A Opwijk, François Van der Elst, surnommé Swat, gère depuis des années une très belle salle de snooker où les billards trônent comme les stades qu'il enchanta durant une carrière exceptionnelle. Ses victoires le menèrent des Cadets de Mazenzele à Anderlecht (1968-1980) puis au Cosmos de New York (1980-1981), à West Ham (1981-1982) et enfin à Lokeren (1982-1986).
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A Opwijk, François Van der Elst, surnommé Swat, gère depuis des années une très belle salle de snooker où les billards trônent comme les stades qu'il enchanta durant une carrière exceptionnelle. Ses victoires le menèrent des Cadets de Mazenzele à Anderlecht (1968-1980) puis au Cosmos de New York (1980-1981), à West Ham (1981-1982) et enfin à Lokeren (1982-1986). L'entraîneur Polyte Vanden Bossche avait été épaté par son talent et sa pointe de vitesse au cours d'un tournoi de jeunes à Grimbergen. Puis, c'est Georg Kessler qui le lança en D1 contre Diest. " Je fêterai mes 52 ans le 1er décembre ", dit-il avec un petit sourire accroché au coin des lèvres. " Le temps passe vite. Je suis grand-père depuis quelques mois. J'ai conscience d'avoir vécu des moments exceptionnels. Il y a une grande différence entre les années 70 et l'époque actuelle : les équipes n'étaient pas secouées sans cesse par des transferts. J'ai joué durant des années avec les mêmes équipiers. Nous nous trouvions les yeux fermés sur le terrain. De plus, nous étions aussi des amis dans la vie. Cela soudait considérablement les effectifs et facilitait fortement le boulot des entraîneurs. En 2006, les groupes sont plus éphémères, ne tiennent le coup que quelques mois avant d'être pillés par des clubs riches. Je vois des tours de Babel partout et, si c'est évidemment enrichissant, le dialogue en souffre. De mon temps, il y avait des Belges et des Hollandais à Anderlecht. Personne n'éprouvait de problèmes de communication et cela constituait un atout important. Kessler et Urbain Braems ont coulé les fondations d'une nouvelle génération ". En 1975, Anderlecht tourne une page importante de son histoire. A 32 ans, Paul Van Himst se retire emportant avec lui ses slaloms, ses revers du pied, sa technique et ses quatre Souliers d'Or (1960, 1961, 1965, 1974). Il y avait eu un incident quand le Pelé blanc refusa de jouer sur l'aile droite en Coupe des Coupes au FC Zurich. Le légendaire Van Himst prit la direction du RWDM et Anderlecht entra totalement dans l'ère Robby Rensenbrink. " J'ai été Champion de Belgique sous la direction d'Urbain Braems en 1974 ", se souvient François Swat Van der Elst. " Curieusement, c'est le seul titre de ma carrière en Belgique. Or, j'ai eu la chance de faire partie d'une génération incomparable. Il y a un mystère que je ne m'explique pas. Notre équipe avait plus d'atouts que le Standard ou que Bruges et nous aurions dû gagner plusieurs titres. Mais nos campagnes européennes nous ont probablement coûté pas mal d'influx nerveux et cela nous priva de points précieux en championnat ". En 1974-1975, le titre revient au... RWDM tandis que le Sporting s'approprie la Coupe de Belgique au détriment de l'Antwerp (1-0). Grâce à ce succès, Anderlecht se retrouve en Coupe des Coupes et entame une course folle, élimine successivement le Rapid Bucarest, Borac Banja Luka, Wrexham et Zwickau avant d'avoir rendez-vous avec West Ham en finale au Stade du Heysel (qui ne s'appelait pas encore Stade Roi Baudouin) le 5 mai 1976. C'est une date importante pour Anderlecht et tout le football belge. C'est l'âge d'or de nos clubs : cette saison-là, le Club Bruges s'est glissé avec brio jusqu'en finale de la Coupe de l'UEFA face à Liverpool (3-2 en Angleterre, 1-1 en Belgique). Anderlecht pouvait donc être le premier vainqueur belge d'une Coupe d'Europe... " Anderlecht avait eu un peu de chance lors des tirages au sort ", raconte Swat Van der Elst. " Nous avions évité de gros clients et il est désormais impossible de se qualifier pour une