Au Bois d'Avroy, en face du stade des leaders de la D1, Christian Negouai examine rapidement la carte avant de commander une omelette. Depuis peu, le puissant médian défensif est sorti de sa coquille sans pousser de cocorico. Quand, comme lui, on a marché sur des £ufs, que ce soit dans la vie ou sur les terrains de football, la patience permet de couver ses ambitions même après cette blessure à la cuisse qui l'empêcha de prendre part au match de Coupe de Belgique contre l'Olympic de Charleroi. Un maudit dernier déboulé lors de l'échauffement le raya de l'effectif.
...

Au Bois d'Avroy, en face du stade des leaders de la D1, Christian Negouai examine rapidement la carte avant de commander une omelette. Depuis peu, le puissant médian défensif est sorti de sa coquille sans pousser de cocorico. Quand, comme lui, on a marché sur des £ufs, que ce soit dans la vie ou sur les terrains de football, la patience permet de couver ses ambitions même après cette blessure à la cuisse qui l'empêcha de prendre part au match de Coupe de Belgique contre l'Olympic de Charleroi. Un maudit dernier déboulé lors de l'échauffement le raya de l'effectif. Il sale un peu trop plat : " Je sais que ce n'est pas une bonne habitude ". Tranquille, il se partage désormais entre Spy, près de Namur, et l'écrin rouge du Standard. Tout cela tranche par rapport à l'univers des cités explosives en France. " J'ai grandi à Vaulx-en-Velin, à Lyon ", dit-il. " Je suis choqué par tous ces événements. Je déteste la violence. Je ne sais pas ce qui se passera quand tout sera terminé. J'espère qu'on ne se contentera pas d'une couche de peinture pour donner l'impression que tout est résolu alors que cela ne servirait qu'à cacher toute la... merde. Il ne peut pas y avoir la France d'un côté, un mur, puis les cités et les ghettos de l'autre. Non, la banlieue doit faire partie du pays et il faut bâtir des ponts, beaucoup de ponts, entre les cités et la France ". " A côté des cas délicats, je connais beaucoup de jeunes des quartiers difficiles qui ont réussi. On n'en parle pas assez. Hélas, pas mal de copains de mon enfance n'ont même plus la force de s'élever dans la société : la drogue les a anesthésiés. Il m'arrive de retourner à Vaulx-en-Velin. Je n'ai pas oublié mon enfance. Je ne suis pas un sociologue mais, moi, ma chance, c'est incontestablement le football. Je l'ai saisie à deux mains. J'apprécie mon présent au Standard tout en sachant garder la tête sur les épaules. " Christian Negouai : Je peux m'appuyer sur un parcours et donc des expériences diverses, du bas au haut de l'échelle sportive, afin d'aider les jeunes. Je n'ai pas envie de garder cet acquis et je partage tout cela sans prétention. Il suffit parfois de quelques mots à l'entraînement, d'une attitude, d'un sourire qui ressemble à de la compréhension ou à de la répréhension. Je suis un peu un des grands frères du groupe. Pour être un des chefs sur le terrain, il faut cependant avoir une longue présence dans l'équipe de base, ce qui n'est pas mon cas. Je peux devenir un patron. Je le dis sans prétention. Pour avoir l'impact de Vedran Runje et de Sergio Conceiçao, je dois être installé. Ils sont quasiment toujours là : moi pas encore. Même si j'ai été blessé deux fois cette saison, je ne me suis pas impatienté. Je suis revenu d'Angleterre après le début du stage d'été. Comme je n'avais pas beaucoup joué durant deux ans, il m'a fallu un temps d'adaptation. Je me suis blessé en été et cela a un peu retardé le processus. Il y a eu des réglages tactiques. J'ai découvert les tenants et les aboutissants de mon rôle. De plus, l'équipe a bien négocié son début de championnat, avant de confirmer, et il était logique de conserver la composition gagnante. Je ne vois pas pourquoi le coach aurait dû changer sa formule alors que tout se passait bien. S'il était patient avec les titulaires, cela signifiait qu'il le serait avec moi. Je comprends. Je devais être cool sur le banc par rapport à ma blessure et mes ambitions, attendre, répondre à l'attente du coach lors de moments limités dans le temps. Je me suis toujours dit que j'avancerais pas à pas. Je préfère cela à une flambée d'un mois sans lendemain. Je veux m'inscrire dans