Celui qui se rend à Naples ne peut louper le Vésuve. Le volcan surplombe la ville et ses alentours. Il Vesuvio, haut de 1.281 mètres, avec un diamètre de huit kilomètres, est célèbre pour avoir enseveli Pompéi sous une coulée de lave en 79 avant notre ère. Il a sévi une dernière fois en 1944, mais sans conséquences majeures cette fois.
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Celui qui se rend à Naples ne peut louper le Vésuve. Le volcan surplombe la ville et ses alentours. Il Vesuvio, haut de 1.281 mètres, avec un diamètre de huit kilomètres, est célèbre pour avoir enseveli Pompéi sous une coulée de lave en 79 avant notre ère. Il a sévi une dernière fois en 1944, mais sans conséquences majeures cette fois. De sa villa, située dans le prospère quartier de Posillipo, en bordure de la baie de Naples, Kalidou Koulibaly a une vue à couper le souffle sur le géant. Ses obligations au SSC Napoli ont empêché le grand défenseur de beaucoup visiter la ville jusqu'à présent. " A part une excursion sur l'île de Capri, que je recommande à tout le monde, Charline, mon amie, et moi n'avons encore rien entrepris ", raconte-t-il. " Faute de temps, nous avons dû reporter à plusieurs reprises la visite du Vésuve aussi. Je suis heureux de vivre ici et pas de l'autre côté de la ville. Un coéquipier réside à quelques kilomètres du volcan et certains jours, le vent charrie une odeur pénétrante de soufre. " De sa fenêtre, quand il contemple les alentours, le Franco-Sénégalais pense au paysage montagneux de sa ville natale, Saint-Dié. Depuis son appartement à Kellermann, le petit Kouly pouvait admirer les sommets des Vosges, une région de ski dont raffolent Français, Belges et Luxembourgeois. " Là-bas, on apprend à skier comme à marcher. Je m'y suis mis, comme les autres Vosgiens. Maintenant, le ski m'est contractuellement interdit en cours de saison. " Kalidou Koulibaly : J'étais plutôt branché foot mais rien ne disait que j'allais devenir joueur professionnel. Je ne suis pas le produit fini d'un centre de formation. A douze ans, j'ai reçu ma chance à Metz mais trois ans plus tard, j'ai été renvoyé. J'ai dû repartir à zéro à Saint-Dié, en CFA2, la division cinq. Le règlement stipule qu'il faut avoir seize ans pour jouer en équipe première mais le club s'est arrangé pour que j'évolue en seniors dès quinze ans. Ce fut une excellente école, surtout sur le plan mental. Dans un centre de formation, on ne doit pas lever un doigt. On mange, on dort, on va à l'école et on s'entraîne. Faire son lit ? Non. Moi, à seize ans, j'étais un titulaire incontesté et ça m'a mûri. J'étais décidé à combiner des études avec le football de D3. J'étais en train de postuler auprès de quelques universités quand Metz, alors en D2, a frappé à ma porte. Le club messin voulait me reprendre, à condition que je n'entame pas d'études supérieures. Moi, je voulais conserver quelque chose au cas où Metz me renverrait à nouveau. Nous avons donc trouvé un compromis : je mettais mes études de côté pendant une saison, au terme de laquelle nous nous remettrions à table. L'année suivante, j'ai obtenu un contrat de jeune et il n'a plus été question d'études. Anderlecht a été le premier club belge à s'intéresser à moi. Il m'a contacté pendant la trêve hivernale de la saison 2011 - 2012. Toutefois, nos entretiens ne m'ont jamais donné le sentiment que je recevrais ma chance et le Sporting a finalement reculé devant le prix de mon transfert. Comme la plupart des clubs français, d'ailleurs. Genk n'était pas mon premier choix mais il était le seul à bien vouloir verser un million d'euros pour un footballeur qui allait sinon accompagner son club en D3. Nous ne jouions pas dans un contexte idéal. Les supporters voulaient plus de Belges et de jeunes issus de l'école du club. Je peux les comprendre. De là à dire que ça n'allait pas parce qu'il y avait trop de Noirs, non. La couleur de la peau ne joue quand même aucun rôle, pour autant qu'on respecte le club et ses supporters ? On m'a dit que c'était le cirque les premiers mois. Renvoyer Pelé Mboyo dans le noyau B, c'est quand même absurde ? Il ne va jamais se débarrasser de sa réputation. La première fois que je l'ai vu, je l'ai pris pour un fou mais il n'est absolument pas capricieux. En décembre 2013, j'ai reçu un coup de fil étrange d'un homme, qui s'exprimait en anglais. " Je suis Rafael Benitez et je veux que tu viennes au Naples. " Pensant à une plaisanterie, j'ai raccroché. Il m'a retéléphoné et m'a garanti qu'il mettrait tout en oeuvre pour conclure le transfert pendant le mercato hivernal. Le président a longtemps fait la sourde oreille. Il ne voulait pas entamer de négociations à moins de dix millions d'euros. Genk n'avait payé qu'un million mais en réclamait dix fois plus ! Je me suis rendu au bureau du président. J'ai été surpris que Naples soit prêt à payer une somme pareille. Des