De 1985, lors de son retour en D1, à nos jours, le Sporting de Charleroi a lancé bon nombreux de jeunes joueurs du cru ou des promesses découvertes dans d'autres petits terroirs wallons.
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De 1985, lors de son retour en D1, à nos jours, le Sporting de Charleroi a lancé bon nombreux de jeunes joueurs du cru ou des promesses découvertes dans d'autres petits terroirs wallons. Mais de Philippe Albert à Daniel Van Buyten, en passant par Dante Brogno, 0h Gérard, Olivier Suray, Laurent Wuillot, Fabrice Silvagni, Didier Beugnies, Marco Casto ou Rudy Moury, pour ne citer qu'eux, il y eut aussi quelques aventures moins réussies. Toni Brogno ne perça pas dans le Pays Noir et se fit un nom à Westerlo. D'autres eurent moins de chance: Eric Suray, Frédéric Jacqmain, David Baetslé, Enzo Biondo, Mustapha Douai, Samuel Remy, etc. Le plus célèbre des échecs d'un jeune au plus haut niveau concerne JosephVarricchio. Une merveille de médian offensif: à. Charleroi, en 1985, on le compara tout de suite à Enzo Scifo. Lourde responsabilité que ce jeune homme ne put porter sur ses frêles épaules. Son talent n'éclata pas en D1 et il dut changer de braquet avant de réaliser un long parcours quelques étages plus bas. Bien longtemps après ce naufrage, d'autres jeunes Carolos se présentent sur les plages de l'éliteà la suite de Grégory Dufer. Il s'agit de Thibaut Detal, Stéphane Ghislain, Christopher Fernandez, Lokman Atasever, Lokembo, Gianni Cassan, etc. Deux d'entre eux ont pris du galon ces dernières semaines: Detal et Ghislain. Le premier s'affirme dans un rôle d'essuie-glace au centre de la pelouse. L'autre révèle des qualités de stopper spécialisé dans le marquage de l'homme. Ils sont unis par leur jeunesse (18 ans) et leur obligation de terminer leur rhéto tout en négociant leurs premiers virages en D1. Mais leur tracé est différent. Thibaut est un Zèbre des champs. Stéphane est un Zèbre des villes.Thibaut Detal- 18 ans - demi récupérateur - surnommé ScholesDetal est originaire de la région de Beauraing. C'est le bout de la Famenne qui se marie un peu plus loin avec l'Ardenne. "Je n'envisage pas de vivre ailleurs", dit-il "C'est la campagne et elle me procure le calme, la sérénité, la sécurité. En ville, tout est bien trop chaotique, nerveux et anonyme pour moi. J'habite un petit village qui s'appelle Winenne : une rue, des maisons de chaque côté, deux fermes tenues par des membres de ma famille, c'est tout et c'est très bien ainsi. Je connais tout le monde Pour moi, c'est le paradis sur terre". Il joue dans les clubs de la région et y retrouve souvent un tonton ou un cousin: Focant, Dion, Winenne. Puis, il est retenu en sélection provinciale des -14 ans. Son équipe se mesure au Sporting de Charleroi. Didier Beugnies est là et note son nom dans son carnet. Thibaut ne tarde pas à passer quelques tests dans la capitale de la bande dessinée: positif. Beugnies ne lâche pas cette petite tête blonde qui avait été citée au FC Namur et s'entraîna même au centre provincial du Standard à Forrières en Préminimes. Sa vie change du jour au lendemain. Chez lui, on aime le sport et le football en particulier. Ses deux frères sont animés par la même passion. Nicolas (19 ans) joue à Dion et Laurent (15 ans) à Winenne. Thibaut deviendra-t-il le nouvel ambassadeur de Beauraing comme un certain Guy Dardenne le fut en jouant au Standard, à La Louvière, à Lokeren, à Bruges, au RWDM? "La route est encore longue", note-t-il sagement. Et des kilomètres, il en parcourt tous les jours depuis son arrivée à Charleroi il y a quatre ans. "J'aurais eu mille problèmes sans l'aide de mes parents", reconnaît-il. "Mon père travaille à la SNCB à Namur. Il a souvent dû se couper en quatre pour m'accompagner régulièrement aux entraînements