la durée, augmenter mon temps de jeu. Il y avait le feu et je suis rentré en tant qu'attaquant à Zulte Waregem. Je devais secouer le cocotier, mettre plus de courant dans le secteur, poser des problèmes à l'adversaire dans le trafic aérien devant son gardien de but. Le Standard a su redresser la barre et cette fin de match a été une référence. J'y ai participé, c'est bien. Ce groupe mesure que tout est possible jusqu'au coup de sifflet final. Une équipe qui se respecte doit tout donner pendant 100 % du temps de jeu. A ce niveau, si on ne le fait qu'à 95 %, on perd des points. Cette attitude jusqu'au-boutiste a souvent été payante. On n'émerge pas par hasard en fin de match. C'est la preuve que l'équipe a envie de le faire et qu'elle s'est offert les moyens d'y arriver. C'est d'ailleurs tout le groupe qui va alors chercher les points car les gars du banc montent au jeu et donnent le dernier coup de rein. Si le banc est démobilisé, ça ne marche pas. La force mentale est un des plus grands atouts de cette équipe. Après le moindre faux-pas, elle a tout de suite remis les pendules à l'heure. L'Union ? Amusant : je connais l'Union Saint-Gilloise et le Parc Duden mais pas sa légende. C'est quoi le refrain ? (Il se marre). La mentalité est présente au Standard mais il y a aussi, et c'est essentiel, le talent du groupe. Avec le temps, on découvre que cette bande est de plus en plus douée. Sur le terrain, Sergio Conceiçao assume un rôle prépondérant dans cette prise de conscience collective. Tout le monde tire à la même corde. Quand un tel climat règne, je vous assure que tout est plus facile. Moi, je devais m'inscrire aussi dans un autre contexte tactique. Ben non, pas tout à fait. Il y a des nuances et, de plus, la saison passée, en Angleterre, quand je jouais, c'était devant. A Sclessin, je mets parfois le nez à la fenêtre, je dépanne en pointe quand c'est nécessaire mais mon boulot est surtout défensif. J'aime bien et j'avais déjà effectué ce pas en arrière du temps où je jouais à Charleroi. Au départ, c'était pour cela que Manchester City et Kevin Keegan s'étaient intéressés à moi. Au Standard, la fonction est différente. Chez les Zèbres, nous étions à deux dans le rôle de pare-chocs et, quand la situation le permettait, je pouvais laisser parler mon tempérament offensif : Badou Kéré, lui, balayait derrière moi, ne quittait jamais son poste de contrôleur devant la défense. C'est mon job actuel au Standard où il n'y a qu'un aspirateur devant la défense. Quand je joue, je dois récupérer, rester devant la ligne arrière, laver les ballons sales, les rendre bien propres à mes équipiers afin qu'ils en fassent le meilleur usage possible. J'aime bien, je découvre et je m'adapte à toutes les facettes d'un nouveau job. Ecoutez, je l'apprécie et il a sa part, importante, dans le beau bilan actuel du Standard. Et je suis tout aussi persuadé que Matthieu assumera encore un rôle décisif jusqu'en fin de saison, comme tout le monde. Maintenant, c'est au coach, et pas à moi, à définir qui il utilisera et dans quel système. Il y a des variantes et le Standard peut très bien garder sa conception d'ensemble et jouer avec deux médians défensifs. Cette réflexion n'est pas de mon domaine mais les richesses du Standard sont probablement plus diverses et abondantes qu'on ne le pense. Je sais ce que je peux faire et jusqu'où je peux aller. J'apporte tout ce que j'ai via un jeu pas très typique pour le Standard. Si Matthieu se distingue par ses liaisons et la qualité de son jeu au sol, je suis forcément plus athlétique. Je ne serai jamais le plus rapide au démarrage mais je dois apporter autre chose : présence dans les airs, tonicité quand cela frotte, agressivité face à des médians ou des attaquants adverses de plus en plus grands. Tous les joueurs sont différents. Je n'ai pas le même jeu que Matthieu, il ne ressemble pas à Karel Geraerts et c'est très bien ainsi. Sans cela, il n'y aurait pas complémentarité dans une équipe. Cela joue un rôle. Les petits gars de Beveren sont doués techniquement et vous filent un peu entre les jambes. Je n'ai pas démérité par rapport au match que le Standard a perdu après la pause. C'était surtout un changement afin d'apporter