journalistes italiens m'ont dit que maintenant, je valais au moins quinze millions. Au lycée, j'avais italien en deuxième langue et j'en avais conservé des notions. J'ai fait comme si je ne comprenais rien au club pour savoir ce qu'on disait de moi. Savez-vous ce qui a été ma grande chance ? Que les joueurs avec lesquels je pouvais parler français - Ghoulam, Mertens, Gökhan - aillent au Mondial. Ça m'a obligé à m'exprimer en italien. Dries avait entendu que je venais de Genk et il m'a adressé la parole en néerlandais. Il se réjouissait : un Belge ! Je lui ai expliqué que j'étais un Français. C'est avec Dries, De Guzman et Ghoulam que j'ai le plus d'affinités. Comme nous habitons tout près les uns des autres, nous allons ensemble à l'entraînement. En apprenant mon transfert, les supporters ont émis des doutes : que venait faire un défenseur de Belgique ici ? Heureusement, d'emblée, Rafael Benitez m'a soutenu. Il m'a fait comprendre qu'il ne m'avait pas engagé pour faire de la figuration. Je ne jouis d'aucun traitement de faveur. Lors de ma première journée de travail, j'ai partagé sa table. Pendant le repas, il a essayé de me faire comprendre comment je devais me positionner sur le terrain, en déplaçant des verres. Il avait vu des vidéos de moi à Genk et il m'a interdit de tacler. Il n'avait pas besoin d'un défenseur qui prenne beaucoup de cartes jaunes. La vitesse d'exécution est nettement supérieure à celle de la Belgique. Je jauge les situations de jeu beaucoup plus vite qu'avant. Je dois encore améliorer ma concentration. Avant le coup d'envoi, Higuain tient toujours le même discours : " Kouly, je compte sur toi pour mettre le verrou derrière. " Pendant les matches, Benitez crie souvent sur moi. C'est fatigant mais c'est sa manière de m'affûter. Nous avons joué cette Supercoupe au Qatar, sous vingt degrés. Quand j'ai parcouru les 50 mètres séparant le rond central du point de penalty, j'ai sué et ce n'était pas à cause de la chaleur. Quelques mois avant, je jouais à Genk et voilà que je devais battre Buffon, champion du monde avec l'Italie, du point de penalty. J'ai revu spontanément la phase, en effet. J'ai donc botté mon penalty les yeux fermés. A notre retour à Naples, c'était la folie car pour un supporter napolitain, trois matches seulement comptent : contre la Juventus et contre les deux clubs romains. Mon amie rigole en disant qu'il n'y a qu'une différence entre les deux équipes : Paul Pogba. Sportivement, nous pouvons rivaliser avec la Juventus mais nous ne pouvons pas diminuer le gouffre financier. Nous sommes un pou dans la fourrure du football italien. Les Napolitains ne sont pas précisément appréciés en Italie et je pèse mes mots. Mieux vaut ne pas avoir l'accent napolitain dans ce pays. Nous poursuivons trois objectifs : terminer le plus haut possible en championnat, gagner la Coppa Italia et ramener l'Europa League à Naples. Le club n'a plus gagné de joute européenne depuis 1989. C'était avec Diego Maradona. Je n'étais même pas né ! Si nous gagnons la Coupe d'Europe, la ville sera dans tous ses états. Je pense que le bourgmestre baptisera chaque quartier du nom d'un joueur ! Anarchie est le premier mot qui me vient à l'esprit pour décrire Naples. On l'aime ou on la déteste. J'ai appris à apprécier le caractère rebelle de cette ville. Prenez le trafic : c'est horrible. C'est celui qui a le moins peur qui est le maître. Sans même parler des nids-de-poule. Heureusement, j'ai un 4x4 qui supporte bien tous ces trous. De Guzman roule en Mini Cooper et il a déjà subi trois crevaisons. J'ai compris qu'il était plus sage de laisser ma voiture à la maison, dans la mesure du possible. Pour notre propre sécurité, le jour des matches, nous nous rendons même en taxi au stade San Paolo. La presse y a sa part de responsabilités. Nous avons visité Naples pour la première fois en juin, à la recherche d'une maison. Une horde de paparazzi nous attendait à l'aéroport alors que mon transfert n'était même pas encore tout à fait réglé ! A Genk, je pouvais passer au supermarché sans souci. Maintenant, mon amie doit faire les commissions toute seule. Higuain vient de se balader cent mètres incognito, son capuchon sur la tête, dans l'artère commerciale la plus fréquentée. Personne ne l'a abordé. Il a adoré. Quand on est petit, on rêve d'être une vedette mais à force d'être confronté tous les jours à des supporters fanatiques, on finit par jurer. Quand nous avons envie d'aller boire un verre, nous optons délibérément pour des bars mondains où on nous laisse en paix. Nous ne restons jamais plus de vingt minutes au même endroit car les supporters apprennent très vite où nous nous trouvons.?PAR ALAIN ELIASY À NAPLES - PHOTOS : BELGAIMAGE/ STEFANO RENNA" La première fois que l'entraîneur de Naples, Rafael Benitez, m'a téléphoné, j'ai cru à une plaisanterie et j'ai raccroché le téléphone. "