Le nom de Dries Mertens apparaît pour la première fois dans nos colonnes le 11 janvier 2006, quelque part dans les échos réservés à Gand : il fait partie des espoirs que l'entraîneur Etienne De Wispelaere emmène à l'Eendracht Alost, pensionnaire de D3. L'attaquant gaucher s'est retrouvé dans la cité d'Artevelde l'été précédent, après des passages au Stade Louvain et à Anderlecht. Il a 18 ans, vit en kot à Gand et combine le football avec un régendat en éducation physique. Mais sa priorité va au football. Il veut devenir joueur professionnel.
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Le nom de Dries Mertens apparaît pour la première fois dans nos colonnes le 11 janvier 2006, quelque part dans les échos réservés à Gand : il fait partie des espoirs que l'entraîneur Etienne De Wispelaere emmène à l'Eendracht Alost, pensionnaire de D3. L'attaquant gaucher s'est retrouvé dans la cité d'Artevelde l'été précédent, après des passages au Stade Louvain et à Anderlecht. Il a 18 ans, vit en kot à Gand et combine le football avec un régendat en éducation physique. Mais sa priorité va au football. Il veut devenir joueur professionnel. Ce qui n'est pas évident. La famille Mertens, issue de Wilsele, une entité de Louvain, est certes sportive mais n'est pas fana de football. La mère, Marijke, est professeur émérite à la faculté de sciences du mouvement et de revalidation, tout en travaillant à temps partiel à l'hôpital universitaire Gasthuisberg. Le père, Herman, est licencié en éducation physique et donne cours au Sacré-Coeur d'Heverlee. Ancien champion de gymnastique, il conseille à ses élèves de s'adonner à d'autres sports que le football et il n'a pas l'intention d'affilier ses propres enfants à un club de foot. Son aîné, Jeroen, s'est quand même inscrit au Stade Louvain par l'intermédiaire d'un copain, le deuxième, Bram, va l'imiter et le troisième marche à peine qu'il s'entiche du ballon rond. Dries et le ballon sont inséparables, à la maison comme dehors. Pendant notre visite, Herman s'éclipse pour aller chercher le ballon en mousse jaune avec lequel il autorisait ses enfants à jouer à la maison. " Dries ne tenait pas en place. Même à table, il gardait le ballon, à côté de lui ou sous son pied. Il était passionné. Pour lui faire plaisir, c'est simple : il suffisait de le laisser jouer au football. " Herman se retrouve donc malgré lui impliqué en football. Il va même entraîner les jeunes du Stade Louvain quelques années, il suit un cours d'arbitrage et dépanne à quelques reprises, pendant les matches de ses enfants. Bram arrête vite. Le football, ce n'est pas son truc. Jeroen est bon et Dries est tout simplement phénoménal. Ultra-rapide sur les premiers mètres, fin technicien, il est intelligent. Il se distingue en salle comme sur gazon. Il a onze ans quand son rêve se réalise : il est transféré à Anderlecht. Las, il est petit, fluet et il mûrit lentement. On le renvoie dans une catégorie d'âge inférieure. On envisage même de lui donner des hormones de croissance, comme à Lionel Messi. " Un jour, on nous a dit, à Anderlecht, que c'était possible et que si nous acceptions, le club nous aiderait ", explique Herman. " Nous avons consulté un spécialiste anversois, qui nous a appris que ces hormones provoquent un pic de croissance mais qu'elles ont parfois des effets secondaires, comme des douleurs aux genoux. En outre, la taille qu'on atteindra est déterminée génétiquement. On peut la mesurer en passant un scanner. Dans ce cas, pourquoi prendre des hormones de croissance ? " Dries ne réussit pas à Anderlecht mais Etienne De Wispelaere, l'entraîneur des espoirs de Gand, l'a repéré à l'école de sport de haut niveau. Impressionné