finale après quatre duels. Le chemin est plus long en 2006 mais cela ne change rien à nos mérites car tout le monde était logé à la même enseigne. Notre génération a éclaté lors de cette campagne de qualification. Elle a pris conscience de sa valeur. La finale de Bruxelles a indiscutablement eu un formidable impact sur ma carrière. Cette saison-là, le regretté Hans Croon avait pris la succession de Braems. Le coach néerlandais débarquait du Lierse, où il avait abattu du très bon travail, et tout le monde savait qu'il ne resterait qu'un an à la tête de notre équipe. Anderlecht avait déjà signé un accord avec Raymond Goethals qui était cependant retenu par son contrat de coach des Diables Rouges. Croon est arrivé chez nous avec l'assurance propre aux Hollandais. Cette confiance et cette tranquillité ont eu un effet très positif sur le groupe. J'avais apprécié toute la psychologie de Braems et je trouvais que Croon était à la hauteur de l'héritage. Ces deux coaches avaient opté pour un 4-4-2 comprenant cependant des petites différences. Braems avait une vision classique avec deux attaquants de pointe. Il fallait des mouvements sur les ailes et du costaud devant si possible ". " Croon apporta une autre dimension à notre occupation du terrain. Il avait deviné que les médians qu'il avait sous la main pouvaient eux aussi être une source de richesses offensives. Dès lors, il demandait à ses deux attaquants (le plus souvent Peter Ressel et l'inévitable Rensenbrink) de bien écarter le jeu. Il y avait dès lors un grand vide devant le centre de la défense adverse et cela ennuyait les stoppers habitués à se coltiner avec des tours offensives. Notre ligne médiane, par contre, en tirait un profit appréciable. J'avais le loisir de plonger plus facilement dans les zones libérées. Bien lancé, je surgissais de loin et c'était un facteur de surprise très intéressant. Arie Haan pouvait avancer d'un cran et distribuer ou expédier un de ses obus. Ludo Coeck, lui, canonnait à distance. Personne ne détenait un tir aussi précis et puissant que lui : c'était phénoménal. Ludo n'avait qu'un problème : physiquement, il était un peu fragile et fut souvent blessé aux chevilles. Jean Dockx et Frankie Vercauteren se régalèrent aussi dans cette conception ". Anderlecht se retira comme d'habitude au Lido de Genval afin de préparer la finale de la Coupe des Coupes 1975-1976 contre West Ham United. La tension était grande dans le camp belge mais sans plus. " Il y avait évidemment un monde fou ", se souvient Van der Elst. " Croon avait eu un petit souci en défense. Erwin Vandendaele avait été victime d'un pépin et quand c'était le cas, il installait le plus souvent Gilbert Van Binst dans l'axe de la défense. Je reculais parfois d'un cran mais Croon préférait faire appel à un de nos réservistes : Michel Lomme. Ce dernier n'a pas souvent joué en championnat mais, quand c'était nécessaire, il nous aidait bien, surtout en Coupe d'Europe. C'est ainsi qu'il disputa la finale contre West Ham tout en n'étant pas très connu du grand public. Pour lui, il suffisait de jouer simplement et d'être au service d'une équipe dont tous les rouages étaient parfaitement huilés. Jan Ruiter était un gardien de but de grande classe. En plus de Lomme, Croon aligna Hugo Broos, Gilbert Van Binst et Jean Thissen en défense. Broos était d'une très grande efficacité. La technique n'était pas son point fort mais il compensait par son sérieux, son application, sa pointe de vitesse, son art de mettre un attaquant adverse sous l'éteignoir. Quand Hugo jetait un attaquant adverse en prison, on ne retrouvait pas facilement la clef. Van Binst était intransigeant. Gilles était aussi à l'aise à droite que dans l'axe. C'était un gars marrant mais, sur le terrain, il se faisait respecter. A gauche, Jean Thissen montait la garde et cela voulait tout dire : on ne passait pas. Haan était le plus confiant avant la finale. Notre général avait déjà gagné pas mal de grands matches avec l'Ajax