L'agence s'appelle TangoOff. Un nom prédestiné, car pour DiegoMaradona, le bal est bel et bien terminé. Son show télévisé, La Noche del diez, qui était diffusé le lundi soir à la télévision argentine et qui a battu des records d'audience, a été interrompu après 13 ou 14 émissions. Pelusa n'avait toutefois pas abandonné le petit écran pour autant, puisqu'il était présent en Allemagne comme consultant.
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L'agence s'appelle TangoOff. Un nom prédestiné, car pour DiegoMaradona, le bal est bel et bien terminé. Son show télévisé, La Noche del diez, qui était diffusé le lundi soir à la télévision argentine et qui a battu des records d'audience, a été interrompu après 13 ou 14 émissions. Pelusa n'avait toutefois pas abandonné le petit écran pour autant, puisqu'il était présent en Allemagne comme consultant. Il a retrouvé une certaine forme physique après avoir côtoyé la mort de (très) près en 2000 et en 2004, mais il est dé-sormais essentiellement un supporter et ne joue plus que pour le plaisir. En Argentine, il reste un dieu. Raison pour laquelle l'agence en question a décidé de proposer aux touristes de passage à Buenos Aires une excursion qui visite les lieux où a vécu l'idole de tout un peuple. Cela doit être unique dans le cas d'un footballeur. " Pourquoi ce circuit ? Parce qu'on s'est rendu compte que Maradona était, tout simplement, le citoyen argentin le mieux connu dans le monde ", explique le patron. " Notre agence a, dès le départ, voulu se différencier de ses concurrentes en proposant essentiellement des circuits thématiques. L'un d'eux retrace l'itinéraire des immigrants, un autre celui d' EvaPeron et un troisième, l'histoire du tango. On s'est aperçu qu'au cours des excursions, beaucoup de personnes posaient des questions sur Maradona. L'idée a ainsi germé ". L'homme nous propose une excursion privée, en voiture particulière, sur les traces de Diego. Il avoue n'avoir jamais été lui-même en contact avec Maradona, ni avec sa famille. Il s'est donc documenté et renseigné auprès de gens qui ont bien voulu témoigner. " C'est, par exemple, un épicier voisin de l'endroit qui m'a indiqué la maison où vivait Maradona lorsqu'il jouait à Argentinos Juniors ", explique-t-il. Le circuit débute au Luna Park, une salle de spectacle du centre de Buenos Aires où l'on organise régulièrement des événements sportifs : des combats de boxe, en particulier. Mais qu'est-ce que le Luna Park a à voir avec Maradona ? " C'est simple ", rétorque le guide. " C'est ici qu'il avait organisé sa fête de mariage avec ClaudiaVillafane en 1990. Il n'avait pas regardé à la dépense. Ce fut l'un des mariages les plus dispendieux qui soient : 1.500 invités, dont toute l'équipe de Naples pour laquelle un avion avait été spécialement affrété. CarlosMenem était alors le président de l'Argentine et tous ces gens de la jet-set s'étaient amusés comme des petits fous. Diego a passé sa nuit de noces au Sheraton tout proche. Claudia lui a donné deux enfants, ses deux seuls enfants légitimes, car on sait qu'il en a eu d'autres en dehors de son mariage. Aujourd'hui Diego et Claudia sont séparés ". En tournant à droite, on aurait pris la direction de Lanus, et plus précisément du quartier de Villa Fiorito, là où a vécu Diego Maradona avec ses sept frères et s£urs lorsqu'il était gamin. Mais on tourne à gauche. Dommage. " Le quartier de Villa Fiorito est trop dangereux ", justifie le guide. Un peu trop loin aussi, sans doute, puisque distant d'une trentaine de kilomètres du centre de Buenos Aires. Le guide nous explique tout de même les origines de la famille Maradona : " Les parents sont originaires de la province de Corrientes, dans le nord du pays. C'est pour cela qu'au terme de sa carrière, Diego a fait une première tentative - infructueuse - comme entraîneur dans le club de Mandiyu, établi dans cette province. DonDiego, le père, et