par l'étendue de ses qualités, il l'attire dans la capitale de Flandre-Orientale. Il s'avère qu'il n'a aucune chance d'être repris dans le noyau A, alors entraîné par Georges Leekens, et De Wispelaere l'emmène à Alost pour six mois. Le club doit lui donner un survêtement de scolaires parce qu'il flotte dans les autres mais sur le terrain, il est excellent, en pleine lutte contre la relégation. " Nous avons cru que la D3 et ce football de combat ne lui conviendraient pas ", reconnaît Herman. " Mais il a tenu bon, il a marqué quatre buts et les supporters l'ont élu joueur le plus méritant de la saison. " Dries Mertens trop petit pour le football ? Ceux qui croient en lui disent qu'il est fait pour le football batave, puisqu'on y procède beaucoup par combinaisons au sol et qu'on mise sur les actions. Il a la possibilité de signer à AGOVV Apeldoorn, en D2. " Je l'y ai conduit un dimanche après-midi ", se souvient Herman. " Un trajet de trois heures. Il y avait des bouchons, un accident et en plus, j'ai eu une panne. Un Néerlandais nous a aidés. Ted Van Leeuwen, le directeur, nous attendait avec d'autres dirigeants dans un hôtel et il a téléphoné pour demander où nous restions. Dries a dû effectuer un stage de deux semaines mais dès le premier soir, il m'a téléphoné : - Tout est arrangé. Il a été jugé satisfaisant dès le premier entraînement. Il l'a senti, d'ailleurs : c'est là qu'il voulait jouer. C'était un club très convivial. Dries s'adapte facilement et se fait des amis partout. Vous pouvez l'envoyer en Chine, il y sera heureux, pour autant qu'il puisse jouer. " Pour la première fois, il est footballeur à temps plein. Il reste trois ans à Apeldoorn. Il enlève le prix du plus grand talent de D2, il s'épanouit sous la direction de John van den Brom, devient capitaine et finit par intéresser certains clubs de l'élite néerlandaise. En 2009, le FC Utrecht le recrute pour 700.000 euros. Il considère ce transfert comme le début du vrai travail. Il est prêt. Il s'érige en révélation de l'Eredivisie. Il reçoit le trophée David di Tommaso qui récompense le meilleur joueur d'Utrecht mais surtout, il est deuxième à l'élection du Joueur néerlandais de l'Année, après Luis Suarez, le buteur uruguayen de l'Ajax. Il peut même choisir celui qui lui remettra le Soulier d'Argent. Il pense à John van den Brom, reconnaissant de la part que l'entraîneur a eue dans sa progression à AGOVV. Jean-Marie Pfaff est également présent, pour les gardiens, de même que son gendre Sam Gooris, qui entonne une chanson en l'honneur de Dries. Ce n'est pas un hasard : Dries a dit que sa chanson préférée était une des compositions de Sam. C'est durant sa deuxième saison à Utrecht que Dries Mertens effectue ses débuts en équipe nationale, dans un match amical contre la Finlande, qui se déroule au stade Otten de Gand, sous la direction de Georges Leekens. Le sélectionneur a remarqué que Dries s'est remarquablement développé depuis son passage à Gentbrugge. Anderlecht, son autre ancien club, est tout aussi surpris. Le Sporting veut le récupérer mais ne peut payer l'indemnité requise par Utrecht. C'est le PSV qui l'enrôle, pour 7 millions d'euros. Mertens découvre la Ligue des Champions avec le premier club d'Eindhoven et enlève la Coupe des Pays-Bas. Après son but en finale, il remonte son maillot pour montrer ces mots : Bienvenue Jules. Il salue la naissance du fils de Jeroen, qui a épousé une Parisienne. " Dries a l'esprit de famille ", précise son père. " Il aime être entouré par celle-ci dans les moments importants, comme quand il a rejoint le PSV puis l'Italie. Par un soir de juin, l'année dernière, en rentrant à la maison, j'ai trouvé un mot me demandant de