d'Amsterdam. Il connaissait l'ivresse des finales européennes. Son vécu nous fut très utile. Mais l'arme suprême d'Anderlecht, c'était évidemment Rensenbrink. Lui, c'était le plus grand. Il savait tout faire : dribbler, distribuer, marquer de près ou de loin. Dans ses grands jours, Rensenbrink était intenable. Quand il avait envie de mettre le turbo, personne ne pouvait nous empêcher de gagner. Pour moi, Rensenbrink est le plus grand joueur étranger ayant évolué en Belgique. Mais quand il n'avait pas envie, cela se voyait aussi. Croon l'a renvoyé quelques fois au vestiaire car il n'en touchait pas une à l'entraînement. Mais quand il mettait son smoking sur le terrain, c'était soir de gala. Il affolait toutes les défenses. En 1977, j'ai été sacré meilleur buteur de D1 : il a certainement préparé 15 de mes 21 buts ". Anderlecht fut mené à la 28e minute de jeu suite à un but de PatHolland pour West Ham. " Ce but ne nous décontenança pas du tout, même si Coeck, blessé, fut remplacé par Vercauteren quatre minutes plus tard ", raconte Van der Elst. " Rensenbrink égalisa à trois minutes du repos. Je n'étais pas spécialement satisfait de ma prestation. Alors que je retrouvais le fil de mes idées sur la table de massage, notre soigneur, Fernand Beeckman, me glissa à l'oreille : -Ne t'en fais pas Swat. Ça va aller et tu vas marquer. Il ne croyait pas si bien dire : j'ai fait 2-1 à la 46ème minute. Fernand avait vu juste. Les Anglais ont égalisé avant que Rensenbrink ne fasse 3-2 sur penalty et moi 4-2 ". Swat avait chaque fois marqué dans son style : vitesse, feinte, frappe. Les Anderlechtois furent fêtés comme des héros. Croon prit congé d'eux comme prévu. Des années plus tard, Van der Elst apprit qu'il fit partie d'une secte avant de quitter ce monde. Goethals était différent. Il eut un succès fou avec Anderlecht : une finale de Coupe des Coupes perdue contre Hambourg (2-0 à Amsterdam en 1977), une autre gagnée face à l'Austria Vienne (4-0 à Paris en 1978), deux Supercoupes européennes arrachées au Bayern Munich en 1976 (2-1 en Allemagne, 4-1 en Belgique) et à Liverpool en 1978 (3-1 ici et 2-1 en Angleterre). " Goethals était un stratège hors pair ", explique Van der Elst. " Si Croon ne s'occupait quasiment jamais de nos adversaire, Goethals les connaissait sur le bout des doigts. Anderlecht jouait toujours en 4-4-2 mais il y avait des variantes en fonction des adversaires : un ou deux attaquants, un ou deux médians défensifs. La finale de Paris fut très belle. Les Autrichiens nous prirent à la légère. Il y en avait même qui fumaient au moment de découvrir la pelouse du Parc des Princes. Ils ont eu droit à un 4-0 bien tassé ". En 1980, après la finale de l'Euro 80 Allemagne-Belgique (2-1), Van der Elst a tenté la grande aventure américaine. L'Anderlechtois répondait à l'appel du pied de l'entraîneur allemand du Cosmos de New York, Hennes Weisweiller. Au Snooker Palace, il a encadré une photo que lui a gentiment dédicacé Pelé. La star brésilienne avait quitté New York quand il arriva. Swat joua au Cosmos avec Franz Beckenbauer, Johan Neeskens, Carlos Alberto, etc. La vie ne lui convenait pas avec d'incessants voyages en avion et il accepta une offre de... West Ham un an plus tard. Après cette saison anglaise, il se replia vers Lokeren où la chance ne fut pas de son côté. En 1986, celui qui porta 44 fois la tenue des Diables Rouges se blessa à la cheville. " Pour moi, et même si je n'avais que 32 ans, il était temps d'en rester là ", dit-il. " Je n'ai plus jamais joué. Pour le moment, je suis le délégué d'Opwijk, en Promotion B, et cela m'amuse. Les parents des joueurs me parlent parfois du bon vieux temps. Je n'ai plus beaucoup de contacts avec les anciens équipiers. C'est la vie : chacun vaque à ses occupations et ma salle de snooker me prend beaucoup de temps. Je suis heureux d'avoir vécu une période formidable du football belge. La tristesse actuelle de nos clubs et de l'équipe nationale m'attriste... " PIERRE BILIC