DoñaTota, la mère, ont émigré vers la capitale à la fin des années 50 pour trouver du travail. Le père a travaillé dans une usine chimique, la mère comme femme d'ouvrage. Ils n'ont pu s'offrir davantage qu'une habitation très modeste, comprenant deux pièces où il a fallu loger dix personnes, et seulement recouverte d'un toit en tôle ondulée. Le quartier était misérable également : certains ont rebaptisé Villa Fiorito, VillaMiseria. C'est là que Diego est né le 30 octobre 1960, à 7 heures 05 du matin. Malgré les conditions précaires dans lesquelles il a vu le jour, le médecin a directement déclaré : - Cepetitesttrèscostaud, iliraloin ! Diego fut, très tôt, attiré par le football. Lorsqu'il avait trois ans, son oncle lui a offert son premier ballon de cuir. Il a souvent dormi avec le ballon dans les bras. Son père aussi était passionné de football. Dans le quartier, une équipe s'était constituée : l' EstrellaRoja (l'Etoile Rouge). Elle jouait sur un petit terrain accessible uniquement par des chemins de terre, dans un endroit peu fréquentable. Diego n'aimait pas trop l'école, mais son père l'obligeait à s'y rendre ". L'étape suivante nous mène au stade Monumental, celui de River Plate. On se demande pourquoi, puisque ce stade est celui du grand rival de Boca Juniors et celui aussi où fut disputée la finale de la Coupe du Monde 1978... à laquelle Maradona n'a pas participé. " Cette éviction reste l'un des souvenirs les plus douloureux de Diego ", relate le guide. " Il l'a très mal prise et était bien décidé à savourer sa revanche lors de la Coupe du Monde suivante, en 1982, en Espagne. Il avait 22 ans et était attendu au tournant. Il venait d'être transféré au FC Barcelone pour la somme colossale de 8 millions de dollars et devait démontrer, face à ses futurs supporters, ce qu'il avait dans le ventre. Ses adversaires aussi l'attendaient au tournant et n'ont pas arrêté de commettre des fautes sur lui. Maradona a disputé une Coupe du Monde en demi-teinte. Il allait connaître la consécration quatre ans plus tard, en 1986 au Mexique, sous la houlette de CarlosBilardo ". C'est là, face à l'Angleterre, qu'il a inscrit le fameux but de la main qui est entré dans la légende : la main de Dieu. Le caractère de tricheur de Maradona est alors apparu au grand jour. " Certains affirment qu'après avoir inscrit ce but de la main, Diego aurait couru vers la loge où se trouvait son père et lui aurait hurlé : - Papa, j'ai volé le portefeuille des Anglais ! Par contre, interrogé par la BBC, il aurait déclaré : - Comment pourrais-je dire si ce but était valable ou pas ? Je ne suis qu'un simple joueur ! La seule personne habilitée à juger était l'arbitre et il a accordé le but ! Quelques minutes plus tard, Maradona allait cependant inscrire un autre but légendaire qui, lui, ne devait rien à personne : parti de son propre camp, il allait dribbler sept adversaires avant de propulser le ballon au fond des filets ". Diego Maradona haïssait véritablement River Plate. Pour lui, issu des quartiers défavorisés, ce club symbolisait les parvenus. " Ce n'est pas pour rien qu'on a surnommé le club de River Plate Los Millonarios. C'est le club des riches. A un moment donné, River Plate a fait les yeux doux à Maradona. Mais, lorsqu'il fut question d'un transfert, il a d'emblée coupé court à toute supputation en répondant : - Non merci, je suis très heureux à Argentinos Juniors ! La famille Maradona est fanatique de Boca Juniors et il était inconcevable que Diego puisse revêtir le maillot du grand rival. Le plus curieux, c'est qu'à l'origine, Boca Juniors et River Plate ont été fondés dans le même quartier. Mais River Plate (le nom anglicisé du Rio de La Plata) a progressivement déménagé dans la ville de Buenos Aires avant d'établir définitivement ses quartiers au stade Monumental ". On tourne à gauche, vers l'ouest. Direction, le parc Saavedra. Là, on arrive véritablement dans les quartiers