et aux matches de jeunes du Sporting. A peine revenu de Namur, il devait me conduire à Charleroi via Givet et Philippeville: 130 kilomètres pour y aller et revenir chez nous. Ma maman s'est aussi souvent imposée cette trotte. Je n'ai pas encore mon permis de conduire pratique et mon frère met la main à la pâte pour le moment. Je prends le train aussi. Pour le moment, des équipiers me déposent à la gare de Namur. A Dinant, j'ai une correspondance pour Beauraing où un membre de ma famille m'attend pour me conduire à la maison". Organisé, Thibaut Detal doit l'être tout autant dans son cursus scolaire. Il est en sciences-maths à l'Institut Notre Dame du Sacré Coeur de Beauraing. Il y jouit de la compréhension et de la gentillesse du corps professoral mais a pratiquement épuisé le total de demi-journées d'absence auxquelles il a droit en tant que sportif de haut niveau." Pierre-Yves Hendrikx, le secrétaire général de Charleroi, rencontrera bientôt Soeur Marie-Ghislaine afin de trouver d'autres solutions", affirme Thibaut. En attendant, sa petite amie, Charlotte, prend beaucoup de notes pour lui. Son entraîneur, Dante Brogno, comprend ses obligations scolaires et tient à ce qu'il termine ses humanités. Ce sera dur en mai et en juin mais il faut serrer les dents. Après, il se testera dans les langues (néerlandais, anglais) tandis que Charlotte se tournera vers la psychologie, probablement à Mons. La saison passée, Scifo et Brogno le retiennent pour un match amical à Wasquehal. Etienne Delangre l'invite à s'entraîner avec le noyau A au début de ce championnat avant que Brogno ne le lance en D1. Il remplace Badou Kere, trop impulsif,, à la place de médian défensif et il décroche d'emblée un surnom: PaulScholes. Cela donne une idée de son engagement physique. On le voit face à Lommel, contre Malines ou le Standard, en Coupe de Belgique et en championnat: ce roquet prend ses marques, fait preuve de culot et de lucidité. "Mon ambition est de jouer le plus simplement possible", dit-il. "Je chasse les ballons que j'offre ensuite à mes équipiers. Le coach accorde sa confiance aux jeunes. C'est important. Pour nous, c'est le club idéal. Il est évident que Charleroi a pris un nouveau virage et s'est engagé à fond dans la voie de la formation. Même le président Abbas Bayat vient nous parler: les jeunes comptent. Cette confiance est tout à fait primordiale pour nous. C'est un soutien sans lequel nous ne pouvons rien. Je termine parfois mes matches à la cravache. Et je connais des moments plus délicats, je le sais. Au Standard, j'ai perdu la balle qui a finalement permis aux Liégeois de doubler la marque et de plier le match. Ole-Martin Aarst me surprit avant de lancer Michaël Gosssens en profondeur. Quand j'ai vu que notre gardien sortait en catastrophe, j'ai tout de suite compris que cela se terminerait par un penalty. Je m'en suis voulu dans les minutes qui suivirent cette phase de jeu. J'ai râlé et gambergé. Mais personne ne m'a finalement fait le moindre reproche". Stéphane Ghislain -18 ans - défenseur central - ex-joueur de balle peloteThibaut Detal a signé un contrat jusqu'en 2006. Stéphane Ghislain, 18 ans aussi, en a fait de même. Avec ses 192 centimètres sous la toise, il s'est installé récemment au centre de la défense des Carolos. Si Detal a effacé Badou Kere avant de former un duo intéressant avec Laurent Macquet, Ghislain a piqué la place de Mohammad RezaMahdavi, qui a d'ailleurs quitté le club. Ghislain boucle la défense avec l'aide d' Ibrahim Kargbo. Il célèbre ses débuts contre Lommel et Brogno en fait rapidement un titulaire à part entière. Stéphane Ghislain est de belle stature: son destin sera-t-il comparable à d'autres belles plantes qui, comme Philippe Albert et Daniel Van Buyten, furent mises en pot à Charleroi? La