La scène a sept ans d'âge. 2009. Reportage à Marseille où Eric Gerets est devenu un demi-dieu. Vol Lille - Marignane. A l'atterrissage, le commandant de bord s'énerve et crache son ras-le-bol au micro. " Hé ben voilà, va falloir patienter un peu avant de sortir. Comme d'habitude à Marseille, rien n'est prêt. "
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La scène a sept ans d'âge. 2009. Reportage à Marseille où Eric Gerets est devenu un demi-dieu. Vol Lille - Marignane. A l'atterrissage, le commandant de bord s'énerve et crache son ras-le-bol au micro. " Hé ben voilà, va falloir patienter un peu avant de sortir. Comme d'habitude à Marseille, rien n'est prêt. " Marseille... tranquille. La ville n'a pas été servie en héritant d'un Angleterre - Russie qui sentait la poudre en début d'EURO mais ce choc annoncé entre hooligans aurait probablement été mieux géré ailleurs. Mieux préparé, mieux anticipé. Parce que, comme un voleur reste un voleur, Marseille reste Marseille avec son insouciance, sa joie de vivre, ... Après la demi-finale France - Allemagne, on aurait pu assister à un nouvel incident. Au moment où le cortège transportant François Hollande devait quitter le stade, toutes les portes ont été subitement fermées, les stewards et les policiers sont devenus très nerveux. Le problème, c'est qu'un flot de plusieurs milliers de spectateurs se dirigeait à ce moment-là vers la sortie. On s'est retrouvé coincé dans une bousculade, une panique, un énervement qui aurait pu avoir des conséquences. C'était au Vélodrome. A Marseille... Pour le reste, la France a géré cet EURO avec grande distinction. On a senti pendant un mois que l'alerte attentat était bien là mais les 90.000 policiers et soldats ont toujours tout fait pour (faire semblant de ? ) montrer qu'ils restaient cool. Des contrôles poussés, oui, mais souvent avec le sourire. Des sourires... Ils étaient dans le clan portugais, dimanche soir. Juste après la défaite, on voit un volontaire exploser une chaise dans un couloir du Stade de France. A la sortie, un père doit consoler ses deux gamins en pleurs. Un supporter sèche ses larmes avec son drapeau bleu blanc rouge. On entend un Français dire à un pote : " Qu'est-ce qu'ils vont titrer, L'Equipe, demain ? " L'autre lui répond : " Injuste. C'est injuste. Putain... " Les Bleus ne sont pas champions d'Europe. Mais ils n'ont pas tout perdu. Ils ont même beaucoup gagné. La France est un pays d'anciens grands joueurs reconvertis en consultants, et dans la nuit de dimanche à lundi, il y en a un qui a lâché : " Le bus a redémarré. " Allusion à l'Afrique du Sud et à l'image complètement redorée de l'équipe de France. Didier Deschamps a fabriqué un groupe, une bande d'hommes. Malgré la perte sportive (sans doute), personne ne lui reproche d'avoir viré la racaille. La notion de groupe, de bande, DD la connaît trop bien. Il faisait partie de la génération gagnante 1998-2000. Des hommes, des vrais. Des gars qui ont réussi des reconversions XXL : Zinédine Zidane, Laurent Blanc et DD lui-même dans le coaching de très haut niveau ; Bixente Lizarazu et Frank Leboeuf dans la consultance ; Lilian Thuram dans la lutte contre le racisme. Et il y a encore d'autres exemples qui parlent. Pendant l'EURO, on a eu la confirmation, en live, de la classe de la génération dorée. Pour un papier sur les Diables vus par d'anciennes gloires françaises, tous les ex-joueurs qu'on a voulu interroger n'ont pas nécessairement décroché. Mais quand un Youri Djorkaeff rappelle lui-même, ça démontre un certain savoir-vivre ! Quand un Christian Karembeu retéléphone pour dire qu'il va tout faire, dans son emploi du temps chargé et ses déplacements incessants, pour booker une interview, ça interpelle. Et puis, il y a cette interview improbable. On contacte Frank Leboeuf, consultant super respecté et devenu très grand dans son rôle d'artiste au cinéma et au théâtre. Lui aussi est surbooké : " OK pour une interview, mais je suis sur Paris et ça ne peut se faire que par téléphone. Appelle-moi demain matin. " Evidemment. Et là, surprise. On comprend qu'il fait à nouveau deux choses en même temps. Il donne une interview qui décape (voir pages suivantes) pendant qu'il roule à moto dans les embouteillages parisiens. Il rassure : " T'inquiète, j'ai l'habitude. Ma bécane, c'est mon bureau... " Dans cet entretien, Frank Leboeuf évoque notamment l'avenir des Bleus d'aujourd'hui. Il parle de la griffe Deschamps, de la manière dont il a resserré les rangs après les scandales récents. Il met le doigt sur la niaque qui a amené les Français en finale et qui a manqué aux Diables pour aller loin. Malgré la défaite contre le Portugal, toute la France croit à un renouveau. Leboeuf aussi mais il n'a quand même pas envie de disparaître avec ses potes dans un tiroir. " Ces Bleus n'ont encore rien gagné. Si cette génération veut encore être dans la légende d'ici quinze ans, comme nous quinze ans après nos victoires... ben il va falloir qu'elle arrache un trophée. " PAR PIERRE DANVOYELa France n'est pas championne d'Europe mais elle n'a pas tout perdu. " Le bus a redémarré... "