir de 1978, Pierre ne travaille plus qu'à mi-temps, de 10 à 15 heures. Il prend note des commandes et les emballe. Il doit constamment entrer dans le frigo, réglé sur trois degrés. Il accorde des interviews entre les grosses boules de fromage. Il n'obtiendra un véritable contrat professionnel qu'en 1988, après quatorze saisons en rouge et noir, lors de la fusion de Waterschei et de Winterslag. Soudainement, Pierre a l'impression d'être en vacances. En 2016, après avoir été entraîneur-adjoint pendant 22 ans, il remplace le délégué Tony Greco suite au décès de ce dernier. Durant sa jeunesse, Greco faisait retentir les chansons de son ami Rocco Granata partout où il passait à moto. "Marina", le morceau le plus célèbre de Granata, continue à passer dans la Cegeka Arena à la mi-temps. C'est le signal que la deuxième période débute et qu'il est temps de retourner à sa place. Pierre n'a guère de regrets. "La vie m'a beaucoup apporté. Elle m'a offert tout ce que j'aimais", constate-il. "J'ai toujours eu un bon ange gardien." À la fin de la saison en cours, Denier prendra sa retraite, 48 ans après ses débuts en 1974.