" Il fait ce que d'autres ne font pas "

Paul-José Mpoku, 64 matches sous ses ordres au Standard (2018-2019)
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Paul-José Mpoku, 64 matches sous ses ordres au Standard (2018-2019)" C'est un entraîneur d'abord exigeant avec lui-même. Donc en corollaire, avec ses joueurs aussi. Il ne faut pas travailler très longtemps avec lui pour comprendre pourquoi il a gagné partout où il est passé. En fait, il fait ce que d'autres ne font pas. Tactiquement, il a toujours eu une longueur d'avance. C'est le fruit d'une grande discipline quotidienne. La saison dernière, du temps d' Emilio ( Ferrera, ndlr), il donnait moins régulièrement l'entraînement, mais cette saison, avant mon départ, il était présent sur le terrain tous les jours. C'est un travailleur. Pour briller avec Michel Preud'homme, il faut trouver l'équilibre. Dans mon cas, je me suis toujours arrangé pour bénéficier d'une certaine liberté. Une liberté dans la structure, en fait. Parce qu'il savait qu'à tout moment, je pouvais voir quelque chose de différent, il acceptait de me laisser une certaine zone de liberté, mais jamais de me laisser sortir du cadre. Si tu parviens à accepter ça, tu vas beaucoup jouer avec Preud'homme. Ça a été mon cas. L'autre avantage avec lui, c'est que tu peux aller le trouver pour discuter, sa porte sera toujours ouverte. Sébastien Bruzzese, 31 matches sous ses ordres à Bruges (2015-2016)" Ce que j'apprécie avec Michel, c'est que c'est quelqu'un de très correct. Dans le sens honnête intellectuellement. Il est juste dans ses décisions. C'est rare un coach qui vous explique dans les détails les raisons de son choix. Sans pour autant tourner autour du pot. D'autres vous évitent, tournent les talons quand ils vous croisent. Michel, lui, argumente. Vous pouvez ne pas être d'accord avec lui, mais au moins vous savez pourquoi. J'ai énormément de respect pour sa franchise. Et s'il paraît très nerveux en bord de terrain, il est aussi capable de se montrer très humain en dehors. De vous prendre dans les bras après un bon match par exemple. En fait, en-dehors des caméras, c'est quelqu'un d'adorable. Qui sait, peut-être que nos chemins seront encore amenés à se croiser ? En tout cas, quand Michel Preud'homme vous appelle, vous ne dites pas non. " Milan Jovanovic, 67 matches sous ses ordres au Standard (2006-2008)" Michel, pour moi, c'est d'abord des images. Des photos. Celles que je collais dans mes albums Panini étant gamin. Rien que ça, ça vous situe un personnage et le respect immense que je pouvais avoir pour lui quand il est devenu mon coach au Standard. Et puis, vous découvrez le coach : un affamé. Extrêmement sérieux sur le terrain, mais tellement charmant en dehors. Capable de nous enflammer, de monter dans les tours parfois, mais de retrouver le sourire très vite dans le vestiaire. En tant que coach, il m'a fait souffrir. En deux saisons avec lui, j'ai quasiment tout joué, il ne me faisait jamais sortir. Et à chaque entraînement, il fallait être à 200 %. Travailler avec Michel, m'a donc demandé beaucoup d'énergie, quelques sacrifices. Mais je crois l'avoir eu au meilleur moment de ma carrière. J'étais encore jeune (rires). Parce que Michel, il ne vous fait pas de cadeau et il n'y a pas de traitement de faveurs pour les pseudo-leaders. Dieumerci ( Mbokani, ndlr) et moi étions logés à la même enseigne que les autres. Évidemment, parfois, vous êtes fatigués de travailler avec un coach aussi exigeant, mais quand il y a la victoire au bout, qu'est-ce que vous voulez dire ? En fait, il me fait un peu penser à László Bölöni. Lui aussi était une légende dans son pays, la Roumanie. Et lui aussi est devenu un immense entraîneur. Ce sont des coachs qui forcent le respect par un charisme exceptionnel." Stéphane Breda, ancien arbitre" Je ne sais pas si tous mes collègues partagent mon point de vue, parce que je suis peut-être l'arbitre qui a eu le contact le plus équilibré avec Michel Preud'homme. Sans