réserver des billets d'avion car nous devions aller à Naples le week-end. Il voulait que nous soyons tous là. " Le sentiment est réciproque : Jeroen a reporté son mariage à trois reprises pour que son petit frère puisse y assister. Ce petit frère quitte Eindhoven avec des statistiques impressionnantes pour un extérieur gauche : en 88 matches pour le PSV, il a inscrit 45 buts et délivré 43 assists. Il est le roi des passes décisives mais il n'y accorde guère d'importance. " A Apeldoorn, il a plusieurs fois arrêté son effort juste avant le rectangle pour permettre à un coéquipier de marquer ", se rappelle son père. " Sherjill MacDonald lui a dit de ne plus faire ça car les statistiques sont importantes mais Dries adore délivrer une passe. " Même s'il a jadis avoué sa préférence pour l'Espagne, il opte donc pour un club transalpin entraîné par un Ibérique. Rafael Benitez en personne lui téléphone pour lui dire qu'il veut le recruter à tout prix. Fin juin, Dries paraphe un contrat de cinq ans au SSC Napoli. Son transfert coûte 9,5 millions. En décembre, quand nous lui rendons visite, nous sommes invités à une terrasse, au bord de l'eau, avec vue sur le Vésuve et l'île de Capri. Dries est en compagnie de ses amis Jassin, Nicholas et Samir et de Juliette. Celle-ci est le chien de rue que lui a offert son amie pour son anniversaire l'année dernière. Il lui tient compagnie à Naples. Depuis tout petit, il adore les chiens, confie-t-il, mais il n'en avait jamais eu. Herman ne peut qu'opiner. " Je lui ai toujours refusé deux choses pendant son enfance. La première, c'était un goal. Ce n'était pas bon pour le gazon ni les plantations du jardin. En plus, il y avait un terrain juste à côté, à l'époque, où il pouvait s'ébattre. Ensuite, de temps en temps, nous nous occupions du chien d'amis ou de membres de la famille. Il jouait dix minutes avec puis je devais continuer à le soigner. Donc, il n'en a pas eu. " Maintenant, Dries affirme que promener son chien constitue une de ses activités préférées. Il se fait un nom dans la rude Serie A. Il a déjà inscrit cinq buts. Il a été titularisé lors de quatre des six matches de Ligue des Champions. Le 3 mai, trois jours avant ses 27 ans, il va disputer la finale de la Coupe d'Italie, contra la Fiorentina. Ensuite, il y aura le Mondial. La famille Mertens a déjà réservé une villa au Brésil. " La direction de l'école m'autorise à m'absenter une semaine ", explique Herman. " Les autres resteront plus longtemps. Même les parents de la femme de Jeroen viennent. Nous espérons évidemment voir Dries à l'oeuvre. " Il n'est donc pas trop petit pour le football professionnel. Il mesure 1m69. Pour certains de ses anciens clubs, il mesurait 1m70 ou 1m71. Pourquoi donc ? " Cela dépend du moment où on effectue la mesure ", explique Herman Mertens. " On est plus grand le matin mais au fil des heures, la force d'attraction nous tasse. " Dans ce cas, il devrait mesurer moins de 1m69 et pas plus ! " Il a pu se grandir un peu à AGOVV. " Le père se lève et montre de la poitrine ce qu'il veut dire. " Il atteignait ainsi 1m71 et il était content. Je dois dire qu'il a toujours voulu atteindre le cap du 1m70, même si ça ne change rien. C'était plus important pour la perception du monde extérieur que pour lui-même, même s'il s'est parfois demandé, pendant sa puberté, s'il trouverait une copine. La réponse ne s'est pas fait attendre : oui. Il avait seize ans quand il a fait la connaissance de sa copine Katrin et ils sont toujours ensemble. " L'essentiel, conclut son père, est que Dries soit resté lui-même et ait toujours cru en son avenir et en ses aptitudes. " Quand il faisait banquette à Anderlecht, en équipes d'âge, il a