qui concernent Maradona au plus haut point. C'est dans ce parc que Diego a effectué ses premiers pas dans le football organisé. " L'un de ses copains avait insisté pour qu'il vienne effectuer un test avec LosCebollitas (littéralement : les Petits Oignons), l'équipe de jeunes qui servait de vivier au club d'Argentinos Juniors. Mais Lanus, où habitait la famille Maradona, ce n'était pas la porte à côté : il fallait prendre trois bus pour rejoindre les terrains des Cebollitas, et pour une famille pauvre, c'était hors budget. Un jour, pourtant, le père Maradona a fini par céder : il a accepté que son petit Diego aille passer un test. Malheureusement, il avait plu toute la nuit et les terrains étaient inondés. Pour Diego, c'était difficile de revenir un autre jour. FranciscoCornejo, le recruteur de jeunes talents, a alors pris la décision d'emmener les gamins dans sa camionnette, pour prendre la direction du Parc Saavedra, où les terrains étaient dans un meilleur état. Ils étaient humides malgré tout, et comme la famille Maradona n'avait pas les moyens d'acheter des chaussures de football au petit Diego, celui-ci avait dû passer le test en sandales. Il fut concluant malgré tout. Cornejo a voulu l'affiler tout de suite et lui a demandé ses documents d'identité. Diego les avait oubliés. Cornejo a alors eu des doutes sur l'âge réel de Diego : huit ans, pour un footballeur aussi doué, cela paraissait improbable. Le lendemain, Cornejo s'est alors rendu à Villa Fiorito, afin d'y rencontrer le père. Une relation très forte est née. Cornejo s'est décidé à aider la famille et il offrira régulièrement des boissons gazeuses et des T-shirts aux enfants. L'investissement ne fut pas perdu, car Maradona ne tarda pas à faire parler de lui. A 11 ans, il a déjà reçu une véritable ovation lorsque, à la mi-temps d'un match, il s'est mis à jongler pendant 15 minutes sans que le ballon touche le sol. Lorsque les équipes sont revenues sur le terrain pour disputer la deuxième mi-temps, les spectateurs ont hué : ils auraient préféré que le petit Diego continue son show plutôt qu'assister à la fin du match. Une autre anecdote raconte qu'un jour, lors d'un match entre les Cebollitas et Boca Juniors, l'entraîneur avait bluffé en n'inscrivant pas le nom de Maradona sur la feuille d'arbitre. On trouvait, sur le banc, un certain Montaña, inconnu au bataillon. A la mi-temps, Boca Juniors menait 0-3. L'entraîneur a alors fait monter le Montaña en question, qui s'est avéré être... Maradona. Le match s'est terminé sur le score de 3-3. L'équipe des Cebollitas a réalisé une série de 136 matches sans défaite et Maradona a inscrit 117 buts. Mais, déjà, son caractère tricheur est apparu : son premier but de la main, il ne l'a pas inscrit en 1986 contre l'Angleterre, mais... au Parc Saavedra, avec l'équipe des Cebollitas ". Etape suivante : Villa del Parque, où se trouve le siège social d'Argentinos Juniors. C'est un quartier habité par la classe moyenne. Jadis, les tribunes du stade étaient bâties en bois. Depuis, elles ont été reconstruites en béton et le stade a été rebaptisé Stade Diego Maradona. Ses murs sont ornés de peintures, qui vantent notamment les Cebollitas. A 200 mètres de là, le bar Atenas existe toujours. C'est là que Maradona se réunissait avec ses amis, dont JorgeCyterszpiler, son premier manager. " Argentinos Juniors n'a pas toujours joué dans ce stade-ci ", relate le guide. " Il fut une époque où le terrain n'était pas homologué pour les matches de D1. L'équipe a alors loué le stade d'Atlanta, puis celui de Ferrocarril Oeste. Le stade d'Atlanta était situé dans le quartier juif, et comme certains supporters adverses pas très malins font rapidement l'amalgame, il arrivait régulièrement qu'Argentinos Juniors soit accueilli avec des cris antisémites ". On poursuit notre chemin. Direction : le n°2746 de la rue Argerich. " Ce fut la première maison habitée par Maradona