doute parce que j'avais la réputation d'être un donneur de cartes. Avec tout le monde. Reste qu'on dit de Michel que, quand il voit de l'herbe, il devient fou. Je vous rassure, ce n'est pas le seul. Et à titre personnel, je n'ai jamais eu le moindre problème avec lui. Parce que je pense que je savais le gérer. Ce n'est pas le cas de certains jeunes arbitres aujourd'hui, qui ne prennent pas toujours leurs responsabilités. Quand on est trop gentil, on finit inévitablement par se faire marcher dessus. Michel a déjà été virulent avec moi mais jamais grossier. En aparté, il a toujours reconnu qu'il ne pouvait pas se permettre certaines choses. Je me souviens d'un penalty sifflé contre Gand à Saint-Trond (le 24 avril 2009, ndlr). Je dois le confesser, il n'y avait pas penalty. C'était une erreur de ma part. Ce qui me sauve ce jour-là, c'est que le Trudonnaire rate le penalty et que sur le contre, les Buffalos marquent et finissent par gagner le match. Difficile de dire comment Michel aurait réagi si l'issue avait été différente, mais ce soir-là, il était venu me voir après le match et nous avions eu une discussion très constructive. C'était une période où il avait décidé de s'investir et de se battre pour aider à la professionnalisation du statut d'arbitre. En début de saison, l'Union Belge avait organisé une réunion au moment de nos tests physiques pour favoriser le dialogue entre entraîneur et arbitre. Il était un des seuls à s'être déplacé. Les autres avaient envoyé leur T2. " Adnan Custovic, 50 matches sous ses ordres à Gand (2009-2010)" C'est un maniaque du football. Au sens noble du terme. Parce que c'est un amoureux. Ce qui peut parfois expliquer certains de ses excès. À ce sujet, j'ai une anecdote. Un jour, après une défaite avec La Gantoise où j'étais resté sur le banc, j'ai le malheur de me rendre à la douche en sifflant. Mais c'était inconscient. En aucun cas, un geste de provocation ou quoi. Il est arrivé chez moi en hurlant : Tu te fous de nous ? Là, vous avez le temps de vous dire que vous avez affaire à un mec entier (rires). Un des meilleurs entraîneurs que j'ai connus ceci dit, mais aussi l'un des plus durs. Le genre de coach qu'il vaut mieux écouter. C'est inspirant d'avoir eu quelqu'un comme ça dans sa carrière, quand, comme moi, on opte pour une reconversion dans le coaching. Après, il faut savoir s'inspirer du positif et laisser de côté certains aspects de sa personnalité. Son obsession des détails me plaît, comme sa façon de tout vouloir automatiser. Grâce à lui, nous avions par exemple approché la perfection pour son dernier match avec les Buffalos. Je parle bien sûr de ce 6-2 mémorable contre Bruges (le 8 mai 2010, ndlr). Pour le reste, ses excès, je préfère m'en distancier. Côté caractère, je suis plus proche d'un profil à la Ariël Jacobs. Pour son calme et sa sérénité. Deux qualificatifs qui ne collent pas forcément à la peau de Michel (rires). " Ariel Jacobs, coach occasionnel, puis adversaire farouche" Déjà, je tiens à dire que Michel mérite ce titre de meilleur entraîneur du " siècle ". Comme tout le monde, je me demande évidemment pourquoi, à son âge et avec son expérience, il se laisse encore emporter, mais je reconnais le talent du coach. On dit de Michel que s'il s'assied pendant nonante minutes sur son banc, c'est qu'il doit être malade. On disait l'inverse de moi (rires). Mais ce qui est certain, c'est que s'il parvenait à canaliser ses émotions dans le sens positif, l'appréciation du monde extérieur serait toute autre à son égard. Reste que pour moi, Michel Preud'homme est autant le rival de la fin des années 2000 que le joueur découvert en Italie lors du Mondial 1990. Une autre époque, puisque vu qu'il n'y avait pas encore d'entraîneur des gardiens spécifique, Guy Thys m'avait chargé d'accompagner Michel, Gilbert Bodart et Filip De Wilde. Sportivement, je marchais sur des oeufs parce que je ne connaissais pas bien le job, mais humainement, ça a été une belle découverte. C'est