comparaison est prématurée. "J'essaye de faire mon job du mieux que je peux", affirme-t-il. "Je suis le plus à l'aise dans le marquage d'un homme à la culotte. Quand j'entre en possession de la balle, je la cède le plus proprement possible aux médians ou sur les ailes, vers Frank Defays ou Adrian Aliaj qui ont beaucoup plus de métier que moi. Je profite au maximum de leurs conseils. Au centre, je suis obligé de rester bien en ligne, c'est-à-dire de veiller à ce que Charleroi ne baisse pas la garde quand Ibrahim met le nez à la fenêtre. Il adore se lancer de temps en temps dans un raid solitaire. Je reste derrière et Detal ou un autre recule afin de me prêter main forte". Passionné, Stéphane Ghislain mesure ses mots comme Detal. Ces deux-là sont moins extravertis qu'un Fernandez qui roule parfois des mécaniques. Detal et Ghislain évitent les déclarations osées ou tapageuses. Une question de tempérament et peut-être même de maturité. Ghislain sait déjà que rien n'est facile en D1. Il faut se remettre sans cesse en question. Si Detal a passé un mauvais quart d'heure au Standard, il en fut de même pour le grand Ghislain. "Dante Brogno m'avait demandé de tenir Aarst", précise-t-il. "Or, à la fin des courses, le Norvégien avait trois buts dans sa besace. Même s'il a pris deux penaltys à son compte, mon homme avait frappé trois fois et j'ai eu difficile à le digérer. Sur le premier but, j'étais trop loin de lui et il a pu marquer en récupérant un bête ballon dans la mêlée. J'aurais dû être là. Je suis impliquédans la phase qui a finalement amené le deuxième penalty tant discuté. A ce niveau-là, il faut éviter la moindre distraction ou erreur de placement. Je dois encore être plus sobre. Malgré ma taille, je dois perfectionner mon jeu de tête. J'ai longtemps joué devant. J'ai fait mes débuts à Landelies avant de me retrouver à Gosselies et à l'Olympic de Charleroi où j'ai reculé dans le jeu. Mais c'est au Sporting que je suis devenu stopper à part entière dans les équipes de jeunes. Brogno suit chaque joueur avec attention. MichelBertinchamps sait doser les séances de travail. Je travaille beaucoup ma détente, le timing, etc". Quand on a de jeunes joueurs prometteurs sous la main, il s'agit évidemment de ne pas les brûler. Stéphane Ghislain est attentivement suivi par son papa, Bernard Ghislain, qui en connaît un bout sur le football: il est collaborateur sportif d'un quotidien. "Je ne sais pas comment il fait pour tenir le coup: il est ambulancier la nuit et travaille pour un quotidien la journée", confie Stéphane. Il doit être plus facile de mener une autre double vie: étudiant et footballeur de D1. Stéphane espère boucler ses humanités en juin prochain. Après cela, le jeune homme se donnera un an afin de faire le tour de la question en football. En cas de pépin, il pourrait entamer une licence en éducation physique.Si Detal est un Zèbre des champs, Ghislain complète cette fable en préférant nettement la ville. Gosselies est son chez lui. L'aéroport, les usines, on est loin du beurre de ferme de Winenne. Mais Gosselies a ses traditions sportives et fut longtemps la place forte de la balle pelote en Belgique. Stéphane connaît ses classiques, cite Mathy, Cassart, Stassart, etc. Des monuments du sport ballant. Ghislain se passionna aussi pour la petite sphère blanche. Il la taquina en équipes de jeunes à Courcelles et fut même champion de Belgique avec les gamins d'Ottignies. Excellent, notamment à la frappe, il était destiné à un bel avenir sur les ballodromes mais dut faire un choix entre la balle pelote et le football. Les grandes traditions ne se perdent pas dans le Pays de Charleroi. Pierre Bilic"Mon village s'appelle Winenne: c'est le paradis" (Thibaut Detal)"Malgré ma taille, je dois perfectionner mon jeu de tête" (Stéphane Ghislain)