plus de technicité dans l'équipe. J'étais déçu mais j'ai compris le choix en revoyant dans ma tête le film des 45 premières minutes. Je me suis fait des remarques. Je ne refuse jamais les analyses et je sais faire mon introspection. Je dois aussi me situer et être utile dans des matches qui me conviennent moins. Je suis dans ce processus de réflexion. Quand on est dans un match plus compliqué pour son potentiel, il faut utiliser sa tête. Je dois retenir la leçon de Beveren. Westerlo, c'est autre chose. Il y avait Chris Janssens dans la ligne médiane. Si on ne tient compte que de la taille, cela fait presque trois médians de Beveren ! C'est pour rire... Mais Chris Janssens, c'est un problème à surveiller de près car il pèse, percute à distance, soigne ses coups francs. Je devais le sortir du match comme je devais surveiller Jaja Coelho, l'excellent Brésilien qui revient beaucoup au milieu et a l'art de s'infiltrer entre les lignes : balle au pied, il fait mal et sait canarder aussi. Je ne leur ai pas laissé de temps de réaction ou de réflexion. Il faut les bousculer tout de suite pour leur prouver que ce ne sera pas de la rigolade. Je dois répondre ? Je retiens surtout la modestie et la sagesse du groupe par rapport aux événements. Personne ne plane après un succès. Chacun mesure alors qu'il faudra confirmer et que rien ne s'arrête après la conquête de trois points. C'est quoi une victoire ? Rien si ce n'est un petit pas dans la bonne direction. Quand on s'enflamme, on perd de l'influx. De même, une défaite, comme ce fut le cas à Mouscron, n'est pas source de découragement. Quand on baisse les bras, il faut repartir de plus bas. Chaque problème est remis dans la bonne perspective et le travail fait la différence. Avant, on disait dans les autres clubs que le vestiaire du Standard était un volcan. J'ai découvert un milieu de travail ambitieux, très pro, mais amical et chaleureux. C'est positif et cela le sera encore avant d'aller au FC Brussels et de recevoir Anderlecht. Mais personne ne se projette trop loin. Le Standard aborde chaque match sans penser au suivant. Il y a incontestablement un immense effet Sergio Conceição au Standard mais cela ne se limite pas à cela. Ce serait limitatif. Sergio n'aurait pas envie de cela car il n'est pas égoïste. Il y a un effet collectif, un effet Mémé Tchite aussi, et tout le reste. Extra. Que demander de plus ? En Angleterre, j'avais l'habitude de ces stades pleins à craquer. A Manchester City, il y avait toujours 45.000 spectateurs. L'ambiance est différente dans la mesure où les gens viennent plus en famille au stade. Je ne vois pas... Tout à fait. Je vis à 100 mètres des Grottes de Spy, donc de l'Homme de Spy. J'adore la région de Namur. Je n'oublie pas que c'est là que tout a véritablement commencé pour moi. Je n'étais pas parvenu à faire mon trou dans le football français. Je n'ai pas oublié le rôle que l'entraîneur Michel Lazaron a joué dans mon éclosion à Namur. Frank Defays m'avait aussi beaucoup soutenu à l'époque. J'avais envie de me rapprocher d'eux, d'autres amis de Gesves, de Schaltin et des environs. J'y ai trouvé le calme et ce n'est pas loin de Sclessin. Namur se situe à un endroit stratégique en Wallonie. J'y ai mes repères et je peux recharger mes accus. J'ai flashé depuis longtemps sur la région namuroise qui est vraiment de toute beauté. Evidemment, la circulation routière est moins dense. Ah... ouais, c'est délicieux. C'est difficile mais je n'aimerais pas que la France s'enfonce dans une guérilla urbaine. Ce serait horrible. Je suis parti, j'ai réussi à me sortir de la cité mais cela ne veut pas dire que j'ai déjà réussi ma vie. J'espère qu'elle sera encore longue et que je ferai encore des tas de trucs intéressants. Il faut croire en soi, s'entourer avec soin, écouter ceux qui veulent vous aider, éliminer les autres, saisir sa chance et ne pas la lâcher. Pour le reste, le football a répondu en 1998. La France championne du monde, elle comptait aussi des footballeurs issus des cités. Tout un pays en était amoureux à la folie. PIERRE BILIC " Janssens et jaja, je les ai sortis du match en les bousculant directement pour leur prouver que ce ne serait pas de la rigolade "