véritablement là que j'ai appris à connaître Michel. Et que j'ai compris la complexité du personnage. J'ai beaucoup de respect pour ce qu'il est. Sa persévérance, sa méticulosité, sa volonté d'être toujours le meilleur. Honnêtement, Michel Preud'homme, c'était un cadeau pour un entraîneur. En tant que rival, c'était autre chose... (rires)." László Bölöni, successeur au Standard et adversaire" Quand je vois le coach, je revois le gardien qui avait déjà la même rage de vaincre. Mon premier souvenir de lui, c'est la finale de Coupe des Coupes Malines - Ajax, il m'avait impressionné. J'espère pouvoir dire que Preud'homme est pour moi plus un adversaire qu'un ennemi. On a des points communs, on veut gagner et on est prêt à tout pour y parvenir. Chez certains entraîneurs, ça s'exprime différemment, plus calmement. Chez nous, c'est plus engagé. Preud'homme est resté joueur, ça reste vivant en lui. Il veut provoquer la réussite de son équipe et il est prêt à beaucoup pour y arriver. Il pousse son équipe de la première à la dernière minute, il ne lâche rien, même dans les derniers moments d'un match et c'est une explication des résultats du Standard cette saison, des matches qui ont basculé en faveur du Standard dans les derniers instants. Jusqu'au bout, il presse ses joueurs. Il transmet une mentalité de vainqueur, comme moi, et je sais que c'est très fatigant pour certains joueurs." Ivan Leko, adversaire entre 2016 et 2019 " Les matches face aux équipes de Michel Preud'homme étaient toujours particuliers. Ce sont des rencontres qu'on vit plus intensément que les autres. Déjà lors de la préparation, il fallait être particulièrement concentré. Michel prépare ses matches jusque dans les moindres détails et il connaît ton équipe par coeur : ses qualités, ses défauts, la meilleure manière de lui faire mal... Tout ça, tu sais qu'il le saura. En plus, il prépare toujours deux ou trois plans différents pour t'affronter. Tu dois être capable de préparer ton équipe à tous ces cas de figure, sinon tu ne seras pas prêt à jouer contre lui. Je savais toujours que son équipe monterait sur le terrain avec énormément d'énergie, et qu'elle ferait absolument tout pour gagner. C'est dans son caractère, et il a toujours eu des équipes à son image. Il a du tempérament au bord du terrain, mais il est toujours resté très respectueux envers ses confrères. Qu'il gagne ou qu'il perde, il a systématiquement témoigné d'énormément de respect pour mon équipe et pour moi, que ce soit pendant ou après le match. Même quand j'étais à Saint-Trond, et qu'on devait parfois produire un jeu plus défensif, il respectait ça. Il comprenait qu'une équipe moins forte utilise tous les moyens à sa disposition pour gagner." Serge Gumienny, ancien arbitre" Il a beau s'agiter beaucoup sur son banc et contester, parfois à tort, certaines de nos décisions, je ne crois pas qu'il fasse cela dans le but de nous déstabiliser ou de mettre la pression sur le corps arbitral. Cela ne m'a pas empêché de l'envoyer en tribune une fois ou deux parce qu'il dépassait les bornes. Mais pour moi, quand il fait ça, ce qu'il cherche, c'est à défendre ses joueurs coûte que coûte. Le problème, c'est que ça a comme conséquences de parfois mettre une atmosphère étrange autour du match. Mais ce n'est pas conscient. Du moins, je ne le crois pas. Quoi qu'il en soit, c'est typiquement le genre d'entraîneur que tout joueur rêve d'avoir. Mais comme arbitre, c'est parfois le cauchemar. " Jelle Vossen, 86 matches sous ses ordres à Bruges (2015-2017)" On ne peut pas lui enlever qu'il a réussi à créer une dynamique exceptionnelle dans le club. Et que tactiquement, il avait toujours une solution de plus dans sa manche que son adversaire. Mais le fait est qu'après une défaite, tu savais qu'il avait besoin de deux ou trois jours pour se calmer. Honnêtement, on avait un peu peur de lui dans ces moments-là. Principalement parce que c'était impossible de lui parler. On arrivait tous au petit-déjeuner