demandé : - Pourquoi ne puis-je pas jouer ? Je suis sûrement aussi bon que les autres ! Il faut une portion de chance mais on peut forcer celle-ci. À cause de sa petite taille, Dries a toujours dû se battre. C'est le fil rouge de sa vie. Moi, je persiste : le football n'est pas son meilleur sport. Il a commencé à jouer très tôt pour imiter son frère et il est devenu professionnel parce qu'il s'y est employé avec maniaquerie mais je n'oublierai jamais que pour sa première communion, nous lui avons offert un monocycle et qu'après trois tentatives, il était parti. Je peux vous garantir qu'il faut normalement beaucoup d'exercice pour y parvenir ! Je sais de quoi je parle car quand il dormait, j'en profitais pour m'exercer, afin de ne pas être moins bon que lui... Il possède une coordination et une motricité remarquables. " Il a en fait le profil d'un footballeur en salle. D'ailleurs, il adore jouer en salle et il y rivalise avec les meilleurs mais il a atteint le firmament en football sur gazon. " Il ne s'est jamais donné à fond dans les duels. Pour un joueur de sa taille, ç'eût d'ailleurs été dangereux. Il a toujours évité les duels. La puissance reste un problème. Si quelqu'un de 95 kilos fonce sur lui, Dries ne peut rien faire, avec ses 65 kilos. Il a pourtant gagné en force. Il a travaillé davantage avec des poids que moi quand j'étais gymnaste car dans le football moderne, il faut être capable de tout faire. Il a encore gagné en puissance à Naples car le club y attache beaucoup d'importance et il doit participer au travail défensif. Avant, c'était son point faible. Beaucoup d'entraîneurs le laissaient en pointe, dans l'espoir qu'il fasse la différence. Maintenant, il accomplit un énorme travail de récupération, qui lui vaut beaucoup d'estime. Selon moi, le travail est l'aspect le plus important. Quand sa mère lui envoie un sms avant un match, c'est toujours : 200 % d'engagement ! Elle aussi accorde énormément d'importance à cet aspect : il doit courir sans se ménager. En fait, nous sommes les plus critiques de ses supporters. " Dries se sublime toujours quand il change d'équipe, selon les Mertens, qui nous expliquent qu'il est revenu avec une bouteille de vin après ses tests médicaux au PSV. Il l'avait gagnée dans un pari en battant un record sur le vélo ergométrique. " Quand il change de club, il veut faire ses preuves à tout prix. Mais dans un jour sans, il ne peut pas compenser sa méforme par sa puissance. Il doit s'appuyer sur son jeu. En tout cas, chapeau pour ses performances. Il doit sa réussite à son envie de jouer. Le football est tout dans sa vie. Nous venons de retrouver un album de poésie, un livre qu'on passe à des copains pour qu'ils y écrivent quelque chose. A la question " que veux-tu devenir plus tard ", il a écrit : footballeur professionnel. Il en rêvait mais moi, je lui répétais de rêver d'autre chose car je savais que ses chances de réussite étaient minces. Je voulais donc qu'il poursuive ses études. " Il ne l'a pas fait, contrairement à ses frères. Bram (29 ans) est régent en économie, histoire et information. Il gère le bar à cocktails Barvista, sur la Grand-Place de Louvain. Jeroen (31 ans) a étudié les sciences politiques et sociales et travaille pour la maison de production Woestijnvis. Il a notamment réalisé le programme " 2013 " pour la chaîne VIER. A chacun son rêve... ?PAR CHRISTIAN VANDENABEELE" Dries a toujours dû se battre à cause de sa petite taille. C'est le fil rouge de sa vie. " Herman Mertens " Dans un jour sans, il ne peut pas compenser sa méforme par sa puissance. " Herman Mertens " Quand sa mère lui envoie un sms avant un match, c'est toujours : 200 % d'engagement ! " Herman Mertens