lorsqu'il a quitté la demeure familiale de Villa Fiorito. Elle avait été mise à la disposition de Diego par le club d'Argentinos Juniors. Elle est très modeste, et certains l'ont d'ailleurs surnommée la Casa Chorizo (la maison saucisson), mais en comparaison avec le taudis de Villa Fiorito, c'était un palace ". Nouvel arrêt, un peu plus loin, au n°2553 de la rue Lascano. " Cette maison-ci est la première achetée par Maradona avec l'argent gagné grâce au football ". On poursuit notre route en direction de Villa Devoto. Là, on pénètre dans un quartier habité par des gens au pouvoir d'achat très élevé : des industriels, des hommes d'affaires. Au coin des rues Havana et Segurola, une belle maison de cinq étages. C'est là que Diego a vécu avec Claudia Villafane. Il avait loué les trois premiers étages. Son ex-épouse y habite toujours, et le guide pense d'ailleurs que la grosse jeep garée devant l'immeuble est celle de Claudia. Le circuit se termine à La Boca : un quartier de Buenos Aires célèbre pour être le berceau du tango. Une ruelle, bordée de vieilles maisons colorées, est vantée dans les dépliants touristiques : le Caminito. Très prisée par les touristes, elle est pourtant le seul endroit touristique de La Boca qui, quelques rues plus loin, se transforme en un quartier mal famé qu'il est préférable de ne pas trop fréquenter si l'on porte des objets de valeur sur soi. A 200 mètres du Caminito, on trouve aussi la Bombonera, le célè- bre stade de Boca Juniors où Maradona est toujours une idole... " Cette véritable adoration à l'égard de Diego est d'autant plus extraordinaire qu'il n'a, finalement, joué qu'une saison dans ce club : en 81-82, avant de partir à Barcelone. Il a, certes, encore joué quelques matches à la Bombonera en toute fin de carrière, mais c'est presque anecdotique. Lui-même n'a jamais caché que Boca Juniors était le club de son c£ur, et c'est sans doute pour cela que les supporters le chérissent toujours. Ils lui ont tout pardonné, même les quatre buts qu'il a un jour inscrits contre Boca Juniors, alors qu'il jouait pour Argentinos Juniors ". Les boutiques vendant des produits dérivés de Boca Juniors regorgent toujours de T-shirts à la gloire de Maradona. Sur l'un d'eux, on peut lire : - El cielo debe esperar (Le ciel doit attendre, allusion aux ennuis de santé qui ont failli l'emporter). Sur un autre : - ElPapaesAlemán, DiosesArgentino (Le Pape est allemand, Dieu est argentin). Sur un troisième, on trouve le schéma du fameux but inscrit en 1986 contre l'Angleterre, avec les sept joueurs anglais laissés sur place par Diego. Pas très loin de La Bombonera, on trouve aussi le port de La Boca : là où Boca Juniors est né, en quelque sorte. " Savez-vous pourquoi Boca Juniors joue en bleu avec une bande horizontale jaune ? ", demande le guide. " En fait, lorsque le club a été porté sur les fonts baptismaux, les fondateurs se demandaient quelles couleurs ils allaient adopter. L'un d'eux a alors eu l'idée de prendre les couleurs du pavillon du premier bateau qui entrerait dans le port. Le hasard a voulu que ce fut un bateau... suédois ! " Le circuit se termine, l'histoire aussi. " La vie de Maradona n'a en rien ressemblé à un long fleuve tranquille ", reconnaît le guide. " Il a commis des erreurs, les a assumées et a payé. Il a parfois dérapé, mais il faut aussi reconnaî-tre qu'il a fourni de très gros efforts pour respecter des régimes draconiens et se soumettre à des cures de désintoxication très sévères. Là, il a donné une leçon de courage, car il fallait une sacrée force de caractère pour supporter toutes les contraintes. Certains diront que dieu a parfois veillé sur lui. Le fait est qu'en 2004, il était mort. Aujourd'hui, il est toujours vivant et, si l'on en croit les images diffusées par la télévision, il est même en pleine forme. Si je dois terminer sur une note positive, ce sera celle-là ". DANIEL DEVOS, ENVOYÉ SPÉCIAL À BUENOS AIRES