sur la pointe des pieds. Dans ce cas-là, tu sais qu'un bonjour rapide suffit, pas besoin d'en faire plus. Sur la fin, à Bruges, comme on le sait, il a beaucoup laissé travailler ses adjoints. Mais il ne bossait pas moins pour autant. Il restait dans son bureau des jours entiers à peaufiner la tactique, à visionner des matches de nos futurs adversaires. " Gonzague Vandooren, 35 matches sous ses ordres au Standard (2001-2002)" Quel plaisir de repenser à ces années-là au Standard ! Un staff extraordinaire avec Dominique D'Onofrio, Guy Namurois, Mario Innaurato. Et puis Michel, qui avait cette faculté exceptionnelle à nous booster. C'est de loin le coach qui m'a le plus marqué. Peu importe l'équipe en face, il prenait chaque match comme une finale. Je n'ai jamais vu un groupe aussi éveillé que sous Preud'homme. Moi, j'avais ça en moi, j'y allais toujours à fond, mais certains joueurs ont besoin d'un coach comme lui pour les bousculer psychologiquement. En fait, quand tu fais le compte sur toute une carrière, des coachs comme ça, tu n'en a pas beaucoup. Parce que lui, c'était un passionné, un mordu. Moi, ma vie, ce n'était pas et ce n'est toujours pas que le foot. Lui bien. Et c'est ceux-là qui réussissent. Tactiquement aussi, c'était un monstre, il connaissait tout. Moi, qui avait tendance à trouver que cela ne servait parfois un peu à rien, il parvenait à me faire rendre compte de certaines choses." Vedran Runje, 18 matches sous Preud'homme en 2000" Je ne l'ai pas eu longtemps comme entraîneur au Standard parce que dans la foulée, il a aussi été directeur technique quand j'étais là-bas. Mais je retiens d'abord qu'il m'a apporté son expérience de gardien. Il s'excite parfois très fort devant son banc, mais pour moi, c'est positif pour les joueurs parce qu'il montre à l'équipe qu'il vit avec elle. Il envoie des messages, il sait très bien ce qu'il fait, c'est parfois calculé. Sentir son équipe, c'est un art. Parfois, tu dois la calmer. Lui, il la calme rarement, je dois dire... Tout dépend des joueurs que tu as. À l'époque où on était ensemble au Standard, il avait plus tendance à calmer ses joueurs qu'à les exciter. Aujourd'hui, il les excite, sûrement parce qu'il sent qu'ils doivent être enflammés. Mais ce qui m'a surtout marqué, c'est sa façon de s'adapter au groupe qu'il a à sa disposition. Tu as plein d'entraîneurs qui débarquent dans un club et disent : Voilà, on va jouer comme ça, c'est mon style, mon système. Lui, non. Il observe les qualités spécifiques qu'il a dans son noyau, et à partir de là, il définit une façon de jouer." Davy De fauw, 65 matches sous ses ordres à Bruges (2014-2016)" J'avais la chance de partager une relation privilégiée avec lui parce que nous jouions au golf ensemble à l'époque de Bruges. En stage à Marbella ou à Damme, près de Bruges où il avait un abonnement à l'année. Avec une constante : au golf, comme au foot, c'est un gagnant. Il n'aime pas perdre. Ça tombait bien pour lui, contre moi, il ne perdait jamais (rires). Chaque entraîneur a sa philosophie, mais dans la vision de Michel, l'adversaire compte beaucoup. Contrairement à Francky Dury qui a son système et qui s'y tient, Preud'homme accepte de s'adapter à son adversaire. C'est même ce qui fait sa force. Il regarde systématiquement deux ou trois matches complets de l'équipe qu'il affronte pour préparer un plan propre à chaque rencontre. C'est un immense professionnel, qui prépare ses matches comme personne. Les entraînements aussi d'ailleurs. On n'y fait jamais deux fois la même chose, mais le fil conducteur reste le même : le jeu de position, la recherche de l'homme libre. L'autre avantage, c'est qu'on s'entraînait toujours avec le ballon. Et c'était très rare qu'on fasse des tours de terrain du coup. Tout ça dans le but de nous rendre meilleurs. De trouver de nouveaux automatismes, d'accentuer les circuits de passes. C'est un plaisir d'avoir travaillé avec un coach de cette dimension parce qu'il a su me rendre meilleur."